Chronique des Matières Premières

Chronique des Matières Premières

France

Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus. ** Cette chronique s'arrête du 29 juin au 30 août 2015. ** Retrouvez les sujets traités par cette émission sur RFI SAVOIRS = http://savoirs.rfi.fr/

Episodes

Aluminium : les Etats-Unis brandissent la sécurité nationale  

Les importations d’aluminium menacent-elles la sécurité des États-Unis ? Le département américain au Commerce ouvre une enquête. Les États-Unis brandissent la sécurité nationale contre l’aluminium étranger. Le programme d’armement américain, qui nécessite de l’aluminium de haute-technologie, est-il menacé par les importations massives d’aluminium, en particulier chinois, qui font de la concurrence à la production américaine de métal gris ? Le secrétaire américain au Commerce lance une enquête : « Nous produisons de moins en moins d’aluminium, déplore Wilbur Ross. Nous n’avons plus qu’un seul producteur de qualité aéronautique », affirme-t-il, en parlant de Century, fournisseur de Lockheed Martin, le constructeur des avions de chasse américains. « Century produit pourtant 740 000 tonnes d’aluminium. Il y a de quoi fabriquer tous les avions des États-Unis », s’amuse Christian Hocquard, expert des métaux. D’autres producteurs américains font aussi de l’aluminium de qualité, Alcoa bien sûr, ou Constellium... Le recours à la sécurité nationale n’est qu’un prétexte pour continuer la bataille commerciale contre la Chine, l’acier fait d’ailleurs l’objet d’une enquête similaire. Les failles de l’aluminium américain La réalité, c’est que toute la production américaine d’aluminium a plongé depuis le début des années 2000, les États-Unis produisaient alors plus que la Chine, maintenant ils produisent trente fois moins qu’elle. L’aluminium, c’est avant tout de l’énergie et la Chine a des coûts de l’énergie imbattables. L’aluminium américain, lui, dépend des barrages hydroélectriques de plus en plus défaillants à cause des sécheresses, ce qui a poussé les producteurs américains, qui n’étaient plus rentables avec l’effondrement des prix mondiaux, à délocaliser leur production. Depuis 2007, neuf fonderies sur quatorze ont fermé sur le sol américain. Les États-Unis importent aujourd’hui plus de la moitié de leurs besoins d’aluminium, majoritairement du Canada, mais aussi de Chine et de Russie. Ce sont les deux pays nommément visés par l’administration américaine, elle les accuse de subventionner leurs exportations d’aluminium. Mais là, il s’agit davantage de préserver la balance commerciale américaine que la sécurité des États-Unis. Entre l’enquête et la décision d’instaurer des taxes très lourdes sur l’aluminium étranger, l’administration américaine a presque un an. Le temps de négocier avec ses partenaires, dont la Chine. 

Pologne: première livraison de gaz naturel liquéfié en provenance des Etats-Unis  

La Pologne est le premier pays d'Europe du Nord qui va s'équiper en gaz naturel liquéfié (GNL) aux Etats-Unis. La société américaine Cheniere Energy effectue la première livraison en juin 2017. Ce premier contrat a une importance particulière pour Varsovie qui cherche à être moins dépendant du gaz russe. Les autorités polonaises n’ont pas donné de détails sur le volume ou  la valeur de la première livraison de GNL. Elles ont juste parlé d’un prix intéressant et ont insisté sur l'aspect historique de cette commande pour le pays, qui cherche à diversifier ses fournisseurs. La Pologne qui entretient depuis longtemps des relations difficiles avec la Russie, souhaite assurer son indépendance vis-à-vis de Moscou. Elle se fournit depuis 2009 auprès du Qatar, achète aussi du gaz norvégien et désormais américain. L'indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie pour 2022 C’est pour cette raison qu’elle a inauguré l’an dernier à Świnoujście, au nord-ouest du pays, son plus grand terminal de gaz naturel liquéfie GNL. Il peut stocker jusqu’à 5 milliards de mètres cubes, soit le tiers de sa consommation annuelle. Actuellement, 40% des besoins de la Pologne sont comblés par le gaz russe. L'ambition du gouvernement polonais est de remplacer toutes les livraisons russes par d'autres fournisseurs d'ici à 2022, date à laquelle expire le contrat avec la société nationale russe Gazprom. Dans cette perspective, Varsovie envisage également de construire un deuxième terminal près de Gdansk, mais aussi la construction d’un gazoduc au Nord, pour recevoir plus de gaz norvégien via la mer Baltique. Devenir un carrefour dans la région A terme, la Pologne a l'ambition de devenir un carrefour dans la région. Elle prévoit d’accueillir jusqu’à 18 milliards de mètres cubes de GNL par les ports du Nord et exporter ensuite la moitié vers des pays enclavés d’Europe centrale. Moscou semble pour l'heure minimiser cette stratégie de diversification et voit surtout de la part des Polonais une initiative pour apparaître en position de force et négocier des prix à la baisse avec Gazprom.

L’industrie sucrière cubaine renaît de ses cendres  

Une bonne nouvelle pour l’industrie sucrière à Cuba, longtemps l'un des piliers de l’économie. Dans quelques jours prend fin la récolte de la canne à sucre et la presse officielle du pays a déjà annoncé qu’elle sera la meilleure des 15 dernières années. Fin février, en pleine récolte, les autorités du pays annonçaient déjà avec fierté que la production de sucre brut dépasserait les 2 millions de tonnes cette année. Une bonne nouvelle pour l’industrie sucrière de l’île qui a du mal à se relever depuis la chute de l’Union soviétique, son principal client qui achetait sa production à des tarifs préférentiels. En effet, des huit millions de tonnes produites en moyenne par an jusqu'en 1989, la production est tombée à 1,1 million de tonnes en 2010. Le poids du sucre dans les exportations cubaines a par conséquent dégringolé, passant de 73% dans les années 1980 à seulement 13% en 2015. Pour relancer la production, Cuba a décidé de réorganiser sa filière au début des années 2000. Conséquence : une centaine de sucreries ont été fermées et seules 56 sont encore en activité aujourd’hui. Grâce aux fonds investis par les autorités, la rentabilité a été améliorée dans les unités existantes et la récolte est aujourd’hui mécanisée à 90%. Résultat : Cuba a pu produire ces dernières années 2 millions de tonnes de sucre par an dont les deux tiers destinés à l’export, principalement vers la Chine et la Russie. Mais la stratégie de l’île est désormais de développer une filière de produits dérivés à base de notamment de bagasse, les résidus fibreux de canne obtenus après l'extraction du sucre. L’entreprise étatique du sucre Azcuba ambitionne d'augmenter la production de panneaux agglomérés pour la construction et l’ameublement, de pâte à papier ou encore de bioéthanol.

Des sacs de charbon de bois moins opaques en France  

Que contiennent les sacs de charbon de bois vendus en France ? La distribution joue davantage la transparence. Mais il reste beaucoup à faire dans toute l'Europe. Faire un barbecue en Europe favorise-t-il la déforestation, ou la violation des droits de l'homme, à des milliers de kilomètres de son jardin ? The Forest Trust mène l'enquête depuis trois ans. L'ONG a développé une méthode simple d'analyse du charbon de bois pour distinguer son origine, tropicale ou tempérée : en 2015, un quart des sacs testés en France mentaient sur l'origine du bois. Le coup de projecteur sur la distribution française a dissuadé les fraudes dès l'année suivante, les fournisseurs ont du même coup privilégié le bois tempéré (72% en 2016 contre 52% en 2015). La fabrication du charbon de bois s'est même relocalisée partiellement en France, avec des procédés moins polluants et un approvisionnement local en déchets de scieries.   Mais la moitié des sacs de charbon de bois sélectionnés par The Forest Trust en France ne révèlent toujours rien sur leur contenu. Une opacité qui n'est pas très rassurante. Car si la France a beaucoup diminué ses importations directes de charbon de bois du Nigeria, elle importe beaucoup de Pologne et d'Ukraine, portes béantes pour le charbon de bois africain mais aussi lieux d'implantation accélérée d'usines de fabrication du charbon de bois des forêts d'Europe de l'Est, dont la gestion durable n'est pas toujours garantie.   L'association en appelle à la vigilance du consommateur pour pousser la distribution française à aller plus loin dans la transparence. The Forest Trust s'attaque aussi cette année aux marchés du charbon de bois de Belgique et des Pays-Bas, grands pays de transit.   Mais aussi au charbon de bois distribué en Allemagne, plus de la moitié de la consommation européenne. Pratiquement aucun sac allemand de charbon de bois ne révèle l'origine de son contenu, les importations de charbon de bois tropical sont massives en Allemagne (60%), un marché qui a poussé The Forest Trust à innover pour identifier non plus seulement l'origine du charbon de bois classique mais celui des briquettes de poudre de charbon de bois, plus difficile à analyser, mais qui constituent la moitié de la consommation allemande.

Nord Stream 2 : un financement pour le gazoduc sous-marin russe  

Malgré l'opposition d'une partie des Européens, le projet russe d'un deuxième gazoduc sous la Baltique avance : Nord Stream 2 vient d'obtenir un financement des compagnies gazières européennes, partenaires du fournisseur russe Gazprom.   Le financement de Nord Stream 2 est bouclé. C’est une étape de plus vers la réalisation du gazoduc voulu par le producteur russe Gazprom pour fournir l’Europe sans passer par l’Ukraine. Nord Stream 2 devrait doubler Nord Stream 1 sur 2 200 km au fond de la mer Baltique. Et fournir à l’Europe 55 milliards de m3 de gaz supplémentaire par an. De quoi compenser en partie le déclin de la production européenne de gaz. Mais ce projet reste très controversé en Europe. Défendu par l’Allemagne, où déboucherait le gazoduc, il est jugé « non prioritaire » par la Commission européenne : Bruxelles soutient le transit par l’Ukraine et préférerait diversifier les fournisseurs de gaz du continent, dans un contexte plus que tendu avec Moscou. La Pologne, elle est farouchement opposée à Nord Stream 2, pour des raisons à la fois politiques et économiques : Varsovie perdrait en volume de transit gazier et donc en revenus, si ce deuxième gazoduc sous-marin russe voyait le jour.   Lever les obstacles juridiques   C’est pourquoi les autorités polonaises de la concurrence avaient contesté le mode de financement de Nord Stream 2, une co-entreprise à l’époque de Gazprom et de cinq opérateurs gaziers de l’Union européenne. Désormais le géant russe du gaz est seul actionnaire. Mais pour financer les 9,5 milliards d’euros, Gazprom recevra un prêt de 950 millions d’euros de chacune des compagnies européennes, le Français Engie, les Allemands Uniper et Wintershall, l’Autrichien OMV et l’Anglo-Néerlandais Shell. Un tour de passe-passe financier pour surmonter l’obstacle juridique polonais. Le précédent obstacle était tombé lorsqu’il avait été prouvé que la Commission n’avait pas de compétence sur un gazoduc maritime et ne pouvait donc pas s’y opposer. Nord Stream 2 doit maintenant obtenir un permis de chacun des pays européens dont il traversera les eaux territoriales, Finlande, Suède et Danemark, celui de l’Allemagne et de la Russie étant acquis. Comme Nord Stream 1, Nord Stream 2 s’est tenu bien à distance des pays Baltes, pour ne pas avoir à leur demander leur avis. Gazprom espère ouvrir les vannes de Nord Stream 2 dans deux ans et demi.  

Pétrole: l’Opep condamnée à prolonger son accord  

Plus d’un mois avant la réunion de l’Opep à Vienne, les poids lourds de l’organisation laissent entendre que l’accord de réduction de production sera prolongé.   L’Opep est condamnée à prolonger son accord de novembre. En tout cas, à le faire savoir, avant même sa réunion du 25 mai prochain à Vienne, tant les prix du baril s’orientaient à nouveau à la baisse depuis quelques jours. Poids lourds de l’organisation, l’Arabie saoudite et le Koweït ont reconnu que malgré les efforts des pays de l’Opep à respecter leur engagement de réduire leur production, les objectifs étaient loin d’être atteints : les stocks de pétrole n’ont pas baissé dans les pays industrialisés. Or selon l’Agence internationale de l’énergie, qui les représente, la demande de pétrole augmentera moins que prévu cette année, elle n’absorbera donc pas toutes ces réserves. Pourtant, les pays de l’Opep et la Russie, leur alliée de circonstance, ont respecté, au moins les deux premiers mois de l’année, leur engagement de réduire d’1,8 million de barils par jour leur offre. Mais dans le même temps, les États-Unis n’ont cessé de produire plus, et ils pourraient d’ici la fin de l’année combler tout ce que les pays de l’Opep ont retiré du marché. Prise au piège L’Opep est prise au piège, la hausse des cours que son accord avait suscitée encourage la production concurrente américaine, ce qui éloigne toute perspective de rééquilibrer durablement le marché. Mais les pays exportateurs de l’organisation ne peuvent pas non plus rouvrir en grand les vannes, au risque de voir s’effondrer de nouveau les prix du brut, comme entre 2014 et 2016. L’Opep communique pour occuper le terrain, estime Philippe Sébille-Lopez, de Géopolia. Pour rassurer sur le fait que son accord sera prolongé au-delà du mois de juillet. On ne sait pas pour combien de temps ni comment il sera applicable, étant donné la volonté de l’Irak de s’y soustraire, mais il y aurait un début de consensus, affirment les ministres saoudien et koweïtien du Pétrole, et, hors de l’Opep, le ministre d’Oman. Quant à la Russie et les compagnies pétrolières russes, elles seront consultées dans les jours qui viennent.  

Le coton africain intéresse de plus en plus le Bangladesh  

Le Bangladesh, devenu le premier importateur mondial de coton, veut étendre ses achats de coton africain.   Le coton africain intéresse de plus en plus le Bangladesh. Désormais l'un des plus grands centres mondiaux de l'industrie textile, le Bangladesh, est devenu en deux ans le premier importateur de coton au monde, devant le Vietnam et la Chine - les Chinois s'étant donné comme priorité de vider d'abord leurs propres stocks de fibre blanche.   Le Bangladesh ne produit quasiment pas de coton, un peu plus de 28 000 tonnes. Il doit trouver à l'étranger 1 350 tonnes de coton, près d'une tonne sur cinq échangée dans le monde, pour faire tourner son industrie textile, moteur de son économie. Et ce n'est pas si évident, malgré l'abondance de la production mondiale.   Les fournisseurs naturels du Bangladesh sont avant tout la Chine et l'Inde, proches géographiquement, en plus des Etats-Unis. Mais le coton américain est cher. Quant au coton chinois et au coton indien, ils ne sont pas toujours au rendez-vous. Pékin et New Delhi imposent du jour au lendemain des taxes à l'exportation de la fibre selon les besoins de leur propre industrie textile. Depuis le début de l'année, le renforcement de la monnaie indienne dissuade les exportations, le coton indien se vend mieux en Inde, et les exportateurs font défaut.   Le coton africain, lui, est non seulement peu cher et de bonne qualité, mais il est majoritairement destiné à l'exportation. Ce qui est considéré comme le grand avantage de l'Afrique pour les industriels bangladais du textile, rapporte Commodafrica. Le seul défaut de la fibre africaine, à leurs yeux ? L'éloignement : il faut un mois et demi pour faire venir le coton d'Afrique au Bangladesh, contre 15 jours à un mois seulement pour le coton indien ou chinois.   Mais en recevant l'Association cotonnière africaine et les représentants de sociétés cotonnières du Burkina Faso, du Mali et du Cameroun, la semaine dernière à Dacca, le ministre bangladais des Finances a encouragé les pays africains à produire davantage de coton.   A ce jour, le Bangladesh achète en Afrique 20% du coton qu'il importe. Mais le nouveau géant asiatique de l'industrie textile est prêt à faire grimper ce chiffre.    

Le blé français craint de perdre son précarré africain  

Face au manque de disponibilité du blé français, cette année, l'Afrique de l'Ouest s'est tournée massivement vers le blé russe. Un véritable précédent. Le blé français va-t-il perdre son précarré africain, au profit du blé russe ? L'Afrique de l'Ouest était jusqu'à présent un marché captif pour le blé français : jusqu'à 90% du blé ouest-africain provenait de l'Hexagone. Les relations commerciales étaient anciennes et la qualité du blé français correspondait au type de pain consommé en Côte d'Ivoire, au Sénégal ou Mali. Mais la France a subi la pire récolte en trente ans, gâchée par la météo l'an dernier, elle n'avait pas les quantités ni la qualité panifiable requise ou alors à un prix trop élevé, étant donné la rareté du blé en France. L'Afrique de l'Ouest a donc fait ses emplettes ailleurs, en Argentine, au Canada, en Allemagne, mais surtout en Russie et en Ukraine : la Côte d'Ivoire qui avait importé 500 000 tonnes de blé français l'an dernier, a importé plus de 100 000 tonnes de blé russe cette année, le Sénégal en a acheté 300 000 tonnes, plus 50 000 tonnes de blé ukrainien, au total presque autant que ses achats de blé français de l'an dernier. Le blé de la mer Noire a mis un pied dans la porte en Afrique de l'Ouest -résume-t-on chez InVivo, le premier groupe coopératif agricole français.   Le blé russe est peut-être plus long à travailler, parce que plus sec. Mais en opérant des mélanges, les meuniers et les boulangers africains ont découvert qu'à ce prix-là, on pouvait faire du pain à la française avec du blé russe !   Les débouchés français ne sont pas détruits pour autant, la prochaine récolte en France devrait être meilleure. Mais il faudra au blé français compter avec cette nouvelle concurrence du blé de la mer Noire en Afrique. Le rapport qualité-prix pèsera beaucoup plus. Pour preuve, la baisse actuelle des prix du blé français lui a permis de retrouver tout récemment le chemin des ports d'Afrique de l'Ouest (souligne-t-on chez Agritel, société de conseil en gestion agricole), mais aussi du Maroc et d'Egypte, où le blé russe concurrence le blé français depuis beaucoup plus longtemps.

Le commerce du riz en repli après la bonne récolte en Indonésie  

L’Indonésie devrait importer moitié moins de riz cette année suite à une bonne production locale, l’archipel asiatique fournit même du riz en urgence à la Somalie. La consommation de riz ne cesse d’augmenter sur la planète, mais le commerce du riz, lui, est en repli après la bonne récolte sur l’archipel indonésien. Troisième producteur et consommateur de riz au monde, l’Indonésie fait pourtant partie des huit premiers importateurs de cette céréale. Mais cette année, la production locale est excellente. L’Indonésie devrait pouvoir diviser par deux ses importations, qui dépassaient le million de tonnes l’an dernier. 500 000 tonnes de commandes indonésiennes de moins, cela paraît peu, la production mondiale est mille fois plus importante, mais c’est tout de même 1% du commerce mondial du riz, un commerce qui lui, est très étroit. Cette variation fait d’ailleurs du tort au Vietnam, fournisseur habituel de l’Indonésie et troisième exportateur mondial. En pleine troisième récolte annuelle, le Vietnam a vu chuter ses exportations de 17% au premier trimestre. Le prix du riz 5% brisure vietnamien ne décolle plus guère des 350 dollars la tonne. Il était encore à plus de 450 dollars en 2015 sans parler des 1 000 dollars atteints en 2008. Le Vietnam espère se rattraper un peu sur ses autres marchés la Chine, la Malaisie et la Côte d’Ivoire, mais la concurrence sera rude avec la Thaïlande, bien fournie en riz, elle aussi et obligée de baisser ses prix à cause des stocks qui l’encombrent toujours. L’Indonésie, elle, non seulement n’importera pas autant de riz que ses deux voisins asiatiques mais elle envisage même d’exporter en Malaisie. Et d’ici la fin du mois, elle expédiera une aide d’urgence à la Somalie, sous la forme de 1 000 tonnes de riz.

Ghana et Côte d’Ivoire: vers un cartel du cacao?  

Face à la chute des cours du cacao, les deux premiers producteurs au monde, la Côte d’Ivoire et le Ghana, veulent renforcer leur coopération. Va-t-on vers un cartel du cacao entre le Ghana et la Côte d’Ivoire ? La chute des cours, de 30% depuis l’été dernier, occasionne en tout cas beaucoup de concertations entre les gouvernements ouest-africains, à la tête des deux premiers pays producteurs au monde de cacao. Le ministre ivoirien de l’Agriculture s’est rendu à Accra à la mi-mars, et le nouveau directeur du Cocobod, qui gère la filière ghanéenne, s’est déplacé à Abidjan la semaine dernière pour rencontrer son homologue ivoirienne, Massandjé Touré Litsé. « Il est important que le monde entier sache aujourd’hui qu’en termes de cacaoculture il y aura le Ghana et la Côte d’Ivoire d’un seul et même côté », a tenu à résumer la directrice générale du Conseil du Café Cacao.   La solidarité n’a pas toujours été de mise entre les deux leaders mondiaux du cacao, qui ont souvent fermé les yeux sur la contrebande qui sévissait dans un sens ou dans l’autre en fonction des prix versés au producteur de part et d’autre de la frontière. Cette année, la baisse du prix garanti en Côte d’Ivoire pour la récolte intermédiaire encourage la contrebande vers le Ghana qui continue à rémunérer davantage le kilo de fèves.   Les deux Etats se sont engagés à lutter contre cette contrebande qui mine les revenus fiscaux de la Côte d’Ivoire, déjà en chute libre. Le Cocobod ghanéen et le Conseil du café cacao ivoirien ont aussi annoncé un renforcement de leur coopération par des réunions régulières et la création d’un comité, qui sera chargé de nouvelles mesures pour gérer la production et permettre aux agriculteurs d’en vivre durablement.   Faut-il imaginer la prochaine constitution d’un cartel africain du cacao entre le Ghana et la Côte d’Ivoire, 60% de l’offre mondiale à eux seuls ? Un cartel susceptible de stocker les fèves pour faire remonter les prix mondiaux, lorsqu’ils chutent. Encore faut-il pouvoir financer ces stocks. Le Cocobod du Ghana n’a plus d’argent, quant à la Côte d’Ivoire, encore plus touchée par la baisse des revenus cacaoyers la moitié de ses exportations et 15% de son PIB, elle a demandé l’aide financière du Fonds monétaire international.  

Incapable d’écouler ses tomates, la Turquie bloque le blé russe  

Les différends diplomatiques entre Moscou et Ankara provoquent une escalade de sanctions commerciales qui deviennent un enjeu du référendum de dimanche en Turquie. La tomate turque ne peut toujours pas s’exporter en Russie. Et depuis un mois, le blé russe n’est plus le bienvenu en Turquie, ce qui pénalise les minotiers turcs. Incapable d’écouler ses tomates, la Turquie bloque le blé russe. On pensait la réconciliation en bon chemin entre Ankara et Moscou depuis le rapprochement de l’été dernier, six mois après le tir de l’armée turque, qui avait abattu un avion russe en plein ciel. Mais autant les charters de touristes russes ont retrouvé le chemin des stations balnéaires turques, autant la tomate de Turquie n’a toujours pas été autorisée par Moscou. Les trois quarts des tomates turques étaient destinées à la Russie, c’est un manque à gagner équivalent à 250 millions de dollars annuels pour l’agriculture turque. Le président Recep Tayyip Erdogan a défendu lui-même la cause de la tomate à Moscou le 10 mars dernier, mais rien à faire. Les nouveaux différends sur la Syrie se multipliant, la Turquie a du coup décidé de barrer la route au blé russe, qui en est pourtant le deuxième débouché mondial. Depuis le 15 mars dernier, les céréales russes, jusqu’à présent importées sans droit de douane, sont taxées à 130 %, ce qui réduit évidemment à zéro les arrivages. Pour remplacer le blé turc, la Turquie a importé en urgence des centaines de milliers de tonnes de blé des pays baltes, de Hongrie, et d’Ukraine, livrables ce mois-ci. Car la Turquie n’est pas seulement l’un des premiers pays consommateurs de pain par habitant, c’est aussi le premier exportateur au monde de farine. Les minotiers turcs, pour fournir tous les pays du Moyen-Orient, réclament le blé très protéiné de Russie, idéal pour les pains de cette région. Seront-ils livrés à temps et en qualité identique ? Leur mécontentement s’ajoute à celui des cultivateurs turcs, qui voient leur tomate pourrir au port, puisqu’elle n’a toujours pas de débouché russe, au point de devenir un enjeu du référendum de dimanche en Turquie.  

Industries extractives en Angola et au Niger: encore trop flou selon les ONG  

Les ONG ONE, Oxfam et Sherpa ont relevé des incohérences dans les déclarations de versements effectués par Areva au Niger, et par Total en Angola. Areva au Niger, Total en Angola... Malgré les efforts de transparence de ces entreprises françaises sur leurs rémunérations aux États où elles ont des gisements, le flou persiste, estiment ONE, Oxfam et Sherpa. Les ONG ont relevé des incohérences qui sèment le doute. En 2015, Total aurait ainsi versé 100 millions d’euros de plus que ce que l’État angolais dit avoir reçu en nature, c’est-à-dire en pétrole, de l’exploitation de son plus gros gisement, le bloc 17. Mais comment s’y retrouver puisque la loi française n’impose pas de déclarer le nombre de barils qui se cachent sous cette rémunération ? Tous les soupçons sont permis, estime Laetitia Liebert, directrice de Sherpa : que Total ait essayé de diminuer son bénéfice imposable en Angola, ou que l’Angola ait détourné une partie des barils à son profit... Quant aux versements d’Areva au Niger, les ONG s’étonnent. Le géant français de l’uranium a versé moins d’argent à l’État nigérien en 2015 qu’en 2014 : 15 millions d’euros de moins. Au lendemain pourtant d’une renégociation du contrat, exigée par la société civile nigérienne. Néanmoins, l’accord de partenariat stratégique a défini un nouveau calcul des redevances, le taux varie selon la rentabilité des mines. Or cette rentabilité s’est effondrée. Mais comme le soulignent les ONG, c’est le prix rapproché sur le marché mondial, très déprimé, qui a servi de base au prix d’enlèvement de l’uranium au Niger, et non le prix plus élevé des contrats à long terme, toujours de mise entre Areva et son principal client, l’électricien français EDF. De plus, le coût d’exploitation des mines au Niger a également explosé dans les comptes des filiales d’Areva, ce qui a encore diminué leur rentabilité, et donc la redevance qui en dépendait. Au bout du compte, le Niger reçoit 7 % des versements d’Areva et le Kazakhstan 75 %. Pourtant ces deux États fournissent la même part d’approvisionnement en uranium au groupe français : 27 %. Areva répond que les mines kazakhes sont beaucoup plus rentables que les mines nigériennes. Source: Transparence des industries extractives françaises : C’est encore flou !

Le prix du charbon à coke propulsé par les cyclones du Pacifique  

Le cyclone Debbie a durablement perturbé les exportations australiennes de charbon métallurgique utilisé dans l’acier chinois. Les prix ont doublé en deux semaines. Le prix du charbon à coke est propulsé par les cyclones du Pacifique. Il y a deux semaines le cyclone Debbie s'est abattu sur l'Australie, il a dévasté les infrastructures minières du Queensland, dans le nord-est du pays. Le réseau ferroviaire qui relie les mines de charbon australiennes aux deux principaux terminaux portuaires est toujours en grande partie hors d'usage et cela devrait durer quelques semaines encore. C'est pourquoi le géant minier australien BHP a déclaré force majeure. L'Australie, c'est la moitié de l'offre mondiale de charbon métallurgique de qualité, nécessaire à l'acier fabriqué en Chine, en Inde ou au Japon. Les acheteurs, bredouilles, doivent se tourner en urgence vers d'autres fournisseurs comme les Etats-Unis, où les producteurs de charbon, très mal en point financièrement, profitent de l'aubaine. Car les prix continuent de s'envoler sur le marché spot, le marché immédiat : la tonne de charbon à coke vient de dépasser le seuil des 300 dollars, contre 150 dollars au mois dernier. Deux réveils brutaux des prix en quelques mois C'est un total retournement du marché du charbon métallurgique. Depuis le début de l'année, les prix ne faisaient que baisser : on prévoyait un excédent de minerai en 2017, avec l'entrée en production de gisements en Mongolie, aux Etats-Unis. Mais c'est à une pénurie que l'on assiste, une pénurie aussi soudaine que l'an dernier, lorsque la Chine avait réduit le nombre de jours travaillés dans ses propres mines de charbon, ce qui avait précipité les aciéristes chinois sur le charbon à coke australien et propulsé les prix au niveau qu'ils retrouvent à nouveau aujourd'hui. En quelques mois, les prix du charbon à coke ont donc connu deux réveils très brutaux, après cinq ans de chute inexorable. Mais le contexte a changé, il n'est plus question de réinvestir massivement dans les mines de charbon métallurgique comme en 2011, après les inondations causées déjà en Australie, par le cyclone Yasi.  

Cajou d'Afrique de l'ouest: le Vietnam propose des prix record  

La noix de cajou africaine bénéficie de rémunérations record de la part du Vietnam. Mais gare au retournement du marché. Le Vietnam propose en ce moment des prix record à la noix de cajou d’Afrique de l’ouest. « 2000 dollars la tonne de noix brute au Ghana et au Bénin, c’est du jamais vu, rapporte N’Kalo dans son bulletin du marché, même en 2011. Du jamais vu au moment où les récoltes battent leur plein et où la disponibilité de noix de cajou brute est à son point culminant ». Mais le Vietnam est le premier pays de décorticage du fruit de l’anacarde et sa propre production aurait connu des déboires. Certains acteurs de marché comme le trader néerlandais Aldebaran, évoquent un plongeon de 30 % de la production vietnamienne. Si bien que pour la première fois de l’histoire, la noix de cajou décortiquée du Vietnam est plus chère que sa concurrente de l’Inde, deuxième géant mondial de la transformation.   Le Vietnam fait donc grimper les prix au producteur de l’anacarde en Afrique, mais attention au retournement du marché, avertissent les analystes de N’Kalo. Même si les pluies tardives au Vietnam ont été exceptionnellement handicapantes cette année, il y a probablement une énorme part d’exagération dans les estimations à la baisse de la production vietnamienne de cajou. Chaque année au printemps les acteurs vietnamiens annoncent une baisse de production pour faire remonter les prix de la noix décortiquée en Europe, après avoir en début d’année annoncé au contraire une bonne production vietnamienne pour faire baisser les prix de la noix brute en Afrique ! Par ailleurs si effectivement le niveau de la production vietnamienne déçoit, l’offre est attendue en hausse ailleurs, dans les deux zones qui produisent le plus de noix de cajou dans le monde : l’Afrique de l’ouest devrait dépasser 1,7 million de tonnes brutes, l’Inde 700 000 tonnes. C’est pourquoi le niveau très élevé des prix au producteur ouest-africain pourrait ne pas durer. Les analystes de N’Kalo conseillent à ces producteurs de tout vendre au fur et à mesure, mais suggèrent aux commerçants et aux transformateurs africains d’acheter de petites quantités, et de se tenir prêt à intensifier les volumes dès que les prix commenceront à baisser.

Hausse réflexe des cours du pétrole après l’attaque américaine en Syrie  

Vendredi les cours du pétrole ont gagné un peu plus de 2 % juste après l’attaque surprise des États-Unis en Syrie. Un impact réflexe mais limité. L’attaque américaine en Syrie a occasionné une réaction instantanée mais finalement limitée des cours du pétrole. Vendredi le baril de Brent a bondi de 2 % à plus de 56 dollars sur les marchés asiatiques, avant de perdre presque tous ses gains et de se repositionner à guère plus de 55 dollars. On est très loin de l’envolée consécutive à l’insurrection libyenne en 2011. La frappe surprise des États-Unis n’en est pas moins considérée comme un risque géopolitique par les marchés pétroliers. Non pas que la Syrie soit un pays producteur important : 30 000 barils par jour seulement, dix fois moins qu’avant la guerre. Mais les voisins de la Syrie sont d’énormes fournisseurs du marché mondial, de l’Irak à l’Iran et à l’Arabie saoudite. La frappe américaine augure-t-elle un durcissement entre Washington et Téhéran, allié de Damas, voire un retour des sanctions sur le pétrole iranien ? Ces éléments seraient propices à un resserrement de l’offre et donc à une hausse des cours. En revanche, si la Russie, elle aussi alliée de Damas, remet en cause son accord pétrolier avec l’Arabie saoudite, visant à diminuer la production, les cours pourraient s’effondrer de nouveau.   Mais la frappe militaire ordonnée par Donald Trump est ponctuelle, a-t-il insisté. Quant à la hausse des cours, elle avait déjà commencée il y a deux semaines, avec l’amélioration de la demande américaine - on entre dans la saison des grands déplacements automobiles. Les stocks d’essence diminuent aux États-Unis, même si les stocks de brut eux sont toujours à un niveau record, alimentés par une production américaine alléchée par la hausse des cours, depuis l’accord de l’OPEP. Mais il semble que les efforts du cartel finissent par payer non plus seulement sur la rémunération des barils, mais sur l’excédent mondial. Il se réduit en tout cas en mer : les stocks flottants de pétrole sont en baisse de 16 % depuis le début de l’année. Les marchés pétroliers, pour l’instant, n’imaginent pas l’OPEP remettre en cause ce résultat lors de sa prochaine réunion fin mai. Le pétrole était mercredi au plus haut depuis un mois, avant même la frappe américaine sur la Syrie.

Inde-Iran : le ton monte sur les hydrocarbures  

L'Inde menace de diminuer ses achats de pétrole à l'Iran, qui lui refuse le développement d'un champ gazier.   Le ton monte entre l'Iran et l'Inde sur les hydrocarbures. L'Inde est vexée que son consortium pétrolier ONGC ne soit toujours pas élu par Téhéran pour développer le champ gazier de Farzad B, découvert pourtant il y a neuf ans par ce même géant indien du pétrole, dans le golfe persique.Du coup New Delhi menace de diminuer de 20% ses achats de pétrole iranien, alors qu'elle en est le deuxième débouché, après la Chine.   « L'Inde et l'Iran ont pourtant des liens forts dans les hydrocarbures, les deux pays ont eu plusieurs projets de gazoduc », rappelle Jean-Pierre Favennec, Professeur à l'IFP School. L'Inde est également restée l'un des clients fidèles de l'Iran pendant toute la durée des sanctions occidentales - quand l'Europe, à la suite des Etats-Unis, n'achetait plus une goutte de brut iranien.   Des accords de troc avaient été conclus pour contourner les sanctions financières américaines. Téhéran avait aussi accordé des délais de paiement à l'Inde, une dette de six milliards de dollars que New Delhi dit avoir réglé en novembre dernier.   A l'époque l'Inde espérait encore - même si elle avait, sous la pression des Etats-Unis, retardé son offre à l'Iran -, se voir attribuer le développement du fameux gisement gazier Farzad B, promesse d'un approvisionnement futur, pour le printemps 2017.   Nous y sommes, mais l'Iran fait la fine bouche. « L'offre indienne (3 milliards de dollars pour faire jaillir le gaz dans cinq ans) n'est pas assez intéressante aux yeux de Téhéran, qui demande à ONGC de la réviser, résume Francis Perrin, président de Stratégies et Politiques Energétiques, sous peine de faire appel à d'autres compagnies ». Dont bien sûr les « majors » occidentales, à nouveau libres d'investir en Iran depuis la levée des sanctions l'an dernier.   En réponse l'Inde menace de diminuer d'un cinquième ses commandes de brut, mais l'Iran le prend à la légère : « Nous pouvons nous tourner vers d'autres acheteurs », rétorque le ministre iranien du pétrole. Dans les faits, « l'Inde a déjà tellement acheté de pétrole iranien depuis le début de l'année, souligne Philippe Sébille-Lopez, de Géopolia, moitié plus que l'an dernier, pour faire tourner les raffineries indiennes qui fournissent toute l'Asie, que l'Iran ne verrait même pas ses ventes de pétrole chuter ».  

Les agriculteurs européens dénoncent la concurrence déloyale du bio importé  

Les agriculteurs européens rejoignent le mouvement des producteurs antillais de banane. Ils demandent que les produits bio importés soient soumis au même cahier des charges pour pouvoir obtenir le label bio européen. La campagne coup de poing des producteurs antillais de banane contre le bio des pays tiers fait des émules, en Europe. Les coopératives agricoles européennes demandent à leur tour que Bruxelles impose aux produits bio importés un cahier des charges conforme au leur, et pas seulement équivalent. Une équivalence qui aboutit, dans la banane, à l'usage de produits phytosanitaires interdits dans l'Union européenne. Mais bien d'autres productions agricoles devraient être soumises aux mêmes exigences qu'en Europe, juge Caroline Ducourneau, directrice de la Fédération française des coopératives de fruits et légumes, Felcoop. « Tous les produits, que ce soit la tomate qui est faite au Maroc ou en Tunisie, on demande que les cahiers des charges soient exactement identiques. Toutes les coopératives de Felcoop ont des productions bio et sont engagés dans le bio. Coop de France soutient ce principe et représente beaucoup de producteurs bio au-delà des fruits et légumes, que ce soit dans la viande, les métiers des grains, tous métiers confondus. » Iceberg, droit devant Les coopératives espagnoles et italiennes très puissantes dans le bio donnent également de la voix, mais aussi les coopératives belges, elles ont vu débarquer cet hiver des salades iceberg bio des Etats-Unis dotées elles aussi par équivalence du label bio européen. En France, la Fédération nationale de l'agriculture biologique, la FNAB, demande elle aussi que le cahier des charges européen s'applique aux produits importés. Pour l'instant, explique Stéphanie Pageot sa présidente, on s'oriente après vers un compromis qui ne la satisfait pas : la conformité serait exigée pour les nouveaux produits étrangers labellisés bio, mais rien ne changerait pour les produits des pays tiers déjà pourvus du label européen, dont la banane bio des pays tiers...

Pétrole: le président vénézuélien renforce son contrôle  

Au Venezuela, la Cour suprême a maintenu le renforcement du pouvoir présidentiel sur le secteur pétrolier. C'est un point qui est passé plus inaperçu le week-end dernier au Venezuela : la Cour suprême a certes renoncé à élargir les prérogatives du président Nicolas Maduro, mais elle a maintenu le renforcement de son pouvoir en matière pétrolière. Le chef de l'Etat aura la possibilité de vendre pour le compte de la compagnie nationale PDVSA, une participation à un gisement, et de créer à sa guise des co-entreprises avec les compagnies étrangères. Le tout sans passer désormais par le Parlement. « Le Venezuela est financièrement aux abois, commente Philippe Sébille-Lopez, du cabinet Geopolia. Or les Russes et les Chinois sont prêts à verser du cash contre quelques accords pétroliers. Sans le législatif, c’est encore plus intéressant ». La Chine est déjà présente à travers le groupe public chinois CNPC, ce qui sécurise l'approvisionnement de l'Empire du Milieu. Mais c'est la Russie qui est la plus active, via son bras pétrolier Rosneft. Le groupe russe a déjà accru sa participation de 17 % à 40 % dans la co-entreprise Petromonagas, en échange de 500 millions de dollars, ce qui n'a pas été avalisé par le Parlement. Rosneft serait également sur le point d'entrer dans une autre co-entreprise, Petropiar. Le gouvernement Maduro espère ainsi renflouer plus rapidement les caisses de l'Etat, vidées par le plongeon des cours du baril. Le pays est tellement exsangue qu’il n'arrive plus à payer ses échéances ni à importer, non seulement les produits de base, mais même les adjuvants nécessaires à l'industrie pétrolière pour extraire le pétrole du pays. Un pétrole très lourd, rappelle Colette Lewiner, spécialiste du pétrole chez Cap Gemini. C'est ainsi que la production vénézuélienne va diminuer cette année, sans que ce soit lié à une quelconque injonction de l'OPEP. Le Parlement vénézuélien, contrôlé par l'opposition depuis la fin de l'année dernière, a déjà fait savoir que les structures pétrolières nouvellement créées ne seraient pas légales. On a même vu le chef de l’Assemblée nationale déchirer le document délivré par la Cour suprême. Autant dire qu'en dehors de la Russie et de la Chine, les compagnies étrangères ne vont pas se ruer pour investir au Venezuela, même si le pays latino-américain dispose des plus grandes réserves de pétrole au monde.

Cacao: les filières ébranlées par la chute des prix  

La Côte d’Ivoire a baissé de 36% le prix du cacao payé au producteur. C’est un aveu d’échec du système mis en place il y a cinq ans.   L’organisation ivoirienne de la filière cacao ne résiste pas au plongeon des cours. Le Conseil du Café-Cacao a dû se résoudre à baisser considérablement le prix au producteur pour la récolte intermédiaire. 700 francs CFA, 1,14 euro le kilo de fèves, c’est la plus basse rémunération depuis la réforme du système il y a cinq ans.   Cette réforme de 2012 devait pourtant mettre les producteurs à l’abri des fluctuations des cours mondiaux du cacao. En cédant par anticipation des droits d’exportation sur 80% de la récolte, le Conseil du Café-Cacao pouvait fixer le prix au producteur pour toute la campagne sans trop de risque. Défaillance C’était sans compter la défaillance des exportateurs. Une faiblesse du système pourtant pointée dans un audit dès 2012, et qui avait déjà mis à mal la filière à la fin des années 1990. Nombre de petits exportateurs, pariant à la hausse, n’ont pas fixé leur prix de vente : ils ont prix de plein fouet la chute des cours due à l’augmentation de la production mondiale et à la dégringolade de la livre sterling. Pas moyen d’acheter les fèves aux planteurs. 350 000 tonnes de cacao sont restées dans les champs, près de 20% de la production annoncée pour 2016-2017. Le Conseil du Café-Cacao a dû revendre à vil prix ces tonnages. En tardant à communiquer sur ses décisions, il a aggravé la défiance des investisseurs sur les marchés financiers du cacao et accéléré la chute des cours, au plus bas depuis 10 ans. 200 milliards de francs CFA de pertes L’Etat ivoirien a déjà reconnu 200 milliards de francs CFA de pertes, 300 millions d’euros. L’autorité de la filière ivoirienne annonce qu’elle veut désormais accroître son contrôle sur les intermédiaires, en s’inspirant du Ghana voisin, qui finance directement l’achat des fèves au producteur. Mais au Ghana, l’organe public qui s’en charge, le Cocobod, est lui aussi dans une mauvaise posture. Très endetté, il a déjà épuisé le montant du prêt bancaire international qui le finance et demande une rallonge.  

Le Salvador interdit l’exploitation minière des métaux  

Le Salvador devient le premier pays au monde à interdire l’exploitation minière des métaux. Le Parlement a voté à une large majorité cette semaine une loi qui interdit toute extraction de métaux dans le pays afin d’éviter la pollution de ses ressources d’eaux. Cette interdiction est le fruit de plusieurs années de combats acharnés de la société civile et de l’Eglise catholique contre les exploitations minières. Elle vise en particulier les exploitations d’or au nord du pays, connues pour leur impact sur les cours d'eau de la région. Le Salvador fait face à une pénurie d’eau douce liée au changement climatique. Le pays ne peut plus se permettre cette pollution estime Ricardo Navarro, directeur du Centre de technologie appliquée du Salvador. « Le Salvador n'est pas un pays très riche en or. Il y a juste de quoi faire gagner un peu d'argent à quelques entreprises. Avec cette loi, on ne se prive donc pas de revenus  importants. En revanche, pour extraire l'or, il faut utiliser beaucoup d'eau et de cyanure. Et cette eau polluée, elle reste ici. Or on a besoin d'eau potable, de forêts, de nourriture. Cette loi, c'est donc une grande victoire pour le pays. »   Le Salvador avait déjà décrété un moratoire sur les extractions de métaux, il y a presque dix ans. Une décision qui a provoqué la colère du géant minier australo-canadien Oceanagold. Ce dernier a demandé 250 millions de dollars de réparations au gouvernement salvadorien pour avoir refusé en 2008 un permis d'exploitation d’or, déjà pour des raisons environnementales.   A l’issue d’un procès long de 7 ans, l’entreprise  a été déboutée par la cour d'arbitrage de la Banque mondiale. Les partisans de cette interdiction espèrent maintenant que ses voisins vont suivre l’exemple. Le Guatemala et le Honduras abritent plusieurs mines de métaux,  et les trois pays ont en partage le fleuve Lempa, le plus important cours d'eau d'Amérique centrale.

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