Chronique des Matières Premières

Chronique des Matières Premières

France

Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus. ** Cette chronique s'arrête du 29 juin au 30 août 2015. ** Retrouvez les sujets traités par cette émission sur RFI SAVOIRS = http://savoirs.rfi.fr/

Episodes

L'envers du décor de l'aquaculture  

Un nouveau rapport souligne les conséquences dramatiques de l'aquaculture. De plus en plus souvent, les poissons d'élevage sont nourris avec de la farine issue d'autres poissons moins prisés des consommateurs. Conséquence : les chalutiers se ruent sur ces petits poissons de haute-mer pour alimenter l'industrie d'élevage et les populations locales, qui se nourrissent de ces poissons, se voient privées de cette ressource en protéines. Le rapport, « L'envers du décor de l'aquaculture », dresse un tableau des plus alarmistes. Depuis 1950, un quart des poissons pêchés ont été réduits en farine et en huile pour alimenter l'industrie de l'élevage. Une industrie qui n'a fait que grandir pour répondre à la demande mondiale croissante et à la diminution des captures en milieu naturel.   Problème : les poissons pêchés pour être transformés en farine sont pourtant presque tous comestibles, ce qui enfreint un code de la pêche responsable de l'ONU.   Sardines et anchois constituent le principal aliment des poissons carnivores sauvages mais aussi des populations côtières. C'est au large des pays en développement, en Afrique de l'Ouest particulièrement, que des bateaux-usines venus principalement d'Asie et d'Europe viennent pêcher « en concurrence directe avec les pêcheries vivrières locales ». Le rapport, fruit d'une collaboration de l'ONG française Bloom et d'universitaires canadiens dénonce des pratiques qui engendrent à la fois une insécurité alimentaire pour les populations locales et menace l'environnement de la faune maritime. Et ce n'est pas fini.   Ce qui est à craindre, c'est la hausse de l'utilisation de ces farines.   En Asie, où la demande en poissons d'élevage est croissante, ces farines sont très prisées. Elles donnent, dit-on, une plus grande taille et un meilleur goût aux poissons d'élevage. Elles ont aussi de tout temps servi à nourrir porcs, poules et autres animaux domestiques.   L'ONG Bloom et les universitaires auteurs du rapport préconisent le retour à des méthodes ancestrales –utilisées en Asie il y a des siècles– qui intègrent toutes les ressources du vivant autour des élevages. Mais surtout, les auteurs rappellent la solution idéale : une réduction de la consommation des protéines par les pays développés.

Traders de matières premières: des «maîtres du monde» devenus fragiles  

Qui sont les traders de matières premières ? Cette profession méconnue a souvent mauvaise réputation. Elle n'en est pas moins indispensable, estime Jean-Pierre Boris. Notre confrère dresse dans son dernier ouvrage le portrait de ces « Traders, vrais maîtres du monde ».   Percer le mystère d’entreprises souvent géantes, mais largement méconnues. C’est l’objectif de Jean-Pierre Boris dans son ouvrage « Traders, vrais maîtres du monde ». Ces négociants : Dreyfus, Cargill, Trafigura, Glencore... sont associés aux produits les plus consommés de la planète : blé, pétrole ou cuivre. Pourtant le secret reste chez eux la règle. Jean-Pierre Boris : « Contrairement à d’autres groupes, Nestlé, Renault, Google, ils n’ont pas affaire au grand public, ils ne fournissent pas de produits de consommation courante. Ils achètent à des mineurs ou à des producteurs de blé, de vanille et ils vendent à des industriels pour l’essentiel. Il y a une tradition de confidentialité qui est liée à la concurrence acharnée qu’ils se livrent, qui est liée aux difficultés qu’ils affrontent politique, au va-et-vient des cours et donc tout ça les a poussés à rester discrets. » Lorsque le secret est levé, c’est qu’une affaire éclate, comme la pollution du cargo de déchets pétroliers du Probo Koala. Les traders n’ont du coup pas très bonne réputation. Ils sont d’ailleurs les premiers à juger leurs propres collègues « immatures, voraces et sans scrupules ». Pourtant, estime Jean-Pierre Boris, le négociant rend un véritable service. « C’est un rôle d’intermédiaire, de preneur de risque en quelque sorte. Ce sont des gens qui sont en permanence dans l’anticipation, qui doivent se demander en permanence si telle zone va avoir besoin de blé ou de cuivre. Et ils sont obligés de par leur métier à s’en procurer au meilleur prix pour essayer de le fournir également au meilleur prix aux gens qui en auront ultérieurement besoin. C’est le risque qu’ils assument : ils peuvent se tromper, gagner beaucoup d’argent comme en perdre beaucoup. » Ces parasites indispensables, vrais maîtres du monde, ne sont donc pas à l’abri d’une faillite, c’est arrivé en 2009 à Dunavant, l’un des traders de coton les plus respectés. Concentrant de plus en plus de fonctions, banquiers, entrepôts, transporteurs, et mêmes producteurs et transformateurs de matières premières, l’un de ces géants pourrait, en disparaissant, mettre en danger l’approvisionnement et donc l’économie mondiale. Aussi brutalement qu’une grande banque comme Lehman Brothers.   À lire : Jean-Pierre Boris. Traders, vrais maîtres du monde. Enquête sur le marché des matières premières. Editions Tallandier, 2016.  

L'essor de la filature vietnamienne favorise le coton américain  

Depuis six ans, l'industrie textile vietnamienne est en plein boom. Elle soutient la hausse des cours de l'or blanc qui connaissent aujourd'hui leur plus haut niveau depuis deux ans. D'après un rapport de l'USDA, le ministère de l'Agriculture américain, paru cette semaine, les Etats-Unis en sont les grands bénéficiaires. C’est un des nouveaux dragons du textile mondial. Le Vietnam, est devenu en six ans, le troisième fournisseur d’habillement de la planète. Ses exportations textiles augmentent en moyenne de 20 % chaque année. À ce rythme, le secteur devrait générer plus de 40 milliards de dollars d’ici 2020. En conséquence, le Vietnam a faim de coton. Sa production domestique est insignifiante. D’après le rapport du ministère de l’Agriculture américain, le pays a importé 5 millions de balles de coton durant la saison 2016-2017... Les balles sont l’unité de mesure de l’or blanc. Il s’agit de paquets de coton égrainé de 230 kilos. Depuis plus d’un an donc, ce pays d’Asie du Sud-Est est devenu le deuxième plus gros importateur de coton au monde, après le Bangladesh. Un partenaire de choix pour les États-Unis qui sont eux, le premier producteur d’or blanc de la planète. Le coton américain représente aujourd’hui la moitié des importations vietnamiennes.  Accord de libre-échange   L’essor de la filature vietnamienne date de 2010, année de la signature d’un accord de libre-échange entre la Chine et l’ASEAN, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est. Il autorise l’entrée du fil de coton, c’est-à-dire le coton transformé, en provenance de ces pays, dont le Vietnam, sans droits de douane sur le territoire chinois. Comme le coton chinois est cher, il devient plus rentable pour les filatures chinoises de se délocaliser en Asie du Sud-Est, d’acheter du coton sur le marché mondial, pour exporter ensuite le produit transformé en Chine. C’est ainsi que le Vietnam accueille des milliards d’investissements chinois.   Qu’à cela ne tienne pour les producteurs des États-Unis qui bénéficient indirectement de cet essor sud-est asiatique. Mais encore faut-il que les Américains maintiennent de bons rapports avec cette région. Le mois dernier, le président Donald Trump a retiré les États-Unis du partenariat Transpacifique (TTP), un traité de libre-échange avec onze autres pays de l’océan Pacifique. 

Au Nigeria, le milliardaire Dangote se lance dans le riz  

Au Nigeria, Dangote rice, filiale rizicole du milliardaire Aliko Dangote, lance son programme de rizières. La phase pilote démarre aujourd'hui. L'objectif est de produire 225 000 tonnes de riz d'ici la fin de l'année et, à terme, de réduire les importations nigérianes. 25 000 hectares de rizières devraient être mis en culture d'ici la fin de l'année, dans trois Etats du nord du Nigeria. Il s'agit des Etats de Jigawa, Zamfara et Sokoto. C'est dans ce dernier que démarre aujourd'hui la phase pilote : 500 hectares, cultivés dans la zone du barrage de Goronyo. Dangote Rice entend produire 225 000 tonnes de riz blanc en un an, soit déjà 4% de la demande domestique annuelle. 50 000 paysans, organisés en coopératives, cultiveront la céréale, et 260 emplois d'agronomes seront créés. Le projet est ambitieux : Dangote Rice espère d'ici 5 ans produire plus d'un million de tonnes de riz, soit 16% de la consommation nigériane. Le projet est ambitieux, mais il est aussi, plus que jamais, nécessaire au pays, qui traverse une grave crise économique. Depuis plus de 10 ans, le Nigeria est le premier importateur mondial de riz. Le géant africain en consomme près de 6,5 millions de tonnes par an, et n'en produit que 2,5 millions. Le reste est donc fourni par les importations et la contrebande. Manque de liquidités Un commerce dont le Nigeria n'a plus vraiment les moyens. Pendant quatre ans, les cours du pétrole, principale ressource du pays, ont dégringolé et le pays se retrouve aujourd'hui à court de devises étrangères. Pour limiter la casse, Lagos a dévalué sa monnaie et interdit l'importation d'un certain nombre de produits par voie terrestre, notamment le riz. Mais encore faut-il que la production nationale couvre la demande. D'où l'urgence de stimuler le secteur. Autre défi: social cette fois. A travers la production rizicole, Aliko Dangote ne cache pas son ambition de participer au développement économique du nord du pays et par là même à l'affaiblissement de Boko Haram. La rébellion islamiste continue de sévir et les conséquences sont dramatiques. D'après un rapport de la FAO, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation, 11 millions de Nigérians sont aujourd'hui menacés d'insécurité alimentaire dans cette région. Plus de 120 000 risquent la famine. →Re(lire): Le chemin de croix du riz béninois

Malgré ses promesses de réduction, la Chine augmente sa production d'acier  

La Chine a augmenté ses capacités de production d'acier en 2016, selon un rapport de l'ONG Greenpeace Asie orientale et de Custeel, un cabinet d'études spécialisé. Pour lutter contre la saturation du marché, Pékin s'était pourtant engagé à les réduire. 36,5 millions de tonnes d'acier. Ce sont les capacités de production supplémentaires dont s'est dotée l'économie chinoise l'année dernière. Deux fois la production totale du Royaume-Uni. La Chine produit à elle seule plus d'un milliard de tonnes d'acier par an, soit la moitié de la production mondiale. Pendant 25 ans, ce métal a surtout été destiné au marché national. En plein boom économique, le pays a construit à tour de bras infrastructures et logements. Mais, aujourd'hui, l'économie du géant asiatique ralentit. Pour ne pas fermer d'usines, supprimer des emplois ou encore perdre des parts de marché, les producteurs chinois préfèrent casser les prix et inonder le marché mondial d'un acier vendu presque à perte. De quoi irriter l'Europe et les Etats-Unis qui ont pris l'année dernière une batterie de mesures protectionnistes. Pour calmer le jeu, Pékin a donc promis l'année dernière de réduire de 150 millions de tonnes ses capacités de production d'ici 2020. Aujourd'hui, le géant se targue d'avoir déjà réalisé la moitié du chemin, en en ayant déjà supprimé 85 millions de tonnes. Greenpeace dénonce un bluff Un beau coup de bluff d'après Greenpeace et Custeel. Selon le rapport, les trois quarts des infrastructures fermées l'année dernière étaient déjà à l'arrêt. En outre Pékin mène une politique contradictoire avec ses engagements. Pour soutenir son économie, la Chine a notamment appuyé le secteur de la construction, créant un mini-boom. D'autre part, les autorités locales ont également maintenu l'activité sidérurgique pour éviter de perdre des rentrées fiscales. Au final, d'après le rapport, certaines usines mises en veille ont été rouvertes et certaines provinces auraient même ajouté de nouvelles capacités de production pour près de 12 millions de tonnes par an. Fin janvier, la Commission européenne a annoncé de nouvelles mesures anti-dumping contre certains aciers chinois, avec des taxes comprises entre 30 et 65%. Des mesures qui ne suffisent pas à infléchir la politique de la Chine, malgré le bras de fer que lui imposent les Occidentaux.

Diamants: la Saint-Valentin peine à relancer les ventes  

Terne début d'année pour le diamant en bijouterie. Alors que le prix des pierres brutes repart à la hausse, les prix de vente au détail reculent. L'industrie du diamant est prise en tenaille. La Saint-Valentin peine à relancer les ventes de diamant. Tiffany a vu son chiffre d'affaires baisser pendant les fêtes de fin d'année. Au mois de janvier 2017, le prix des diamants polis a chuté de 7%. Les bijoux haut de gamme sont les plus touchés. Mais les pierres taillées de petite taille ont également moins de succès, alors que les ventes sur internet et en Asie de bijoux moyen et bas de gamme étaient pourtant devenues le nouveau relais de croissance de l'industrie du diamant. L'Inde n'aurait de toute façon pas pu fournir beaucoup plus de petites pierres polies : depuis trois mois, les ateliers du champion mondial de la taille de diamant, à Surat, ont beaucoup de mal à se fournir en pierres brutes, qu'ils achètent habituellement en espèces : le 8 novembre dernier, le gouvernement de Delhi a retiré brutalement les grosses coupures de la circulation. Le prix des diamants bruts en hausse La situation monétaire semble se stabiliser depuis quelques jours en Inde, du coup les ateliers indiens qui ont épuisé leur stock de diamant brut se remettent à acheter massivement des pierres, mais le prix de leur matière première augmente ! Les producteurs de diamant brut ont digéré l'excédent de production minière, qu'ils traînaient depuis quatre ans. Ils augmentent à nouveau les prix, avec une hausse de 2 à 3% en janvier. C'est la plus mauvaise configuration pour une industrie diamantaire prise en étau, puisqu'elle achète le diamant brut plus cher et qu'elle vend moins de bijoux de diamant. Le consommateur est de plus en plus préoccupé par l'origine du diamant et il est de plus en plus tenté par le diamant synthétique.

Chili, Indonésie, les deux plus grandes mines de cuivre au monde à l'arrêt  

La grève, au Chili, de la première mine de cuivre au monde, Escondida, s'ajoute au blocage des exportations indonésiennes visant la mine géante de Grasberg. De quoi perturber le marché du cuivre. Les deux plus grandes mines de cuivre au monde sont à l'arrêt. La première, Escondida, au Chili, est en grève depuis ce jeudi, 9 février 2017. Les 2500 salariés n'ont pas obtenu du propriétaire, l'Australien BHP Billiton, le bonus qu'ils réclamaient, pour les nouveaux employés comme pour les anciens. En conséquence, 5% de la production mondiale est immobilisée. De l'autre côté du Pacifique, dans la partie indonésienne de l'île de Papouasie, la mine géante de Grasberg, aux mains de l'Américain Freeport McMoRan, n'a plus de licence d'exportation pour son concentré de cuivre depuis le 12 janvier 2017. Les autorités indonésiennes changent de nouveau les règles du jeu, pour pousser les groupes miniers à raffiner le concentré sur place. Après la bauxite et l'étain, c'est au tour de la production de cuivre de subir des contraintes. Comble de malchance pour le producteur Freeport, la seule usine de raffinage qu'il fournit sur le sol indonésien est elle aussi en grève ! A nouveau 5% de la production mondiale de cuivre immobilisée. Des groupes miniers à la bourse plus serrée Si l'on additionne, cela fait 10% de l’offre mondiale. Et la proportion pourrait augmenter si les conflits sociaux se multiplient dans les mines de cuivre, en particulier au Chili, premier producteur mondial - c'est l'année du renouvellement des conventions salariales. Or les groupes miniers ne sont plus aussi généreux avec leurs employés depuis la chute des prix des métaux. Rappelons que la tonne de cuivre valait plus de 10 000 dollars il y a exactement six ans. Elle en vaut aujourd’hui, en février 2016, moins de 6000. Le cuivre vaut pourtant un peu plus cher qu’en août 2016. C'est l'effet Trump, avec ses promesses de relance par les infrastructures aux Etats-Unis, et l'effet du regain chinois sur les métaux. Pour l'instant il y a encore un excédent de cuivre sur le marché mondial. Mais 25 jours de grève à la mine chilienne d'Escondida suffiraient à le tarir et à faire remonter davantage les prix.

Donald Trump remet en cause la loi sur les minerais de la guerre en RDC  

La nouvelle administration américaine veut détricoter l'article de loi sur les minerais de la guerre en République démocratique du Congo. Un recul très regrettable aux yeux des ONG, d'autant que la réglementation américaine a fait école, malgré la difficulté de sa mise en œuvre. Donald Trump remet en cause la loi sur les minerais de la guerre en République démocratique du Congo. Cet article de la loi Dodd-Frank impose depuis 2010 aux entreprises américaines cotées en Bourse de publier ce qu'elles versent aux Etats miniers et de remonter toute la chaîne d'approvisionnement des pièces composant leur produit pour s'assurer qu'elles ne contiennent pas de tantale, d'étain, de tungstène ou d'or qui aurait financé les groupes armés en RDC. Un véritable casse-tête pour les entreprises d'informatique américaines, qui ne font qu'assembler des composants fabriqués en Asie, à partir de métaux rares raffinés aux quatre coins de la planète, en quantités de plus en plus infimes : aujourd'hui, il faut une loupe pour voir les condensateurs de téléphones portables qui contiennent du tantale. Tracer le coltan, le minerai à l'origine de ce métal est d'autant plus difficile pour les entreprises en bout de chaîne que les lots sont petits, et qu'en RDC ils viennent aussi bien par de mineurs professionnels qu'informels pour se retrouver mélangés dans les mêmes centrales d'achat de Goma, dans l'est du Congo, pour être concentrés. Sans parler de la contrebande vers le Rwanda et l'Ouganda. Pour l'étain les transformateurs asiatiques ont pu se rabattre sur l'Indonésie et la Birmanie, mais la RDC est restée incontournable pour se fournir en tantale, le coltan y est tellement abondant et peu cher que les mines des autres continents ont fermé, de l'Australie au Canada. Seuls l'Ethiopie et le Mozambique ont pu devenir une origine concurrente viable de tantale. La filière a donc dû faire des efforts pour se conformer à la loi américaine, non sans avoir tenté de multiples recours en justice et réussi à en faire annuler des dispositions au Congrès il y a peu. Certains raffineurs spécialisés aux Etats-Unis et en Allemagne ne s'approvisionnent plus qu'à partir de mines certifiées qu'ils connaissent. En RDC, la production d'étain s'est officialisée à Bisie pour fournir le transformateur malaisien MSC. L'extraction artisanale de coltan connaît un semblant d'organisation en coopératives au Congo. Et la loi américaine a été transposée en Europe et jusqu'en Chine. Sa remise en cause est qualifiée de grave recul par l'ONG Amnesty International.

Espagne : le gel a triplé le prix des légumes de contre-saison  

Courgette, aubergine, mais aussi brocolis et salade. Tous ces légumes valent deux à trois fois plus cher en Europe depuis le début de l'année. La faute au mauvais temps en Espagne. Cette année, l'Europe du Nord devra renoncer à la ratatouille en plein hiver. Les légumes qui la composent, courgettes et aubergines ont vu leur prix de gros tripler depuis le début de l'année. La faute aux inondations et au gel qui se sont abattus sur l'Espagne, jusqu'en Andalousie. Les serres de la région d'Almeria n'y ont pas résisté. L'Espagne fournit aussi beaucoup de brocolis en hiver, et il est très rare en ce moment. Quant à la sucrine, une variété de salade fournie par l'Espagne et de plus en plus prisée dans le reste de l'Europe, c'est la pénurie. En Grande-Bretagne, on a dû rationner les consommateurs. La France est beaucoup moins touchée par ces restrictions : la grande distribution hexagonale s'est plus rapidement tournée vers le Maroc pour s'approvisionner en légumes de contre-saison. Et les Français consomment de toute façon beaucoup moins de légumes d'été en plein hiver. « Ils sont plus raisonnables que les Britanniques, ironise le président de Légumes de France, Jacques Rouchaussé. L'hiver ils mangent de la salade classique, de l'endive, de la mâche ». Poireaux, choux, carottes et navets ne manquent pas non plus, c'est l'occasion de manger les légumes d'hiver qui apportent le plus de nutriments. Il n'empêche que la France importe elle aussi de plus en plus de légumes, la moitié de sa consommation. Les terres consacrées au maraîchage régressent beaucoup plus vite que le reste des surfaces agricoles, se lamente Jacques Rouchaussé. « On perd des hectares de culture de mâche, d'asperge et de carottes au profit de l'Espagne et de l'Allemagne, qui n'ont pas les mêmes contraintes environnementales ni les mêmes coûts de main d’œuvre que la France. »  De la même façon l'endive de Belgique se vend souvent plus aisément au nord de la France.

Maïs : la chenille légionnaire d'automne débarque en Afrique  

C'est un fléau nouveau pour les céréales en Afrique : venue d'Amérique, la chenille légionnaire d'automne progresse du nord-ouest au sud du continent. Elle vient d'être détectée en Afrique du Sud, où elle menace les récoltes de maïs. La chenille légionnaire d'automne débarque en Afrique, ce qui inquiète terriblement la FAO, l'organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation. Car cette larve de papillon venue d'Amérique s'attaque en particulier au maïs, et sa présence a été confirmée en Afrique du Sud, grenier à maïs du continent africain. La chenille légionnaire d'automne était inconnue en Afrique, plus habituée à la chenille légionnaire africaine, contre laquelle d'ailleurs l'Afrique du Sud s'était mise à cultiver du maïs transgénique, contenant un insecticide. Mais la cousine américaine de la chenille légionnaire est encore plus redoutable, ses mandibules peuvent s'attaquer même aux grains des céréales, 90% des récoltes peuvent être anéanties. C'est à cause de ce ravageur du maïs que le Brésil a lui-même introduit la culture du maïs OGM. Une menace préoccupante pour la FAO A l'état de papillon, la chenille légionnaire d'automne peut progresser de 2 000 km par an, aidée par le vent. Apparue au Nigeria au début de l'année dernière, elle a très vite été signalée au Bénin, au Togo, au Niger et même à São Tomé et Príncipe. Depuis quelques semaines, l'insecte sévit en Afrique australe, où il pourrait ravager le maïs, la base de l'alimentation : la Namibie, le Mozambique, le Zimbabwe, le Malawi l'ont signalé et désormais l'Afrique du Sud. Pour l'instant, seules deux provinces sont touchées, au nord de l'Afrique du Sud, et l'on prévoit dans ce pays indispensable à l'approvisionnement de toute la région une récolte de maïs supérieure de 60% à celle de l'an dernier, donc très confortable. Mais la menace est suffisamment importante pour que la FAO convoque une réunion d'urgence mardi prochain à Harare, la capitale zimbabwéenne. D'autant que l'Afrique australe n'est pas encore sortie d'une crise alimentaire causée par deux années de sécheresse consécutives, où la récolte sud-africaine de maïs avait été réduite d'un tiers en 2015 puis de la moitié en 2016, au point que Pretoria, habituellement fournisseur de maïs à toute la région, avait dû importer du maïs du Brésil.

Noix de cajou: une campagne ouest-africaine précoce et plus abondante  

Le ramassage de l'anacarde a commencé plus tôt cette année en Afrique de l'Ouest. La récolte de noix de cajou s'annonce meilleure qu'en 2016, ce qui pourrait faire baisser les prix record de l'an dernier. C’est une campagne d’anacarde précoce et abondante qui se prépare en Afrique de l’Ouest. En Côte d’Ivoire, le ramassage a débuté dès la fin du mois de décembre avec plusieurs semaines d’avance, témoigne le directeur d’une coopérative de Bondoukou dans l’est du pays. Joint vendredi Sekongo Fonibe attend impatiemment le lancement officiel de la campagne ivoirienne : le Conseil du coton et de l’anacarde donnera alors le prix minimum au producteur. L’an dernier, il était de 350 francs CFA le kilo. Mais ce prix plancher avait été allègrement dépassé au fur et à mesure que la récolte ivoirienne montrait des faiblesses, à cause du retard des pluies. La Côte d’Ivoire avait été rétrogradée à la deuxième place derrière l’Inde pour la production de noix brute, après s’être hissée au premier rang mondial en 2015. Un prix maximum déjà atteint pour l’ensemble de l’année 2017 ? Mais les producteurs ivoiriens avaient reçu deux fois plus d’argent de leurs acheteurs, un record, reflet de la tension mondiale sur le marché international. Cette année, le directeur de la coopérative espère que le prix minimum atteindra 500 francs CFA. Mais ce pourrait être en fin de compte le prix maximum atteint en 2017, estime un expert de Rongead. La production ivoirienne va progresser de 5 à 10 % pour atteindre à nouveau plus de 700 000 tonnes, les conditions météo sont meilleures et les jeunes anacardiers plantés au cours des dernières années donnent de plus en plus de fruits. La récolte indienne est également plus fournie. Le prix mondial de la noix de cajou ne retrouvera donc pas cette année le niveau historique d’octobre et novembre : 2400 dollars la tonne de noix brute. Une inflation telle l’an dernier que les usines ivoiriennes, récentes, n’avaient pas pu acheter la matière première. La noix de cajou de Côte d’Ivoire était massivement partie au Vietnam pour être décortiquée. Cette année, les niveaux de prix plus raisonnables devraient permettre plus de transformation africaine de l’anacarde.

Les Philippines stoppent la moitié de leur production de nickel  

Les Philippines, premier pays exportateur de nickel au monde, décident d'arrêter la production de 28 mines, pour des raisons environnementales. Les Philippines décident de stopper la moitié de leur production de nickel. Ce qui pourrait doper davantage les cours du métal (de moins de 8 000 dollars en février la tonne est passée à près de 10 500 dollars ce jeudi, mais on est encore loin des 23 000 dollars de 2011). Depuis l'arrivée de Rodrigo Duterte à la présidence de l'archipel asiatique, il y a six mois, une quarantaine de mines étaient soumises à un audit pour savoir si elles respectaient l'environnement. Le verdict est tombé à Manille : 23 mines devront fermer, cinq sont suspendues. Elles menaceraient l'eau et les forêts.   Il s'agit en quasi-totalité de mines de nickel, développées à la va-vite aux Philippines depuis 2014, lorsque l'archipel voisin, l'Indonésie, a mis fin à ses exportations de minerai non raffiné.   Les Philippines sont en deux ans devenues le premier fournisseur mondial de minerai brut de nickel pour l'acier inoxydable chinois. Mais au prix d'un développement minier anarchique. « Le même phénomène s'était produit en Malaisie avec la bauxite, rappelle Christian Hocquard, économiste des métaux, lorsque l'Indonésie avait là encore cessé d'exporter du minerai brut. » Les autorités de Kuala Lumpur avaient elles aussi fini par fermer certains gisements trop polluants.   Si les autorités de Manille parviennent à leur tour à mettre en œuvre leur décision, c'est 10% de la production mondiale de nickel qui pourrait être retirée du marché, déjà en déficit depuis l'an dernier.   Mais la Chambre philippine des mines a déjà réagi : les compagnies minières vont faire appel. Par ailleurs « la plupart des gisements sont aux mains de petites sociétés difficiles à contrôler, il pourrait y avoir de la contrebande de nickel vers la Chine », estime l'expert Didier Julienne.   « Si la décision de Manille est psychologiquement une bonne nouvelle pour les prix du nickel », au profit de productions plus propres, comme en Nouvelle-Calédonie, « l'interdiction risque de ne pas réduire tant que cela les volumes exportés vers la Chine », où le minerai philippin de faible teneur est mélangé à la fonte de nickel indonésienne, de meilleure qualité désormais, pour produire de l'inox chinois.

Le hamburger américain fait grimper le prix du beurre en Europe  

Les prix du beurre sont à des niveaux historiques en Europe. La production a chuté, alors que la demande mondiale est forte. L'Europe s'est mise à exporter du beurre… jusqu'aux Etats-Unis. Le fait que McDonald's ait réintroduit le beurre dans ses produits n'est pas étranger à la hausse des prix de cette matière grasse, jusqu'en Europe : la tonne de beurre européen se vend 4 500 euros contre 2 500 euros en avril dernier. Une hausse de 80% ! La consommation de beurre stagne, pourtant, en Europe. Elle régresse même en France, où l’on a encore la plus grande consommation par habitant. Mais l'Europe produit aussi moins de lait depuis l'an dernier, après la crise de surproduction et de prix bas de 2014 et 2015, qui a découragé beaucoup d'éleveurs au niveau mondial.   La production laitière a chuté en 2016, de l'Europe à la Nouvelle-Zélande. Grand exportateur également l'Argentine a vu sa collecte amoindrie par les pluies qui ont coupé les routes. Seuls les Etats-Unis ont augmenté leur production laitière, mais ils consomment de plus en plus de beurre, réhabilité jusque dans leur « fast food ». D'où leur recours aux importations.   Le Mexique a également besoin d'importer du beurre, la Chine est revenue aux achats de tous les produits laitiers après deux ans d'accalmie, l'Arabie saoudite, l'Egypte, tous ces pays se sont approvisionnés davantage en beurre auprès de l'Europe. Du coup l'Europe est parvenue, malgré l'embargo russe sur ses produits agricoles, à augmenter de 26% ses exportations de beurre vers les pays tiers. L'effet de change a joué son rôle, l'euro s'étant affaibli face au dollar.   Alors que les stocks de poudre de lait sont encore très pleins en Europe, les stocks de beurre fondent et les prix s’envolent. Une aubaine pour l'industrie laitière européenne. Un sale coup pour les boulangers, les pâtissiers et l'industrie agro-alimentaire du Vieux continent.   Quant aux particuliers, ils subissent très inégalement cette flambée des prix en Europe. En Allemagne, la plaquette de beurre a déjà augmenté de 40% ; en France, la valse des étiquettes se fait attendre.  

Trêve du Nouvel An chinois à la bourse des métaux de Londres  

De plus en plus connectée à la Chine, la bourse des métaux de Londres fonctionne au ralenti pendant le Nouvel An chinois. La trêve du Nouvel An chinois s'impose aujourd'hui à la Bourse des métaux de Londres. Presque autant que la trêve des confiseurs, entre Noël et le 1er janvier. Le Financial Times rapporte que ce lundi, les opérations sur les contrats de référence de cuivre et d'aluminium à Londres, ont été divisées par deux par rapport à la normale. Les traders londoniens semblent même s'être calqués sur le calendrier chinois pour prendre leurs congés ! Les bourses des métaux de Shanghai et de Dalian sont fermées à l'occasion du Festival de printemps, l'appellation officielle du Nouvel An chinois. Du coup, à la bourse de Londres les courtiers hésitent à prendre des positions sur des volumes importants de contrats de métaux. Les opportunités d'arbitrage entre les différentes places boursières disparaissent également. Cela ne veut pas dire que le commerce physique de métal s'interrompt pour autant mais les transactions papier sont beaucoup plus faibles.   Une preuve s'il en fallait encore de l'importance prise en dix ans par la Chine sur le marché mondial des métaux, dont elle est le premier producteur et le premier importateur au monde. Une importance qui s'est encore accrue en 2016 : les investisseurs chinois sont revenus en masse sur les marchés à terme, à nouveau confiants dans l'économie chinoise, ils ont aussi voulu se protéger de la hausse du dollar, en achetant des matières premières libellées en billet vert.   Le paradoxe c'est que la bourse de Londres, pourtant propriété chinoise depuis quatre ans, n'a pas profité de l'embellie des métaux l'an dernier, les transactions ont même diminué de 8% alors qu'elles ont augmenté de 34% à New York. C'est pourquoi le directeur du London Metal Exchange a non pas pris des vacances pour le Nouvel An chinois, mais démissionné la semaine dernière. Gary Jones a cédé la place à Matthew Chamberlain, 34 ans, très favorable à l'essor du trade électronique des métaux dans cette maison vieille de 140 ans.

Banques et matières premières: des liens séculaires remis en question  

Régulation, nouvelles technologies... les banques doivent faire évoluer leur rôle historique dans le commerce des matières premières.   Les banques ont avec les matières premières des liens séculaires. Au Moyen-Âge, les marchands et les armateurs sont devenus les grands banquiers de Venise, de Florence ou d’Augsbourg. Depuis cette époque c’est la même liasse de documents, le « connaissement », qui permet à la banque de suivre la marchandise tout au long de son parcours. La crise de 2008 a modifié les pratiques, les États ont accru les obligations de fonds propres ainsi que la réglementation, explique David Leboiteux, auteur avec Fabien Constant de l’ouvrage Banques et matières premières : « On demande la connaissance des clients, mais aussi est-ce que la transaction fait du sens ? Est-ce que la cargaison de riz qu’on finance entre la Thaïlande et la Côte d’Ivoire et le Congo est au bon prix ? Quels sont les acteurs ? Est-ce que l’acteur thaïlandais fait partie d’une liste de sanctions de l’OFAC par exemple pour parler des États-Unis, sur une liste de sanctions des Nations Unies ou de l’Union européenne ? »   Le défi de la dématérialisation des documents   Les banques européennes, qui finançaient traditionnellement les campagnes de coton ou de cacao, et le commerce des matières premières, ont réduit la voilure face au manque de liquidités puis face au risque dollar. De nouveaux acteurs sont apparus : les banques des pays émergents et notamment les réseaux africains, dont Ecobank. Mais aussi les hedge funds, des fonds pas encore soumis aux mêmes contraintes. Nouveau défi aujourd’hui pour les banques : la dématérialisation par les nouvelles technologies financières, dont la « blockchain ». « Beaucoup de banques aujourd’hui font partie d’un consortium, R3, dont le but est de réfléchir à occuper le terrain pour que ce terrain ne soit pas occupé par des acteurs non bancaires, explique David Leboiteux, pour que les banques ne perdent pas leur statut de tiers de confiance ».   La blockchain a été testée avec succès pour suivre l’expédition d’un conteneur de coton américain par un importateur chinois. Un autre produit bancaire innovant a permis de suivre une cargaison de minerai de fer de BHP jusqu’à son paiement par Cargill. Les risques juridiques subsistent et personne ne sait encore quelle norme l’emportera.     A lire : David Leboiteux, Fabien Constant. Banques et Matières premières. Commodity Trade Finance, RB Edition, 2016    

Le cacao ouest-africain à nouveau dans la tourmente  

Le prix du cacao a tellement chuté que la Côte d'Ivoire, premier producteur mondial, fait de la rétention de fèves tandis que le Ghana, numéro deux, veut libéraliser la filière. Le cacao ouest-africain est en pleine tourmente. Le prix mondial a dégringolé de 30% depuis août dernier, ce qui a poussé la Côte d'Ivoire, premier producteur mondial, à cesser de vendre le cacao à travers sa messagerie électronique il y a un mois. Si les multinationales qui broient les fèves sur place s'en sortent, les exportateurs plus modestes manquent de liquidités et ils ne paient plus les producteurs depuis la mi-décembre. 150 000 à 250 000 tonnes de cacao seraient stockées en Côte d'Ivoire, c'est autant d'argent bloqué par le Conseil du café cacao à ses propres dépens, alors que l'organisme doit garantir le paiement des producteurs. Cette situation rappelle de mauvais souvenirs : à la fin des années 80, la Côte d'Ivoire de Félix Houphouët-Boigny avait tenté de faire remonter les cours du cacao en faisant de la rétention. En vain. La Côte d'Ivoire avait finalement dû brader ses fèves. Vers une production record en Côte d'Ivoire A force de crier au loup sur la pénurie future de cacao ces dernières années, on a poussé l'industrie à fabriquer des produits moins riches en chocolat. Alors que l'offre, elle, a été encouragée, jusqu'au Pérou. En Côte d'Ivoire, les producteurs mieux récompensés d'année en année ont défriché pour planter du cacao et utilisé plus d'engrais. Résultat cette année, la Côte d'Ivoire va battre un record de production avec 1,5 million de tonnes de cacao, la pluie ayant été au rendez-vous. D'où cette chute des cours, subie également par le Ghana voisin. Le deuxième producteur mondial a la double peine : il ne peut pas étendre aussi facilement sa production parce qu'il n'a pas le même réservoir de terres. En pleine disette budgétaire, le nouveau gouvernement ghanéen de Nana Akufo Addo remet en cause les subventions aux engrais et aux semences du Cocobod, l'organisme public équivalent de la Caisse de stabilisation ivoirienne, démantelée dans les années 90. Place aux investisseurs privés au Ghana, le nouveau pouvoir veut libéraliser la filière cacao. Ce que la Côte d'Ivoire a fait il y a vingt ans avant de revenir à un système régulé après l'élection d'Alassane Ouattara. L'histoire du cacao se répète, au gré des cours mondiaux.

Le blé français s'exporte mieux que prévu sauf en Afrique  

Malgré sa très maigre récolte, la France exporte beaucoup plus de blé que prévu. Sauf en Afrique.   Le blé français s’exporte mieux que prévu... sauf en Afrique. La France, jusqu’à présent premier exportateur européen, n’a récolté que 28 millions de tonnes de blé meunier en 2016. Trop de pluie au printemps dernier, puis la sécheresse : la production française a été réduite d’un tiers, la qualité du blé français s’en est aussi ressentie. Alors bien sûr les exportations ont chuté, pas tant en Europe, elles sont stables à plus de 6 millions de tonnes : beaucoup de blé meunier est passé en qualité fourragère, pour le bétail. Et l’on sait en Europe travailler des blés de moindre qualité pour faire du pain. Des exportations rendues à 4,8 millions de tonnes hors Europe En revanche, les exportations françaises hors d’Europe, vers les pays tiers, ont été plus que divisées par deux, selon FranceAgriMer, à 4,8 millions de tonnes. Parmi les premiers acheteurs de blé français, l’Algérie a importé moitié moins, 1 million de tonnes, l’Afrique au sud du Sahara en a commandé un tiers de moins (moins de 800 000 tonnes). Les clients du continent africain réclament un type de blé panifiable bien précis pour leur farine, la France n’en disposait pas suffisamment, alors ils se sont tournés vers les concurrents européens, l’Allemagne, la Roumanie, les pays baltes, pour en obtenir. Malgré ces grands problèmes de quantité et de qualité, la France est finalement parvenue à exporter plus de blé que prévu sur cette première moitié de campagne. Avantagé par la baisse de l’euro face au dollar et au rouble, le blé français est resté compétitif par rapport au blé américain ou russe. Et il n’a pas été entravé par les grands froids qui ont immobilisé les ports russes. C’est ce qui explique la commande surprise du Yémen au cours des deux derniers mois, ce qui porte à 660 000 tonnes les expéditions de blé français vers ce pays de la péninsule arabique. Le rythme des exportations françaises et européennes de blé est même considéré par les analystes comme un peu inquiétant, étant donné la faible disponibilité de grains en France et en Europe.  

La Chine délocalise sa production de charbon  

La Chine produit moins de charbon mais elle en importe de plus en plus, en particulier de Mongolie.   La Chine délocalise sa production de charbon. Pour respecter ses engagements de réduction des gaz à effet de serre, Pékin impose une diminution de la production chinoise de charbon, les objectifs de 2016 ont même été dépassés, avec une chute de 9% de la production minière en Chine. Mais dans le même temps les importations de la Chine ont progressé de 25% ! Les besoins de l'Empire du Milieu sont toujours énormes, et particulièrement en charbon métallurgique, composant l'acier des hauts fourneaux. La Chine est donc devenue plus dépendante aujourd'hui du charbon à coke étranger, quitte à exporter sa pollution. C'est un peu ce qu'elle fait en Mongolie.   Pékin vient de signer avec Oulan Bator un accord qui encourage la Mongolie à doper sa production de charbon et à l'exporter vers la Chine, qui double son tarif ! Jusqu'à présent et depuis quatre ans, le charbon mongol était payé trois à quatre fois moins que le prix mondial.   La Mongolie ne peut refuser cette offre qui lui permet d'honorer le paiement de sa dette au printemps prochain, tout en l'encourageant à relancer le développement de ses immenses réserves de charbon. Continuer à fournir la Chine sur le rythme de la fin 2016, doperait la croissance mongole, au point mort depuis 2014 et la chute des prix des matières premières.   La Chine externalise aussi sa production de charbon en Australie, mais d'une tout autre manière : en prenant le contrôle des mines. Le géant chinois des mines Yanzhou Coal a ainsi racheté les avoirs de Rio Tinto, qui souhaitait s'en débarrasser. Le Chinois Yancoal est désormais le premier producteur spécialisé de charbon en Australie.  

Le marché des terres rares rebondit  

Le marché des terres rares dont la demande s’était effondrée repart à la hausse. C’est ce qui ressort d’une étude récente du cabinet Adamas intelligence, spécialiste des métaux critiques. Entre 2020 et 2025, la croissance de la demande mondiale des terres rares va s'accélérer d'une année sur l'autre, ce qui entraînera l'ouverture de nouvelles mines. C’est la principale conclusion de cette étude. Le marché des terres rares. De quoi s’agit-il ? De ces métaux peu connus, mais présents dans les technologies de pointe, comme les écrans plats, les batteries des voitures électriques, les smartphones ou les éoliennes. Parmi les terres rares les plus demandées, le Dysprosium ou encore le Neodyme. Depuis 2011, les prix ont chuté. En cause : l'effondrement de certains marchés, comme les ampoules basse consommation et les disques durs. Ils ont été remplacés par des technologies, comme les LED et le Cloud, moins gourmands en terres rares. Ces innovations ont entraîné une chute de la demande. Près de 20 000 tonnes de moins par an, sur les cinq dernières années. Une autre raison explique cette baisse des prix : la surproduction illégale abondante en Chine. Pékin assure, en effet, près de 90% de la production mondiale des terres rares. Viennent ensuite, très modestement, les Etats-Unis, l’Inde, la Russie et l’Australie.   Le marché des terres rares voit, donc, son horizon s’éclaircir au niveau mondial. Si l'on en croit cette étude du cabinet Adamas, ce marché va repartir, avec des perspectives très prometteuses à compter de 2020. Le développement des énergies renouvelables, avec les grosses éoliennes off-shore et la miniaturisation des moteurs électriques, va faire rebondir la demande des terres rares. A tel point que la Chine, principal fournisseur mondial, pourrait être amenée à importer certains métaux, comme le Neodyme.

Alena: les échanges de matières premières menacés par Trump  

En demandant la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain, Donald Trump menace d'abondants échanges de matières premières entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique : pétrole, bois, céréales ou avocats. Trump va-t-il imposer des barrières aux échanges colossaux de matières premières à travers l'Amérique du Nord ? C'est en tout cas la menace que le nouveau président des Etats-Unis fait peser sur des secteurs entiers de l'agriculture ou des hydrocarbures, au Canada, aux Etats-Unis et au Mexique. Le traité de libre-échange nord-américain n'a pas seulement encouragé les ventes de voitures mexicaines aux Etats-Unis. Il a ôté les barrières douanières et tarifaires à d'énormes flux de produits de base. Le Canada est ainsi le premier fournisseur d'acier des Etats-Unis, le Mexique le quatrième, les Etats-Unis absorbent plus de la moitié des exportations d'acier des deux voisins. Le Canada expédie pour 70 milliards de dollars de pétrole et dérivés aux Etats-Unis, qui eux-mêmes fournissent au Mexique de plus en plus de gaz et d'essence. Le fait que Trump demande la renégociation de l'Alena pourrait aussi contrarier la participation des majors américaines au développement des champs pétroliers mexicains. Le flux des denrées alimentaires va-t-il aussi ralentir ? Le Canada est le premier fournisseur agricole des Américains (22 milliards de dollars en 2015), il expédie beaucoup d'huiles végétales aux Etats-Unis, mais surtout de la viande rouge ainsi que des animaux vivants qui finissent leur engraissement dans les « feed lots » américains. Le bois canadien passe aussi abondamment la frontière américaine. Le Canada protège encore son secteur laitier mais il reçoit des Etats-Unis des fruits et légumes, des jus de fruit et beaucoup de plats cuisinés. Les matières premières agricoles des Etats-Unis vont plutôt vers le Mexique : le maïs et le soja américains, mais aussi les produits laitiers, le porc et le bœuf des Etats-Unis. Le Mexique est ainsi le troisième débouché de l'agriculture américaine (18 milliards de dollars). Mais le géant latino d'Amérique du Nord est aussi devenu le deuxième fournisseur agricole des Etats-Unis (21 milliards de dollars), et pas seulement de vin ou de bière Corona. 80% des avocats dont raffolent de plus en plus les Américains proviennent du Mexique, et les producteurs mexicains sont aujourd'hui inquiets.

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