Chronique des Matières Premières

Chronique des Matières Premières

France

Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus. ** Cette chronique s'arrête du 29 juin au 30 août 2015. ** Retrouvez les sujets traités par cette émission sur RFI SAVOIRS = http://savoirs.rfi.fr/

Episodes

A Darjeeling le soulèvement condamne la récolte du meilleur thé de l'année  

Le soulèvement séparatiste à Darjeeling, dans le nord-est de l'Inde, a complètement stoppé la deuxième récolte de thé, or c'est la plus chère. A Darjeeling le soulèvement séparatiste stoppe la récolte du meilleur thé de l'année. Dans les montagnes de cette région très enclavée du nord-est de l'Inde, le mouvement pour un Gorkaland autonome s'est réveillé. D'autant plus fort que le gouvernement de l'Etat du Bengale occidental, loin de là, à Calcutta, veut imposer à Darjeeling l'usage du bengali à l'école alors que l'on parle dans ces montagnes le nepali. La riposte de la police aux manifestations est inhabituellement violente. La tension ne redescend pas depuis le début du mois. Dans les plantations de thé, les « 87 jardins » de Darjeeling, pas question de braver l'ordre de grève des séparatistes. Plus personne ne circule. Le travail s'est arrêté, les feuilles se multiplient sur les théiers, elles sont gâchées : la « récolte d'été », celle du mois de juin, sera tout juste bonne à faire des sachets alors que c'est la plus qualitative. Darjeeling est une des seules origines de produits étrangers à disposer d'une appellation en Europe. Ce thé peut se vendre jusqu'à 200 dollars le kilo. En France, le dirigeant du Palais des thés s'est fourni juste avant les troubles, mais beaucoup d'acheteurs n'auront pas ces meilleures feuilles de Darjeeling. Les prix vont grimper, ce qu'ils avaient déjà fait et de 30% pendant la première récolte, celle de la mousson, qui avait été rare parce que trop sèche. Pour l'industrie locale du thé, l'impact commence à être très lourd. Si les salariés des plantations sont encore payés à ce jour, l'industrie du thé Darjeeling s'attend à perdre 40% de son revenu annuel. La tentation d'aller chercher du thé au Népal voisin et de l'estampiller Darjeeling, comme le font déjà certains producteurs indiens et certains acheteurs, risque d'être encore plus grande cette année.

La sécheresse réveille les cours du blé  

La canicule en France commence à tirer les prix du blé vers le haut. La sécheresse qui sévit aux Etats-Unis mais surtout dans le sud de l'Europe et particulièrement en France réveille enfin les cours du blé, y compris sur les marchés américains. Depuis le début du mois, le prix de la céréale a grimpé à la bourse de Paris, au-delà des 175 euros la tonne. Les cours se reprennent aussi cette semaine à la bourse de Chicago, ce mardi on a dépassé les 4,45 dollars le boisseau, un niveau qu'on n'avait pas vu depuis près d'un an. Aux Etats-Unis le Département à l'agriculture a estimé que les blés d'hiver et surtout les blés de printemps étaient en beaucoup moins bon état dans les champs que l'an dernier. Mais c'est surtout l'état des cultures en Europe méridionale qui inquiète : selon Stratégie Grains, le Vieux continent pourrait perdre plus d'un million de tonnes de blé par rapport aux moissons de l'an dernier, déjà très mauvaises. L'Espagne, qui a connu le gel et depuis, l'absence de pluie, pourrait voir sa récolte divisée par deux cette année. En France la canicule cette semaine aggrave la sécheresse qu'endurent les blés depuis des mois. On avait déjà prévu que le nombre de grains par épis serait inférieur à la normale, mais cette fois c'est le remplissage des grains qui est menacé, faute de pluie. Chez Agritel, on estime que la récolte française pourrait ne pas dépasser 36 millions de tonnes, c'est évidemment mieux que la récolte catastrophique de l'an dernier, mais pas brillant du tout pour le premier fournisseur européen. Pourtant, poursuit la société de conseil en gestion des risques agricoles, la hausse des cours du blé reste encore très mesurée, parce que les stocks de céréales encombrent encore les grands pays exportateurs, comme les Etats-Unis, et que dans les pays de la Mer Noire, la production semble, à ce jour, satisfaisante.

Codes miniers africains: comment partager la rente quand elle fond  

L'Afrique en est à sa troisième génération de codes miniers. Mais ces textes, décidés lorsque les prix des produits du sous-sol étaient élevés, sont, pour certains inapplicables aujourd'hui. Comment partager la rente minière quand elle fond ? Les Etats d'Afrique en sont à leur troisième génération de codes miniers, rappelle l'avocat Ludovic Bernet, dans Arcadia, l'Afrique et les marchés mondiaux de matières premières, qui paraît cette semaine. Après la première génération de codes miniers, qui affirmait la souveraineté des nouveaux Etats indépendants sur les richesses du sous-sol, la deuxième génération, dans les années 80, avait totalement libéralisé le secteur. La troisième génération de codes miniers impulsée à la fin des années 2000 s'est attelée à mieux répartir les revenus entre les entreprises minières, les Etats et les populations locales. Le niveau des impôts, des taxes et des redevances minières a été relevé. Les Etats se sont vu octroyer des parts gratuites plus grandes au capital des projets, des seuils d'emplois locaux ont été imposés... pour que la manne bénéficie plus largement à l'ensemble du pays. Mais ces codes miniers, pensés lorsque les prix des minerais et métaux étaient très élevés, entrent en vigueur alors que les marchés se sont retournés. Les nouveaux codes pourraient aujourd'hui dissuader les investisseurs en Afrique, pourtant 40% des réserves mondiales d'or, plus de 80% des réserves de chrome ou de platine. Le nouveau code minier sénégalais a multiplié par cinq le droit d'entrée même pour les petites entreprises et ce dès le permis de recherche, or il faut parfois plus de 10 ans avant de produire du minerai. Quant au code minier du Burkina Faso, il pourrait être tout bonnement inapplicable si les cours de l'or chutaient sous les 1100 dollars l'once, et nous n'en sommes pas très loin : il permettrait alors à l'Etat, selon les calculs du cabinet KPMG, de réclamer 110% des revenus, c'est-à-dire plus que la richesse générée par la mine ! Quelle solution alors ? Pour Ludovic Bernet, des conventions minières entre l'Etat et les entreprises sont plus adaptées aux fluctuations des cours. Le manque d'infrastructures étant un frein encore plus grand aux investissements miniers lorsque la conjoncture est mauvaise, le juriste préconise aux pays africains de s'unir pour les réaliser, comme le Gabon, le Cameroun et le Congo pour l'exploitation du minerai de fer. En échange ils seraient rémunérés par les entreprises minières.

Huile d'olive : une production française en déclin  

La récolte d'huile d'olive est en déclin en France, alors que la production explose en Espagne, en Tunisie et même au Portugal. Les producteurs français perdent inexorablement leurs parts de marché. La récolte d’huile d’olive 2016-2017 s’annonce « catastrophique » en France. 3 400 tonnes seulement, principalement dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, au sud-est du pays. Si la belle récolte de l’an dernier avait fourni une bulle d’air aux oléiculteurs français, la mauvaise performance de cette année va confirmer le déclin inexorable de cette filière dans l’Hexagone. Sur les cinq dernières années, la récolte française d’huile d’olive a pratiquement baissé d’un quart par rapport aux cinq années précédentes. Pour revenir au faible niveau de l’année 2000. Et ce malgré la plantation de 3 500 hectares d’oliviers, entrés en production dans l’intervalle. Des producteurs vieillissants et une relève pas assez professionnalisée La mouche de l’olive des années passées et en 2016, la mauvaise floraison due à la sécheresse et à la fraîcheur n’expliquent pas tout, estime le président de l’interprofession Afidol. Olivier Nasles porte un jugement sans concession sur l’oléiculture française : des producteurs âgés et une relève pas assez professionnalisée. « Il ne suffit pas de planter pour produire, encore faut-il savoir produire, ce savoir-faire nous l’avons en partie perdu », déplore-t-il. « Les oléiculteurs n’ont pas suivi les préconisations de nos techniciens en matière de traitement. Ou ils n’ont pas arrosé quand on leur a dit. Cependant, reconnaît-il, aucun technicien français n’a été capable de nous proposer un changement de méthode de taille, d’irrigation, ou de fertilisation ». Sans non plus de lien fort entre les exploitations et les huileries, l’oléiculture se meurt à petit feu, en France, comme en Grèce et en Italie, alors qu’une autre explose, en Espagne, en Tunisie, au Maroc et au Portugal. Des concurrents qui profitent du succès croissant de l’huile d’olive. En France, on consomme 13 % d’huile d’olive supplémentaire par an, c’est aujourd’hui la moitié de l’huile consommée dans l’Hexagone (105 000 tonnes par an). Mais les producteurs français n’arrivent à fournir que 5 % de ce marché local. Sans même parler des marchés étrangers, États-Unis, Canada, Chine, Japon, Russie, Australie, qui consomment eux aussi de plus en plus d’huile d’olive.

L’industrie minière sud-africaine hostile à la réforme du gouvernement  

En Afrique du Sud, l’industrie minière promet des années de procédure contre la réforme du gouvernement, qui élève à nouveau le seuil de l’actionnariat noir dans les entreprises minières. C’est la bronca dans l’industrie minière sud-africaine contre la nouvelle charte du gouvernement. Les entreprises du secteur minier ont un an pour distribuer 30% de leurs actions aux Noirs sud-africains, dont 14% à des cadres dirigeants noirs, 8% à des employés et 8% aux communautés locales. Des contraintes qui vont au-delà des 26% de la précédente réforme, imposée il y a quinze ans. « Cette loi était pionnière », estime le ministre sud-africain des Mines, elle a « permis l’émergence de nouveaux capitaines d’industrie noirs ». Mais il faut, selon lui, « ouvrir l’industrie minière à une participation plus large des Noirs sud-africains, et donner plus de pouvoirs aux employés », majoritairement Noirs dans les mines. La nouvelle réforme est pourtant un aveu d’échec de l’amélioration du sort des Noirs dans l’économie minière sud-africaine (7% du PIB). Depuis 2002, beaucoup d’actionnaires noirs ont revendu leurs participations, qui avaient été financées par les entreprises minières. Ils se sont enrichis au passage, lors du cycle haussier des minerais et métaux, mais leurs actions n’ont pas été reprises par des Noirs sud-africains. Il faut donc à nouveau rebattre les cartes aujourd’hui, alors que le secteur est mal en point - l’industrie a perdu 60 000 emplois en cinq ans. Relever le seuil de l’actionnariat noir dans les entreprises minières, cela veut dire créer de nouvelles actions, et en diminuer la valeur. De quoi faire fuir les investisseurs, estiment les groupes miniers sud-africains. La réforme leur impose aussi de se fournir à 70% en biens et à 80% en services auprès d’entreprises appartenant à des Noirs sud-africains. Un casse-tête en perspective dans la chaîne de sous-traitance, depuis les machines, largement importées, au retraitement de l’eau. La Chambre des mines veut saisir la Cour de justice sur les nouvelles règles d’actionnariat, au nom du droit de propriété. Les sous-traitants étrangers pourraient protester auprès de l’Organisation mondiale du commerce. Des années de procédures en vue, estime un avocat du secteur, pour qui il est peu vraisemblable que la nouvelle charte soit appliquée dans un futur proche.

La Chine-Afrique de la tomate  

La Chine domine le commerce mondial du concentré de tomate et 70 % de ses exportations vont vers l'Afrique, d'après Jean-Baptiste Malet, auteur d'une enquête sur la tomate d'industrie, « L'Empire de l'or rouge ». La Chine est devenue « l'Empire de l'or rouge », le concentré de tomates. Un or rouge qui voyage en barils, comme l'or noir, le pétrole, et qui inonde la planète, et avant tout l'Afrique, avec de grandes interrogations sur sa qualité. Jean-Baptiste Malet a mené l'enquête de la Chine au Ghana, en passant par les Etats-Unis et bien sûr l'Italie, berceau de l'industrie du concentré de tomate. Une industrie italienne qui a tout appris à la Chine, lorsqu'elle s'est lancée à la fin des années 90. Dans la province autonomiste du Xinjiang, les champs de blé et de coton ont alors fait place aux champs de « tomates d'industrie ». Des tomates oblongues, peu juteuses et à la peau très épaisse, bref, immangeables telle quelles, mais transformées, après épluchage, épépinage, broyage et évaporation, en triple concentré, qui traverse ensuite les mers dans des poches stériles, empilées dans des barils bleus. La planète entière mange du concentré de tomate chinois sans le savoir, dans le ketchup ou les pizzas, dans le double concentré en boîte ou la sauce tomate « made in France » ou « made in Italy » dès qu'il est dilué dans un de ces pays, il n'est pas obligatoire d'indiquer l'origine de la matière première. La Chine a capté plus de 30 % du commerce de cet or rouge. Et 70 % du marché africain ! Avec une guerre des prix qui a mené les industriels chinois à des mélanges douteux, lorsqu’ils se sont mis à fabriquer, en Chine, le double concentré expédié en Afrique. Dans les qualités les plus basses, le triple concentré chinois peut ressembler à de « l'encre noire » tant il est oxydé. On le complète alors avec des poudres d'amidons, de la fibre de soja, du dextrose et des colorants pour lui redonner un aspect comestible. Ces méthodes ont été constatées par l'auteur dans une usine de Tianjin en Chine, qui exporte ses boîtes de concentré prêt à consommer en Afrique. Mais aussi dans une usine toute récente du Ghana, qui devient la tête de pont de l'industrie chinoise de la tomate en Afrique de l'Ouest. Sans utiliser un gramme de tomate ghanéenne. A lire: notre webdocumentaire La tomate noire d'Italie

Le commerce de viande bovine interdit en Inde, ex-champion mondial  

En Inde, le gouvernement Modi a interdit le transport de bétail vers les abattoirs. Ce qui condamne le commerce de viande bovine en Inde, pourtant l’un des premiers exportateurs mondiaux. L’Inde va durablement perdre son rang de premier exportateur mondial de bœuf, qu’elle avait ravi au Brésil en 2014. Elle pourrait même devoir importer du bœuf, désormais ! Depuis moins d’un mois, il est interdit de transporter du bétail vers les abattoirs dans tout le pays. Interdiction de transporter non seulement les zébus - sacrés chez les hindouistes - mais aussi interdiction pour les buffles et les chameaux, ces deux viandes sont largement consommées, transformées et vendues par les musulmans indiens et les intouchables. La raison invoquée ? Le bien-être animal. Pourtant la volaille n’est pas concernée, malgré des conditions d’élevage et d’abattage encore terrifiantes, observe Jean-Joseph Boillot, spécialiste de l’économie indienne. Le Premier ministre Narendra Modi déploie un programme nationaliste hindou ultra pour préparer les élections de 2019. Son arrêté fédéral, signé juste avant le début du ramadan et désavoué même au sein de son parti, le BJP, vient conforter les précédentes interdictions dans certains États, dont l’Uttar Pradesh, qui a élu un leader hindouiste en mars dernier. Depuis quelques mois, les transporteurs de bétail s’exposent au lynchage en Inde. Un climat qui a déjà fait reculer le commerce du bœuf au cours de l’an dernier. Mais avec 1 million 600 000 tonnes encore exportées en 2016 (source Interbev), l’Inde occupe encore le trio de tête, derrière l’Australie et le Brésil. Une viande de bœuf indienne plutôt bas de gamme et congelée, précise Jean-Paul Simier, expert de ces marchés, qui part vers le Bangladesh, le Moyen-Orient (15 %), l’Asie du Sud-Est (10 %), l’Afrique (moins de 10 %), et surtout pour moitié vers le Vietnam, antichambre commerciale de la Chine, premier importateur de bœuf au monde. L’éclipse de l’Inde qui pourrait être durable, sur le marché du bœuf, va bénéficier aux autres grands exportateurs : Brésil, Australie, États-Unis, Europe et re-segmenter le marché. L’Algérie, se réjouit Guy Hermouet, le président de la section bovine d’Interbev, l’interprofession française du bétail et des viandes, est déjà en train de substituer une partie de ses importations de bœuf indien, massives jusqu’à présent, par un peu de viande française.

Pourquoi le prix du lait en France ne suit pas la flambée du beurre  

Les éleveurs laitiers manifestent de nouveau en France. Ils estiment ne pas bénéficier de l'amélioration du marché laitier mondial et en particulier de l'envolée des prix du beurre. Pourquoi le prix du lait en France ne suit-il pas la flambée du beurre ? Les éleveurs français s'impatientent de ne pas voir remonter leur rémunération, 30 centimes d'euros le litre de lait, toujours en-dessous de leurs coûts de production. Pourtant, après deux années catastrophiques pour les produits laitiers européens, à la fois bloqués par l'embargo russe et un peu moins demandés en Chine, les prix laitiers mondiaux repartent à la hausse. Particulièrement ceux du beurre. Une matière grasse longtemps délaissée par les fabricants européens et néo-zélandais, rappelle Jean-Paul Simier, économiste de l'élevage, au profit de la poudre de lait : on n'avait pas anticipé le récent boom des importations de beurre de la Chine et du Mexique, ni l'engouement nouveau ou retrouvé des pays du Sud-Est asiatique et des Etats-Unis pour cette matière grasse. Facteur supplémentaire, un des rares gros exportateurs de beurre, l'Argentine, a subi des inondations et donc des problèmes de collecte. La Nouvelle-Zélande a dû réorienter en catastrophe sa production vers le beurre. L'Europe qui a diminué sa collecte depuis l'an dernier à cause de la surproduction laitière de 2015 a vu les rares exportateurs de beurre européens, Pays-Bas, Irlande, Danemark et France bénéficier d'une belle flambée des prix, 80% en quelques mois. Mais ces prix du beurre n'ont bénéficié que marginalement à ceux du lait : l'Europe a toujours sur les bras 350 000 tonnes de poudre de lait - il faudrait s'en débarrasser une fois pour toutes en aide alimentaire, juge un représentant des éleveurs à Paris. Les producteurs laitiers français s'estiment aussi beaucoup moins bien traités que leurs collègues du nord de l'Europe, qui ont bénéficié d'une hausse deux à trois fois plus importante du prix du lait depuis janvier. Le système français de lissage des prix a bon dos, jugent-ils. Il y a un manque de transparence, non seulement de la part des industriels, mais aussi des coopératives. Ce sont nos entreprises, rappellent les producteurs, mais que font-elles de leurs marges retrouvées, alors qu'un distributeur comme Système U accepterait que le producteur reçoive 16% de plus ? Les éleveurs comptent sur les Etats généraux de l'alimentation début juillet pour récupérer un peu plus de la valeur de cette filière laitière française : en tout 4 milliards d’euros.

Afrique du Sud: plus de 200 mineurs illégaux arrêtés dans une mine d'or  

Grève et arrestations massives dans une mine d'or sud-africaine. Le gisement, opéré par le groupe Sibanye, était envahi par les mineurs illégaux. L’Afrique du Sud sévit contre les mineurs illégaux et leurs complices présumés dans les entreprises minières. A Westonaria, à 40 kilomètres au sud-ouest de Johannesburg, plus de 200 personnes ont été arrêtées ce lundi dans la mine d'or de Crooke, un des gisements de l'entreprise Sibanye. Les mineurs clandestins opéraient dans la mine alors qu'elle est en activité. Il leur a fallu des complicités, tout au moins de l'eau et de la nourriture, dont la compagnie minière avait fini par interdire toute introduction sur le site. 58 salariés de Sibanye ont été arrêtés la semaine dernière pour complicité présumée avec des mineurs clandestins. La grève sans préavis, massive et violente qui s’en est suivie, a achevé de priver les mineurs illégaux qui étaient encore à 1000 mètres de fond de renforts. A leur sortie des puits, 202 de ces mineurs clandestins ont été arrêtés à leur tour. La direction du groupe Sibanye avait déjà annoncé qu'elle voulait faire disparaître l'extraction illégale de ses gisements d'ici janvier prochain. Le phénomène est en recrudescence en Afrique du Sud. Malgré la chute des cours du métal précieux depuis 2011, la conversion du prix de l'once d'or en monnaie locale est restée attractive, étant donné qu’on obtient plus de rand avec un dollar aujourd’hui. L'augmentation du chômage et de la pauvreté en Afrique du Sud a également amplifié le phénomène. L'extraction illégale est aussi de plus en plus le fait d'immigrés clandestins aux mains d'une mafia internationale, contre laquelle il est difficile de lutter, reconnaît la Chambre des mines sud-africaines. L'Afrique du Sud compterait de 14 000 à 30 000 mineurs clandestins, qui n'hésitent pas à s'aventurer à 4000 mètres de profondeur dans les gisements d'or et de platine, et plus récemment de diamant, de chrome et même de charbon.

Prix alimentaires mondiaux: un rebond ponctuel selon la FAO  

Céréales, lait, viande, la facture alimentaire mondiale a augmenté au mois dernier, a calculé la FAO. Mais les prix agricoles devraient stagner sur le reste de l’année, du fait notamment de l’abondance des récoltes. Au mois de mai, le panier alimentaire mondial a coûté plus cher. 2,2% de plus qu’au mois d’avril et 10% de plus que l’an dernier. L’inflation a concerné les céréales, les huiles, la viande et les produits laitiers, seul le sucre fait exception. Plus d’importations et un coût plus élevé du transport maritime sont les principales causes de cette hausse des prix agricoles, encore plus marquée dans les pays en développement, dont l’Afrique subsaharienne, qui ont un déficit de productions alimentaires. Pour autant, la FAO ne voit pas l’augmentation des prix se poursuivre, tant l’abondance de productions agricoles reste d’actualité. Certes les récoltes de céréales (2 milliards 590 millions de tonnes), en particulier de blé (-2,2%) vont un peu diminuer en 2017, mais l’abondance de grains sera encore telle, qu’elle devrait encore largement combler la demande mondiale, même si cette demande n’a jamais été aussi forte (2 milliards 584 millions de tonnes, prévoit la FAO). Les stocks vont donc rester bien pleins ; pour le blé, ils seront au plus haut niveau de tous les temps, pronostique l’agence de l’ONU. D’où la stagnation attendue des prix des céréales dans les mois qui viennent. Stagnation à venir également du prix des oléagineux, après leur récente hausse : les rendements de soja ont été extraordinaires, ce qui a reconstitué les réserves. Les prix des produits laitiers devraient se calmer après une très bonne collecte mondiale, en particulier en Inde. Quant à la viande, la FAO prédit une croissance modeste des prix, la production notamment de boeuf, a augmenté partout, sauf en Chine, ce sont les importations chinoises qui doperont le commerce mondial de viande toute cette année.

Cacao : les critiques pleuvent sur le Cocobod au Ghana  

Corruption, mauvaise gestion, faible prix au producteur... le Cocobod, qui gère la filière cacao au Ghana, fait l'objet de graves critiques de la part de la Banque mondiale... et des nouvelles autorités ghanéennes. Les critiques pleuvent sur le Cocobod au Ghana. L’organisme public, qui gère la filière cacao ghanéenne, était le bon élève, il est aujourd’hui dans le viseur à la fois des nouvelles autorités d’Accra et de la Banque mondiale. Les traders le confirment, l’institution financière internationale est sévère : « Les gouvernements successifs au Ghana ont préféré collecter l’argent du cacao, plutôt que de bien rémunérer les planteurs », dit le rapport que s’est procuré Reuters. Prix au producteur trop faible, mais aussi mauvaise gestion, voire corruption dans la distribution des engrais et des pesticides : certains paysans n’en ont jamais vu la couleur, selon la Banque mondiale, qui suggère de céder cette prestation au secteur privé. La nouvelle direction du Cocobod dresse, elle aussi, un tableau bien sombre de la filière cacao ghanéenne, rapporte CommodAfrica : plantations trop âgées, ou malades, 40 % du verger ghanéen ne produirait plus de cacao. Les grandes failles des filières cacao ouest-africaines Nouvelle direction du Cocobod et Banque mondiale regrettent de concert que le Ghana ne parvienne plus à renouveler son exploit de 2010-2011 : un million de tonnes de fèves. C’est oublier que cette année-là un embargo occidental sur le cacao ivoirien lors de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire avait poussé beaucoup de fèves ivoiriennes à traverser la frontière ghanéenne… Ce qui est sûr, c’est que le plongeon des cours révèle les grandes failles des filières cacao ouest-africaines. Au Ghana, le Cocobod a été trop dépensier ; en Côte d’Ivoire, le Conseil café cacao ivoirien, structure beaucoup plus légère, a manqué d’anticipation et s’est retrouvé avec la moitié de la production de fèves sur les bras alors que le prix mondial s’était effondré. Ce qui est certain également, c’est que le cacao est taxé comme aucune autre culture de rente, et pas seulement au Ghana. Le poids du prélèvement étatique, 40 % en Côte d’Ivoire, c’est le véritable frein à l’amélioration durable du niveau de vie des producteurs ouest-africains de cacao, estime l’agronome du CIRAD Philippe Bastide. Du coup, les paysans n’ont pas les moyens d’investir pour rénover les plantations. Or, au Ghana, il n’y a plus de réserve foncière pour en créer de nouvelles. La production ne peut que stagner.

Les flux maritimes du Qatar bouleversés par les sanctions de ses voisins  

Les voisins du Qatar ont interdit leurs eaux territoriales, leurs ports aux bateaux de l’Émirat. Avec des conséquences sur leur ravitaillement en fuel, et donc sur les exportations qatariennes d’hydrocarbures. Les sanctions des pays du Golfe contre le Qatar bouleversent les flux maritimes dans la région et donc les exportations d’hydrocarbures de l’émirat. L’Égypte n’a pourtant pas fermé le canal de Suez aux navires qatariens, des navires qui peuvent aisément éviter les eaux territoriales des voisins, en passant par les eaux iraniennes. Mais l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn ont aussi interdit leurs ports à tout bateau qatarien ou qui transporterait une cargaison de/ou vers le Qatar. Or la production qatarienne de pétrole, parce qu’elle ne dépasse guère les 600 000 barils par jour, était jusqu’à présent mélangée à celle des autres pays de la péninsule arabique, dans les supertankers. Ce n’est plus possible désormais, l’agence Platts a déjà ôté le brut qatarien de son indice des prix des pétroles du Moyen-Orient. Trouver d’autres solutions Quant au ravitaillement des navires qatariens, en particulier les méthaniers qui transportent le gaz naturel liquéfié vers l’Asie et l’Europe, ils avaient coutume de se ravitailler avant leur odyssée dans un port des Émirats arabes unis : Fujairah, « la » station essence des navires dans la région. Ces navires vont donc devoir trouver d’autres solutions pour remplir leurs réservoirs de fuel désormais. On évoque les ports d’Oman : l’Émirat a conservé dans cette crise la neutralité qu’il affectionne. Mais Salahah sur l’Océan indien a réduit au minimum ses activités jusqu’en septembre à cause de la houle provoquée par la mousson. Reste le port omanais de Sohar, il est en eau profonde et pourrait même servir de lieu de transbordement aux porte-containers qui destinent une partie de leurs marchandises au Qatar, en lieu et place de Jebel Ali, aux Émirats arabes unis. Pas sûr que Sohar, cependant, puisse fournir tout le ravitaillement en fuel nécessaire. Les méthaniers qatariens vont donc devoir aussi s’approvisionner plus loin : en Iran, au Pakistan, en Inde et jusqu’à Singapour, lorsqu’ils livreront l’Asie en GNL, mais aussi à Gibraltar pour livrer l’Europe. La logistique maritime est bouleversée pour le Qatar. Ce qui va aussi alourdir les coûts du fret et de l’assurance vers et en provenance de l’émirat.

A Madagascar, la vanille est récoltée trop tôt par crainte des vols  

À Madagascar, les paysans récoltent la vanille sans attendre qu’elle soit mûre. Ils craignent qu’on leur vole les gousses, encore plus précieuses depuis le passage du cyclone Enawo. À Madagascar la vanille est récoltée trop tôt par crainte des vols. Son prix a flambé depuis que le cyclone Enawo a dévasté au mois de mars une des principales régions de production, Antalaha, au nord-est du pays. Le kilo de gousses vertes vaut aujourd’hui 500 dollars avant même d’avoir été fermenté et séché. Cinq fois plus qu’en 2015 ! Ce qui attire toutes les convoitises. Certaines plantations sont surveillées par des gardiens armés pour les protéger des voleurs. Mais tous les paysans n’ont pas les moyens de payer ce service. Alors pour éviter de se faire dérober les précieuses gousses, beaucoup ont déjà commencé à cueillir la vanille depuis plusieurs semaines, avec trois ou quatre semaines d’avance sur le calendrier, témoigne un observateur du marché sur place, avant même que la vanille ne soit mûre. Les producteurs sont, pour une fois, les vrais gagnants de la filière. Ils cueillent avant l’heure, sèchent et fermentent à la va-vite. Ils peuvent même se permettre de vendre la vanille sous vide alors que c’est interdit. Mais on les comprend, ils risqueraient de perdre 100 grammes d’eau par kilo, c’est-à-dire 50 dollars à chaque fois ! Les exportateurs achètent sans discuter étant donné qu’ils n’ont pas de stock, et ils revendent aussitôt par peur d’un retournement de marché comme ils en ont connu en 2003. Mais la qualité de la vanille n’est pas au rendez-vous. La perte d’arôme serait de 30 à 40 %. Même pour l’industrie des arômes, qui fournit l’industrie agroalimentaire mondiale, glaces et confiseries, et qui s’en sort en procédant à l’extraction à partir des gousses de vanille, cela veut dire acheter plus de gousses, au prix record actuel, 600 dollars le kilo de vanille conditionné... Malgré la vogue des arômes naturels, le danger est que l’industrie se tourne de plus en plus vers les arômes artificiels, c’est ce qui avait fait plonger les prix de la vanille malgache en 2003-2004. Ou que les acheteurs se détournent peu à peu de l’origine malgache pour aller s’approvisionner davantage en Inde, en Indonésie ou en Papouasie-Nouvelle-Guinée, qui relancent les plantations, prêtes au bout de quatre ans.

Le Qatar continuera de vendre son gaz malgré les mesures de ses voisins  

La rupture entre le Qatar et ses voisins arabes ne menace pas l’approvisionnement en gaz naturel liquéfié, dont le Qatar est le premier exportateur mondial. Le Qatar continuera de vendre son gaz malgré les mesures de rétorsion de ses voisins. L’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte ont certes interrompu les échanges terrestres et maritimes avec le Qatar pour marquer la rupture de leurs relations diplomatiques, mais les exportations gazières, première ressource du Qatar, ne sont pas menacées. La grande majorité de ce gaz est liquéfié et il part en bateau. Ces méthaniers chargés de GNL qatarien naviguent en premier lieu vers les pays asiatiques (Chine, Japon, Corée du Sud, Inde), en deuxième lieu vers l’Europe, et en troisième lieu vers l’Amérique, rappelle Francis Perrin, président de Stratégie et Politiques énergétiques. Des marchés qui n’ont aucun lien avec la brouille actuelle. Ce fret de gaz naturel liquéfié, il n’est pas possible que les pays arabes adversaires du Qatar l’interrompent, les méthaniers qatariens peuvent tout à fait emprunter les eaux territoriales iraniennes. Sauf à bloquer le détroit d’Ormuz vers le sud ou le canal de Suez vers le nord, mais ce sont des voies d’eau internationales. Les bloquer serait considéré comme un acte de guerre. Même l’Egypte d’Abdel Fatah al-Sissi, qui en veut terriblement au Qatar de continuer à soutenir les Frères musulmans, n’oserait pas franchir ce pas. Reste les livraisons de gaz qatarien à ces mêmes pays arabes. L’Egypte, en attendant de pouvoir puiser du gaz chez elle, dans le nouveau gisement maritime géant de Zohr, achète du GNL au Qatar. Du temps de Mohamed Morsi, l’Egypte avait même reçu gratuitement ses premiers méthaniers qatariens, au nom de l’amitié pour les Frères musulmans. Aujourd’hui Le Caire pourrait tout à fait dénoncer son contrat avec le Qatar et acheter du gaz naturel liquéfié à des traders, reconnaît Philippe Sébille-Lopez, de Geopolia : le marché spot du GNL est surabondant. Dans l’autre sens Doha pourrait interrompre ses livraisons à l’Egypte ou aux Emirats arabes unis mais il n’y pas grand intérêt. Pas plus que les Emirats arabes unis n’ont intérêt à se priver du gaz qatarien qu’ils reçoivent, sous forme gazeuse cette fois, par un gazoduc terrestre, Dolphin. Avec l’arrivée de l’été, la population des Emirats consomme beaucoup plus d’électricité, et donc de gaz, pour faire tourner les climatiseurs. Enfin pour le Qatar, ces clients arabes sont très secondaires : ils ne constituent que 10% de ces exportations gazières. Même s'il fallait rerouter quelques cargos, imagine Thierry Bros, de l'Oxford Institute for Energy Studies, les revenus gaziers du Qatar ne seraient pas touchés. Ce n’est pas au plan énergétique que la brouille entre le Qatar et ses voisins arabes aura le plus d’impact.

Pittsburgh, ville de partage du pétrole aux Etats-Unis  

Donald Trump a justifié son retrait de l'accord sur le climat en rappelant qu'il avait été « élu par les habitants de la ville américaine de Pittsburgh, pas de Paris ». Pittsburgh n'est pas seulement l'ancien bastion de l'acier, aux Etats-Unis : la cité, porte du Midwest, pourrait aussi arracher l'activité de raffinage à la côte Est, grâce à l'inversion du flux d'un oléoduc. Qui fournira la ville de Pittsburgh en essence ? L'ancienne cité sidérurgique, qui a élu Donald Trump, comme l'a rappelé le président américain, en annonçant son retrait de l'accord de Paris, est aussi l'enjeu d'un partage du pétrole entre les raffineries de la côte Est et les raffineries du Midwest. Jusqu'à présent c'étaient les raffineries de la côte Est qui alimentaient Pittsburgh en carburant. De l'Est vers l'Ouest, via un oléoduc, le Laurel Pipeline. Mais le flux de l'oléoduc pourrait être inversé si son opérateur obtient l'aval de l'Etat de Pennsylvanie cet automne, prévoit Reuters. Dans ce cas l'essence partirait dans l'autre sens, d'Ouest en Est, et ce sont les raffineurs du Midwest qui fourniraient alors en carburant non seulement Pittsburgh, mais toute la Côte Est, première zone de consommation d'essence des Etats-Unis. C'en serait fini pour les raffineurs de la région de New York et de Philadelphia, déjà mal en point financièrement. Ces raffineurs de la côte Est importent leur pétrole brut du Canada par le train, mais surtout par bateau d'Afrique et d'Amérique latine. Les raffineurs du Midwest, eux, ont accès au pétrole canadien par oléoduc, ce qui leur coûte moins cher, et bientôt ils auront accès au pétrole de schiste américain grâce à l'oléoduc Dakota Access. De quoi remplir à pleine capacité le Laurel Pipeline, et donc arrondir les revenus de l'opérateur. Ce dernier brandit d'autres arguments auprès de l'Etat de Pennsylvanie, pour obtenir de faire partir l'essence de Pittsburgh vers l'Atlantique : l'entreprise met en avant le fait que les prix de l'essence pourraient encore baisser pour le consommateur américain, et que l'on pourrait diminuer la dépendance des Etats-Unis aux importations. La Côte Est importe non seulement du pétrole brut, d'Afrique et d'Amérique latine, pour le raffiner, mais elle fait venir un quart de sa consommation d'essence par bateau d'Europe et du Canada.

L'alliance en or de la Chine et de la Russie  

Le fonds d’investissement chinois Fosun achète 10% de Polyus, le géant russe de l’or. La Chine, premier consommateur d'or de la planète, financera le groupe minier russe, en mal de capitaux étrangers. C'est une alliance en or entre la Chine et la Russie. Le méga-fonds d'investissement chinois Fosun achète 10% du premier producteur d'or de Russie, Polyus. Polyus est l'un des dix géants mondiaux du métal précieux, avec une réserve d'or de 2 000 tonnes, soit la moitié de la consommation mondiale annuelle, et une production de près de 2 millions d'onces en 2016. Mais le groupe aurifère souffre comme le reste de l'économie russe du manque d'investissements étrangers pour développer ses gisements. Les sanctions occidentales contre Moscou ont tari les financements de l'Ouest, alors c'est vers l'Est que le géant minier russe se tourne. Vers la Chine et ses immenses réserves de liquidités. Le fonds d'investissement Fosun est un des fers de lance des investissements chinois à l'étranger, il a récemment racheté le Club Med, fleuron français du tourisme. En acquérant 10% puis dans quelques mois 5% supplémentaires du Russe Polyus, le Chinois Fosun fournira près d'un milliard et demi de dollars au groupe minier russe. De quoi lui permettre de développer le méga-gisement sibérien de Sukhoi Log, que Polyus a remporté aux enchères en janvier dernier. Cette mine d'or géante a pesé lourd dans la transaction : elle a redonné au producteur russe une position de force qui lui a permis de ne pas céder au Chinois Fosun une minorité de blocage dans le capital de Polyus, tout en aiguisant l'appétit du futur actionnaire chinois. Accéder à l'or russe, pour la Chine, c'est garantir son approvisionnement, l'Empire du Milieu concentre 30% de la demande mondiale de métal précieux, c'est désormais le premier consommateur d'or de la planète, devant l'Inde. Pour la Russie, la Chine est un donc un débouché de choix pour son métal précieux. L'arrivée de Fosun au capital de Polyus est aussi le premier investissement chinois de cette ampleur dans une entreprise russe.

Les exportations, bulle d'air du lait français  

Cette année, la journée mondiale du lait est plus que jamais fêtée en France. L'occasion de soutenir une filière fragilisée, mais sauvée par les exportations. De plus en plus de briques de lait liquide produites en France partent en Chine, en Afrique et au Moyen-Orient. Les exportations sont une véritable bulle d’air pour le lait français. La consommation de fromage stagne dans l’Hexagone, on boit de moins en moins de lait au petit-déjeuner, pourtant le moment où l’on consomme du lait en France : le repas matinal est de plus en plus négligé et de plus en plus tôt par les jeunes Français. Si l’on ajoute la concurrence croissante des « jus » végétaux d’avoine ou de soja, le lait produit à l’étable a bien besoin du soutien des exportations. Un litre sur deux produits France est vendu à l’étranger sous forme de fromage, crème, beurre, poudre, et même de plus en plus sous forme de lait liquide, en briques ! Un segment encore dix fois moins important en valeur que le fromage, qui représente la moitié des exportations françaises de produits laitiers, mais qui est monté à 5 % de la valeur tout de même aujourd’hui. Pour des briques de lait qui n’ont intrinsèquement pas une grande valeur ajoutée, c’est beaucoup. L’essor de la consommation du lait étranger en Chine L’an dernier les ventes de briques de lait français en Chine ont augmenté de 300 %, selon Laurent Damiens, le directeur marketing du Centre national interprofessionnel de l’économie laitière. Même à Chengdu, dans une région de l’Ouest chinois à forte production laitière, il a constaté l’essor de la consommation du lait étranger en brique, tant la méfiance est encore grande vis-à-vis du lait local ou de la poudre de lait. Toutes les semaines, plus de 100 containers entiers de briques de lait partent de France vers l’Asie, via les ports du Havre, de Marseille, de Rotterdam ou d’Amsterdam. L’industrie laitière française a été pionnière dans ce commerce du lait en brique, très vite imitée par l’Australie et la Nouvelle-Zélande en Asie, et en Afrique, par les grands du lait d’Allemagne, des Pays-Bas et du Danemark.

Les entreprises d'isolation en manque de matière première  

Alors que le marché de l'isolation ne cesse de grandir dans le bâtiment, les fabricants de panneaux de polyuréthane et les entreprises d'étanchéité sont confrontés à une pénurie mondiale de matière première. En France, les entreprises d'isolation du bâtiment sonnent l'alerte. Alors que leur carnet de commande explose, elles risquent de ne pas pouvoir effectuer certains chantiers parce qu'elles n'arrivent plus à se fournir en panneaux et en mousse de polyuréthane. Un isolant léger qui a doublé sa part de marché en deux ans, 10% aujourd'hui, aux côtés de la laine de roche et du polystyrène. Mais la matière première du polyuréthane, le diisocyanate de diphénylméthylène ou MDI, une molécule issue de la pétrochimie, est quasi-introuvable en ce moment. Dans le monde, les entreprises qui produisent ce diisocyanate se comptent sur les doigts de la main et leurs usines ont connu au cours des derniers mois de graves incidents de production ou des opérations de maintenance, de l'Europe à la Chine. Le numéro un mondial, le Chinois Wanhua, mais aussi les Allemands Basf et Covestro ne produisent plus à pleine capacité. Le prix de ce MDI a presque doublé depuis le début de l'année (il est à plus de 2800 dollars la tonne en Asie, où la demande est également très forte), entraînant la hausse des prix du polyuréthane de moitié et surtout des délais de fabrication interminables. Les fournisseurs de panneaux isolants qui pouvaient livrer en six semaines, ne veulent même plus s'engager sur les délais, témoignent les entreprises de l'étanchéité, à savoir les poseurs. Ce sont les plus pénalisés parce qu'ils sont pris en tenaille entre la hausse des coûts de leurs fournisseurs et les pénalités de retard que leur imposent les maîtres d'ouvrage. Les alternatives aux panneaux de polyuréthane existent bien, mais il est difficile de changer de matériaux sur des chantiers déjà programmés. Le retour à la normale n'est pas attendu avant la fin de l'année dans la filière polyuréthane, les professionnels de l'isolation craignent de devoir recourir au chômage technique, alors qu'ils ont des chantiers en pagaille.  

L'acier européen craint la réforme du marché carbone dans l'UE  

La réforme du marché européen du carbone inquiète les fabriquants d'acier de l'UE.   L’acier européen craint la réforme du marché carbone dans l’UE. Une réforme encore en négociation, entre les États membres et la Commission européenne, mais qui augmentera fatalement, à partir de 2020, le coût des droits à polluer pour ce secteur, déjà fragilisé par les importations d’acier à bas coût de Chine et de Russie. La sidérurgie est l’industrie européenne la plus émettrice de gaz à effet de serre, mais elle bénéficiait jusqu’à présent de quotas gratuits de CO2. Dans des quantités largement suffisantes pour compenser les émissions de certains aciéristes, parce qu’ils avaient freiné leur production depuis la crise. En 2020, les quotas alloués au secteur seront non seulement réduits, mais ils seront payants. Un surcoût chiffré à 26 milliards d’euros sur la prochaine décennie par Eurofer, ce qui devrait renchérir la tonne d’acier européen de 28 euros en 2030, et entraîner une délocalisation encore plus importante de la production d’acier hors d’Europe, là où ces contraintes n’existent pas, craint le secteur européen. Régler le problème au niveau international La réforme des quotas en Europe pourrait, au lieu de lutter contre le réchauffement climatique, au contraire l’aggraver, déplore la filière européenne. 10 % seulement de la production mondiale d’acier désormais, mais encore 300 000 emplois, l’industrie européenne plaide pour un règlement au niveau international, à l’Organisation mondiale du commerce, du problème. « Si nous n’avons pas le choix, admet le président d’Ascoforge, l’aciériste français, qu’au moins, l’Europe attribue un bonus à la filière électrique, qui refond l’acier des carcasses de voitures recyclées, plutôt que de continuer à brûler du charbon, comme les hauts fourneaux... » Des hauts fourneaux incarnés par ArcelorMittal. Le géant européen, candidat au rachat d’Ilva en Italie, promet à ce site de faire monter à 9 millions de tonnes les ventes de brames d’acier... en important de l’acier semi-fini de ses usines du Brésil, qui elles, échapperont au nouveau marché européen du carbone.  

Pétrole: le chemin long et étroit de l’Opep  

Les cours du pétrole se sont repliés depuis le sommet de l’Opep à Vienne. La décision du cartel de poursuivre sa réduction de production ne suffit pas, pour le moment, à redresser les prix du brut. Mais le rééquilibrage du marché pétrolier est en cours. C’est un chemin étroit et long que suit l’Opep depuis novembre dernier pour redresser les cours du brut. Long puisque malgré sa décision de reconduire de neuf mois la baisse de production de ses membres, jeudi dernier, l’organisation a échoué à faire rebondir les cours. Ils se sont même repliés de 5 % le jour même. Les marchés n’ont pas été convaincus par ce qu’ils ont pris comme une mesure trop timorée : les traders attendaient soit une prolongation plus durable, d’un an, soit une baisse de production plus forte de la part des pays exportateurs de pétrole, au-delà de 1,8 million de barils par jour. Nombre auquel l’Opep et ses alliés, dont la Russie, renoncent déjà collectivement. Les marchés s’inquiètent aussi de savoir comment, au printemps prochain, l’organisation sortira sans dommage de la discipline qu’elle s’impose. C’est également un chemin étroit qu’emprunte l’Opep puisqu’en tentant de faire remonter les cours, et elle y est parvenue depuis six mois, elle favorise l’essor de la production concurrente des Etats-Unis, mais aussi du Canada - la province de l’Alberta est à nouveau un eldorado pétrolier, non plus pour ses sables bitumineux, mais pour ses pétroles de schiste. L’Opep doit donc pour l’instant maintenir le prix du baril entre 50 et 60 dollars pour ne pas trop encourager les forages nord-américains. Le chemin de l’Opep mène pourtant au but, estime Francis Perrin, président de Stratégie et politique énergétiques, à savoir au rééquilibrage du marché pétrolier. Si la production des Etats-Unis progresse d’un million de barils par jour, en un an, elle ne compense pas 1,8 million de barils par jour manquant des pays de l’Opep et consorts. Or la demande de pétrole, elle, continue d’augmenter d’1,3 million de barils par jour. Fatalement, cette demande va mordre dans les stocks des pays consommateurs. Même si ces stocks sont encore pléthoriques, ce sera un signal psychologique pour les traders que les prix du pétrole doivent remonter. Et ce signal pourrait intervenir d’ici la fin 2017. À condition que les pays de l’Opep poursuivent scrupuleusement leur réduction de production, et si leurs alliés hors de l’Opep, Russie en tête, contribuent à l’effort tout de suite, ce qu’ils n’ont pas fait au cours des six premiers mois.

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