Chronique des Matières Premières

Chronique des Matières Premières

France

Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus. ** Cette chronique s'arrête du 29 juin au 30 août 2015. ** Retrouvez les sujets traités par cette émission sur RFI SAVOIRS = http://savoirs.rfi.fr/

Episodes

France: la réforme du code minier arrive au Parlement  

Longtemps repoussée en France, la réforme du code minier passe en commission parlementaire mercredi 18 janvier. Avant le débat en séance la semaine suivante, mardi 24. Le futur code minier français est entre les mains du Parlement. La proposition de loi socialiste vise à introduire une doase d’environnement et de démocratie locale dans l’ancien code napoléonien, en renforçant la concertation avec les riverains. Ce n’est pas trop tôt, cinq ans après la polémique sur les gaz et les pétroles de schiste, provisoirement éteinte par l’interdiction de la fracturation hydraulique en juillet 2011. Mais le compte n’y est pas dans cette tentative de « verdir » le code minier, estiment les élus et les associations écologistes. Information des populations trop tardive, 21 jours seulement avant la signature potentielle du permis, concertation à la discrétion du préfet ou si trois quarts des communes visées par le permis le demandent et trop d’imprécision sur les techniques autorisées ou la gestion de l’après-mine. Un flou qui gêne tout autant le camp des partisans d’une renaissance de l’industrie minière en France. « Quelle est la nature exacte de ce "doute sérieux" qui pourrait motiver le refus d’un permis ? », se demande Jack Testard, le pdg de Variscan, joint par Rfi. La petite société à capitaux australiens a obtenu six permis d’exploration, en Bretagne et dans les Pays de la Loire, malgré l’opposition des populations locales. Mais elle attend toujours la parution au Journal officiel du septième permis, dans les Pyrénées, alors que les riverains sont plutôt favorables à la réouverture de la mine de tungstène. « Que les gens soient informés, c’est très bien, poursuit le pdg de la jeune pousse minière, mais divulguer tout pour avoir un permis d’exploration, c’est impossible, parce qu’à ce stade, on est en concurrence avec d’autres compagnies. Il faudrait mettre fin à cette concurrence dans l’exploration des métaux, plaide-t-il, leur géologie est plus complexe que celle des hydrocarbures ». Jack Testard craint aussi que l’on remette en cause la priorité donnée à celui qui a exploré avec succès pour l’obtention du permis d’exploitation. Si un amendement remet en question ce droit de suite, juge-t-il, la France peut dire adieu à l’investissement dans les mines. A lire, pour aller plus loin : La nouvelle proposition de loi n°4251 qui vient compléter la codification du code minier à droit constant par l’ordonnance du 20 janvier 2011.  

Nickel: l’impact du revirement indonésien  

Décision déroutante pour l’industrie minière en Indonésie : Jakarta met fin à un embargo de trois ans sur ses exportations de minerai brut de nickel et de bauxite.   C’est un revirement inattendu pour le secteur minier en Indonésie. Le gouvernement met fin à son embargo sur les exportations de minerai brut de nickel et de bauxite. En le mettant en place il y a trois ans, les autorités indonésiennes voulaient encourager la transformation locale en pensant développer l’emploi et gagner plus de valeur ajoutée.   Mais c’est l’inverse qui s’est produit : l’Indonésie aurait un manque à gagner de près de 17 milliards de dollars, qui a creusé le déficit budgétaire. « Les usines de fonte de nickel se sont développées, mais pas en nombre suffisant pour traiter l’intégralité du minerai », explique Didier Julienne expert des métaux. Les stocks de minerai brut se sont accumulés et l’Indonésie s’est fait doubler par les Philippines comme fournisseur majeur à la Chine. « Les conséquences sociales de l’embargo ont été catastrophiques dans le secteur minier », ajoute Didier Julienne.   Marche arrière toute, a décidé Jakarta : pendant les cinq prochaines années, les compagnies pourront exporter du minerai non transformé de basse teneur à partir du moment où elles auront juste un projet de transformation.   Voilà qui réjouit le premier groupe minier public indonésien, son PDG estime que les régions minières étaient en train de mourir et qu’elles vont renaître.   En revanche, l’afflux probable de nickel indonésien nuit déjà aux concurrents de l’Indonésie qui avaient profité de son retrait relatif : aux Philippines, en Australie et en Nouvelle Calédonie, les groupes miniers ont vu leur action chuter, la baisse des prix du nickel s’est déjà fait sentir, jeudi dernier la tonne est repassée sous les 10 000 dollars.   Autres déçus potentiels, les groupes chinois qui ont investi quelque 15 milliards de dollars dans des usines de fonte de nickel indonésiennes. Cela dit la Chine n’est pas mécontente d’avoir « délocalisé » ses usines-là en Indonésie, où elles sont plus modernes et moins polluantes. Les fabricants d’acier inoxydables chinois vont également profiter d’un nickel moins cher sur le marché mondial.  

Gaz de schiste : l’Argentine ressuscite Vaca Muerta  

L'Argentine veut relancer le développement du gaz de schiste en Patagonie. Le gouvernement Macri est parvenu à motiver les grandes compagnies pétrolières pour qu’elles investissent à nouveau dans le gisement géant de Vaca Muerta. L'Argentine ressuscite Vaca Muerta. Un gisement de gaz de schiste de 30 000 km2, l’équivalent de la superficie totale du Rwanda, en Patagonie, dans le sud argentin ; les deuxièmes réserves de gaz de schiste au monde, derrière la Chine et devant l’Algérie et les Etats-Unis. Vaca Muerta a pourtant été mis en sommeil depuis quelques années : le gaz de schiste argentin n’est plus rentable à exploiter depuis la chute des prix des hydrocarbures, même pour les plus grandes compagnies déjà sur place. Les Américaines Chevron et Dow, les Britanniques Shell et BP et le Français Total, partenaires de la compagnie nationale argentine YPF (Yacimientos Petrolíferos Fiscales) n’exploitent que deux concessions sur les 19 distribuées. Des prix subventionnés Mais l’Argentine manque de gaz, elle doit importer de plus en plus d’hydrocarbures malgré ses immenses réserves alors qu’elle était exportateur net autrefois. Le gouvernement Macri a donc offert des conditions généreuses aux compagnies pour qu’elles investissent à nouveau dans Vaca Muerta. Le prix du gaz à la sortie du puits sera subventionné jusqu’à plus de 7 dollars le million de BTU, près de trois fois plus que le prix mondial. Ces subventions du gaz produit en Argentine devaient initialement disparaître cette année, elles seront prolongées au moins jusqu’en 2020. Les infrastructures de transport seront améliorées par la région de Neuquèn qui abrite en partie le gisement de Vaca Muerta. Et les salariés du secteur pétrolier connaîtront des conditions d'embauche plus flexibles. Les grèves étaient fréquentes dans ce secteur en Argentine, depuis le retour de l'inflation. L’objectif est de diminuer de 30% les coûts de la fracturation hydraulique pour les compagnies pétrolières, actuellement ils sont deux fois plus élevés en Argentine qu'aux Etats-Unis. En échange de toutes ces promesses, les compagnies pétrolières s'engagent à investir 5 milliards de dollars cette année, 15 milliards de dollars l'an prochain en Argentine, pour extraire plus rapidement le gaz de schiste de Vaca Muerta dont l'Argentine estime avoir besoin.  

Le premier négociant digital de céréales  

Les agriculteurs français peuvent, c'est nouveau, vendre leurs céréales au meilleur prix sur Internet. Grâce à un comparateur en ligne.   C’est le premier négociant digital de céréales. Comparateuragricole.com permet aux agriculteurs de tous les départements français de vendre leurs céréales au meilleur prix sur Internet. Il suffit au céréalier d’inscrire son code postal, et la plateforme, gratuite, lui indique le prix le plus élevé auquel il pourra vendre et à quelle date, ses camions de blé, d’orge, de maïs ou de colza. Des algorithmes mettent à jour ce prix en fonction de l’évolution du marché à terme, et en fonction de la distance à parcourir jusqu’au client, industriel ou négociant. La plateforme se rémunère par une commission sur la tonne de céréales vendue.   La force de ce négoce en ligne, c’est qu’il intègre la logistique. Pierre-Antoine Foreau, à peine 26 ans, fondateur et président de Comparateuragricole.com, cinq salariés à ce jour : « Notre première force, c’est la logistique. C’est pour cela que l’on demande la localité de l’agriculteur pour lui donner des prix. Parce que selon qu’il est en Beauce, en Picardie, ou dans la Marne, ça ne sera pas le même prix des céréales selon les débouchés que l’on a. La logistique on l’a vraiment optimisée au maximum pour obtenir une transparence... On bouscule carrément les codes, oui. Il y a des territoires sur lesquels il n’y avait plus qu’un ou deux acteurs. Aujourd’hui, le numérique a une telle puissance, une telle force, que clairement les agriculteurs jouent avec nos prix pour aller négocier les leurs avec leur négociant ! » Une arrivée à point nommé Ce nouveau négociant numérique a vu le jour à point nommé : cette année, les agriculteurs sont à l’euro près pour s’en sortir, après une récolte à la fois catastrophique en quantité et très mal rémunérée. Quant aux acheteurs, ils manquent de marchandise. D’où le beau démarrage de cette plateforme. Ouverte sur trois puis cinq départements-pilotes depuis avril dernier, Comparateuragricole.com a décidé 350 agriculteurs à vendre en ligne 20 000 tonnes de céréales, l’équivalent de 800 camions de céréales. Les fondateurs espèrent multiplier par deux la collecte l’an prochain et bientôt capter 3 % des céréales françaises, quand le négoce en contrôle aujourd’hui 30 % et les coopératives 70 %.   

La production de caoutchouc bloquée par les inondations en Thaïlande  

Le sud de la Thaïlande subit les pires inondations depuis dix ans. Des intempéries qui paralysent la production de caoutchouc.   Des pluies diluviennes se sont abattues sur le sud de la Thaïlande, « la » région du caoutchouc. Impossible de saigner les hévéas dans des plantations inondées. Le président du Conseil thaïlandais du caoutchouc naturel juge que la Thaïlande pourtant premier exportateur mondial de caoutchouc, ne pourra pas honorer toutes les commandes de la Chine avant le Nouvel An lunaire.   Voilà un nouveau motif de rebond des prix de cette matière première qui avait touché le fond au début de l'année dernière : 1 dollar le kilo, six fois moins qu'en 2011 ! Lundi 9 janvier, la tonne de caoutchouc a dépassé les 2,40 dollars à la Bourse de Singapour. Les cours du caoutchouc ont donc plus que doublé en un an. Car les inondations en Thaïlande succèdent à la sécheresse consécutive au passage d'El Niño qui avait déjà nui à la productivité des hévéas, l'an dernier. Pour couronner le tout, l'Indonésie et la Malaisie ont coupé des hévéas pour mettre fin à des années de surproduction qui avaient plombé les prix. En 2016, on a produit moins de caoutchouc qu'on en a consommé. Les stocks ont comblé le déficit. Une demande stable à l'échelle mondiale La demande de caoutchouc naturel n'est pourtant pas formidable, elle est stable au niveau mondial, il s'agit à 70% des commandes de l'industrie automobile, et en particulier des pneumaticiens. Mais les ventes de véhicules sont reparties en Chine en novembre dernier. La hausse des prix du caoutchouc naturel s'est d'ailleurs nettement accentuée depuis. Au même moment l'accord Opep - non Opep a fait rebondir les prix du pétrole, et donc du caoutchouc synthétique, ce qui a bénéficié aux prix du caoutchouc naturel. Avec les inondations dans le sud de la Thaïlande, les exportateurs thaïlandais s'attendent à ce que désormais les cours du caoutchouc restent au-dessus des 2 dollars le kilo toute l'année 2017.    

Liban: le pétrole objet du premier décret du nouveau gouvernement  

Privé d’exécutif pendant deux ans, le Liban relance les enchères pétrolières en prenant deux décrets. Sans dissiper les inquiétudes sur la gestion de la rente éventuelle.   Le pétrole et le gaz font l’objet des premiers décrets du nouveau gouvernement libanais. Avec des réserves de gaz évaluées à 850 milliards de m3, 2 700 milliards de m3 même, selon l’ancien ministre de l’Énergie aujourd’hui aux Affaires étrangères, le Liban est potentiellement aussi riche qu’Israël en hydrocarbures. Il partage avec l’État hébreu, Chypre et l’Égypte, le même bassin géologique du Levant où les belles découvertes maritimes se sont multipliées depuis 2009. Des revenus potentiels qui font rêver le pays du Cèdre, aujourd’hui écrasé par la dette, la gestion d’un million de réfugiés et l’effondrement du tourisme. Mais il manquait un cadre juridique à l’exploitation de ce gaz et de ce pétrole au large des côtes libanaises. La loi pétrolière de 2010 n’avait toujours pas de décret d’application, les premières enchères lancées en 2013 sur 5 blocs offshore avaient tourné court. Le Liban avait ensuite été privé pendant deux ans de gouvernement. Processus relancé Avec les deux décrets pétroliers pris la semaine dernière, le processus est relancé. Le gouvernement de Saad Hariri compte sur les majors Exxon, Chevron, Eni, Total, pour candidater de nouveau lors des prochaines enchères. Le nouvel exécutif libanais va définir une fiscalité nouvelle sur les hydrocarbures, qui jailliront, promet-il, dans moins d’un an. Cette précipitation inquiète les experts. Le régime du partage de production semble avoir été choisi, mais pas la création d’une véritable compagnie pétrolière nationale au Liban. D’où la crainte de voir le revenu des barils s’éparpiller entre les grandes compagnies étrangères et une kyrielle de sociétés libanaises plus obscures les unes que les autres. Contrairement à Israël, le Liban n’a pas défini quelle quantité d’hydrocarbures restera dans le pays, pourtant régulièrement privé d’électricité. Quels seront les garde-fous environnementaux ? Au Liban, le Parlement et la société civile n’ont pas encore pris part au débat. Dans le contexte actuel des prix du pétrole et du gaz, beaucoup moins élevés qu’en 2013, le Liban aurait tort de brader ses ressources.  

Les légumes secs s'invitent chez un grand du négoce  

Preuve de l'intérêt croissant du négoce pour les lentilles, les pois et les haricots secs, un géant du sucre et du café, ED&FMan, rachète le spécialiste britannique des légumes secs, Maviga. Les légumes secs s'invitent chez un grand du négoce. ED&F Man, le géant du sucre et du café, 8 milliards de dollars de chiffres d'affaires, s'offre un spécialiste du commerce des lentilles, fèves, pois et autres haricots secs : Maviga. Une entreprise britannique beaucoup plus modeste, créée il y a vingt ans par un trader peu banal. C'est par la bande dessinée que Marcus Cole fait la promotion de ses pois et de ses lentilles. Son héros ? Jack Bean, évidemment. Derrière la décontraction, Maviga est devenu un champion mondial des légumes secs, avec des bureaux sur tous les continents, 300 millions de dollars de chiffre d'affaires et un bénéfice de 8 millions de dollars, en hausse de 62% en 2015. Cette année-là, il est vrai, l'Inde est privée de mousson. Déjà destinataire de la moitié du commerce mondial de légumes secs, elle doit importer en urgence des quantités record de lentilles et de pois secs du Canada, d'Australie, des Etats-Unis, de Russie et du Mozambique. Les prix mondiaux des légumes secs doublent, triplent en 2015-2016. Ces produits, base de l'alimentation au Pakistan, au Bangladesh, et encore très consommés sur le pourtour sud et est de la Méditerranée, sortent de l'oubli. L'ONU consacre même 2016 comme l'année internationale des légumes secs. Une façon de promouvoir cette source végétale de protéines, écologique ça ne gâche rien, l'azote capté par ces plantes amende ensuite les sols. Pour l'instant les légumes secs sont très marginaux dans l'alimentation des Occidentaux, Maviga a bien essayé de promouvoir le toast à la farine de pois auprès des Britanniques. Mais jusqu'à présent, il a eu plus de succès en vendant les fèves cultivées en Grande-Bretagne aux Egyptiens. Il n'empêche, le rachat de ce spécialiste des légumes secs par ED&F Man marque l'intérêt nouveau du négoce agricole pour les plats de lentilles.

Le solaire moins cher que le charbon?  

Dans certains pays, le coût de l'énergie solaire est déjà inférieur à celui du charbon pour fabriquer de l'électricité. Le solaire moins cher que le charbon ? C'est déjà une réalité. Une trentaine de pays parviennent déjà à produire de l'électricité solaire à un coût inférieur à celui du charbon, selon Bloomberg. Et sans subvention. En 2016, le Chili et Dubaï ont même remporté la palme de l'énergie solaire à bas coût : moins de 30 dollars le mégawattheure, deux à trois fois moins cher que le mégawattheure d’une centrale à charbon. L'industrie photovoltaïque a fait des progrès, le même panneau solaire produit 25% plus d'électricité qu'il y a cinq ans. L'augmentation des commandes a également fait baisser les coûts. Enfin, certains Etats organisent des enchères pour faire jouer la concurrence. C'est ce qu'ont fait le Chili et Dubaï l'an dernier. Ils ont respectivement élu les sociétés américaines SunEdison et la compagnie émiratie Masdar pour étoffer leur parc solaire. Cette année ce sera au tour de l'Arabie saoudite, de la Jordanie et du Mexique de lancer des appels d'offres. Les pays émergents et en développement ont remplacé l'Europe, qui a diminué ses subventions, comme les pays les plus attractifs pour l'industrie solaire. La Chine est en tête, suivie du Chili, du Brésil, de l'Uruguay, de l'Afrique du Sud et de l'Inde. Parce qu'ils sont asphyxiés par la pollution du charbon, ou parce que leur ensoleillement est idéal, ou que les générateurs à fuel leur coûtent décidément trop cher là où ils n’ont pas de réseau d’électricité. Mais le défaut majeur de l'énergie solaire, comme de l'énergie éolienne d'ailleurs, c'est l'intermittence de l'ensoleillement ou du vent, que l'on n'a pas encore totalement surmontée par un stockage suffisant de l'électricité. Ce handicap empêchera le solaire d'être partout moins cher que le charbon dans dix ans, comme le prévoit pourtant une étude du Forum économique mondial. Il faudra attendre encore vingt ans pour que le soleil batte l'énergie fossile, avertit l'Association mondiale du charbon. L'Asie du Sud-Est, en particulier l'Indonésie, accélère il est vrai les commandes de petites centrales à charbon très polluantes pour combler ses besoins galopants en électricité. Malgré la compétitivité accrue de l'énergie solaire.

Le pétrole démarre 2017 sur les chapeaux de roue  

Au premier jour de cotation, les cours du baril ont frôlé les 60 dollars, leur plus haut niveau depuis un an et demi. Au moins deux pays dans l'OPEP et hors de l'OPEP ont réellement réduit leur production, comme promis. Le pétrole démarre 2017 sur les chapeaux de roue. Une hausse de 3 % au premier jour de cotation de l’année. Les cours du Brent ont tutoyé les 60 dollars à Londres, un niveau qu’on n’avait pas vu depuis un an et demi ! La nouvelle année était un test pour les marchés pétroliers. Ils attendaient de voir si l’accord de réduction de la production signé entre pays de l’OPEP et quelques pays hors de l’OPEP serait respecté : il entrait en vigueur au 1er janvier. Deux pays au moins viennent de donner des gages : le Koweït, membre du cartel, et Oman hors de l’OPEP, ont effectivement réduit leur production en ce début d’année, d’environ 5 % chacun. Bien sûr il faut attendre que se concrétisent les promesses des signataires qui pèsent encore plus lourd sur le marché mondial, dont l’Arabie saoudite qui a renouvelé ses encouragements à respecter l’accord. Et l’Irak qui s’est engagé à réduire les quantités de certaines qualités de pétrole. La position russe déterminante Hors de l’OPEP, l’attitude de la Russie sera déterminante. À elle toute seule, elle doit réduire son offre de 300 000 barils jours, mais elle se donne six mois pour le faire, après avoir battu un nouveau record de production depuis l’ère soviétique au dernier mois de l’année 2016, avec 11,2 millions de barils par jour. Reste l’inconnue des pays hors OPEP qui ont signé, mais qui n’ont pas d’objectif précis de réduction de leur production : Azerbaïdjan, Kazakhstan, Mexique. Le Soudan du Sud fait aussi partie de ce groupe, or il s’est déclaré favorable à une hausse de production depuis qu’il a signé le 22 décembre un accord de transit avec son voisin et rival du nord. Enfin il y a les pays non contraints par l’accord : la Libye a augmenté de nouveau sa production en janvier à 685 000 barils jours. Quant aux États-Unis, le redémarrage des puits s’accélère, encouragé par la hausse des cours. Pour l’instant il s’agit surtout des forages des toutes petites compagnies, peut-être insuffisants pour vraiment faire bondir la production américaine. De toute façon les marchés préfèrent parier pour l’instant sur le rééquilibrage prochain de l’offre pétrolière à la demande.

Pénurie d’œufs : les Etats-Unis volent au secours de la Corée du Sud  

La Corée du Sud a dû abattre plus de 20 millions de volailles pour enrayer la pire épidémie de grippe aviaire de son histoire. Aujourd'hui, le pays asiatique manque d'œufs. A Washington, l'administration s'active pour permettre aux éleveurs américains de fournir des œufs à la Corée du Sud.   Rouvrir le plus vite possible le commerce des œufs entre les États-Unis et la Corée du Sud. C'est à cette tâche que s'attellent les deux administrations de part et d'autre de l'océan Pacifique. Car il y a urgence : la Corée du Sud manque d'œufs. Le pays asiatique est soumis à la pire épidémie de grippe aviaire de son histoire. Depuis l'irruption du virus H5N6 le 18 novembre dernier, 26 millions de volailles ont dû être abattues. Un quart du cheptel avicole sud-coréen anéanti en un mois et demi, dont une majorité de poules pondeuses. Au pays du Matin calme, le prix des œufs a bondi de 60% par rapport à l'an dernier. Les industries agro-alimentaires sud-coréennes cherchent à s'approvisionner à l'étranger, auprès de la Nouvelle-Zélande, de l'Espagne et des États-Unis . Mais ce n'est pas si simple. Un marché qui reste bloqué aux États-Unis Même si les États-Unis croulent sous les œufs, et que les fermiers américains n'attendent que cela : exporter, pour écouler leurs œufs à un meilleur prix que celui qu'ils en tirent en ce moment sur le marché national, le commerce des produits avicoles américains est encore bloqué par de nombreux pays... dont la Corée du Sud. Car les États-Unis ont eux-mêmes connu une terrible épidémie de grippe aviaire en 2015. A l'époque les éleveurs américains avaient dû se résoudre à une hécatombe de volaille comparable à celle que subit la Corée du Sud aujourd'hui. Les partenaires commerciaux des États-Unis avaient alors fermé leur frontière à tous les produits de la volaille en provenance des États-Unis , cela inclut les œufs. Aujourd'hui, la Corée du Sud en a besoin, les États-Unis y ont intérêt : il faut accélérer les procédures pour permettre à nouveau ce commerce. Les deux administrations n'ont pas chômé pendant les fêtes et devraient donner leur feu vert dans la semaine. Les œufs américains devraient bientôt pouvoir traverser le Pacifique et les Sud-Coréens, habitués aux coquilles marron, devront s'accoutumer aux coquilles blanches des élevages américains.  

Le prix corsé des épices en 2016  

Cannelle, cardamome, curcuma… la vogue des épices et les caprices de la météo ont corsé les prix en 2016. Le prix des épices s’est corsé en 2016. Moins de cannelle à disposition en Indonésie à cause de la  sécheresse, les paysans avaient également été découragés par la modestie des prix les années passées. Moins de cardamome en Asie, avec une production inférieure de 25 %. Et une production de curcuma décevante en Inde en 2015-2016. L’appétit pour les épices, lui, est toujours aussi fort en Asie. Et voilà qu’en Europe, il grandit avec la vogue du « hygge », le cocooning à la danoise : la préparation de petits gâteaux et de thé bien épicés pour des goûters réconfortants au cœur de l’hiver. Une décoration maison agrémentée de brins de cannelle, d’anis étoilé ou de noix de muscade entières, c’est très à la mode en ce moment. De quoi renforcer le prix des épices, celui de la cannelle a grimpé de 20 % en 2016, les tarifs de la cardamome ont doublé. 80 % du curcuma produit en Inde Le curcuma n’avait jamais été aussi cher depuis cinq ans en Inde, pourtant pays du curcuma, puisqu’elle produit 80 % de l’épice jaune. Mais les Indiens consomment aussi près de la moitié du curcuma de la planète (450 000 tonnes) à des fins culinaires et médicinales. Cette année, à cause de la faible mousson, le géant asiatique a dû importer 25 % de plus de curcuma de Birmanie, du Vietnam et d’Éthiopie, 10 000 tonnes entre avril et septembre dernier, alors que la récolte du géant asiatique venait de s’achever. Depuis quelques semaines, le prix du curcuma s’est tout de même replié avec ces stocks grandissants d’épices importées. La récolte 2017 en Inde s’annonce meilleure, on pourrait dépasser le million de tonnes. Et le géant indien si friand de curcuma introduira prochainement une variété plus résistante aux maladies, avec des rendements supérieurs et une teneur plus forte en épice jaune. De quoi calmer les craintes de pénurie.

Israël, champion de l'eau artificiellement produite  

C'est une question problématique pour tous les pays confrontés à des sécheresses régulières. Et avec le changement climatique, elle pourrait bien se poser dans de plus en plus de régions du monde. Comment maintenir son agriculture avec des ressources en eau douce limitées ? Israël, pour sa part, a fait le choix de réutiliser l'eau usagée et de dessaler l'eau de mer. Des choix globalement payants. En matière de traitement des eaux usées, Israël est un leader mondial incontesté. Selon un récent rapport gouvernemental israélien, le pays traite 87% de ses eaux rejetées par les foyers et les réutilise dans l'agriculture, contre 20% seulement pour le numéro deux mondial : l'Espagne. Et Israël a aussi misé sur la désalinisation d'eau de mer pour satisfaire ses besoins. Ces dix dernières années, cinq centrales ont été mises en service dans le pays. Aujourd'hui, plus de la moitié de l'eau consommée en Israël est produite artificiellement. Et le pays entend encore renforcer ses capacités. L'objectif affiché est une augmentation de la production des usines de désalinisation de plus de 50% entre 2015 et 2020. Sécheresse Ces résultats sont le fruit d'une politique de longue date et qui s'est intensifiée ces dix dernières années. De 2005 à 2012, Israël a fait face à une sécheresse. Le pays a puisé dans ses réserves en eau douce, qui alimentent aussi souvent ses voisins, créant des tensions régionales. Et le lac de Tibériade est passé l'hiver dernier sous « la ligne rouge », le niveau à partir duquel il devient dangereux de continuer à y prélever de l'eau. Mais si cette production artificielle est une réponse à des ressources aquatiques limitées, elle pose également des questions sur l'impact environnemental. Les techniques de désalinisation sont certes aujourd'hui moins consommatrices d'énergie, mais certains scientifiques s'inquiètent de l'impact de ces prélèvements marins sur l'écosystème. Des milliards d'œufs de poissons et de larves sont aspirés et détruits. Quant aux eaux traitées, certaines régions du pays ne disposent pas de moyen de les stocker. Et si elles ne sont pas immédiatement utilisées pour irriguer les champs, elles sont rejetées dans les cours d'eau à proximité. Mais ce mode de gestion des ressources en eau séduit de plus en plus de pays. Et Israël se place en interlocuteur incontournable. L'an dernier, il a exporté des technologies et savoir-faire relatifs à l'eau pour un montant de 2 milliards 100 millions d'euros. Et ce chiffre devrait augmenter au cours des prochaines années. Des contrats sont notamment en cours de négociation avec l'Egypte et l'Inde.

Pénurie de sucre au Sénégal  

Au Sénégal, cette fin d’année 2016 a été marquée par des hausses des prix, voire des pénuries de sucre dans certaines régions isolées. Un drame national dans ce pays où le sucre est au cœur du foyer, notamment pour préparer l’Ataya, le thé à la menthe. L’Etat cherche à contrôler le prix du sucre mais les réseaux au sein de la filière rendent difficiles pour le moment les contrôles. Au Sénégal, lorsque la production locale est écoulée, la Compagnie Sucrière, la CCS et les membres de l’Union nationale des commerçants et des industriels n’ont pas le choix, ils doivent importer. Et s’il y a bien des problèmes de stocks et de prix sur les marchés, fin novembre, le directeur de la CSS, André Froissard, a été affirmatif : « Il n’y a pas eu de pénurie de sucre au Sénégal. Je l’affirme et le réaffirme. Nous avons importé suffisamment de sucre pour assurer le lien avec la nouvelle campagne qui commence ». Cette campagne annuelle est donc lancée, la CSS table sur une production de 130 000 tonnes. Malgré une production en hausse, malgré les importations, les prix ont augmenté par exemple juste avant les grandes fêtes religieuses de la communauté mouride, le grand Magal mi-novembre, le prix au kilo est passé de 600 à 700 francs CFA. Les prix ont augmenté alors que dans le même temps, les achats des grossistes ont doublé, passant de 500 tonnes à 1 000 tonnes chaque semaine.   La direction de la CCS, qui rejette donc toute responsabilité dans la hausse des cours, soupçonne justement ces grossistes locaux. « Quand on ne peut plus spéculer sur les marchés mondiaux on peut le faire sur la façon de distribuer le sucre. Certains grands commerçants ont été pris la main dans le sac », a expliqué André Froissard. Pour faire monter les prix, deux possibilités. La première : acheter des stocks, les bloquer dans des entrepôts et laisser entendre qu’il y a pénurie, de fait les prix grimpent.   Deuxième option, une partie du sucre sénégalais serait exportée dans des régions ou des pays voisins, on parle de la Gambie, de la Guinée Bissau où les prix au détail seront encore plus grands, les marges meilleures. « Face au triplement des cours sur le marché international, il devient aussi intéressant d’exporter le sucre acheté au Sénégal », a expliqué Louis Lamotte le conseiller de la Compagnie sucrière du Sénégal lors d’une conférence de presse. Conseiller qui évoque donc une pénurie mécanique. « Par le passé, il fallait empêcher le sucre importé frauduleusement de venir au Sénégal. Aujourd’hui, il faudrait faire en sorte que le sucre produit dans le pays y reste ».   Comme pour le riz, le Sénégal qui cherche l’autosuffisance en sucre devra sans aucun doute améliorer les contrôles de la filière locale. Les services de contrôle tentent déjà de suivre, de contrôler, l’écoulement des stocks de sucre, les récentes hausses des prix montrent que ces contrôles sont insuffisants pour empêcher les marchands de spéculer sur cette matière fondamentale au sein de la société sénégalaise.

La Russie s’engage à baisser sa production de pétrole: un sacrifice très relatif  

Les pays producteurs de pétrole Opep et non-Opep se sont mis d’accord pour baisser leur production en 2017 afin de faire remonter les cours. La Russie, le plus important producteur non-Opep, y avait de toute façon intérêt. Les pays producteurs de pétrole non membre de l’Opep se sont engagés à réduire leur production de 558 000 barils par jour. La Russie, actuellement troisième producteur mondial avec environ 11,2 millions de barils par jour, s’est engagée à une réduction par paliers, moins 50 000 barils jour en janvier 2017, moins 200 000 barils jour en mars, et enfin moins 300 000 jour en mai. C’est un sacrifice très relatif pour la Russie qui n’a jamais produit autant. Jusqu’alors, vendre beaucoup à bas prix lui permettait d’engranger des dollars. Mais les stocks mondiaux sont remplis. Et surtout la Russie a intérêt à ralentir sa production car ses gisements sont vieux et fatigués. Certains sont en voie d’épuisement. Un phénomène accéléré par les prix bas. Les experts prévoient une baisse de la production de 50 millions de tonnes à 476 millions de tonnes d’ici 2035. Et la Russie n’a pas les moyens de mettre en exploitation de nouveaux gisements complexes, difficiles d’accès, qui nécessitent une technologie qui lui manque, et que les compagnies étrangères ne peuvent pas fournir à cause des sanctions. Un baril à 55 dollars, tel que l’envisage le ministre de russe de l’Energie, serait une bonne chose pour la Russie. L’Etat russe va devoir convaincre les compagnies privées de réduire leur production. La plus importante, Lukoil, soutient la proposition du ministère de l’Energie d’une baisse d’un peu moins de 3% par rapport au niveau actuel. Dans un premier temps, Lukoil pourrait perdre plus de deux milliards de dollars, mais si le baril atteint 52 dollars, les pertes seront compensées dès 2017. L’accord entre pays Opep et non-Opep est une première depuis 2001. Un accord historique, d’après la conférence des pays de l’Opep, un accord obtenu grâce au rapprochement de l’Arabie saoudite et de la Russie, ce dont s’enorgueillissent les Russes. Mais pour la Russie, le problème de fond qui est celui de l’assainissement de son secteur pétrolier n’est pas réglé, un secteur ni public, ni privé, enjeu de décision politique. Mais les récentes privatisations dans ce secteur montrent qu’il n’y a pas de volonté pour l’instant d’en terminer avec ce système opaque.

La Chine pourrait bouleverser le commerce mondial du café  

La Chine, grand pays producteur et consommateur de thé, mise désormais sur le café. D'ici 10 ans, les Chinois devraient consommer plus de café que n'importe quel autre pays dans le monde. Chongqing, mégalopole de 30 millions d'habitants dans le sud-ouest du pays, compte bien profiter de ce boom à venir et veut devenir un hub international du commerce du café. Aucune graine de café n'est cultivée dans les montagnes autour de Chongqing, mais si l'on en croit ce film promotionnel, la mégalopole se hissera bientôt au 3e rang mondial des places d'échanges, derrière New York et Londres. Zheng Zhi, président du conseil de surveillance de la nouvelle bourse de café : « La consommation du café se développe très rapidement en Chine, à un rythme annuel qui varie entre 15 et 20%. La bourse de café de Chongqing n'a ouvert qu'en juin et le volume d'échanges atteint déjà 480 millions d'euros cette année, et en 2017 il devrait s'élever à 670 millions d'euros. » La production chinoise étant trop faible, Chongqing compte importer un million de tonnes de ce nouvel or noir du Vietnam et d'Indonésie. La ville a d'ailleurs investi 144 millions d'euros dans une usine qui doit transformer la matière première d'Asie du Sud-Est en café en poudre. Zheng Zhi : « La bourse d'échange existe, maintenant, nous devons créer la chaîne de fabrication. Le projet est de produire 10 000 tonnes de café instantané par an, l'usine ouvrira dans 18 mois et puis nous allons exporter le gros de ce café vers l'Europe. » La nouvelle route de la soie promue par Pékin pourrait en effet bouleverser le commerce mondial du café. Grâce à la ligne ferroviaire Chongqing-Duisbourg, le café produit en Chine arrivera au cœur de l'Europe en seulement 14 jours.  

Les Etats-Unis reviendront-ils au charbon?  

Donald Trump a promis qu'il allait redonner vie aux mines de charbon aux Etats-Unis. Mais malgré les promesses du président élu, les experts et l'industrie du charbon sont sceptiques sur une reprise de cette activité en déclin constant depuis 40 ans.   Donald Trump l'a promis, il va ressusciter les mines de charbon américaines. Et c'est un programme qui lui a permis de l'emporter dans les bassins producteurs. Mais voilà, personne n'y croit. La lente agonie de l'industrie charbonnière a commencé, il y a des années avec l'exploitation de nouveaux gisements de pétrole et de gaz de schiste. Le prix de l'énergie n'a jamais été aussi bas D'après les statistiques des Services gouvernementaux de l'énergie, la consommation de charbon vit une chute inexorable, moins 23% en 2016. La demande est désormais quasi inexistante. Les usines qui se construisent pensent rentabilité, et cette rentabilité ne les mène pas vers le charbon.   Donald Trump envisage une simplification de la réglementation et des subventions pour le secteur. Mais il faut convaincre le Congrès dont les deux chambres sont tenues par les républicains, très opposés à toute intervention qui fausserait le marché.   Et même dans ce cas, les Etats-Unis devraient envisager l'étape suivante, que faire de ce charbon, si la production connaît un rebond ? Les experts douchent l'enthousiasme des régions productrices : « Exporter n'est plus une option », disent-ils. La Chine et l'Inde se passent très bien du charbon américain, et rien n'indique un changement de cap.   Il faut se rendre à l'évidence, le charbon est cher, polluant, et le monde a appris à s'en passer   Le coup de grâce au renouveau du charbon fut paradoxalement asséné par le leader de la majorité républicaine au Sénat : Mitch McConnel, pourtant élu du Kentucky, un Etat dont l'économie a sombré avec le déclin des mines. « Nous devons le reconnaître, nous ne reviendrons jamais à une industrie du charbon prospère », a-t-il récemment déclaré.   Reste à faire passer cette pilule, très amère, aux électeurs pleins d'espoir de l'Amérique profonde.  

Le riz thaïlandais reprend le chemin de l'Afrique  

Parmi les cinq premiers importateurs de riz thaïlandais figurent quatre pays africains. En tête, le Bénin. Le riz thaïlandais reprend le chemin de l’Afrique. La Thaïlande a majoritairement exporté son riz vers le Bénin, la Côte d’Ivoire, l’Afrique du Sud, la Chine et le Cameroun. Dans cet ordre. 60 % d’exportations vers l’Afrique, c’est un retour aux débouchés traditionnels pour le riz thaïlandais, après quelques années d’éclipse. Entre 2011 et 2014, la Thaïlande n’exportait plus grand-chose. Son riz, acheté à prix d’or au paysan et stocké par le gouvernement de Yingluck Shinawatra était trop cher sur le marché international. Les riz vietnamien, indien et pakistanais l’avaient évincé sur les étals africains. En prenant le pouvoir à Bangkok, la junte a entrepris d’écouler les immenses stocks de riz accumulés pendant trois ans en Thaïlande. Ce qui a fait plonger les prix. Désormais, le riz thaï ne se vend pas beaucoup plus cher que ses concurrents (autour de 335 dollars la tonne de brisures). Et c’est ce qui lui a permis de reprendre toute sa place. Avec d’autant plus de facilité, explique Patricio Mendez del Villar, économiste au Cirad, que les circuits commerciaux sont rodés depuis des décennies, entre les exportateurs privés thaïlandais, les négociants européens, et les importateurs africains ; le Vietnam, qui privilégie les transactions d’État à État, est retourné vers ses anciens clients, l’Indonésie et les Philippines. Acheter pour compenser ses pertes Troisième pays importateur de riz thaïlandais cette année, l’Afrique du Sud a beaucoup acheté pour compenser ses pertes de récoltes céréalières, dues à la sécheresse. Mais le champion mondial des importations de riz de Thaïlande en 2016, devant la Côte d’Ivoire, c’est le Bénin (1 million de tonnes). Bien entendu, le marché béninois est incapable d’absorber tout ce riz, il en consomme au mieux 400 000 tonnes par an. Le reste soit 600 000 tonnes a filé vers le Nigeria voisin. Si le Nigeria ne figure pas dans le top cinq des importateurs de riz de Thaïlande, il en fait bien évidemment partie, mais officieusement. La contrebande de riz reprend de plus belle entre le Bénin et le Nigeria depuis que le gouvernement nigérian a relevé les taxes sur le riz étranger pour protéger son riz local.

Le retour du pétrole libyen hypothèque l'accord de l'OPEP  

Avec le déblocage d'oléoducs dans l'ouest de la Libye, la production libyenne de pétrole va faire un bond de 50%. Ce qui va compliquer la mise en œuvre de l'accord de réduction de l'offre par l'OPEP. Le retour du pétrole libyen hypothèque l’accord de l’OPEP. Un oléoduc majeur est à nouveau opérationnel en Libye, il s’agit du pipeline qui relie les énormes gisements de Sharara et d’Elephant (Al Fee), dans le sud-ouest libyen, aux terminaux côtiers de Zawiyah et de Mellitah à l’ouest de Tripoli. Une faction des gardiens des infrastructures pétrolières a rouvert les vannes à la jonction de Rayayina. Évidemment, le président de la compagnie nationale libyenne, Moustapha Sanalla, se réjouit que « pour la première fois depuis trois ans, tout le pétrole libyen puisse être écoulé normalement ». Ce n’est pas encore un retour au million 600 000 barils quotidiens d’avant la chute de Kadhafi, mais dans un mois, la production libyenne pourrait passer de 600 000 à 800 000 barils jour et dans trois mois à plus d’un million de barils jour. Soit en 2017, quatre milliards et demi de dollars, espère le président de la NOC. Une rapidité déstabilisante Le regain de l’offre libyenne était attendu, mais pas à un rythme aussi rapide, et cela risque de ne pas faire l’affaire de l’OPEP. L’organisation s’est engagée le 30 novembre à ne plus produire plus de 32,5 millions de barils par jour à partir de janvier, tout en n’imposant aucune restriction à la Libye dont l’économie pétrolière est toujours fragile. Mais le retour brutal du pétrole libyen risque d’anéantir les efforts des autres pays membres, comme l’Arabie saoudite et l’Irak qui ont consenti les réductions les plus substantielles de leur offre. Parvenir comme promis à réduire la production de l’OPEP d’1,2 million barils par jour en janvier sera très difficile. Cette promesse de l’OPEP et la promesse de la Russie de réduire sa production de 300 000 barils par jour sont jusqu’à présent parvenues à redresser les cours du brut à près de 55 dollars. Le non-respect de ces promesses risque de faire fléchir à nouveau les prix du pétrole après les fêtes de fin d’année.

Le retour des troubles en RDC stresse les cours du cuivre  

Les cours du cuivre ont gagné près de 20% en deux mois. Et le retour des troubles en RDC n'est sans doute pas étranger à ce rebond des prix. Le retour des troubles en République démocratique du Congo stresse les cours du cuivre. C’est la thèse d’un analyste de Bloomberg : le rebond des prix du métal rouge n’est pas tant dû aux relances annoncées, en particulier aux États-Unis, de quoi doper la demande de cuivre pour la construction et les câblages électriques. Non, la hausse des prix du métal, de 19 % en deux mois, serait davantage due à des craintes sur l’offre de métal. Le report des élections par Joseph Kabila en RDC et les protestations que cela provoque dans le cinquième pays producteur de cuivre au monde raniment le spectre des guerres civiles des années 1990 et 2000 : des millions de morts et de réfugiés, et une économie congolaise anéantie. Or cette économie est avant tout minière, avec 80 % des exportations. Cette année, la production de cuivre a déjà baissé de 10 % du fait de la fermeture de mines par Glencore, pour des raisons économiques. Mais entre 1996 et 2003, la production de cuivre s’était effondrée de 96 %. Incertitudes Aux interrogations sur l’avenir du Congo s’ajoutent les incertitudes sur l’offre de cuivre en Indonésie. La province de Papouasie abrite le gisement géant de Grasberg, la deuxième plus grande mine de cuivre au monde, derrière Escondida au Chili. Or les autorités de Jakarta doivent interdire à partir de janvier l’exportation du cuivre qui n’aura pas été raffiné sur le sol indonésien. Les groupes miniers avaient trois ans pour construire des raffineries. Mais la société américaine Freeport McMoRan qui gère la mine géante n’est pas très favorable à cette transformation locale, peu rentable pour elle. L’offre de cuivre pourrait donc être amoindrie brutalement dans les semaines qui viennent, que ce soit en Asie ou en Afrique. Les demandes de livraison du cuivre des entrepôts de la bourse des métaux, disséminés dans le monde entier, sont au plus haut depuis deux ans à la Nouvelle-Orléans, depuis 13 ans en Corée du Sud. Ce qui stresse les cours du métal rouge, depuis octobre, après deux ans de déclin.

BP investit sur le gaz en Mauritanie et au Sénégal  

Le géant britannique du pétrole BP investit près d'un milliard de dollars pour développer les projets gaziers en Mauritanie et au Sénégal. Objectif : faire de cette zone une véritable plateforme africaine du gaz naturel liquéfié. BP parie sur le gaz au large de la Mauritanie et du Sénégal. En investissant près d'un milliard de dollars dans le bassin gazier Tortue, le géant britannique du pétrole donne un élan décisif au projet ouest-africain, qui pourrait, selon les termes du pdg de BP, Bob Dudley, devenir une véritable plateforme africaine du gaz naturel liquéfié. Sous réserve de l'accord des gouvernements mauritanien et sénégalais, BP acquiert 62% des quatre blocs mauritaniens (C6, C8, C12, C13) et 32,49% des deux blocs sénégalais de « Saint-Louis profond" et "Cayar profond". Un soutien financier et technique de taille pour la petite société d'exploration Kosmos qui a découvert ces gisements et qui ne devrait pas avoir trop de mal à s'entendre avec son nouvel associé, puisque que son PDG Andy Inglis n'est autre que l'ancien directeur de l'exploration chez BP, avant la marée noire dans le golfe du Mexique...   En dépit de cette catastrophe ou à cause d'elle, BP connaît les forages en eau très profonde, tout autant que les infrastructures de liquéfaction du gaz. Or le projet final est une plateforme de production de gaz naturel liquéfié au large des côtes mauritaniennes ou sénégalaises, peut-être une infrastructure flottante et donc mobile, pour fournir non seulement les centrales électriques des grandes villes côtières ouest-africaines, mais aussi l'Europe. BP a le réseau nécessaire à la commercialisation du gaz partout dans le monde.   La compagnie britannique voudrait porter de 50 % à 60% de son portefeuille les actifs gaziers, le gaz étant moins polluant que le charbon pour compléter les énergies renouvelables, qu'on ne sait pas encore très bien stocker. Le Sénégal et la Mauritanie sont le troisième investissement gazier de BP en Afrique, après l'Angola et le Mozambique. Et le troisième investissement majeur de la compagnie britannique en quelques jours, après Abou Dhabi et le golfe du Mexique. Avec ces acquisitions, BP rattrape son retard, six ans après la catastrophe pétrolière qui lui a coûté 60 milliards de dollars et qui l'a obligée à réduire de 40 milliards de dollars les dépenses.

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