Episodes

  • Lecture par l’auteure accompagnée de Position Parallèle
    Rencontre animée par Kerenn Elkaïm
    Lecture musicale & rencontre

    « Ce texte n'est ni un essai, ni un manifeste. Il n'est en rien une leçon de féminisme ni un projet de société. (...) Je l'ai pensé comme une série d'uppercuts dans le vide, une gesticulation vaine, les babines retroussées d'un animal blessé qu'on n'ose aider à se redresser. Il est un vernis qui craquelle si on le gratte trop fort et qui laisse apparaître ma laideur et celle des autres, celle qu'on ne peut pas voir. Il est tout ce que je ne peux dire, tout ce que je m'interdis de verbaliser de peur que mes mots dépassent ma pensée. » Il est surtout un texte qui sème magnifiquement le trouble. Militante du mouvement pro-sexe dans les années 1990, l’autrice et réalisatrice Ovidie, figure féministe lumineuse, livre le récit sans fard de la trajectoire qui l’a conduite à sortir de la sexualité.

    À lire – Ovidie, La chair est triste hélas, coll. « Fauteuse de trouble », Julliard, 2023.

  • Lecture par Constance Dollé
    Rencontre avec Jakuta Alikavazovic
    Rencontre animée par Marie-Madeleine Rigopoulos

    Esther Greenwood est folle de joie lorsqu’elle décroche un stage dans un magazine de mode new-yorkais. Mais entre les cocktails et les rédaction d’articles, la vie d’Esther commence à lui échapper, notamment lorsqu’elle apprend que le prestigieux atelier d’écriture auquel elle a postulé l’a refusée. Dans la langueur de l’été 1953, elle sombre dans une brutale dépression et se fait interner.
    Ce roman semi-autobiographique de Sylvia Plath offre un regard intime, réaliste et déchirant sur la maladie mentale.
    Célébré pour son humour noir et son portrait acéré de la société patriarcale des années 1950, ce roman continue de résonner auprès des lecteurs d’aujourd’hui.

    « Le silence me déprimait. Ce n’était pas le silence du silence. C’était mon propre silence. »
    La cloche de détresse, Sylvia Plath

    À lire
    – Sylvia Plath, La Cloche de détresse, préface de Jakuta Alikavazovic, trad. de l’anglais (États-Unis) par Caroline Bouet, éd. Denoël, 2023.
    – Janet Malcolm, La Femme silencieuse – Sylvia Plath & Ted Hugues, trad. par J. Alikavazovic, éd. du sous-sol, 2023.

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  • Rencontre animée par Sylvain Bourmeau

    Alice Diop est réalisatrice. En 2022, elle réalise Saint Omer, film qui retrace le procès d’une mère qui en 2013 avait laissé sa fille de 15 mois sur une plage de Berck-sur-Mer. Avant cette première fiction, Alice Diop a réalisé plusieurs documentaires, dont Nous (2021), voyage, en suivant le tracé du RER B, dans ces lieux indistincts qu’on appelle la banlieue. Elle est membre du Collectif 50/50 qui œuvre à la parité, l’égalité et la diversité dans le cinéma et l’audiovisuel.Dans son nouveau roman, Trois femmes disparaissent, Hélène Frappat s’intéresse à une lignée de stars hollywoodiennes, Tippi Hedren la grand-mère, la fille Melanie Griffith, et la petite fille Dakota Johnson. Une enquête sur la place des femmes à Hollywood, qui révèle les défis auxquels elles sont confrontées de génération en génération.

    La réalisatrice et l’autrice se connaissent, elles ont travaillé ensemble autour de la sortie de Saint Omer. Cette soirée sera donc l’occasion de mettre à jour les échos et points de rencontres entre leurs thématiques et démarches respectives.

    « Les absents sont les personnes ni vivantes, ni mortes, dont un jugement a constaté “la présomption d’absence” depuis dix ans, la personne ayant « cessé de paraître au lieu de son domicile ou de sa résidence, sans que l’on en ait eu de “nouvelles.” »
    Trois femmes disparaissent, Hélène Frappat

    À lire – Hélène Frappat, Trois femmes disparaissent, Actes Sud, 2023.

  • Rencontre animée par Antoine Idier

    Il y a quelques années, la mère de Didier Eribon est entrée en maison de retraite. Après plusieurs mois au cours desquels elle a peu à peu perdu son autonomie physique et cognitive, Didier Eribon et ses frères ont dû se résoudre à l’installer, malgré ses réticences, dans un établissement médicalisé. Mais le choc de l’entrée en maison de retraite fut trop brutal et, quelques semaines seulement après son arrivée, elle y est décédée. Après la mort de sa mère, Didier Eribon reprend le travail d’exploration personnelle et théorique qu’il avait entrepris dans Retour à Reims après la mort de son père. Il analyse le déclin de sa mère, ce qui l’amène à réfléchir sur la vieillesse et la maladie, sur nos rapports aux personnes âgées et à la mort, mais aussi sur l’expérience du vieillissement. Il s’interroge également sur les conditions de l’accueil des personnes dépendantes. Il montre que si l’expérience du vieillissement nous est très difficile à penser, c’est parce qu’il s’agit d’une expérience-limite dans la philosophie occidentale, dont l’ensemble des concepts semblent se fonder sur une exclusion de la vieillesse. Eribon reparcourt également la vie de sa mère, et notamment les périodes où elle était femme de ménage, ouvrière puis retraitée, la saisissant dans toute sa complexité, de sa participation aux grèves à son racisme obsessionnel. Il conclut sa démarche en faisant de la vieillesse le point d’appui d’une réflexion sur la politique : comment pourraient se mobiliser des personnes qui n’ont plus de mobilité ni de capacité à prendre la parole et donc à dire « nous » ? Les personnes âgées peuvent-elles parler si personne ne parle pour elles, pour faire entendre leur voix ?

    À lire – Didier Eribon, Vie, vieillesse et mort d’une femme du peuple, Flammarion, 2023.

  • Rencontre animée par Gisèle Sapiro

    Camille Laurens est l’autrice de dix romans, parmi lesquels Dans ces bras-là (prix Femina 2000), Romance nerveuse et Celle que vous croyez, adapté au cinéma par Samy Nebbou. Elle a aussi écrit des récits, dont Philippe, des essais, notamment Les fiancées du diable, consacré aux femmes terrifiantes dans l’art, et La petite danseuse de 14 ans, autour de la célèbre sculpture de Degas. Elle est traduite en une trentaine de langues. Nous la recevons à l’occasion de la publication d’une partie de son œuvre en collection Quarto. Écrire, pour Camille Laurens, c’est enfreindre la loi du silence – et la recommandation familiale, celle de se taire. Écrire, c’est jouer avec la richesse des mots et les circonvolutions de la langue. Écrire, c’est sa réponse à un désir impérieux, celui de vivre et d’être en vie. Par les documents personnels et le choix d’entretiens rassemblés dans ce volume s’érige un pont entre vie et écriture, fiction et réalité, présence et absence, véritable fil d’Ariane tendu au lecteur, destiné à déambuler dans l’œuvre « labyrinthique » de Camille Laurens, depuis son premier roman Index (1991) jusqu’à Fille (2020).

    « Il n’y a jamais eu pour moi de grande différence entre le désir d’aimer et le désir d’écrire. C’est le même élan vital, le même besoin d’éprouver la matérialité de la vie. Aimer, écrire : rester vivante. »
    Inventer le désir, Camille Laurens

    À lire – Camille Laurens, Inventer le désir, Gallimard (Quarto), 2023.

  • Lecture par Anna d'Annunzio
    Entretien avec Philippe Rey & J.M.G. Le Clézio (en duplex des Etats-Unis)
    Entretien animé par Julien Viteau

    « La poésie de Jean Fanchette est exigeante, elle est authentique dans chacune de ses paroles, dans la richesse de son rythme, la valeur de ses mots. Il n’est pas indifférent que dans le monde moderne, imbu de théorie et assourdi de certitudes, ce soit cette voix très ancienne, qui charrie toute la complexité et l’originalité de la culture mauricienne, il n’est pas indifférent que ce soit cette voix-là qui nous donne foi dans la poésie. » J. M. G. Le Clézio

    L’Île Équinoxe, anthologie poétique de Jean Fanchette, (Île Maurice 1932 – Paris 1992) poète, éditeur et neuro-psychanalyste rassemble, selon le plan laissé par avant sa mort, les différents recueils composant son œuvre poétique. Empreints de rigueur formelle, ces écrits disent la nostalgie de l’île d’origine, abandonnée très tôt pour la patrie d’exil : « Je ne suis pas d’ici. Je ne suis plus d’ailleurs. » Cet arrachement ne laisse plus au poète qu’une « identité provisoire ». L’Île Équinoxe est traversée par la voix vibrante d’un homme qui, grâce à l’aventure du poème, peut se réapproprier un monde perdu.

    « Je suis debout dans la trouble lumière
    Arrimé à de petites choses, une odeur, une couleur
    L’odeur du vent traverse l’espace salé de la lagune qui habite en moi,
    Qui bat dans mon sang vagabond d’hémisphères »
    L’Ile Equinoxe : Poèmes 1954-1991, Jean Fanchette

    À lire – Jean Fanchette, L’Île Equinoxe, (préface de J.M.G. Le Clézio, postface de Michel Deguy), réédition chez Philippe Rey, 2023.

  • Lecture musicale par l’autrice & Adrian Edeline
    Rencontre animée par Camille Thomine

    « J’ai passé des années à être déçue par tout le monde parce que tout le monde n’était pas mon père. » Anna, l’héroïne du premier roman de Violette d’Urso, est encore une enfant quand son père meurt brutalement. Elle remplit son absence par quelques objets hétéroclites, par des histoires qu’on lui a racontées et par son puissant imaginaire. Jeune femme, elle comprend qu’elle ne sait pas quoi faire de cette « souffrance de déracinée ». Cette douleur se révèle à elle par le corps : sans le savoir, « j’avais commencé la destruction de ma vitalité à tout juste six ans. » À partir d’un répertoire qui lui a appartenu, elle arpente les villes d’Italie, d’où son père était originaire, et remonte pas à pas l’histoire de sa famille. C’est à la rencontre de cet homme qu’elle doit aller. Et c’est un véritable personnage de roman qui l’attend.

    À lire – Violette d’Urso, Même le bruit de la nuit a changé, Flammarion, 2023.

  • « J’ai toujours rêvé d’une biographie qui exclurait les dates et les lieux pour ne tenir compte que des émotions ou des sensations, mêmes fugaces. La première fois que j’ai vu une libellule. La fois que je suis entré dans la mer en ignorant qu’il fallait savoir nager. La fois que j’ai assisté à l’exécution d’un prisonnier politique près du cimetière de Port-au-Prince. Le dernier regard de ma mère me voyant partir en exil. Ma première promenade dans la cour de l’Académie. Et toutes les fois que j’ai regardé dans un ciel étoilé en espérant trouver la Niña Estrellita. »
    Dany Laferrière

    Dany Laferrière nous entraîne dans une merveilleuse lecture-conférence-projection avec sa poésie et ses poètes préférés. Une façon joyeuse de saluer un parcours exceptionnel d’écrivain (37 livres et de multiples distinctions depuis 1985) et de conjuguer un compagnonnage ainsi que nos anniversaires : il y a dix ans tout juste il ouvrait la programmation de la Maison de la Poésie devenue “scène littéraire”, il y a dix ans également, il entrait à l’Académie Française. Pardon pour les dates, place à l’émotion.

    « Je marcherai
    s’il le faut
    toute la nuit
    afin de me
    rendre disponible
    à l’imprévu. »
    Dans la splendeur de la nuit, Dany Laferrière

    À lire
    – Dany Laferrière, Vers d’autres rives, éd. de l’Aube 2019
    – Dans la splendeur de la nuit, Points, 2022
    – Petit traité du racisme en Amérique, Grasset, 2023.

  • Lecture par l’autrice

    À l’occasion d’un prix littéraire canadien qui lui a été attribué, Maylis de Kerangal a été invitée à composer un recueil de textes : c’est cet Archipel qui paraît aujourd’hui. Y sont rassemblés des fictions, des essais et des récits, des « îles » aux formes et histoires différentes, qui tiennent ensemble par une unité sous-jacente, un « même climat, un même idiome, une même origine géologique. » En ouverture, la novela « Rouge » serait l’île principale où s’ancre la langue, sa possibilité d’exploration et de suspension. La narratrice y déploie un souvenir, une expérience personnelle vécue à la fin des années 1980 d’un dimanche où elle a été embauchée comme hôtesse à l’hippodrome de Longchamp.

    Différencier, spécifier, individualiser : il s’agit toujours d’en découdre avec les généralités, de rompre avec les stéréotypes qui débrident la haine, là où singulariser apporte l’affect qui la combat.
    “Danseurs, plongeurs, descripteurs” – Un archipel, Maylis de Kerangal

    À lire – Maylis de Kerangal, Un archipel. Fiction, récits, essais, Les Presses de l’Université de Montréal, 2023.

  • Rencontre animée par Alain Nicolas
    Interprète : Éric Boury

    Un chef d’œuvre créé à la Renaissance repose en pièces détachées dans les sous sol du palais du Roi à Copenhague, on décide de confier la reconstruction de l’extraordinaire horloge astronomique à un horloger islandais taciturne et parait-il habile. Le Roi Christian VII s’ennuie et va voir la progression du travail, il questionne cet homme sur sa vie en Islande, il entend une histoire terrible dans laquelle ses représentants appliquent des lois qui pourraient le remettre lui-même en question. Une sorte d’amitié commence à se nouer entre ces hommes qui n’avaient aucune chance de se rencontrer.

    Arnaldur Indridason met tous ses talents d’auteur de roman noir mondialement reconnu, sa maitrise de l’intrigue, du découpage, du rythme de l’action ainsi que du suspens, au service d’un grand roman historique et d’une œuvre littéraire magnifique, sur la paternité et sur les relations des hommes qui ne savent pas se parler.

    Importants ou non, les livres voyagent partout. Bons ou mauvais, ils ne choisissent pas leurs propriétaires, pas plus que le genre de maison dans laquelle ils vont se retrouver ou l’étagère sur laquelle on les rangera.
    Arnaldur Indriðason, Le livre du roi

    À lire – Arnaldur Indridason, Le roi et l’horloger, traduit de l’islandais par Éric Boury, Métailié, 2023.

  • Rencontre animée par Olivia Gesbert

    De la bibliothèque paternelle à l’ombre de laquelle il a grandi jusqu’aux chantiers où il a été ouvrier, Erri De Luca a noué avec la lecture, puis avec l’écriture un rapport particulier pour bâtir une œuvre double, celle d’une fiction romanesque aux forts accents autobiographiques et celle d’une réflexion sur l’Écriture. Depuis trente ans, c’est une œuvre foisonnante et protéiforme qu’il bâtit, caractérisée par un style limpide, poétique, épuré. Ponctués de pensées, de métaphores, d’aphorismes, ses récits endossent souvent la forme d’une fable, d’une parabole empreinte d’une touche de merveilleux, dans une langue unique.

    Pour cette édition Quarto, ont été retenus une dizaine de textes publiés auxquels s’adjoignent cinq textes inédits, qui portent en eux la puissance de l’écriture d’Erri De Luca dans des genres littéraires variés, sa réflexion sur l’appartenance et l’identité, le poids du passé et l’importance de l’histoire, sur la fragilité et l’importance des relations humaines.

    « Nous apprenons des alphabets et nous ne savons pas lire les arbres. Les chênes sont des romans, les pins des grammaires, les vignes sont des psaumes, les plantes grimpantes des proverbes, les sapins sont des plaidoiries, les cyprès des accusations, le romarin est une chanson, le laurier une prophétie. »
    Trois chevaux, Erri De Luca

    À lire – Erri De Luca, Itinéraires, Gallimard, coll. « Quarto », 2023.

  • Avec Pascal Ory, Albert Dichy, Antoine Caro & Virginie Seghers
    Lecture par Frédéric Almaviva, Emmanuel Dechartre & Paule d’Héria

    Éditeur des poètes, Pierre Seghers (1906-1987) est le fondateur de la Maison de la Poésie, dont il fut le premier directeur, de 1983 à sa mort en 1987. Il créa en 1944 la célèbre collection « Poètes d’aujourd’hui » qui rendit la poésie accessible au plus grand nombre. Résistant de la première heure, il eut un rôle actif dans le combat que menèrent poètes et gens de plumes contre l’occupant, avec sa célèbre revue Poètes casqués (P.C.) puis Poésie (40, 41, 42, 43). A l’occasion de la réédition de La Résistance et ses poètes par les éditions Seghers, une soirée-lecture est organisée en présence de Pascal Ory, historien, membre de l’Académie Française et auteur de la préface et nous accueillerons également Albert Dichy, directeur littéraire de L’IMEC qui détient un riche fonds d’archives sur les poètes de la Résistance, Antoine Caro, Directeur des éditions Seghers et Virginie Seghers, fille de l’éditeur.

    Une adaptation pour la scène de La Résistance et ses poètes sera proposée par Frédéric Almaviva, en lecture.

    « Contre l’occupant, l’avilissement, la mort, la poésie n’est ni refuge, ni résignations, ni sauvegarde : elle crie. »
    Pierre Seghers, La Résistance et ses poètes.

    À lire – Pierre Seghers, La Résistance et ses poètes, éd. Seghers, 2022.

  • Avec Dara Barnat, Norman Finkelstein, Stephen Fredman, Andrea Inglese, Jena Osman, Ariel Resnikoff, Sarug Sarano, Carlos Soto Roman, Mark Scroggins & Frank SmithRencontre animée par Xavier Kalck, Fiona McMahon & Naomi TothJ’aime cette promenade secrètedans le brouillard ;ni vu ni entendu,au milieu des buissonscouverts de gouttes ;le sentier solide et invisibleà cinq ou six mètres —et seul l’étroit présent est vivant.Charles Reznikoff, Going To and Fro and Walking Up and Down, Futuro Press, 1941 – Inscriptions: 1944-1956, 1959.Charles Reznikoff (1894-1976), poète américain considéré comme l’une des figures du mouvement « objectiviste », avec George Oppen, Lorine Niedecker, Carl Rakosi et Louis Zukofsky, est resté largement inconnu de son vivant, mais son héritage est revendiqué aujourd’hui par nombre de poètes dans la poésie expérimentale contemporaine. Pour la Maison de la Poésie, nous nous réunissons autant pour lire Reznikoff que pour faire entendre les résonances que son œuvre continue à produire aussi bien dans l’aire anglophone que francophone et hispanophone.En savoir plus – colloque international, « Charles Reznikoff : Inscriptions (1894-1976) », Université Paris Nanterre,du 1er au 3 juin 2023.« Nos rencontres ont été si brèvesqu’il vaudrait mieux les appeler séparations,et de toutes nos parolesje me souviens surtout des “au revoir” »La Jérusalem d’or, Charles ReznikoffÀ lire – Charles Reznikoff, Inscriptions, précédé de Ça et là, trad. de l’anglais (États-Unis) par Thierry Gillyboeuf, éd. Nous, 2018. Publications en anglais : Going To and Fro and Walking Up and Down, 1941 – Inscriptions : 1944-1956, 1959.

  • Lecture par Félix Maritaud
    Rencontre animée par Elisabeth Philippe

    1995. Il n’existe aucun traitement efficace contre le sida. Les malades tombent les uns après les autres dans l’indifférence générale. Parmi ceux qui sont touchés, donc condamnés, certains n’ont plus la force d’attendre le remède qui pourrait les sauver. Plutôt que de crever comme des chiens dans un lit d’hôpital, ils optent pour une solution radicale : ils préfèrent partir en beauté. Le cocktail est toujours le même, encore plus de fête, plus de drogue et plus de sexe. L’apothéose, et puis la chute finale.

    C’est l’histoire d’une fin de partie qui fut aussi une fête permanente, une célébration de l’amitié, une philosophie de l’urgence vitale. Un tombeau poignant et sublime pour tous les disparus, pour un quartier, une culture, une époque révolue.

    « Et puisque tout est perdu, il n’y a plus rien à perdre, il faut donc vivre le plus librement possible. »
    Quatre-vingt quinze, Philippe Joanny

    À lire – Philippe Joanny, Quatre-vingt-quinze, Grasset, 2023.

  • Lecture par l’autrice
    Rencontre animée par Sophie Joubert
    On entre dans le premier roman de la dramaturge Pauline Peyrade comme on pénétrerait dans un décor, un appartement d’un immeuble des années 70, et le quotidien qu’y vivent une mère et sa fille de sept ans. C’est l’enfant qui parle et l’on sent immédiatement que, derrière la scène, quelque chose est détraqué : une menace sourde infuse chaque phrase, s’insinue à chaque mot. L’étau se resserre et la mère, toxique, abusive, est révélée.

    Deuxième mouvement : Elsa a 20 ans, elle a quitté le foyer mais aujourd’hui, elle doit rendre visite à sa mère pour jeter ses affaires d’enfance. La tension est à son paroxysme.

    À lire –
    Pauline Peyrade, L’âge de détruire, éd. de Minuit, 2023.

  • Rencontre animée par Victor Pouchet
    Le 8 juillet 2017, le “Pourquoi Pas ?”, vaisseau de la flotte océanographique française, appareille pour une mission scientifique de trois semaines au milieu de l’Atlantique. Les buts de l’expédition : observer un champ hydrothermal situé à 1 700 mètres dans les profondeurs et étudier sa faune. Parmi les marins et scientifiques embarqués, s’est glissé David Wahl. Trois semaines durant, l’écrivain rédige son journal de bord.

    Ce témoignage – où se rencontrent l’émergé et le submergé mais aussi la poésie et la science – rend compte de l’existence d’un univers des profondeurs encore méconnu. Avant même d’être totalement explorés, les abysses sont menacés par le risque d’une exploitation humaine. Autant qu’une ode à la beauté sous-marine, c’est un appel à la raison et à la protection de ces écosystèmes que livre David Wahl.

    À lire –
    David Wahl, La vie profonde. Une expédition dans les abysses, éd. Arthaud, 2023.

  • Accompagné par Hakim Hamadouche au mandoluth
    Rencontre animée par Amélie Cordonnier

    Chanteur et parolier du groupe Feu! Chatterton, Arthur Teboul est l’une de ces voix talentueuses qui, brouillant les frontières entre les genres, réenchantent de manière originale la scène musicale. Venu à la musique par la littérature, Arthur Teboul plaide pour un monde où la poésie aurait une plus grande part. Recueil autant que manifeste, Le Déversoir, son premier livre, répond à ce besoin profond. Car à côté des périodes d’écriture de ses chansons, Arthur Teboul a pris l’habitude de composer ce qu’il appelle des poèmes minute. Entre le poème en prose et le récit onirique, ce sont de courts textes pleins de mystère, d’inventions, de drôlerie et de beauté qui sont ainsi rassemblés dans cet ouvrage. Cette soirée sera donc l’occasion de découvrir les différentes formes d’écriture d’Arthur Teboul et son amour pour la poésie.

    « Ce qu’on s’autorise à espérer
    Prend racine quelque part »
    Le Déversoir, Arthur Teboul

    À lire – Arthur Teboul, Le Déversoir, éd. Seghers, 2023.

  • Lecture par l’auteur
    Accompagné par Frédéric D. Oberland

    Parti à Perugia, Ombrie, Italie, sur les traces de ses ancêtres, le narrateur s’égare, circule en titubant parmi les œuvres de Giotto, Raphaël, le Pérugin, Pietro Lorenzetti et quelques autres, croisant au passage saints, papes, griffons, anges et martyrs. Ce roman en vers est avant tout le récit d’un séjour au pays des morts, sur les modèles de Virgile et de Dante, un voyage intime et sensible à travers un tissu d’œuvres picturales et littéraires. Mais toute quête des origines n’est que vanité destinée à la satisfaction des vivants. Il faut savoir laisser les morts tranquilles. « À courir après des fantômes, / aussi familiers soient-ils, / on n’attrape au mieux que du vent. »

    Porte du Soleil clôt un cycle amorcé avec Extrêmes et lumineux et poursuivi avec Pâture de vent. Cycle que Christophe Manon parcourra ce soir.

    « Ce que nous remuons,
    ce que nous cherchons obstinément,
    ce sur quoi nous enquêtons sans relâche,
    ce ne sont que des songes, de frêles apparences
    dépourvues de corps et de réalité
    qui n’intéressent que les vivants. »
    La porte du soleil, Christophe Manon

    À lire – Christophe Manon, Porte du soleil, éd. Verdier, 2023.
    À écouter – Frédéric D. Oberland, « Solstices », ZamZamRec, 2023.

  • Accompagnée par Nemo Vachez
    Rencontre animée par Mélanie Leblanc

    Qu’elle publie de la poésie, des romans ou des pamphlets, Perrine Le Querrec écrit par chocs successifs, fait parler les silences, travaille l’espace de la page, entraînant ses lecteurs dans des univers d’une grande singularité.

    Elle propose ce soir une lecture musicale portant sur des extraits de deux recueils publiés en ce début d’année. Dans Warglyphes, l’écrivaine tente de décoder le langage de la guerre. Elle analyse sa grammaire, scrute ses manifestations, inventorie ses formes, parcourt son atlas. Tout autre programme avec La fille du chien : « le chien pour guide, quitter la ville. Apprendre une vie lente, foisonnante. Chaque jour en inventer la langue. »

    À lire – Perrine Le Querrec, Warglyphes, éditions Bruno Doucey, 2023 – La fille du chien, éditions Les lisières, 2023.

  • Les derniers livres d’Yves Bonnefoy (1923-2016) expriment son désir de transmettre le legs de la poésie par-delà la mort. « Lègue-nous de ne pas mourir désespéré », lit-on dans L’heure présente (2011). Quant à L’Écharpe rouge (2016), c’est un « livre de famille » testamentaire en même temps que l’histoire d’une vocation : « Il se trouve que j’étais apte à me vouer à l’emploi disons poétique de la parole… »

    À lire –
    Yves Bonnefoy, Œuvres poétiques – Coll. La Pléiade, Gallimard, 2023.