Эпизоды

  • Faire bouillir l’eau, la farine, le sucre, prendre son pinceau, tracer, feuille par feuille, les lettres de la mémoire, de la dénonciation, de l’adelphité, de la colère. 

    Au micro de Lauren Bastide, les colleur·euse·s vous embarquent une nuit à leurs côtés pour explorer les dessous de ce geste qui brandit à la vue de tou·te·s des messages féministes, hautement politiques et militants, comme autant de poings levés.

    Tay Calenda, photographe accompagnant les colleur·euse·s depuis les tout débuts du mouvement témoigne de ces expéditions (08:08) et de l’importance d’en conserver les traces, tandis que les collages disparaissent, arrachés ou détruits par la pluie. Lily, fondatrice du groupe Collages afroféministes à Marseille, parle de l’importance de la diversité nécessaire de ces messages mais aussi de la stratégie inhérente aux lieux choisis pour coller (16:37). L’action en elle-même est importante : coller, c’est déjà se réapproprier l’espace, comme l’explique Chloé Madesta (23:59) pour qui la ville, synonyme de peur, est devenue un lieu de puissance. Un lieu qui peut rendre hommage également, comme ce fut le cas avec le mémorial créé par les colleur·euse·s de Paris dans la rue Bouvier pour commémorer les victimes de féminicides et les travailleur·euse·s du sexe assassiné·e·s durant la première année d’existence du mouvement (26:00). Un moment fort, comme souvent le sont ces expéditions nocturnes, créant une connexion et une entraide parmi les militant·e·s (28:30). Si cette forme d’action a été initiée par une personne au positionnement marginal et décrié (33:53), déconstruit ici par la chercheuse Karine Espineira (39:25), les colleur·euse·s se sont largement emparé·e·s de l’outil pour faire passer des messages intersectionnels sur tous les murs de France. Même le confinement n’a pas pu éteindre leur élan et Émilie Dupas raconte le passage au virtuel (50:47) pour que jamais l’action ne s’arrête. Elle ne s’arrête d’ailleurs pas non plus aux frontières, et Illana Weizman témoigne de son implantation en Israël (56:02), réadaptée au contexte et aux violences spécifiques qui y touchent les femmes.

    Force aux colleur·euse·s et longue vie aux collages !

    Un merci infini au collectif Collages féministes de Lille pour leur accueil et leur participation.

    Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! 

    La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes

    Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu

    Coordination : Gaïa Marty

    Mixage : Marion Emerit

  • TW : Ce documentaire aborde la thématique des violences sexuelles sur mineures. Il est parfois difficile à écouter. Assurez-vous de le faire dans les meilleures conditions possibles.

    Nouvelles Écoutes présente le nouveau documentaire du flux Intime & Politique : « La Fille sur le canapé », signé Axelle Jah Njike. Les 9 chapitres de ce documentaire sortiront le 16 novembre.

    « J’ai rencontré Axelle il y a quatre ans et j’ai tout de suite eu une grande admiration pour elle, d’abord pour son combat au sein du GAMS contre les mutilations sexuelles, puis pour son talent d’écrivaine et enfin pour son podcast, Me My Sexe and I, dans lequel elle offre un espace de parole sécurisé à des femmes afrodescendantes. 

    « La Fille sur le Canapé » est la continuité de tout ce travail. On y retrouve le talent d’Axelle à faire se déployer la voix des autres. 

    Pour ce documentaire, elle voulait créer « un écrin » pour la parole des victimes, sublimé par la musique originale de Sandra NKaké. 

    On y retrouve aussi l’amour d’Axelle pour la littérature. Vous croiserez au cours de ces 5 heures, des textes de Maya Angelou, Leonora Miano, Alice Walker, Toni Morrison, Sapphire, de grandes autrices qui ont aidé Axelle à prendre la parole pour elle-même. » 

    Lauren Bastide

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  • Christiane Taubira, femme politique et écrivaine, est l’invitée du 82e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de Maya Angelou, et un peu d’elle, aussi.

    L’édito de Lauren :

    Je viens de barrer un truc de ma liste des choses à faire avant de mourir. J’ai interviewé Christiane Taubira. Cela fait quatre ans que je la croise ici et là, que je suis toujours charmée par sa gentillesse, et par son rire. Christiane Taubira est incroyable, si vous avez l’occasion un jour de la voir lors d’une rencontre ou une signature, vous observerez : elle écoute chaque personne d’une oreille attentive, disponible, sans jamais interrompre, sans jamais abréger. C’est pour ce genre de qualité que j’aimerais qu’elle soit un jour ma présidente de la république, mais bon je m’égare, et puis vous verrez elle répond un peu à ça.

    Bref, après ces rencontres, à chaque fois, j’ai pris ma plus belle plume pour lui adresser des messages, des mails, lui demandant de venir parler d’elle dans La Poudre. J’ai fait court et efficace, j’ai fait long et lyrique, j’ai fait percutant, j’ai fait suppliant, mais toujours, elle a éludé.

    Et puis, comme souvent, la vie a fait le job. La maison d’édition de Maya Angelou en français, Notabilia, m’a demandé d’animer une rencontre autour de l’extraordinaire autrice afro-américaine, à l’occasion de la sortie de son ouvrage « Rassemblez-vous en mon nom », avec, pour invitée, une de ses grandes lectrices : Christiane Taubira. Alors j’ai fait une danse de la joie et j’ai branché mon micro, ce soir d’octobre, au théâtre de la Pépinière, à Paris, pour m’assurer que chacun de ses mots arriveraient jusqu’à vous.

    À la réécoute, je me rends compte que ce qu’elle nous livre c’est une leçon de joie. Ça ne peut pas faire de mal, par les temps qui courent…

    Résumé de l’épisode :

    Maya Angelou est autrice, actrice, chanteuse, enseignante, réalisatrice et l’une des grandes figures militantes du mouvement pour les droits civiques aux États-Unis. Née en 1928 dans le Missouri, elle raconte sa vie rocambolesque et flamboyante dans sept autobiographies dont le deuxième tome vient de paraître en français aux éditions Notabilia.

    L’une de ses plus grandes admiratrices est certainement Christiane Taubira (05:03), personnalité marquante de la scène politique française. Elle aussi est écrivaine et parfois poètesse. Née en 1952 à Cayenne, elle est élue députée dès 1993 et Garde des Sceaux de 2012 à 2016. Elle est à l’origine de la loi reconnaissant la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité et de celle autorisant le mariage pour tous. Intimement persuadée qu’on écrit pour les autres, pour transmettre (13:55), elle admire le style limpide de l’écrivaine africaine-américaine (09:02). Elle célèbre également sa force, sa liberté, sa détermination à s’autodéfinir sans laisser de prise au déterminismes racistes et sexistes qu’elle subit depuis l’enfance (30:13). La joie et l’art sont ses armes (35:15), comme celles de Christiane Taubira, pour résister (1:19:50). Toutes deux des femmes engagées, c’est l’amour qui guide leurs actions (55:01), mais un amour lucide, dirigé, qui ne se laisse pas faire (1:00:52). C’est un poème somptueux de Maya Angelou qui conclut cet échange (1:23:00) où, dans la voix de Christiane Taubira, toute la sensualité et la puissance de l’écrivaine nous éclabousse.

    Merci à Vera Michalski, Arnaud Laborie, Brigitte Bouchard et toute l’équipe de Notabilia pour avoir rendu cet épisode possible.

    Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! 

    La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes

    Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu

    Programmation et coordination : Gaïa Marty

    Mixage : Marion Emerit

  • L’historienne Bibia Pavard est l’invitée du 81e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé d’effacement, d’archives et de moments.

    L’édito de Lauren :

    Bon bah voilà c’est parti pour la saison 5 de La Poudre. Une saison que j’ai voulu un peu différente des précédentes, moins intime et plus politique. Je vais recevoir, tout au long de cette saison des chercheu·r·ses et des militant·e·s qui vont vous, nous apporter, des éclairages plus théoriques sur l’époque dingue qu’on est en train de vivre. Parce que l’époque est dingue, on est d’accord. Tout cet espoir, toutes ces craintes, ce chaos…

    Une partie de ces rencontres sera enregistrée en public au Carreau du Temple, ce lieu incroyable, au cœur de Paris, où j’ai déjà eu la chance de recevoir des activistes pendant toute une saison, il y a deux ans, et qui a donné naissance au livre « Présentes » que j’ai sorti début septembre au éditions Allary et que, j’espère, vous avez lu mais sinon je ne vous en veut pas.

    Il y aura une rencontre une fois par mois, si le méchant virus le veut bien. Ça sera, comme toujours, gratuit, sans réservation et interprété en langue des signes par la SCOP Paris Interprétation. Toutes les infos sont sur nos réseaux sociaux.

    Je voulais remercier Sandrina Martins la directrice du Carreau du Temple, ainsi que toute son équipe, de m’avoir renouvelé sa confiance. J’ai beaucoup trop de chance d’avoir croisé sa route. 

    Allez, en scène !

    Résumé de l’épisode :

    Bibia Pavard est docteure en histoire contemporaine, chercheuse et maîtresse de conférence à l'université Paris II. Spécialiste de l'histoire du genre et des féminismes, elle a co-écrit avec Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel un important ouvrage sur l’histoire des mouvements féministes depuis la révolution française, paru en août 2020 : Ne nous libérez pas, on s’en charge, Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours. Elles y mettent en lumière l’effacement constant des luttes mais aussi des militantes féministes dans l’histoire (12:02) et s’inscrivent dans la longue lignée de (ré)écriture de l’histoire des femmes et de leurs combats (15:52). C’est lors de ses études en classe préparatoire que Bibia Pavard rencontre toute la force et la nécessité de l’histoire (21:51). Et c’est bien parce que les choix qui sont fait dans cette discipline – ce qui est raconté et comment, ce qui est conservé et pourquoi – sont aussi politiques qu’elle soulève la nécessité de documenter le moment présent et questionne la place des archives, peu ou mal conservées lorsqu'il s'agit des femmes (27:15). Quant à l’écriture de cette histoire, elle propose de nuancer la métaphore des « vagues » féministes par la continuité de certains combats au fil des décennies (36:22) bien qu’il y ait un renouvellement des protagonistes et des approches. Renouvellement qui est par ailleurs toujours en but aux mêmes attaques antiféministes (41:02). Au micro de Lauren Bastide, Bibia Pavard rappelle aussi les enjeux intersectionnels qui ont toujours émaillés ces luttes (46:20), tout comme la question du viol (56:36) ou celle du rôle central des médias pour diffuser la parole féministe, bien trop souvent absente des organes de presse traditionnels (00:01:26). Si en tant qu’historienne elle ne peut prédire la révolution féministe, elle donne ici de précieux outils pour la penser.

    Merci à toute l’équipe du Carreau du Temple pour leur accueil et pour avoir rendu cet épisode possible.

    Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! 

    La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes

    Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu

    Programmation et coordination : Gaïa Marty

    Mixage : Marion Emerit

  • Cet épisode de La Poudre a été publié en français le 30 juillet 2020. Pour l’écouter, remontez dans les archives ou cliquez ici : 🇫🇷

    The philosopher and revolutionary author Paul B. Preciado is the guest of the 79th episode of La Poudre. With Lauren Bastide, they talked about bodies, monsters and joy.

    Lauren's foreword:

    La Poudre was thought as a women-only place to discuss sexist mechanisms through their victims’ experiences. Up to now, only women’s voices, cis or trans, have been heard in La Poudre. It goes without saying that both non-binary people and trans people belong here. Paul B. Preciado’s work is crucial to understand today’s feminist movement and to question gender representations, as we have been doing here for four years now. It is a great honour to have had him close the fourth season of La Poudre, before the new turn it will be taking with its fifth season.

    Summary:

    Paul B. Preciado is one of the greatest thinkers of our time. He is also the first non-binary person to speak up in La Poudre (05:40). On the eve of global lockdown due to coronavirus, he was starting a series of conferences at the Centre Pompidou in Paris, engaging with “The History of Sexuality” by Michel Foucauld to offer a new decolonial and feminist reading of this important work (11:40). At the time, he felt a revolutionary urge in the room (07:50) and encourages everyone to reconnect with it and embrace it (14:28). Born on the 11th of September 1970 in Franco’s Spain, he tightly links these early years to his sensitivity to any sign of state fascism, and feels that the current French government slips towards it more often than not (24:00). Since childhood, he implements strategies to avoid gendered injunctions (29:00), a daily exercise in political plasticity that he still practises everyday (35:55). After a PhD in philosophy, he writes several books exploring the concept of gender. The last one published, “I Am a Monster, Talking to You”, allows him to speak from this monstrosity that the heteropatriarchal and racist system has pinned on him and all bodies considered as “other”. Being at the center of the trans body experience, the use of the “I” is key in his writing (40:04). According to him, it is the only way to escape the presumed universality of Western philosophy. Situated writing is central to overcome the system’s barriers (45:15). He yearns for the end of the sexual differentiation regime (59:28) and calls for collective imagination to find a way out of it. His joy and optimism in the advent of the revolution are infectious and his next seminar will be available this fall (01:05:21).

    Executive producer: Nouvelles Écoutes

    Production and signature tune: Aurore Meyer-Mahieu

    Translation: Lucie Plescoff

    English voice-over: Raphy Wofsy

    Production assistant: Gaïa Marty

    Recording: Laurie Galligani

    Mixing: Marion Emerit

  • Cet épisode de La Poudre a été publié en français le 14 décembre 2017. Pour l’écouter, remontez dans les archives ou cliquez ici : 🇫🇷

    The great activist Assa Traoré was the guest of the 21st episode of La Poudre. 

    With Lauren Bastide, Assa Traoré talked about her role as one of the eldest in a family of 17 (04:50), about her bond with her father who died when she was 14 years old (08:08) and about  his first two wives (13:21). She spoke about her job as a special-education teacher in Sarcelles, north of Paris (20:13), about how young men of her neighbourhood are stigmatised (24:05) and about the night of Adama Traoré’s death (26:30). She explained what led to the incarceration of two of her brothers (34:00) and detailed her profound link to Mali, where her father and Adama are buried (40:13).

    Assa Traoré was born in 1985 in Paris. At a young age, she takes care of her little brothers and sisters, born out of the other marriages of her father. Following an oral presentation in her school, she decides she wants to be a special-education teacher, a path she successfully follows. On the 19th of July 2016, her younger brother Adama Traoré, who was turning 24 on that day, dies in Persan’s police station, after an identity check and questioning in Beaumont-sur-Oise. In the hours following his death, his family accuses the police forces of being responsible for his passing. The authorities deny any such responsibility. A battle both in court and in the media follows. Assa is fully dedicated to this fight and becomes spokesperson for the advocacy group “Justice for Adama”. In May 2016, she co-signs “Letter to Adama” with the journalist Elsa Vigoureux, a book recounting this battle for justice.

    To support the “Justice pour Adama” association, you can click here: https://www.okpal.com/adama-traore/#/

    Executive producer: Nouvelles Écoutes

    Production and signature tune: Aurore Meyer-Mahieu

    Translation: Lucie Plescoff

    English voice-over: Sara Martins

    Production assistant: Gaïa Marty

    Recording: Laurie Galligani

    Mixing: Marion Emerit

  • This episode of La Poudre was originally recorded in English. To listen to the undubbed version, click here.

    L’écrivaine de génie Margaret Atwood est l’invitée du 80e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de forêt, de science et de religion. 

    L’édito de Lauren :

    Avant d’entrer de plein pied dans la saison 5 de La Poudre, j’ai dans ma besace, comme chaque automne, trois épisodes en anglais parce que le monde ou rien.

    Le premier, que vous vous apprêtez à mettre dans vos oreilles, est un entretien que j’ai enregistré avec l’écrivaine canadienne Margaret Atwood l’hiver dernier. Avec le Covid (je ne dirai jamais LA covid, vous m’entendez, jamais), on n’avait pas pu vous le doubler. Le voilà donc, tout frais, tout neuf, avec, dans le rôle de Margaret Atwood, la journaliste Annick Cojean.

    Quel honneur d’avoir pu échanger longuement avec cette immense autrice, reine de la dystopie, dont l’esprit génial pondit La Servante Écarlate en 1985 et qui a sorti, l’année dernière, la suite de ce best-seller, le glaçant et captivant Les Testaments.

    Bonne écoute, et on se retrouve en octobre pour le nouveau La Poudre. Boum.

    Résumé de l’épisode :

    Margaret Atwood, autrice visionnaire, a publié l’année dernière Les Testaments, la suite de son œuvre phare, La Servante écarlate, adaptée en série en 2017. Avec ce livre, elle remporte pour la seconde fois le prestigieux Booker Prize, ex aequo avec Bernardine Evaristo. Née en 1939 au Canada, elle grandit dans la forêt, entourée de ses parents, scientifiques tous les deux (16:06). Elle est ainsi sensibilisée très jeune aux questions environnementales qui l’animent encore fortement aujourd’hui (44:19). Écrivaine et poétesse prolifique, c’est en 1984, lors d’un séjour dans l’Allemagne divisée (06:02), qu’elle écrit La Servante écarlate, l’une de ses œuvres aujourd’hui les plus connues grâce au retentissement mondiale de la série (22:39). L’impact politique de son propos est tel que les tenues de ses “servantes” ont été utilisées par des manifestantes dans de nombreuses mobilisations contre les retours de bâtons patriarcaux de ces dernières années (19:32). Sa vision très nuancée des combats féministes est parfois à contre-courant des enjeux des luttes actuelles (24:45) mais sa capacité à prendre en compte les subtilités des croyances religieuses (38:14), tout comme son engagement dans des mesures concrètes pour lutter contre les violences faites aux femmes (26:04) en font l’une des plumes essentielles de la réflexion sur les oppressions sexistes. Dans Les Testaments, elle joue sur le pouvoir des archives, auxquelles elle voue une passion, pour explorer les rouages d’un gouvernement dictatoriale et réactionnaire. Son amour pour les documents anciens et les histoires qu’ils portent l’a également poussée à participer à un projet de l’artiste Katie Paterson, Library of the Future, pour lequel elle a écrit un texte qui ne sera révélé qu’en 2114 (48:50). À bon entendeur·euse !

    Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! 

    La voix française de Margaret Atwood est incarnée par Annick Cojean, merci à elle.

    La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes

    Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu

    Traduction : Maxime Dargaud-Fons

    Programmation et coordination : Gaïa Marty

    Prise de son voix française : Laurie Galligani

    Mixage : Marion Emerit

  • Cet épisode de La Poudre est disponible à l’écoute dans une version doublée en français. Cliquez ici pour l’écouter.

    The genious writer Margaret Atwood is the guest of the 80th episode of La Poudre. With Lauren Bastide, they talked about forests, science and religion.

    Lauren’s foreword:

    Before jumping into the 5th season of La Poudre, like each fall I have three episodes in English in store, because look at me going international.

    The first one, that you are about to listen to, is an interview I recorded last winter with the great Canadian writer Margaret Atwood. With Covid-19, we hadn’t had the chance to publish it. So here it is, fresh and new, just for you.

    What an honour it was to have been able to talk at length with this incredible author, queen of dystopia, whose genius mind gave birth to « The Handmaid’s tale » in 1985, and who published its sequel last year, the captivating and chilling « Testaments ».

    I hope you will enjoy it and I’ll see you again in October for a new episode La Poudre.

    Episode summary:

    A visionary author, Margaret Atwood published last year The Testaments, a sequel to The Handmaid’s tale, her revolutionary novel adapted into a TV series in 2017. With this book, she won the prestigious Booker Prize for the second time, sharing it with Bernardine Evaristo. Born in 1939 in Canada, she grew up in the forest (16:06). Her parents both being scientists, she is made aware of environmental issues quite early on and is still very passionate about them (44:19). Prolific novelist and poet, she writes The Handmaid’s Tale in 1984, after a stay in Cold war Germany (06:02). It is one of her most renowned works, thanks to the TV series which gave it international visibility and recognition (22:39). The political impact of the ideas it carries has inspired activists to dress up like her “handmaids” in protest against several patriarchal backlashes in the last few years (19:32). Her nuanced vision of feminists issues sometimes goes against the grain of the current antisexist battles (24:45), but her ability to take into account the subtlety of intertwined religious beliefs and social commitment (38:14) as well as her own commitment in concrete measures to wage war against violence against women (26:04) make her one of the most relevant writer in the fight against sexist oppressions. In The Testaments, she plays on the power of archives to explore the arcanes of a dictatorial and reactionary government. Her passion for ancient documents and the stories they carry drove her to participate in the artist Katie Peterson’s projet : Library of the Future. A word to the wise : She wrote a text for it that will only be available in 2114 (48:50).

    Executive Producer : Nouvelles Écoutes 

    Production, editing and signature tune : Aurore Meyer-Mahieu

    Production assistant : Gaïa Marty 

    Mixing : Marion Emerit

  • Paul B. Preciado, philosophe et auteur révolutionnaire, est l’invité du 79e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, ils ont parlé de corps, de monstre et de joie.

    L’édito de Lauren :

    La Poudre est un lieu qui a été pensé en non-mixité pour parler des mécanismes sexistes à travers le vécu des personnes les subissant. Jusqu’ici n’y ont résonné que les voix de femmes, cis ou trans. Il va de soi que l’expérience des personnes non binaires et de toutes les personnes trans y trouvent leur place. La pensée, le travail et les écrits de Paul B. Preciado sont essentiels pour comprendre le mouvement féministe actuel et questionner les représentations genrées, comme La Poudre le fait depuis quatre ans. C’est un grand honneur qu’il vienne clôturer cette saison, avant que l’émission ne prenne un nouveau visage à la rentrée.

    Résumé de l’épisode :

    Paul B. Preciado est l’un des plus grands penseurs de notre époque. En tant qu’homme trans refusant tout schéma binaire, il est aussi le premier invité de La Poudre (05:40). À la veille du confinement, il démarrait un cycle de conférences au Centre Pompidou reprenant l’histoire de la sexualité de Michel Foucault pour en proposer une relecture féministe et décoloniale (11:44). Il y a senti une pulsion révolutionnaire (07:50) qu’il engage tous et toutes à retrouver, à vivre, à embrasser (14:28). Né le 11 septembre 1970 à Burgos, dans l’Espagne franquiste (18:41), il tire une droite ligne entre ces années et sa sensibilité aux marques du fascisme étatique qu’il retrouve dans les agissement du gouvernement français actuel (24:00). Dès l’enfance, il met en place des stratégies d’évitement pour échapper aux injonctions de genre (29:00), un exercice quotidien de plasticité politique qu’il pratique encore (35:55). Docteur en philosophie, il est l’auteur de plusieurs livres explorant le concept du genre. Son dernier, “Je suis un monstre qui vous parle”, lui permet de parler depuis cette monstruosité, plaquée par le système hétéropatriarcal et raciste sur les corps jugés “autres”. Lui-même au centre de l’expérience du corps trans, il est familier de l’emploi du “je” dans ses écrits (40:04), la seule possibilité selon lui pour échapper au supposé universalisme de la philosophie occidentale. Sans écriture située, impossible de dépasser les barrières du système (45:15). Il appelle de tous ses vœux la sortie du régime de la différenciation sexuelle (59:28) grâce au pouvoir de l’imagination collective. Sa joie et son optimisme dans l’avènement de la révolution sont communicatifs et vous pourrez les retrouver à l’automne 2020 au Centre Pompidou (01:05:21).

    Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! 

    La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes

    Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu

    Programmation et coordination : Gaïa Marty

    Mixage : Marion Emerit

  • Sihame Assbague, journaliste et militante antiraciste, Léa Lejeune, journaliste au magazine Challenges et co-fondatrice de l’association Prenons la Une !, et Jennifer Padjemi, journaliste pigiste et fondatrice de la newsletter afroféministe What’s Good, étaient les premières invitées de Lauren Bastide sur Zoom pour un enregistrement en public le 9 juin 2020. 

    L’édito de Lauren :

    Vous vous rappelez cette une du Parisien sortie pendant le confinement ? Ces 4 chercheurs, 4 hommes blancs d’un certain âge qui s’étalaient en une pour nous raconter le monde d’après ? Ça m’a mise en colère, je vous l’avais déjà dit. Tout comme me mettent en colère ces plateaux de télé ou des personnes blanches débattent sans fin de la réalité du racisme en France, ou ces émissions de radio, entièrement constituées d’hommes, qui débattent sur le féminisme. Ces plateaux, ces unes et ces émissions ne sont pas une exception. Ils sont la règle. Vous voulez des chiffres ? Les voilà, ils viennent de sortir, tout frais : le CSA a publié une enquête fin juin. Le taux d’expertes dans les journaux radiophoniques et télévisés a chuté de 38% à 20% pendant le confinement. Et comme la France ne voit pas les couleurs, on n’a pas les chiffres pour les personnes racisées mais il suffit d’allumer son téléviseur pour l’observer. Pourtant, et c’est le crédo de cette émission, les meilleures expertes seront toujours les concernées. Pour en parler j’ai réuni trois journalistes : Sihame Assbague, Léa Lejeune et Jennifer Padjemi, pour la toute première table ronde de La Poudre sur Zoom, le 9 juin dernier, quelques jours après la première grande manifestation contre les violences policières de l’été 2020, convoquée par Assa Traoré. Le débat fut passionnant et je remercie toutes celles et ceux qui étaient connectés avec nous ce jour-là. 

    Résumé de l’épisode :

    Pour la première table ronde Zoom de La Poudre, les journalistes Sihame Assbague, Léa Lejeune et Jennifer Padjemi décortiquent le rôle des médias en temps de crise au micro de Lauren Bastide. Qu’on parle de confinement ou des récentes et historiques manifestations antiracistes, vivre ces événements en tant que journalistes (06:32) est une expérience particulière. Pour Sihame Assbague, militante antiraciste de longue date, les médias sont, aujourd’hui encore, l’une des institutions qui perpétuent le racisme structurel en France (13:25). Elle appelle à aller au-delà de la question des représentations en veillant à varier les points de vue représentés sur les plateaux et non seulement l’apparence des invité·e·s (15:34). Pour Jennifer Padjemi, le lien entre expérience du confinement dramatique et sous-représentée, et révoltes contre les violences policières n’est plus à démontrer (18:20). Pour elle, les médias ont un rôle déterminant pour représenter toutes les réalités des populations mais il leur faut pour cela non seulement reconnaître les manquements actuels (26:10) mais aussi mettre en place de vraies stratégies pour faire évoluer en profondeur les rédactions aujourd’hui aveugles à certaines problématiques. C’est aussi ce que défend Léa Lejeune qui, avec l’association Prenons la Une !, travaille depuis plusieurs années à fournir des données objectives pour appuyer la lutte pour le changement (31:09). Si pour elle les quotas sont un outil utile, pour Jennifer Padjemi et Sihame Assbague il s’agit avant tout de veiller à la diversité des discours  véhiculés (55:40). Elles s’accordent à dire que la pression exercée aujourd’hui par les réseaux sociaux (57:12), tout comme la formation des jeunes générations de journalistes sont parmi les meilleures pistes pour que les médias reflètent enfin une image plus fidèle de la société qu’ils analysent (01:18:40).

    Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! 

    La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes

    Réalisation de l’introduction et générique : Aurore Meyer-Mahieu

    Programmation et coordination : Gaïa Marty et Nora Hissem

    Montage et mixage : Marion Emerit

  • Myriam Leroy, écrivaine et journaliste, est l’invitée du 78e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé d’adolescence, d’écriture et de harcèlement.

    L’édito de Lauren :

    Je me rappelle bien du monde d’avant. On n’était pas si mal finalement. On avait l’impression que tout pouvait basculer, qu’on allait peut-être enfin décider de se lever et de se barrer et de leur dire : « On vous emmerde ! » On était en plein dans cette énergie le jour où j’ai rencontré Myriam Leroy à Bruxelles, pour le Bruxels Podcast Festival. C’était le 29 février, le lendemain de la cérémonie des Césars, vous savez celle où… C’était le lendemain et donc on avait une drôle de gueule de bois, mais l’envie d’en découdre et la rage au cœur. Je vous propose de replonger, comme un voyage dans le temps, vers ce moment précis. De nous imaginer, toutes les deux, sur la scène de la grande salle de l’Atelier 210 à Bruxelles, face à un public belge plein de bienveillance, et de rêver à un après où l’on retrouverait un peu cette énergie-là. Ah ! Une toute petite dernière chose, beaucoup de militantes belges m’ont écrit après cette rencontre pour me dire que le féminisme était plus vibrant en Belgique que mon invitée semble le décrire dans l’interview. Il faut leur rendre justice : c’est vrai ! 

    Résumé de l’épisode :

    Myriam Leroy est journaliste, et autrice de plusieurs romans à succès, même si elle n’arrive pas toujours encore à se dire écrivaine (10:56). Née en 1982, elle grandit dans le Brabant Wallon, une province de Belgique qu’elle décrit comme sans histoire. Adolescente, elle saisit rapidement les rouages du jeu de la séduction (21:20), une période qui l’a inspirée pour écrire Ariane, son premier roman, dans lequel elle capture toutes les ambiguïtés de cet âge de transition et toute la subtilité de la frontière délicate entre amitié et amour. Après une école de journalisme, elle est d’abord pigiste puis réalise en 2011 un webdocumentaire engagé sur l’IVG. La même année, elle commence à travailler comme chroniqueuse à la radio en Belgique. Elle y tient entre autre une rubrique très populaire intitulée « Myriam Leroy n’aime pas », au ton sarcastique assumé où s’exprime son humour pointu (28:26). En 2013, elle rejoint l’équipe d’Ali Baddou dans « La Nouvelle édition » sur Canal plus. C’est l’une de ses chroniques sur ce plateau, à propos de Dieudonné, qui lui vaudra son premier raid de cyberharcèlement (39:58), une expérience d’une violence sans précédent. Aujourd’hui, elle est en mesure de décortiquer son caractère systémique (43:07), de témoigner et d’informer sur la misogynie ancrée dans le cyberharcèlement (01:00:56), qui élimine les voix de femmes des réseaux sociaux. Elle bascule dans la fiction en 2018 avec son premier roman, puis en sort un second, Les Yeux rouges, en 2019, une autofiction parlant de l’expérience du cyberharcèlement (47:50), dans lequel, elle explore aussi la question de la violence des femmes (01:06:10). Depuis peu investie avec succès dans des projets théâtraux, sa dernière pièce, ADN, évoque un sujet qui lui tient particulièrement à cœur : la filiation et son lien à l’identité (01:10:50).

    Merci au Brussels Podcast Festival d’avoir rendu cet enregistrement possible.

    Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! 

    La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes

    Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu

    Programmation et coordination : Gaïa Marty

    Mixage : Marion Emerit

  • Dali Misha Touré, écrivaine et entrepreneuse, est l’invitée du 77e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de violence, de frontières et de maternité.

    L’édito de Lauren :

    « J’aimais bien être seule. J’aimais écrire et parler seule. Personne ne m’écoutait mieux que moi-même. Je savais si bien résoudre mes propres problèmes que j’aurais voulu avoir une amie comme moi. Je n’aimais pas le bruit, même quand j’étais à l’école. Certains jours, j’aurais aimé être sourde parce que j’entendais des choses qui me blessaient, des mots durs qui sortaient de la bouche de ma mère ou de mon père. Je me répétais souvent que je n’étais pas faible mais qu’au contraire j’étais très forte. La vérité, c’est qu’au fil des années je faiblissais à l’intérieur et que ça se voyait peu à peu à l’extérieur. Je n’arrivais pas à sourire normalement : j’étais anxieuse, songeuse, et personne ne le comprenait. J’aurais bien aimé pleurer, mais je n’y arrivais pas ; j’aurais bien aimé me sentir mieux, mais je n’y arrivais pas non plus. J’avais parfois le sentiment d’être née pour rien, de vivre sans joie et de rire sans volonté… un sentiment de bassesse qui m’étouffait. Pourtant, au fond, je me sentais plus intelligente que ceux qui m’entouraient : j’arrivais à me comprendre alors qu’eux n’essayaient même pas de le faire. » 

    Dali Misha Touré, Cicatrices, Hors d’atteinte, 2019.

    Résumé de l’épisode :

    Dali Misha Touré est autrice de plusieurs romans et entrepreneuse. Elle est née en 1994 et a grandi à Aulnay-sous-Bois (08:30), une enfance heureuse à cheval entre deux langues : le Soninké à la maison, le Français à l’extérieur (10:43). Elle commence à écrire très tôt, en commençant par des poèmes et des lettres pour ses professeur·e·s (12:26). Inspirée par ses lectures de récits de témoignages, elle cherche au travers de ses écrits à donner une voix aux invisibles qui croisent son chemin (14:25). Elle tente ainsi de mieux comprendre celles et ceux qui l’entourent et de rendre leurs récits manquants audibles (16:50). C’est à 15 ans qu’elle autopublie son premier roman, Cicatrices, avec le soutien de sa professeure de français et de la mairie d’Aulnay-sous-Bois (21:38). Elle est alors très encouragée, tant par sa famille que par ses lecteur·ice·s et autopubliera deux autres livres à la suite du premier (23:58). À 17 ans, elle se marie et rêve alors de faire des études de portugais et de voyager (25:11). Après quelques temps à la fac, elle tombe enceinte de son premier enfant, une expérience qui la comble et lui ouvre de nouvelles perspectives, la poussant à prendre une pause dans son parcours universitaire. Elle découvre également la langue arabe, qui réoriente son choix d’occupation professionnelle. Musulmane, sa foi est très importante pour elle (41:00) et elle crée son entreprise en 2018, Al Jannah, un lieu de cours religieux, de vente de vêtements mais aussi depuis peu de lieux de rencontre pour les femmes (05:30). En 2018 également, Marie Hermann de la maison d’édition indépendante Hors d’atteinte lui propose de republier Cicatrices à compte d’éditeur, donnant une seconde vie à ce premier roman (28:52). Profondément ancrée dans les différentes facettes de son identité, elle souhaite que soient mieux comprises ces multiplicités (27:28), et reconnu le choix des femmes désirant porter le voile (38:07). De son côté, en plus de son activité entrepreneuriale, elle a repris des études de psychothérapie et se lance tout juste dans l’écriture de la suite de Cicatrices !

    Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! 

    La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes

    Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu

    Programmation et coordination : Gaïa Marty

    Mixage : Marion Emerit

  • Rachel Keke, gouvernante et porte-parole des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles, est l’invitée du 76e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de femmes, de race et de classe.

    Pour soutenir le combat des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles, vous pouvez leur faire un don en suivant ce lien : https://www.lepotsolidaire.fr/pot/0oz7r5n8

    L’édito de Lauren :

    Intersectionnalité. Est-ce que vous comprenez bien ce mot ? Est-ce que vous le pensez excessif ? Galvaudé ? Dangereux ? Insuffisant ? Il est pour moi la clé de tous les mouvements sociaux actuels. Il est la grille de lecture essentielle afin de relier les luttes féministes, antiracistes et décoloniales. Et comme je ne suis pas la personne la plus légitime pour vous l’expliquer, j’ai eu envie de vous relire le passage du texte de la juriste et chercheuse africaine-américaine Kimberlé Williams Crenshaw, tel qu’il est apparu pour la première fois sous sa plume en 1994. Ne jamais oublier que ce mot a été pensé au départ pour traduire le réel des femmes noires victimes de violences. 

    Résumé de l’épisode :

    Rachel Keke est l’une des porte-parole de la grève des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles, démarrée le 17 juillet 2019. Elles se battent depuis bientôt un an pour que soient reconnues les conditions de travail désastreuses – quand elles ne sont pas tout simplement illégales –, qui leur sont imposées par leur employeur, STN, sous-traitant du groupe Accor (26:00). Rachel Keke est née en 1974 et a grandi en Côte d’Ivoire, à Abidjan (08:20). Elle commence à travailler à 16 ans en tant que coiffeuse. À 26 ans, elle arrive en France, souhaitant y utiliser ses compétences et poursuivre dans la même voix (09:00), mais les complexités liées à l’obtention de papiers à son arrivée l’en empêche. Après avoir travaillé en tant que garde d’enfants, elle arrive dans l’hôtellerie. STN est le quatrième sous-traitant qu’elle a connu, des entreprises dont les conditions de travail et les cadences inhumaines ont déjà été signalées et combattues par plusieurs mouvements de grèves et procès dans ce milieu professionnel. Accidents du travail, corps abîmés par les tâches répétitives et épuisantes, mépris, quand les femmes de chambre n’ont pas à subir du harcèlement moral et des agressions sexuelles (40:56), Rachel Keke dénonce la réalité effrayante de ces emplois précaires majoritairement féminins (26:00) et les conséquences de la sous-traitance les excluant du régime réservé aux employé·e·s du groupe hôtelier (21:45). Après des années de silence de la part des syndicats qu’elle et ses collègues avaient consultés, c’est finalement la CGT HPE (pour Hôtels de prestige) qui répond à leurs demandes d’aide et de soutien pour faire valoir leurs droits (31:56). Rachel Keke souligne cependant l’importance pour elles de prendre elles-mêmes la parole face aux médias et aux politiques, en tant que premières concernées et expertes des violences qu’elle subissent (37:07). Fragilisées par leur position en tant que femmes racisées, souvent immigrées et piégées par les exigences de renouvellement de leurs papiers (42:50), une situation dont les entreprises de sous-traitance tirent parti, elles trouvent malgré tout de nombreux soutiens, qui leur donnent courage et aide financière pour tenir sur la longueur. Elle appelle à ne pas se voiler la face sur les discriminations subies par les personnes racisées aujourd’hui, entre autres les violences policières (45:18), contre lesquelles elle constate qu’elles n’ont quasiment aucun recours possible. Quant au mouvement de grève des femmes de chambre, Rachel Keke garde espoir alors que la plaidoirie est en cours en ce moment, et espère pouvoir compter sur la jurisprudence de précédents procès gagnés par d’autres femmes de chambre dans cette situation (48:28) pour avoir gain de cause.

    Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! 

    La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes

    Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu

    Programmation et coordination : Gaïa Marty

    Recherches et documentation : Clara Matet

    Mixage : Marion Emerit

  • Parce que les vies noires comptent. Parce que La Poudre et Nouvelles Écoutes soutiennent le combat contre le racisme systémique et les violences policières. Parce que nous assistons aujourd’hui, partout dans le monde, à une révolution. Parce que nous voulons la vérité pour Adama. Je vous propose aujourd’hui de réécouter l’interview d’Assa Traoré, parue pour la première fois dans La Poudre le 14 décembre 2017. Écoutez. Comprenez. Soutenez : https://www.okpal.com/adama-traore/?utm_campaign=01C1J63EN1CGGN0EFQCEN0X52T&utm_medium=campaign_endfunnel-okpuid_01E9VHGVZVXD4067Q6CHR5RJBG-20200602&utm_source=share_twitter#/

    Au micro de Lauren Bastide, Assa Traoré raconte son rôle d'aînée dans une famille de 17 enfants (04:50), son lien avec son père, perdu à l’âge de 14 ans (08:08),et aux deux premières épouses de celui-ci (13:21) son métier d’éducatrice à Sarcelles (20:13), la stigmatisation dont sont victimes les jeunes garçons des quartiers populaires (24:05) le soir de la mort d’Adama Traoré (26:30), les faits qui ont conduit à l’incarcération de deux de ses frères (34:00), et son lien au Mali, où son père et Adama sont enterrés (40:13).

    Assa Traoré est née en 1985 à Paris. Très jeune, elle s’occupe des plus petits de ses sœurs et frères, issus des premiers mariages de son père. Suite à une intervention dans son école primaire, elle décide de devenir éducatrice spécialisée. Le 19 juillet 2016, son jeune frère Adama Traoré, qui fête ses 24 ans ce jour-là, perd la vie dans la gendarmerie de Persan après une interpellation à Beaumont-sur-Oise. Dans les heures qui suivent sa mort, sa famille met en cause la responsabilité des forces de l’ordre dans son décès. Les autorités nient. Une bataille judiciaire et médiatique s’ensuit. Assa se consacre entièrement à cette lutte, et devient porte parole de l’association “Justice pour Adama”. En mai 2016, elle co-signe avec la journaliste Elsa Vigoureux “Lettre à Adama”, un ouvrage qui raconte ce combat.

    La Poudre est une production Nouvelles Écoutes.

    Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu.

    Coordination : Zisla Tortello.

    Mixage : Laurie Galligani

  • L’autrice, chercheuse et critique Iris Brey est l’invitée du 75e épisode de La Poudre, le sixième et dernier de notre série #ellespensentlapres, mêlant parcours personnel et réflexions sur la situation actuelle comme sur le monde à venir. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de grec ancien, de mères infanticides et de regard féminin.

    L’édito de Lauren :

    Je voulais vous écrire un texte super émouvant parce que c’est le dernier épisode de La Poudre produit en confinement. Je voulais vous dire plein de trucs sur la mort, sur la vie, sur la surveillance, sur le contrôle... Je voulais peut-être même vous confier des failles à moi, vous expliquer que j’oscille entre deux mondes, toujours, le très lumineux et le très obscur, que ça m’épuise et que ce qu’on vient de vivre a aiguisé tout ça a un point presque intolérable par moment. Je voulais vous parler des émotions extrêmes qu’on a ressenties collectivement et vous promettre qu’on se remet de tout. Et puis je me suis rendue compte que je faisais que ça, en fait, des textes super émouvants en intro de mes podcasts. Je suis tellement prévisible. Donc pour une fois je vais faire sobre. Et juste vous dire merci. Merci de m’écouter, merci de me suivre, merci de me soutenir. Merci pour vos partages sur les réseaux sociaux. Merci d’avoir suivi les lives Instagram sur le compte de La Poudre. Merci de me dire si souvent merci. Merci aussi à mes invitées Fania Noël, Julia Cagé, Claire Marin, Anne Cheng et Alice Coffin pour leur générosité lors de ces enregistrements à distance, grâce à elles je crois qu’on a vraiment toutes les clés pour le penser, ce fameux monde d’après. Je suis vraiment fière de cette série, qui se termine en beauté avec la chercheuse et critique Iris Brey. Juste avant tout ça, elle était en première ligne de cette révolution féministes menée par les femmes du cinéma français. Vous savez ? Celle qui reprend là, maintenant, tout de suite.

     

    Résumé de l’épisode :

    Iris Brey est chercheuse, journaliste et critique. Elle est aussi l’autrice de deux livres plongeant dans les dessous des images et des représentations produites par nos sociétés, dans les séries d’abord, puis dans le cinéma. Née en 1984 d’un père américain et d’une mère française, elle grandit entre Paris, les États-Unis et le Japon (15:17). Elle développe ainsi un rapport aux langues très particulier, renforcé par ses études en grec ancien (19:40), qui lui donnent une conscience aigüe des systèmes de perception créés par les mots eux-mêmes. Outre le grec, elle étudie aussi littérature (23:13) et cinéma, et travaille ainsi sur la construction des imaginaires, notamment autour de la représentation des corps féminins (26:30). Elle examine dans ses travaux de recherche ces figures féminines, toujours passées au crible d’un regard désirant masculin, ce que la chercheuse Laura Mulvey avait appelé le male gaze. Elle questionne aussi les lieux dévolus aux figures de femmes, toujours punies pour avoir occupé l’espace public sans but précis (28:12), mais aussi les violences qui leur sont faites. Le cinéma, qui rend captif son public (33:10), est peuplé de scènes de viol, quasiment exclusivement filmées du point de vue de l’agresseur et souvent mêlées à des notions de désir (39:49). C’est ce lieu commun qu’Iris Brey dénonce et appelle à faire évoluer pour que chacun·e prenne conscience de ces représentations qui alimentent la culture du viol. C’est parce que le cinéma prend une telle place dans le monde culturel aujourd’hui et parce que ses acteur·ice·s ont une visibilité et parfois un pouvoir économique ayant très peu d’égal, que ce milieu est selon elle aussi lié à la vague féministe actuelle (45:55). Elle y est elle-même engagée pour faire bouger ces lignes, notamment au sein du collectif 50/50 pour 2020 (12:59) qui œuvre à remettre en question la répartition du pouvoir dans ces espaces professionnels de création (11:03). Elle a aussi accompagné l’essentiel témoignage d’Adèle Haenel à Médiapart (49:04), constatant aux premières loges les résistances françaises à faire évoluer les choses (52:48). Sidérée par les résultats des Césars de cette année (58:32), elle espère elle aussi que la révolution féministe ne sera pas arrêtée par la pandémie qui révèle de façon criante les règles du système patriarcal et les inégalités qu’il engendre (01:02:36).

    Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! 

    La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes

    Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu

    Programmation et coordination : Gaïa Marty

    Mixage : Marion Emerit

  • Après le confinement, le Podcast Club de Nouvelle Écoutes continue ! Chaque jour, un.e membre de l’équipe met en avant son épisode préféré d’un podcast Nouvelles Écoutes. Aujourd'hui, il s'agit de la recommandation d'Ashley, productrice.

    « Comme pas mal de personnes, j’ai découvert Déborah Lukumuena grâce à sa performance incroyable dans « Divines » d’Houda Benyamina. Je me souviendrai toujours du jour où j’ai écouté cet épisode. C’était un samedi, je revenais de chez ma mère, j’étais dans un train pour rentrer à Paris. L’histoire de cette actrice m’a retournée. J’ai adoré entendre son discours radical, intransigeant et sans concession. Le passage où elle parle du rôle de la colère dans sa vie m’a marqué : l’entendre revendiquer ce sentiment, tellement mal perçu chez les femmes noires, m’a fait un bien fou. Bonne (ré)-écoute à tou.te.s ! »

    Au micro de Lauren Bastide, Déborah Lukumuena parle de sa réussite (5:49), de sa double enfance en région parisienne et de la colère qui l’habite (7:16), de ses liens avec la République démocratique du Congo (11:48), de l’importance de la littérature (14:50) et de l’arrivée du cinéma dans sa vie (16:12), ainsi que de la complexité des personnages qu’elle aime incarner (23:06). Elle évoque aussi le long casting de "Divines" (26:23), la beauté de Maïmouna (attention spoiler, 35:00), les liens entres les différents personnages qu’elle joue (38:50), la stigmatisation des actrices noires (43:22), les choix qui guident sa carrière (47:54), les réactions racistes auxquelles elle a dû faire face suite aux Césars (51:00) et son rapport à elle-même (60:00).

    Déborah Lukumuena est comédienne. Née en 1994, elle est passionnée de littérature et rêve d’abord de devenir professeure de français. C’est en regardant la série Les Tudors qu’elle a le déclic qui la mène à passer le casting pour le film d’Houda Benyamina, "Divines", pensant briguer un rôle de figurante. Sélectionnée pour jouer l’un des deux personnages principaux, elle décroche en 2017 le César de la meilleure actrice dans un second rôle pour sa performance. Elle entre alors au conservatoire et a depuis joué dans "Roulez jeunesse" et "Les invisibles" au cinéma, ainsi que dans la pièce "Anguille sous roche" au théâtre. Elle y joue seule sur scène et porte magistralement un monologue puissant et politique.

    La Poudre est une production Nouvelles Écoutes

    Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu

    Mixage du générique du cycle Cinéma : Charles de Cillia

    Coordination : Gaïa Marty

    Mixage : Paul Lambert de Cursay

  • La journaliste et militante Alice Coffin est l’invitée du 74e épisode de La Poudre, le cinquième de notre série #ellespensentlapres, mêlant parcours personnel et réflexions sur la situation actuelle comme sur le monde à venir. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de Paris, de médias et de politique.

    L’édito de Lauren :

    Salut vous allez bien ? Moi je suis toujours confinée parce que mes enfants ne retournent pas à l’école pour l’instant. Et aussi parce que je crois qu’étrangement j’ai trouvé un certain confort dans cet isolement forcé, je ne sais pas si je dois m’en inquiéter. Ce qui me manque ce sont les sorties culturelles. La toute dernière que j’ai faite c’était à Bobino en mars, j’étais retournée voir VIRIL, vous savez ce spectacle dont je vous ai déjà parlé dans l’introduction de mon épisode avec Casey. VIRIL c’est Virginie Despentes, Béatrice Dalle et Casey qui lisent sur scène des textes féministes et queer radicaux. Je les relis en ce moment, c’est tellement bon, et mon préféré, celui qui résume le mieux mon désir, c’est celui-ci, le texte culte écrit en 1992 par l’artiste américaine Zoe Leonard. Un texte qui avait été tapé à la machine et distribué sur des tracts, à la main, à New York, et ici librement traduit. Désolée ça aura pas autant de gueule que quand c’est Béatrice Dalle qui le dit.

    Résumé de l’épisode :

    Alice Coffin est journaliste et militante, autrice d’un livre très attendu sur le génie lesbien qui sortira en octobre 2020 (52:44). Née en 1978, elle grandit à Paris dans le 12e, dans une famille nombreuse, ouverte et aimante (20:34). Elle comprend très jeune tous les paradoxes des injonctions aux comportements genrés (25:58) et milite contre le système hétéropatriarcal dans plusieurs collectifs et associations (24:23), dont La Barbe depuis 2010, la European Lesbian Conference dont elle est cofondatrice ou encore la LIG (Lesbiennes d’Intérêt Général), premier fonds de dotation féministe et lesbien. Après les manifestations lors du vote de la loi pour le mariage pour tous et leur traitement médiatique régulièrement atterrant (30:50), elle s’attaque au concept de « neutralité » qui n’est souvent en réalité qu’un moyen de silenciation des minorités (31:50). Pour elle, le regard des femmes issues des minorités est pourtant essentiel, leur position dans la société et les difficultés qu’elles doivent surmonter pour s’y adapter leur permettant de voir et de lutter plus efficacement contre les oppressions structurelles (45:23). Elle reste cependant méfiante des discours annonçant qu’il n’y aura pas de retour en arrière, ayant été témoin des stagnations, reculs et backlashs sur divers fronts, de la place des femmes dans le cinéma français aux débats sur la PMA (42:30). Engagée depuis peu à l’échelon local pour Europe Écologie les Verts, elle affirme toute la force politique que revêtent les corps lesbiens qui s’affichent dans l’espace public (47:55). Activiste depuis de nombreuses années, elle  voit de nombreuses similarités entre les combats féministes et écologistes (01:00:20) et appelle à se passer du regard des hommes pour inventer un ailleurs et un autrement (56:33).

    Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! 

    La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes

    Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu

    Programmation et coordination : Gaïa Marty

    Mixage : Marion Emerit

  • Pour continuer de vous accompagner pendant le déconfinement, Nouvelles Écoutes, le studio qui produit ce podcast, continue le Podcast Club. Chaque jour, on vous propose de réécouter un épisode tiré de nos archives et d'échanger ensuite toutes et tous sur les réseaux sociaux de Nouvelles Écoutes. Prenez soin de vous et bonne écoute.

    Dans cet épisode bonus enregistré le 22 avril 2017 lors de la journée “Fashion Revolution”, organisée en hommage aux victimes de l’effondrement du Rana Plaza, au Bangladesh, le 24 avril 2013, Lauren Bastide tend son micro à 4 femmes militant au quotidien pour une industrie de la mode plus respectueuse des droits humains et de l’environnement : Anaïs Dautais, Laura Brown, Nayla Ajaltouni et Stéphanie Calvino.

    Installées au bord du Canal Saint-Martin, elles racontent successivement leurs ressentis après avoir appris l’effondrement du Rana Plaza, le 24 avril 2013 : Laura (06:19), Anaïs (08:18), Stéphanie (11:50), et Nayla (15:14). Elles dénoncent la promesse mensongère de la mondialisation (20:59), énumèrent les problèmes écologiques qui sont liés à la fast-fashion (21:33), et les pistes à suivre pour consommer responsable (25:25). Elles racontent la double peine que subissent les femmes travailleuses dans l’industrie du textile (42:21), la mode éthique comme un combat féministe (44:48) et livrent des mantras de consommatrices et consommateurs responsables à appliquer dès demain (48:50).

    Au micro de Lauren Bastide : Anaïs Dautais, créatrice de la marque Les Récupérables dont les vêtements sont créés à partir de matériaux récupérés et “upcyclés”, Nayla Ajaltouni, coordinatrice du Collectif Éthique sur l’étiquette, qui regroupe des associations de solidarité internationale, des syndicats, des mouvements de consommateurs et des associations d’éducation populaire, Laura Brown, fondatrice d’Éthipop, une communauté de créat-eur-rice-s éthiques et responsables, et Stéphanie Calvino, organisatrice des conférences « Anti_Fashion » et membre du Collectif 52.

    Merci à Sébastien Kopp et à Veja pour avoir associé La Poudre à cet événement.

    La Poudre est une production Nouvelles Écoutes.

    Réalisation de l’épisode : Xavier Faltot pour La Chambre à Air.

    Réalisation sonore et générique : Aurore Meyer-Mahieu.

    Coordination : Zisla Tortello.

    Mixage : Laurie Galligani

  • La philosophe Claire Marin est l’invitée du 73e épisode de La Poudre, le quatrième de notre série #ellespensentlapres, mêlant parcours personnel et réflexions sur la situation actuelle comme sur le monde à venir. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de maladie, d’identité et de soin.

    L’édito de Lauren :

    « On aimerait que la rupture soit une coupure franche. Bien droite et nette, d’un seul coup, comme le sabre qui décapite. Mais la rupture est déchirure. À la différence de la séparation qui laisserait chacun redevenir la part entière qu’il était déjà auparavant, comme le rappelle l’étymologie, la rupture est une déchirure. Elle ne retrouve que rarement les contours nets de chacun. On ne rompt pas comme on découpe le long des pointillés, respectant soigneusement le patron qui reprend notre forme exacte. On déchire dans le tissu d’une vie commune où les identités des uns et des autres se sont si étroitement mêlées que plus personne ne sait vraiment où il commence et où l’autre s’arrête. Mais celui qui veut rompre croit le savoir. Il croit pouvoir dessiner l’ombre où il perçoit sa silhouette propre et veut se débarrasser de ce flou indécis, des présences qui l’encombrent, des liens qui l’empêchent d’être vraiment lui-même.

    La rupture propre, comme un chiffre qui se divise sans reste, est sans doute impossible. Nous ne pouvons pas nous ‘‘réduire dans le temps, semblable à un nombre, sans qu’il reste une fraction bizarre’’, pour reprendre l’expression de Nietzsche. Même rompus, les liens peuvent rester sensibles, membres fantômes, témoins d’une ancienne vie. »

    Rupture(s), Claire Marin, Éditions de l’Observatoire, 2019.

    Cet épisode a été enregistré le 29 avril 2020, en confinement, un jour de pluie.

    Résumé de l’épisode :

    Claire Marin est philosophe, enseignante, et autrice de plusieurs livres passionnants dont le dernier, Rupture(s), résonne très fort avec la situation actuelle. Née en 1974 à Paris, son enfance à Nantes est pleine de lectures, de solitude et de lenteur (11:11). Docteure en philosophie, cette discipline a été un coup de cœur pour elle dès le lycée (14:41) et joue un rôle important dans sa vie. Frustrée par son côté parfois aride et abstrait, elle se sert de ses outils et les rend plus accessibles, plus en prise avec le réel et notamment avec le corps au travers d’une philosophie de la maladie (20:13). Elle-même diagnostiquée d’une maladie auto-immune qu’elle raconte pudiquement dans son roman Hors de moi, elle fait aujourd’hui partie des personnes ‘‘à risque’’ (07:05) et aborde avec clarté les enjeux d’une société qui s'appuierait uniquement sur des critères quantitatifs d’évaluation de la santé de ses citoyen·ne·s pour statuer sur leurs droits et libertés (35:00). Elle évoque également la dangerosité de la culpabilisation des malades pour dédouaner les politiques (41:11), une tendance déjà largement observée avant même l’impact du Covid-19. La crise actuelle est pour elle une rupture (24:40) qui apporte une nouvelle instabilité dans nos vies déjà bien plus mouvantes que celles des générations précédentes (27:30). Elle ne croit cependant pas en sa valeur transformatrice, même si elle espère certaines conséquences positives comme une plus grande présence des femmes sur le devant de la scène, elles qui sont si essentielles au combat actuel contre la maladie (09:20). Enseignante en classe préparatoire dans le Val d’Oise à côté de ses travaux de recherches, elle constate l’impossibilité de mettre en place les recommandations gouvernementales dans des espaces délaissés par la République depuis longtemps, ce dont sont bien conscientes les populations concernées, lassées d’être considérées comme des citoyen·ne·s de seconde zone lorsqu’elles ne sont pas tout simplement oubliées et maltraitées (57:10). Claire Marin appelle à reconnaître toute la légitimité de cette colère et celles générées par la crise en cours et à mettre des mots dessus grâce à la philosophie (47:20).

    Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! 

    La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes

    Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu

    Programmation et coordination : Gaïa Marty

    Mixage : Charles de Cillia

  • La sinologue Anne Cheng est l’invitée du 72e épisode de La Poudre, le troisième de notre série #ellespensentlapres, mêlant parcours personnel et réflexions sur la situation actuelle comme sur le monde à venir. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de Confucius, de sinophobie et de vanité.

    L’édito de Lauren :

    Cette crise nous oblige à nous demander à quoi on sert. Il y a ceux et surtout celles, qui ont des métiers essentiels à la société. Celles qui sont sur le front, à se battre contre la maladie, à soigner nos ancien·ne·s, à nous nourrir, à nous assurer un environnement propre et sain. Je voudrais remercier ces femmes-là et leur faire la promesse qu’on ne les oubliera pas demain, quand il faudra se battre pour qu’elles soient rémunérées à la hauteur de leur importance et traitées avec le respect qui leur est dû. Moi je fais partie des confiné·e·s, des professions dites intellectuelles, des bullshit jobs, des télétravaillants, des pas essentiel·le·s, des utiles, à la rigueur. Mais j’ai la chance inouïe de faire le travail le plus merveilleux du monde : interviewer des femmes. Je suis plus reconnaissante que jamais d’avoir ce privilège-là. Il me permet de poursuivre avec vous le cycle #ellespensentlapres en compagnie de l’une des plus grandes penseuses que j’ai jamais rencontrées. Anne Cheng est sinologue et professeure au Collège de France. J’avais eu la chance de l’interviewer une première fois pour mon émission Les Savantes, sur France Inter, il y a deux ans de cela. Je voulais qu’elle vienne ici, dans La Poudre, partager avec vous ce savoir immense qu’elle détient sur la Chine. Il m’a semblé que c’était urgent et elle a accepté mon invitation. Bande de veinardes et de veinards !

    Résumé de l’épisode :

    Anne Cheng est sinologue et professeure au Collège de France depuis 2008. Directrice de collection et autrice de nombreux ouvrages, sa vision sur les liens entre la France et la Chine est éclairante. Née à Paris en 1955, elle grandit en France avec son père, François Cheng, poète et membre de l’Académie française (11:07). Sa mère, repartie en Chine juste avant la Révolution culturelle, ne pourra à nouveau entrer en contact avec elle que dix ans plus tard. Anne Cheng se réapproprie son lien avec la Chine en s’attaquant à 26 ans à la traduction d’un texte fondateur : les entretiens de Confucius (16:36). Elle crée ainsi des attaches au pays d’origine de ses parents par un biais qui lui est propre (23:00). Au travers de son parcours de chercheuse, elle étudie en profondeur les origines et les reconfigurations diverses du lien entre la France et la Chine : depuis les idées reçues plutôt positives au XVIIe siècle – bien que biaisées par les objectifs des Jésuites (29:50) –, en passant par les premières traces de sinophobie après le XVIIIe, jusqu’aux clichés racistes hérités de la période coloniale. Clichés qui ressortent avec violence aujourd’hui, bien que le racisme contre les personnes asiatiques ne date pas d’hier : elle, comme ses filles en ont d’ailleurs déjà fait les frais par le passé (40:08). Cette histoire ancienne et tortueuse qu’elle étudie depuis longtemps est à présent teintée des effets de la mondialisation, dans laquelle la Chine a une place centrale, ce que la crise actuelle rend incontestable (34:48). Elle observe avec recul et finesse la place de ce pays et de son influence grandissante, notamment dans de nombreux pays d’Afrique (49:36). Elle appelle cependant à sortir de la mise en miroir entre Chine et Occident qui crée une binarité effaçant toute la complexité de ces cultures et de leurs relations (46:40). En ce moment, si son travail de recherche est évidemment perturbé par les circonstances actuelles (07:27), elle est attentive à ce qui se passe ici comme là-bas (06:19) et continue à analyser sans angélisme le rôle de l’Empire du milieu dans la crise en cours (58:11).

    Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! 

    La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes

    Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu

    Programmation et coordination : Gaïa Marty

    Mixage : Charles de Cillia