Episodes

  • Installé à Hong Kong depuis six ans après avoir fait une partie de ses études Pékin, Bruno Charles est le témoin de l’attitude d’une population qui a su prendre d’elle-même les mesures préventives de la pandémie avec un succès impressionnant. Il revient sur les racines des révoltes récentes, sur le comportement de Pékin et la série de « signaux faibles » envoyés par lui au fil des années, il remarque les divisions des Hongkongais quant au rapport avec ceux qui forment la « génération maudite » hier dans les rues et aujourd’hui menacée par la récente loi sur la sécurité, il pointe les impacts de la crise mondiale des échanges sur la situation économique du « territoire indépendant ». Il invite les 1.041 auditeurs que compte Le Nouvel Esprit public à Hong Kong qui souhaiteraient se rencontrer à se faire connaître en écrivant à lenephk@gmail.com

  • L’ABSTENTION ET LA CRISE DE LA DÉMOCRATIE REPRÉSENTATIVE

     

    22,61% des électeurs ont voté à Vitry sur Seine. Le communiste Jean-Claude Kennedy a recueilli les suffrages de la majorité de ces 22,61%, soit 12,3% des inscrits. A Tourcoing, moins d’un quart des électeurs a voté aux municipales. Gérald Darmanin, ministre d’Emmanuel Macron a été élu au premier tour, réunissant 9.592 votes sur 63.728 inscrits. Son voisin de Roubaix, le centriste Guillaume Delbar a dû attendre le deuxième tour pour rassembler sur son nom une majorité des 22,75% d’électeurs qui se sont rendus dans les bureaux de vote. A Paris, 63, 7% des électeurs sont restés chez eux dimanche dernier. Le taux d’abstention a augmenté dans la capitale de 13,2% La socialiste Anne Hidalgo a été réélue. A Grenoble, environ deux tiers des électeurs n’ont pas participé au scrutin. C’est 10% de plus qu’en 2014. Le vert Eric Piolle a conquis la mairie à la tête d’une troupe de 16.169 des 86.581 électeurs inscrits. A Strasbourg, près des deux-tiers des inscrits n’ont pas pris part au vote. La verte Jeanne Barseghian a convaincu 21.592 des 143.638 électeurs. A Lille, la socialiste Martine Aubry a été réélue par 15.389 des 124.439 inscrits. 

    Selon le ministère de l'intérieur, l'abstention aux municipales du 28 juin a atteint le record absolu de 58,4% pour des élections municipales. Un chiffre en hausse par rapport au premier tour où elle avait été de 55,3%. Les municipales perdent un à trois points de participation à chaque édition depuis les années 1980. Il parait que le maire est l’élu le plus aimé des citoyens

    Directeur général délégué de l’institut Ipsos, Brice Teinturier analysant le profil des abstentionnistes, constate que l’« abstention est massive chez les moins de 35 ans, et plus faible chez les plus de 60 ans. »

    Les cadres sont moins abstentionnistes que les milieux populaires. Jérôme Jaffré, le directeur du Centre d'études et de connaissances sur l'opinion publique (Cecop) et chercheur associé au Cevipof pointe le risque d’« une cassure aggravée du lien entre le citoyen et l'acte du vote, de plus en plus nette dans les catégories populaires ». Le sociologue Vincent Tiberj relève qu’ « Autrefois, les plus précaires allaient tout de même mettre un bulletin dans l'urne. Aujourd'hui, non seulement une proportion importante ne vote plus, mais elle n'a plus aucune autre forme d'engagement, voire de sociabilité. »

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    TRANSFORMATIONS POLITIQUES INDUITES PAR LES RÉSULTATS

    Boudées par les électeurs, ces élections municipales 2020 dessinent un nouveau paysage politique. Une vague verte. Une forte résistance de la gauche dans ses bastions. Une droite à la peine. Une extrême droite qui ne parvient pas à s'ancrer dans le pays. Et une déroute confirmée du parti présidentiel.

    La liste des villes passées au « vert » comprend : Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Tours, Annecy, Besançon, Poitiers, mais aussi Colombes et Savigny-sur-Orge. Martine Aubry, à Lille, a fortement tremblé. À Marseille enfin, c'est une candidate écologiste, bien que non-membre d'Europe Ecologie Les verts (EELV), qui est arrivée en tête. Les petites et moyennes communes restent largement acquises au parti Les Républicains et au Parti Socialiste.

    Les résultats de dimanche rebattent ainsi les cartes à gauche. Le Parti communiste durablement affaibli par de nombreuses pertes de bastions (Saint-Denis, Aubervilliers, Choisy-le-Roi, Champigny-sur-Marne, Arles ou Saint-Pierre-des-Corps) et la quasi-absence de La France Insoumise lors de ce scrutin laissent les écologistes en tête-à-tête avec le Parti socialiste. Le PS se maintient à Paris, Nantes, Rennes, Clermont-Ferrand, Rouen, Le Mans, Dijon, Brest, Villeurbanne, Avignon, Créteil et gagne Montpellier, Nancy, Saint-Denis, Bourges et Périgueux.

    Du côté des Républicains le deuxième tour des municipales a un goût étrange. Si la formation de droite remporte sur le papier plus de 50 % des villes de plus de 9.000 habitants, réussissant même à conquérir de nouvelles villes comme Metz, Orléans, ou Lorient, les pertes symboliques (et sociologiques) des grandes villes sont un vrai coup dur pour un parti qui espère se positionner pour la présidentielle de 2022. Le Rassemblement national, lui, conserve la plupart de ses villes, et conquiert Perpignan, mais aussi Moissac ou Bruay-la-Buissière.

    La majorité n'a pas masqué sa déception, malgré l'élection du Premier ministre, Édouard Philippe, au Havre. Premier ministre démissionnaire, remplacé vendredi par Jean Castex. Pour La République En Marche, les alliances avec la droite n'ont pas fonctionné, ni à Bordeaux, ni à Lyon, ni à Strasbourg. Quant à Paris, Agnès Buzyn y a connu le naufrage annoncé, réalisant au second tour un moins bon score (13%) qu'au premier. Le pari de l'implantation locale s’avère un échec pour le camp macroniste.

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  • Au royaume hachémite de Jordanie, où sont installés des réfugiés syriens, irakiens et palestiniens qui représentent un tiers de la population, où le taux de chômage s’élève à 20%, comment a-t-il été fait face à la pandémie ? Alexis Boncenne, chargé de programme social pour l’UNICEF décrit les réactions du gouvernement, la rapidité, la sévérité et l’efficacité des mesures prises, les résultats obtenus, les aides financières apportées par les autorités aux citoyens jordaniens et par les organisations internationales et les ONG aux réfugiés.

  • QUE FAIRE DE LA CONVENTION CITOYENNE POUR LE CLIMAT ?

     

     

    Après neuf mois de travaux, la Convention citoyenne pour le climat a rendu publique ses 149 propositions. Depuis octobre 2019, 150 volontaires tirés au sort accompagnés par 14 experts ont planché sur une question : « Comment réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030 dans un esprit de justice sociale » ?

    Ces 150 citoyens souhaitent une révision par referendum du préambule de la Constitution afin de préciser que « la conciliation des droits, libertés et principes ne saurait compromettre la préservation de l'environnement, patrimoine commun de l’humanité ». Ils veulent également ajouter à l'article premier que « la République garantit la préservation de la biodiversité, de l'environnement et lutte contre le dérèglement climatique » et envisagent la création d’un crime d’écocide, elle aussi par referendum. Ils proposent en outre de créer un Défenseur de l'environnement, à l'image du Défenseur des droits. Un premier chiffrage établit le coût des mesures proposées à 6 milliards d’euros/an. Certaines pourraient avoir un impact positif sur le PNB.

    La Convention ne s’est pas exprimée sur le nucléaire, ni sur la taxe carbone, elle a pris position sur la nécessité de mettre un terme à l’artificialisation des sols, de conduire une politique de réappropriation des grandes friches industrielles ou des parkings et de réquisition de logements et de bureaux vacants et s’est prononcée pour la la renégociation du Ceta – l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada – afin d’intégrer les objectifs climatiques de l’accord de Paris. Deux propositions ont fait beaucoup parler : la réduction à 28h du temps de travail hebdomadaire, qui n’a pas été votée par les conventionnels et la limitation à 110 km/h de la vitesse sur les autoroutes.

    Approuvées, quelquefois avec réserves par les écologistes, la gauche et l’extrême gauche, l’ensemble de ces propositions est brocardé à droite et à l’extrême droite.

     Seront-elles soumises au Parlement ou par référendum ? Le Président doit s'exprimer le 29 juin.

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    TRUMP : TROU D’AIR OU TROU NOIR ?

    Le meeting de Donald Trump à Tulsa le 20 juin, dans le bastion républicain de l’Oklahoma, était censé relancer sa campagne pour les présidentielles qui se tiendront le 3 novembre prochain. Il a surtout souligné la mauvaise passe que traverse actuellement le président américain. Donald Trump avait promis une démonstration de force à Tulsa. Toujours soucieux de la taille de ses audiences, il avait assuré qu'il n'y aurait pas un siège vide, lorsqu'il y prendrait la parole. La foule n'a pas été au rendez-vous.

    Après un printemps marqué par les épreuves, de la crise sanitaire à l'effondrement de l'économie qu'elle a entraîné, en passant par les manifestations contre les violences policières, l'événement était censé relancer la campagne de réélection de Donald Trump. Il a au contraire souligné la mauvaise passe que ce dernier traverse. Éreinté dans un livre de son ancien conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, empêtré dans le limogeage express d'un procureur de New York, le locataire de la Maison Blanche est pour l'instant à la peine dans les intentions de vote, à un peu plus de quatre mois de l'élection présidentielle.

    La Cour suprême lui a par ailleurs infligé coup sur coup deux camouflets, en étendant les droits des salariés homosexuels et transgenres et en validant les protections accordées par Barack Obama à 700.000 jeunes migrants, les « dreamers », qu'il voulait supprimer. Enfin, Donald Trump continue à nier la réalité de l'épidémie de Covid-19 alors que la maladie progresse dans plusieurs États et que le pays compte plus de 2,2 millions de cas.

    Selon l'agrégateur de sondages du site RealClearPolitics, le taux d'approbation de l’action du président a chuté de 47 % à 42 % les opinions contraires ont augmenté dans la même proportion. En matière d’économie Donald Trump jouit d'une image favorable : son action dans ce domaine est approuvée par une majorité de personnes interrogées (50 % contre 44 % d'avis opposés), tout comme en matière d'emploi (52 % contre 42 %). En revanche, il est minoritaire à propos de la lutte contre le Covid-19 (43 % contre 52 %), de la réforme de la santé (40 % contre 53 %), et plus encore sur sa « capacité à unifier le pays » (38 % contre 57 %).

    « Avec la crise politique (procédure de destitution), la crise sanitaire, la crise économique et la crise sociale (le meurtre de George Floyd), l'avance de Donald Trump dans les sondages s'est évaporée. On peut commencer à envisager une Administration Biden », estime Robert Malley, président de l'International Crisis Group.

  • Installé à « Frisco » depuis deux ans, ancien collaborateur de Michel Rocard et conseil en stratégie pour l’un des GAFA qui y tiennent le haut du pavé, Jules Fournier décrit la stratégie de la maire démocrate, aux antipodes de Donald Trump, le comportement de la population, la diversité des situations dans cette petite ville dont le nom est le symbole d’une certaine Amérique, siège des services les plus modernes, pays de Cocagne des opportunités où la Roche Tarpéienne n’est jamais loin du Capitole.

  • MACRON : OU PASSE SON « NOUVEAU CHEMIN « ?

     

    Dans son allocution du dimanche 14 juin, le président de la République a donné pour cap au pays « L'indépendance de la France pour vivre heureux et vivre mieux. » A deux ans du terme de son mandat, le chef de l’État a ajouté que « les temps imposent de dessiner un nouveau chemin ».

    Emmanuel Macron n'entend pas pour autant se renier : « Je ne crois pas que surmonter les défis qui sont devant nous consiste à revenir en arrière. » Il rejette donc toute hausse d'impôts. Pour combler un endettement qui atteindra 121% du PIB, il faudra « travailler et produire davantage ». Le chef de l'État entend « tout faire pour éviter au maximum les licenciements », alors que son ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, anticipe la suppression de 800 000 emplois dans les prochains mois. La « reconstruction » économique du pays - terme utilisé à six reprises - devra, dans l’esprit, du président être « écologique », et « solidaire ». Sur le premier point, en soutenant la rénovation thermique des bâtiments, « des transports moins polluants » et les « industries vertes ». Sur le second, en revalorisant les salaires des soignants - des discussions sont ouvertes à ce sujet dans le cadre du Ségur de la santé - et en travaillant sur la dépendance des personnes âgées - le principe de la création d'une branche spéciale au sein de la Sécurité sociale vient d'être mis sur les rails à l'Assemblée nationale. La reconstruction économique devra être également « forte » et « souveraine ».

     

    En pleine polémique sur les violences policières, Emmanuel Macron a aussi apporté un soutien sans faille aux forces de l'ordre et fustigé le « communautarisme », prévenant qu'aucune statue ne serait déboulonnée. Le chef de l'État a par ailleurs annoncé l'ouverture d'un nouveau chantier de réformes institutionnelles visant à amplifier la décentralisation. « Tout ne peut pas être décidé si souvent à Paris », a-t-il jugé, en manifestant sa volonté de « donner des libertés et des responsabilités inédites » aux élus locaux, aux hôpitaux ou aux entrepreneurs.

     

    Le président a donné rendez-vous au pays en juillet, pour « préciser ce nouveau chemin, lancer les premières actions ». D'ici là, les présidents de l'Assemblée nationale, du Sénat et du Conseil économique, social et environnemental doivent lui faire parvenir leurs contributions, tout comme les 150 membres de la convention citoyenne pour le climat, qui rend ses travaux ce dimanche [21 juin].

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    ERDOGAN S’INSTALLE EN LIBYE

     

    En Libye, la chute, le 5 juin, des dernières positions du maréchal Khalifa Haftar en Tripolitaine a marqué la fin de son offensive lancée le 4 avril 2019 pour en renverser le gouvernement libyen d'accord national (GAN) de Fayez al-Sarraj. Il s'en est fallu de peu qu'il y parvienne, avec ses troupes de l’autoproclamée Armée nationale libyenne (ANL) et avec l'aide des mercenaires russes, membres du fameux groupe Wagner, dont le nombre a pu dépasser le millier, ainsi qu’avec l’appui de l’Egypte, de la France et des Emirats arabes unis. Mais Faïez Sarraj s'est trouvé un allié plus puissant encore : Recep Tayyip Erdogan, auquel il a encore rendu visite à Ankara le 4 juin. C'est à la Turquie, à ses drones et aux quelques 7.000 hommes des milices syriennes qu'elle a fait venir d'Idlib que Sarraj doit son salut.

     

    Le 28 novembre 2019, Erdogan a conclu, à Istanbul, un accord de coopération militaire et sécuritaire avec Fayez al-Sarraj. Les deux hommes s’inscrivent dans la mouvance des Frères musulmans. Bien qu'étant le chef d’un gouvernement reconnu officiellement par l'ONU, Sarraj était à l'époque au plus mal, retranché à Tripoli, et attaqué par le maréchal Haftar, maître de la Cyrénaïque. En décembre 2019, le président turc a assorti son soutien armé d'un accord de démarcation maritime. Par le biais de ce pacte, la Turquie s'arroge des droits de forage d'hydrocarbures en Méditerranée orientale. Un projet que la Grèce, Chypre, l'Egypte, les Emirats arabes unis et la France ont condamné, le jugeant illégal. La Libye est le premier producteur d’hydrocarbure africain, devant le Nigeria et l'Algérie.

    Cet accord visait aussi, à moyen terme pour la Turquie, à se faire donner quatre bases stratégiques en territoire libyen : les aérodromes militaires de Watiya (proche de la frontière tunisienne) et de Joufra (charnière entre la Tripolitaine et le Fezzan), les ports de Misrata et de Syrte (afin de contrôler par le sud la Méditerranée centrale).

     

    Le 2 janvier 2020, Erdogan obtenait du Parlement d'Ankara l'autorisation d'envoyer en Libye des forces turques qui ont emmené comme supplétifs plusieurs milliers de djihadistes, devenus oisifs dans la poche d'Idlib (au nord-ouest de la Syrie, à la frontière de la Turquie). Sans attendre, elles s'y déployèrent, permettant aux milices du gouvernement libyen d’union nationale de chasser progressivement de Tripolitaine les forces du maréchal Haftar.

     

    Au milieu de la Méditerranée, à 400 kilomètres des côtes siciliennes, la Libye occupe une position stratégique, contrôlant à la fois son robinet énergétique et la filière des migrants subsahariens qui transitent par le corridor libyen.

  •   Christian Pouillaude animateur du blog https://dictionnaireamicaldujardinoceanique.wordpress.com décrit la pandémie au Brésil, les bons débuts de la politique conduite par un ministre de la santé limogé pour n’avoir pas considéré la Covid-19 comme une grippette et pour avoir préconisé un confinement que Jair Bolsonaro jugeait contraire à la reprise économique, il raconte le « coup d’État statistique » du président brésilien, le « cabinet de la haine » et les « bolsominions » qui s’emploient autour de lui à décrédibiliser toute information non conforme à ses désirs, leur maîtrise des réseaux sociaux; il rapporte comment, dans les favelas, les patrons des réseaux de drogue ont assuré le confinement et même le couvre-feu, tandis que, dans les banlieues, à l’inverse, les leaders des réseaux de racketteurs ont imposé le non confinement; il constate qu’il ne reste guère comme contrepouvoir que la Cour suprême.

  • RACISME : ILS N’EN SOUFFRAIENT PAS TOUS, MAIS TOUS ÉTAIENT FRAPPÉS

     

    L’onde de choc provoquée par la mort de George Floyd aux Etats-Unis continue de se propager en France. Le 2 juin, devant le tribunal judiciaire de Paris, 20.000 personnes, selon la Préfecture de police, au moins 60.000, selon les organisateurs, se sont rassemblées à l'appel du comité La vérité pour Adama du nom du jeune homme de 24 ans, mort en 2016, lors de son interpellation par des gendarmes dans des circonstances qui font encore aujourd’hui l’objet d’une information judiciaire. Le comité Adama est devenu le symbole le plus connu en France de la lutte contre les violences policières. Personne n'avait vu venir l'ampleur de la mobilisation, qui se poursuit dans plusieurs villes de France. Depuis plusieurs semaines, la dénonciation de certaines pratiques policières et les accusations de racisme à l'encontre des forces de l'ordre se multiplient. Sur plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, des insultes proférées par des policiers - utilisant des termes à caractère raciste - alimentent un débat sur l'interprétation à faire de ces comportements : faut-il y voir le fait d'agents isolés à sanctionner individuellement ou le symptôme d'un mal plus profond, structurel, au sein de l'institution policière ?

     

    Au-delà de l’affaire Adama Traoré la question est posée dans le calme ou avec passion du caractère institutionnel des violences policières et du caractère « systémique » du racisme. « Il s'agit de dire que le racisme est détachable des individus pour être le fait d'une institution ou d'un système, selon Fabien Jobard, sociologue et directeur de recherche au CNRS. Ici, le racisme est le produit d'un cumul de processus, notamment historiques, avec une histoire de la police fortement marquée par la guerre d'Algérie et la chasse aux travailleurs d'Afrique du Nord, et d'une organisation économique et sociale, qui veut que la jeunesse masculine sans diplôme, occupant l'espace public, est principalement formée de descendants de l'immigration post-coloniale ». Saisi d'une affaire relative à des violences policières sur des jeunes noirs et d'origine maghrébine de Paris, commises entre l'été 2013 et l'été 2015, le Défenseur des droits, Jacques Toubon a formulé, le 12 mai dernier, des observations devant le tribunal judiciaire de Paris plaidant pour une analyse « systémique » des discriminations qu'ont subies ces jeunes.

     

    Le ministère de l'intérieur, s'il condamne les cas individuels, refuse de parler de « racisme diffus dans la police », comme l'a déclaré le secrétaire d'État Laurent Nunez. Lors des questions d'actualité au gouvernement, le 2 juin, Christophe Castaner a défendu la police « qui protège dans ce pays les femmes et les hommes de tout, y compris du racisme ». L’ancienne Garde des Sceaux, Christiane Taubira a jugé pour sa part que, contrairement aux États-Unis, où l’aspect systémique du racisme ne fait plus beaucoup débat, « chez nous, des personnes meurent d’avoir rencontré des policiers, pas d’avoir rencontré la police ».

  • A 16 320 kilomètres de l’appartement où nous enregistrons notre conversation hebdomadaire, Frédéric Ducarme peut revendiquer le titre de « notre plus lointain auditeur », en tout cas, il peut le disputer aux 242 fidèles que nous comptons en Nouvelle Zélande. Chercheur du Muséum National d'Histoire Naturelle, et professeur au Lycée Français de Port-Vila, il parcourt les 80 îles de cet archipel de 300 000 âmes qui a pu se protéger de la Covid-19. Les anciens « protecteurs » du Vanuatu, la France et le Royaume-uni ne sont plus présents que par quelques traditions sympathiques. La Chine, elle, est proche, présente et pressante : « une amie qui vous veut du bien » ?

  • UN MORT NOIR DE PLUS, UN MORT NOIR EN TROP

    Le 25 mai un policier de Minneapolis a été filmé alors qu'il écrasait de son genou pendant neuf minutes le cou d'un Africain-Américain, George Floyd jusqu’à ce que mort s’ensuive. Dans son agonie, Floyd a gémi qu'il ne parvenait plus à respirer, une plainte qui rappelle les derniers mots d'Eric Garner, dont le décès, en 2014, a contribué à donner naissance au mouvement Black Lives Matter « les vies noires comptent ». La mort de Floyd est survenue seulement trois jours après l'arrestation en Géorgie de trois hommes accusés d'avoir traqué et assassiné un jeune Noir, Ahmaud Arbery, alors qu'il faisait son jogging.

    À Minneapolis, les manifestants ont déferlé dans les rues, et la police a réagi beaucoup plus durement que face aux contestataires anticonfinement armés jusqu'aux dents. Dans la soirée du 27 mai, les manifestations pacifiques ont dégénéré en émeutes. Le lendemain, le gouverneur démocrate du Minnesota appelait en renfort la Garde nationale. La colère provoquée par la mort de George Floyd à Minneapolis a continué de s'étendre, embrasant quelque 40 grandes villes du pays. Certaines ont dû instaurer un couvre-feu.

    Face à ces troubles, le président américain a menacé de déployer l'armée pour venir à bout de ce qu'il a qualifié de « terrorisme intérieur ». Il pourrait mettre en œuvre une loi de 1807, qui n’a pas été appliquée depuis 30 ans. Cette éventualité a semé le trouble dans l’institution militaire. L’ancien Secrétaire d’État à la défense, l’ex-général des marines, James Mattis, a publié, mercredi, une tribune incendiaire accusant le président de diviser le pays. « Je n’ai jamais imaginé qu’on ordonnerait à des soldats de violer les droits constitutionnels de leurs concitoyens », écrit-il dans le magazine The Atlantic. L’amiral Mullen, ex-chef d’état-major des armées, le général Allen, ancien patron de la coalition contre Daech et l’actuel chef d’état-major se sont prononcé contre le président. Mark Esper, l’actuel Secrétaire à la défense, a, lui aussi, pris ses distances avec la menace de la militarisation brandie par le président américain. Selon le New York Times, 40% des effectifs de l’armée américaine sont des « personnes de couleur ». Barak Obama a estimé que les noirs ont joué un rôle prépondérant pour « réveiller » le pays. 

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    DONALD TRUMP CONTRE L’OMS

     

    Le président Trump a annoncé le 29 mai « mettre fin à la relation » entre son pays et l'Organisation mondiale de la santé (l'OMS. Il accuse l'organisation onusienne de se montrer depuis le début de la pandémie trop indulgente avec la Chine, où le coronavirus est apparu en décembre avant de se répandre sur la planète. La décision était redoutée mais attendue : après avoir gelé son financement en avril, puis l'avoir sommée, mi-mai, de se réformer en profondeur dans les 30 jours, Donald Trump a finalement privé l’OMS d'une part essentielle de son maigre budget et menacé ainsi des programmes de santé dans les pays les plus pauvres.

    Née en 1948, l'OMS est une énorme machine de 7.000 employés présente dans le monde entier. Ses missions sont tributaires des crédits accordés par ses États membres et les dons de bienfaiteurs privés. Dotée de 2,8 milliards de dollars par an (5,6 milliards sur l'exercice biennal 2018-2019), l'OMS a « le budget d'un hôpital de taille moyenne dans un pays développé », a déploré son directeur général, l'Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus. Avec 893 millions de dollars apportés sur la période 2018-2019, (15 % du budget), les États-Unis en sont le premier bailleur de fonds, devant la fondation Bill et Melinda Gates, premier contributeur privé, l'Alliance du vaccin Gavi, le Royaume-Uni et l'Allemagne, et loin devant la Chine et ses 86 millions.

    La contribution américaine va essentiellement en Afrique et au Moyen-Orient. Environ un tiers de ces contributions co-finance les opérations de lutte contre les urgences sanitaires, le reste étant d'abord consacré aux programmes d'éradication de la poliomyélite, à l'amélioration de l'accès aux services de santé et à la prévention et la lutte contre les épidémies. L'annonce américaine a stupéfié la communauté scientifique. Richard Horton, rédacteur en chef de la revue médicale britannique The Lancet, l'a qualifiée de « folle et terrifiante », estimant que « le gouvernement américain joue au voyou en pleine urgence humanitaire ».

    Une question demeure sans réponse pour le moment : quand et comment les Etats-Unis couperont-ils concrètement les vivres à l’OMS ? Dans un tweet publié le 29 mai, Lawrence Gostin, professeur au O'Neill Institute for National and Global Health Law à l'université de Georgetown et collaborateur de l'OMS, a jugé la décision du président américain « illégale » à deux titres : les Etats-Unis ont signé et ratifié un traité d'adhésion à l'OMS et les crédits sont votés par le Congrès américain.

  • Rédacteur en chef du Courrier australien, créé en 1892 et devenu en 1940 le journal de la résistance dans le Pacifique, François Vantomme décrit la réaction dans l’île-continent à une pandémie qui a relégué au second plan des incendies d’une ampleur et d’une durée sans précédent. Comment a réagi le gouvernement si sévèrement jugé pendant les mois de feux de brousse, en quoi la pandémie ajoute-t-elle à la crise économique née de la catastrophe précédente ? Comment la Chine a-t-elle réagi à l’attitude australienne à son égard ?

  • ÉLECTIONS SANS CONVICTION

     

    Le Premier ministre a annoncé le 22 mai, que le second tour des élections municipales, qui concernera 4 922 communes, arrondissements ou secteurs et environ 16,5 millions d'électeurs, aura lieu le dimanche 28 juin. Cette décision, comme l'a précisé Édouard Philippe, est « réversible ». Le conseil scientifique sera appelé à réévaluer la situation épidémique dans les semaines précédant le scrutin et une « clause de revoyure » est prévue, « sans doute dans deux semaines ». Dans l'hypothèse où la situation sanitaire ne permettrait pas la tenue du second tour à la date envisagée, un projet de loi permet le report des municipales, en reprenant intégralement le processus, au plus tard en janvier 2021.

    Le conseil scientifique, qui considère que la situation sanitaire s’est « nettement améliorée », juge « difficile d’anticiper ». Ni pour ni contre, il a laissé à l'autorité politique la responsabilité de la décision, tout en formulant plusieurs recommandations : il estime que « l'organisation de la campagne électorale devra être profondément modifiée » et qu'il est « possible et nécessaire de sécuriser les opérations électorales proprement dites afin de réduire les risques qui leur sont associés ». Le Premier ministre entend poursuivre la concertation avec les associations d'élus et les partis politiques « pour organiser en toute sûreté les opérations électorales proprement dites » et « pour adapter la campagne à la situation sanitaire ». « La sincérité du scrutin, donc le bon déroulement de la campagne, est une des conditions sine qua non au bon fonctionnement d'une démocratie », insiste M. Philippe.

    Il s'est dit prêt à l'assouplissement des règles relatives aux procurations, pour en faciliter le recueil. Il ne s'est pas prononcé sur la possibilité de passer d'une à deux procurations établies en France par mandataire, ce qui supposerait une adaptation législative. En revanche, il s'est montré très réservé sur l'extension du vote par correspondance, rappelant que, si celui-ci avait été supprimé en 1975, c'était pour endiguer des fraudes électorales. Les maires sortants se sont félicités de la tenue du second tour en juin, notamment à droite et au Parti socialiste, cependant certains partis, notamment La France Insoumise et le Rassemblement National, s’inquiètent des conditions de la campagne.

    Prétendre que le niveau municipal constitue le nec plus ultra d’une démocratie réellement participative et proche des citoyens est une blague, un artifice de communication -c’est à dire de propagande dont sont également bénéficiaire les maires encensés et le président de la république qui se donne ainsi les apparences de la proximité-. C’est une blague, parce que le niveau municipal est celui où la corruption fait le plus de ravages, y compris dans de petites municipalités, parce qu’en choisissant l’intercommunalité plutôt que la fusion des communes, on a organisé l’irresponsabilité, préféré une fois de plus les dépenses de fonctionnement (notamment en personnel) aux dépenses d’investissement et introduit la bureaucratie au front de bœuf dans les rares endroits du pays où elle n’avait pas pu prospérer.

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    BRUXELLES : SALTO AVANT

     

    Le 27 mai, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a présenté au Parlement européen un plan de relance de 750 milliards d'euros pour aider le continent à sortir d'une récession sans précédent. Cette mesure s'ajoute aux 540 milliards d'euros de prêts d'urgences déjà consentis par l'UE et aux 1.000 milliards d'euros que la Banque centrale européenne (BCE) s'est engagée à injecter dans le système financier. Pour financer son plan, la Commission européenne empruntera sur les marchés 750 milliards d'euros, qui viendront abonder le budget européen, dont certains programmes seront renforcés et d'autres créés pour faire face à la situation.

    Sur cette somme, 500 milliards d'euros seront transférés, par le canal du budget européen, aux Etats membres qui ont été les plus affectés par le Covid-19, comme l'avaient imaginé Paris et Berlin. Pour en bénéficier, les pays devront présenter un plan d'investissements et de réformes, qui devra être compatible avec les priorités politiques de la Commission européenne, à savoir le « green deal », la transition écologique et une plus grande souveraineté européenne. Ils devront également tenir compte des recommandations que fait une fois par an la Commission à chacun des Vingt-Sept.

    Pour l'heure, la Commission a réservé une enveloppe à laquelle pourra prétendre chacun des Vingt-Sept. Ainsi l'Italie pourra-t-elle se voir accorder jusqu'à près de 82 milliards d'euros de subventions, l'Espagne jusqu'à 77 milliards, la France 39 milliards, la Pologne 38 milliards, l'Allemagne 29 milliards… Ursula von der Leyen a également prévu un volant de prêts, de 250 milliards d'euros, dont elle a également prévu une préallocation – soit 91 milliards pour l'Italie, 63 milliards pour l'Espagne, 26 milliards pour la Pologne, rien pour la France ou l'Allemagne. A terme, donc, la Commission se verra rembourser ces 250 milliards.

    La Commission devra trouver les moyens de rembourser les 500 milliards de subventions qu'elle aura accordés. Elle prévoit de commencer à payer ses dettes à partir de 2028, et jusqu'en 2058.

    Le projet de la Commission de mutualiser la dette nécessite l’accord des Vingt-Sept. Cela suppose un revirement de l’attitude des pays dits « frugaux » - Pays-Bas, Suède, Danemark, Autriche - qui se sont jusqu'à présent opposés à une telle idée.

  • La pandémie est survenue dans un Chili secoué depuis l’automne 2019 par un mouvement social d’une très grande ampleur. Son l’aboutissement provisoire devait être une consultation populaire sur une nouvelle constitution. Cette échéance a dû être reportée en raison du Covid-19. Manuel Antonio Garreton revient sur ce mouvement et sur la situation créée par ce report. Il relate les limites des réponses à la pandémie, la nécessité de l’action publique dans un pays qui en a les moyens mais pas (encore) la volonté et il examine les différences et les ressemblances entre le Chili et ses voisins, l’Argentine, le Pérou et le Bolivie.

  • CORONABONDS : LE TABOU EST FÊLÉ

     

    Le18 mai, la chancelière allemande et le président français ont proposé que la Commission européenne emprunte 500 milliards d'euros sur les marchés. Ces fonds abonderaient le budget européen et seraient distribués aux États, régions et secteurs selon la sévérité des dommages occasionnés par la pandémie. Cet emprunt serait remboursé non pas individuellement par les États, mais par l'Union européenne. Il reste toutefois à préciser les critères d'attribution comme ceux de remboursement. Emmanuel Macron a insisté : il s'agirait de « transferts » aux États, puisque « les clés de répartition pour le remboursement ne seront pas nationales. » Infranchissable jusqu'ici, le tabou de la mutualisation de la dette serait ainsi ébranlé. « Nous devons agir en Européens pour que l'Europe sorte renforcée par cette crise » a avancé Angela Merkel pour justifier le glissement de la position allemande.

    Cette initiative représente une petite révolution potentielle pour l'Europe. Pour l'Allemagne, elle matérialise en effet la fin de deux tabous qui ont longtemps empêché une plus forte intégration économique européenne : une mutualisation des dettes et une hausse considérable des transferts c'est-à-dire de la redistribution entre les Vingt-Sept, puisque 500 milliards d'euros représentent trois fois et demie l’actuel budget annuel européen. C'est loin des 1.000 à 1.500 milliards espérés par Paris, mais c'est déjà plus que le plan Marshall américain de l'après-guerre. Désormais, la chancelière est d'accord pour que l’emprunt vienne abonder le budget communautaire et soit remboursé au niveau de l'Union européenne, et non pas en fonction de ce que les uns et les autres auront touché.

     

    Cependant, « un accord entre la France et l'Allemagne ne veut pas dire un accord à Vingt-Sept, a reconnu Emmanuel Macron. Mais il n'y a pas d'accord à Vingt-Sept sans accord franco-allemand », a-t-il ajouté. Rien n'est encore joué, puisque le camp dit des « frugaux » - qui réunit les Pays-Bas, l'Autriche et les pays scandinaves -, refuse encore le principe d'un mécanisme de subvention et souhaite que l'argent soit remboursé par ceux qui en auront bénéficié. Le ton est très différent à Rome et à Madrid, où quelques critiques étaient seulement entendues aux extrêmes de l'échiquier politique. Le Premier ministre portugais Antonio Costa a salué mardi le plan franco-allemand.

    Mandatée par les États membres pour proposer un plan de relance, la Commission européenne doit le présenter le 27 mai prochain.

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    EN CHINE, BEAUCOUP DE SOUCIS

     

     

    La Chine n’a pas pu éviter que l'assemblée annuelle de l'Organisation mondiale de la santé, les 18 et 19 mai, ne débatte de la place à rendre à Taïwan dans l’organisation, ni que l’OMS ne lance une enquête indépendante sur la gestion par l'agence de l'ONU de la crise du Covid-19. Face aux critiques internationales sur le manque de transparence dont son pays a fait preuve, le président chinois, Xi Jinping a parlé de l’avenir en promettant notamment de partager un éventuel vaccin avec le reste du monde et de consacrer, sur deux ans, 2 milliards de dollars à la lutte contre le coronavirus, en particulier dans les pays en voie de développement. Les États-Unis, ont dénoncé un artifice de communication et souligné la « responsabilité particulière de la Chine ». Fortement invité par les États-Unis, la plupart des pays européens et une quinzaine d’autres nations à réintégrer Taïwan comme observateur contre l’avis de Pékin, le directeur général de l'OMS, le docteur Tedros, a botté en touche et renvoyé la question à une prochaine session.

    Taïwan est un souci pour la Chine, non seulement à l’OMS, mais également en tant que modèle. La pandémie a en effet donné à Taïwan une occasion unique de briller sur la scène internationale, au grand dam de Pékin. Les habitants de l'île attribuent leur victoire sur la pandémie à ce qui fait leur force : transparence, liberté de la presse et mise à distance de la Chine. Les médias internationaux plébiscitent le « modèle » taïwanais et critiquent le chinois. Ulcéré par l'aura qui entoure actuellement Taïwan, Pékin a accentué sa pression sur l’ancienne Formose. Ses manœuvres militaires à proximité de l'île, dont la fréquence a augmenté depuis l'élection de la nouvelle présidente en janvier, ont continué ces derniers mois. « Le signal envoyé à Taïwan, comme aux Etats-Unis, qui la soutiennent, est clair : "Ne profitez pas de l'épidémie pour avancer vers l'indépendance" », analyse Kharis Templeman, consultant pour l'institut Hoover, de l'université Stanford.

    Le sommet de l’OMS s’est déroulé sur fond de poursuite de la pandémie en Chine : Pékin s’inquiète de nouveaux foyers de contamination concentrés depuis le début du mois dans la région du Nord-Est proche de la Russie, où les 600.000 habitants de la ville de Shulan sont en confinement strict chez eux depuis le début de la semaine.

    La Chine doit se batte sur un troisième front : celui de Hong Kong toujours en rébellion contre Pékin. La Chine entend rendre effectives des dispositions interdisant « la trahison, la sécession, la sédition » et la « subversion » dans le territoire semi-autonome. Des appels à des rassemblements contre ce projet ont commencé à émerger sur les réseaux sociaux à Hong Kong.

  • Georges Prevelakis, professeur émérite à La Sorbonne, géopoliticien et ambassadeur auprès de l’OCDE analyse la réaction sanitaire à la pandémie, l’attitude de la population, la situation des réfugiés et les perspectives économiques.

  • Ambassadeur aux Etats-unis de 1995 à 2002, François Bujon de l’Estang éclaire l’histoire récente de ce pays dans toute son excentricité et remet les années Trump en perspective.

  • A la veille du déconfinement partiel du 11 mai, Le Nouvel Esprit public met en ligne sous l’onglet Les Badas une conversation entre quatre correspondants de la presse étrangère en France Marc Bassets (El Pais), Paolo Levi (La Stampa), Richard Werly (Le Temps) et Michaela Wiegel (Frankfurter Allgemeine Zeitung). Comment ont-ils vu notre pays depuis le 16 mars ? Comment nous a-t-on vu dans leur presse ?

  • LIBERTÉ, QUE D’ABUS ON COMMET EN TON NOM

     

    Le projet de loi prolongeant l'état d'urgence sanitaire de deux mois jusqu'au 24 juillet a été adopté par l’Assemblée et modifié par le Sénat. Le président du Sénat saisira le Conseil constitutionnel après le scrutin définitif. L'institution aura huit jours pour se prononcer. La majorité sénatoriale lancera une commission d'enquête sur la crise sanitaire. Avec 36 membres prévus, cette commission sera plus large que celle qui avait traité l'affaire Benalla, en septembre 2018. 

        Le site gouvernemental Vie Publique rappelle que l’état d’urgence autorise le Premier ministre à prendre par décret des mesures limitant la liberté d'aller et venir, la liberté d'entreprendre et la liberté de réunion (y compris des mesures d'interdiction de déplacement hors du domicile) ; des mesures de réquisition de tous biens et services nécessaires pour mettre fin à la catastrophe sanitaire ; des mesures temporaires de contrôle des prix. Ces mesures doivent être proportionnées aux risques encourus. Le ministre en charge de la santé a le pouvoir de prescrire par arrêté motivé toutes les autres mesures qui s'inscrivent dans le cadre défini par le Premier ministre.

    En présentant les modalités du déconfinement à venir, Édouard Philippe a donc annoncé que la liberté de circulation sans attestation serait la règle, excepté à Mayotte, mais une liberté limitée et surveillée. Une infraction aux règles applicables dans les transports en commun, comme le port obligatoire du masque et la possession d’une attestation d’employeur sera sanctionnée par une amende de 135 euros. Une limite de 100 kilomètres calculée à vol d'oiseau à partir du lieu de résidence est fixée pour les déplacements, sauf motif professionnel ou familial impérieux. Cette limite ne s'applique que si l'on quitte son département de résidence. Parcourir plus de 100 kilomètres dans son département de résidence reste possible sans restriction. Toutefois, pour permettre le contrôle de la règle des 100 kilomètres, une nouvelle attestation sera disponible (papier ou numérique) sur le site de Beauvau. Pour le contrôle d'un trajet à moins de 100 km de son domicile, un simple justificatif de domicile sera suffisant. Le défaut de présentation d'un justificatif sera sanctionné par 135 euros d'amende, susceptible d'augmenter en cas de récidive. 

      La fermeture des frontières restera la règle, l'autorisation de passer l'exception. « Concernant les entrées et sorties de l'espace européen, l'assouplissement progressif et ordonné des règles de circulation viendra en temps voulu », a assuré le ministre de l'Intérieur. Mais il sera décidé avec l'ensemble des États concernés. Pour ce qui est des frontières entre la France et ses voisins européens, les restrictions mises en place sont prolongées jusqu'au 15 juin. 

    Un article du texte pourrait se révéler particulièrement sensible, dans les discussions à venir au Parlement : l'article 6 du projet de loi, qui crée un « système d'information » - en clair, un fichier permettant de recenser les personnes infectées par le coronavirus « ou susceptibles de l'être », et les personnes ayant été en contact avec elles.

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    COUPLE FRANCO-ALLEMAND : CHAMBRE À PART

    Entre Paris et Berlin, les écarts se creusent. Lors du sommet européen du 26 mars, la chancelière allemande a rejeté les « coronabonds », cette mutualisation des dettes réclamée notamment par la France et l'Italie. Le 5 mai, la Cour constitutionnelle allemande a exigé de la Banque centrale européenne (BCE) qu'elle justifie dans les trois mois son programme d'achat de dettes lancé en 2015. Sinon, les juges ordonneront à la Bundesbank principale actionnaire de l'institut d'émission de Francfort de cesser de participer au programme de rachat de titres. Un jugement qui tombe alors que la BCE a lancé en mars un « plan pandémie » de 750 milliards d'euros d'achats de titres, et que le retour d'une crise de la zone euro n'est pas écarté.

    ​Économiquement, pour aider les entreprises à amortir les effets de la crise liée au coronavirus, le gouvernement d'Angela Merkel a mis sur la table un plan de soutien historique de plus de 1.000 milliards d'euros, dont 156 milliards immédiatement disponibles. La France n'a pas lésiné non plus. Le « quoi qu'il en coûte » du président Macron se chiffre pour l'instant à 110 milliards d'euros. Mais, les deux pays ne sont pas dans le même état de santé financier. L'Allemagne a ramené sa dette à moins de 60 % du PIB, alors que l'endettement de la France frôle les 100 %. Le FMI prévoit qu'une fois mis en œuvre les plans de sauvetage économique, l'écart se sera encore creusé avec un niveau de dette respectif de 69 % et 115 % du PIB, ce qui reporte à un horizon lointain le retour de la France dans le giron des règles du traité de Maastricht. Alors que Paris prévoit une récession de 8 % en 2020, le repli anticipé par Berlin se limite à 4,2 %.

    Dans le domaine sanitaire, l’Allemagne constitue une exception, puisqu'elle a enregistré cinq fois moins de décès que la France avec une population de 83 millions d'habitants (dont 21,5 % ont plus de 65 ans) contre 67 millions. Avec pourtant le handicap d'une densité de population de 236,1 habitants au km2 deux fois plus élevée que celle de la France (119,1), donc plus propice à la contamination. Et ce grâce à une stratégie fondée sur des mesures de distanciation sociale stricte, la mobilisation de l'industrie biomédicale pour dépister massivement les malades (350.000 par semaine en mars et 200.000 par jour aujourd'hui), la montée en puissance des capacités hospitalières portées dès février de 28 000 à 40.000 lits de réanimation dont 30.000 équipés de ventilation (contre 7 000 en France). Cette capacité hors norme leur a notamment permis de réserver 98 lits aux patients français, et 85 aux Italiens. A ce stade, la gestion d’Angela Merkel, a renforcé la confiance de la population dans ses dirigeants et dans les institutions, obtenant le soutien de 74 % des citoyens - contre 39 % en France.

  • Ce second Kitafétoi avec Michelle Perrot tourne autour de l’invention d’une nouvelle discipline qui mettra du temps à s’imposer : l’histoire des femmes. Après les premières conférences qui dans les années 70, fondèrent cette discipline, elle donne à comprendre quel rôle a joué le concept de genre, comment, avec celles qui lui ont emboité le pas, « les silences de l’Histoire » ont commencé à être décryptés.