Episódios
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À l’occasion des 9è rencontres des Études Africaines qui avaient lieu du 29 juin au 2 juillet 2026, au Campus Condorcet, à Aubervilliers, près de Paris, Pierre-Edouard Deldique a invité sur place, dans un nouveau numéro d’IDÉES, deux des chercheurs qui participaient à ces travaux. Il s’intéressent, eux à la façon dont les hommes politiques africains miment leurs peuples.
Chez Patrick Belinga Ondua comme chez Freddy Ndi, mimer le peuple désigne une technique de légitimation où le pouvoir emprunte les signes, les affects et les langages du « peuple » afin de consolider son autorité, tout en maintenant ce peuple à distance des mécanismes réels de décision. Tel est le paradoxe.
Mimer le peuple consiste, selon eux, à revêtir les signes de la proximité : gestes, vêtements, expressions, références culturelles, musiques, des populations. Patrick Belinga Ondua et Freddy Ndi analysent ce phénomène où la légitimité repose moins sur des institutions que sur des performances.
Au micro d’Idées, les deux auteurs inscrivent ce mimétisme dans une histoire longue : celle des régimes d’après l’indépendance. Dans de nombreux contextes africains, le peuple a été mobilisé en quelque sorte comme source de légitimité symbolique.
Le mimétisme permet alors de réparer symboliquement les violences du passé sans transformer les rapports de pouvoir. Il fabrique une continuité imaginaire entre les luttes anticoloniales et les régimes actuels, tout en évitant d’institutionnaliser une véritable participation populaire.
Belinga Ondua et Ndi montrent que le défi contemporain n’est pas de mieux imiter le peuple, mais d’en reconnaître vraiment l’existence. Il doit être présent dans les institutions, les décisions, la résolution des conflits, en un mot dans l’existence de la démocratie.
Musiques :
Le père de la police - DJ Choco Chimères - Ray Lema Ulagaresh - Ray Lema Quintet. -
Comme chaque mois, le magazine Idées s’intéresse à la revue Esprit, partenaire de l’émission. En juin 2026, la publication de haut niveau consacre son dossier à la Palestine avec ce titre : « Un avenir à reconstruire ».
Anne-Lorraine Bujon, sa directrice, et Joël Hubrecht, spécialiste de justice pénale internationale sont les invités de Pierre-Edouard Deldique.
Le dossier d’Esprit refuse de s’en tenir au seul registre de la catastrophe : comment penser un avenir palestinien quand tout semble conspirer à l’effacement du futur ? « C’est cette sortie, difficile mais toujours possible que ce dossier voudrait éclairer, sans irénisme ni naïveté, comme une nécessité et une urgence, malgré la dégradation cauchemardesque de la situation ou, justement, à cause d’elle », lit-on dans l’introduction
Les contributions dressent un constat sévère : Gaza dévastée, la Cisjordanie fragmentée (article saisissant de Sharon Weill : « Cisjordanie : anatomie du système colonial »), l’Autorité palestinienne affaiblie, une jeunesse sans perspectives.
La destruction est matérielle, institutionnelle, mais aussi temporelle: la guerre empêche de se projeter, elle confisque l’avenir. On lira notamment l’article de Jihane Sfeir sur la volonté d’effacement de la mémoire palestinienne de la part de certains en Israël.
Esprit insiste sur un point central : reconstruire ne peut pas se réduire à rebâtir des infrastructures. Sans souveraineté minimale, continuité territoriale et cadre politique stable, l’aide internationale reste un pis-aller.
Les précédentes tentatives de reconstruction ont échoué précisément parce qu’elles ignoraient cette dimension politique.
Il en est question dans l’émission.
Le dossier met en lumière ce que l’actualité occulte : les initiatives culturelles, éducatives, sociales qui maintiennent vivante une capacité d’agir.
Les auteurs pointent l’impuissance — parfois la complaisance — de ce qu’il est convenu d’appeler « la communauté internationale ». L’aide humanitaire soulage mais ne transforme pas.
Une véritable reconstruction suppose un changement profond de politique : passer de la gestion du conflit à une stratégie de paix durable. Encore faut-il que les militaires cèdent le pas aux diplomates.
D’évidence, le dossier ne cède ni au désespoir ni à l’illusion. Il propose en somme une « éthique de la lucidité » : reconnaître l’impasse actuelle tout en refusant la résignation. Penser l’avenir palestinien, c’est articuler justice, sécurité et dignité — trois exigences trop souvent opposées.
Le numéro 534 de la revue Esprit propose ainsi un dossier qui réintroduit la possibilité du futur là où dominent la sidération et l’urgence.
Comme l’écrit Alaa Tartir : « la société palestinienne dispose d’atouts stratégiques et décisifs, susceptibles d’être transformés en capacité d’action politique, à condition qu’existent des institutions de gouvernance fonctionnelles, une vision claire, des mécanismes de participation et des dispositifs de responsabilité » car, une chose est sûre, la supposée Autorité palestinienne n’en est plus une aujourd’hui.
Programmation musicale :
Borders Behind - Adnan Joubran Nahawand - Sabil On the Endless Road - Yom More Than Once - Trio Joubran Sur cette terre, un poème de Mahmoud DarwichDit par Mahmoud Darwich/Musique : Trio Joubran
Traduction :
Sur cette terre (Mahmoud Darwich, 1986)
Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : l’hésitation d’avril, l’odeur du pain à l’aube, les opinions d’une femme sur les hommes, les écrits d’Eschyle, le commencement de l’amour, l’herbe sur une pierre, des mères debout sur un filet de flûte et la peur qu’inspire le soulèvement aux conquérants.
Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : la fin de septembre, une femme qui sort de la quarantaine, mûre de tous ses abricots, l’heure de soleil en prison, des nuages qui imitent une volée de créatures, les acclamations d’un peuple pour ceux qui montent, souriants, vers leur mort et la peur qu’inspirent les chansons aux tyrans.
Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : Sur cette terre, se tient la maîtresse de la terre, mère des préludes et des épilogues. On l’appelait Palestine. On l’appelle désormais Palestine. Ma Dame, je mérite la vie, car tu es ma Dame.
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Estão a faltar episódios?
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Le luxe n’a jamais été aussi visible, tapageur. Il s’affiche sur les réseaux sociaux, s’expose dans les vitrines, il s’invite dans les séries et les clips. Mais derrière les paillettes, que raconte-t-il vraiment ?
Dans son livre intitulé Une autre histoire du luxe (Passés composés), Emma Carenini montre que le luxe n’est pas seulement un marché : c’est une façon de dire le pouvoir, le désir, l’identité.
« Le luxe est le moteur de l’histoire humaine », écrit-elle.
Elle en parle avec conviction au micro de Pierre-Édouard Deldique dans ce nouveau numéro du magazine Idées.
Emma Carenini n’est pas une spécialiste du luxe à proprement parler mais le sujet lui tient à cœur. Elle en a fait en quelque sorte la généalogie. Elle revient, par exemple, sur la querelle du luxe au XVIIIè siècle. Le luxe, chose nécessaire selon Voltaire. Le luxe, corrupteur selon Rousseau. Elle en donne quatre attributs, la perfection sensible, l’abolition des frictions (des matières), le lien avec l’artisanat et la rupture de l’espace-temps avec la surprise et le dépaysement qu’offre un bel objet.
« Cette agrégée de philosophie a notamment publié Soleil. Mythes, histoire, sociétés (Pommier, 2022). En abordant cette fois la notion multiforme de luxe, elle s’attache à la dégager d’une épaisse gangue de préjugés, d’erreurs et d’oublis », note Roger-Pol Droit dans « Le Monde ».
Ajoutons qu’elle dénonce aussi dans son ouvrage La vulgarité d’une richesse sans élégance.
Dans cette conversation dans Idées, il apparaît que le luxe est pour elle, davantage synonyme de beauté mais « écrit-elle, la beauté est devenue un sujet impossible ». Il n’empêche que ses quelque 200 pages prouvent qu’elle a relevé le défi.
Au cœur de ses chapitres, il est beaucoup question de l’ornement, de ce qui pourrait faire de l’espace public un lieu de beauté. Il en est beaucoup question dans l’émission. Elle va même plus loin en affirmant que « la République du luxe n’est ni une lubie des temps passés, ni un rêve impossible »…
Le livre d’Emma Carenini parle au fond de désir, de rêve, de distinction. L’idéalisme n’est pas loin. Ne souhaite-t-elle pas « l’égalité dans l’excellence et la beauté » ?
Programmation musicale :
Secret Jardin - Hugues Le Bars Le Rat De Ville Et Le Rat Des Champs (Instrumental) - Fred Pallem Et Le Sacre Du tympan Tout Suite (No. 1 for saxophone ensemble & drum in F major; 3. Mov.) - London saxophonic/Compositeur : Moondog. -
Cette semaine, Pierre-Édouard Deldique reçoit Aurélie Julia, la directrice de La Revue des Deux Mondes, qui dans son dernier numéro en date (mai-juin) nous propose une réflexion sur les « Mécaniques de la haine ». À l’heure où la violence verbale, les antagonismes identitaires, l’intolérance dominent les débats sur les réseaux dits sociaux notamment, la publication propose une exploration à la fois philosophique, politique, historique de la haine.
Dans son éditorial, et au cours de ce numéro d’Idées, Aurélie Julia fait un diagnostic sans détour : la haine est partout, donnant ainsi raison à Pascal qui disait que « tous les hommes se haïssent naturellement l’un l’autre ».
Dans un monde saturé d’incertitudes, la haine offre une identité, une posture, parfois même une appartenance. La directrice de la revue n’est pas du genre à baisser les bras mais elle est réaliste aussi : « il faut beaucoup de lucidité et de courage pour bannir, en son for intérieur, cette habitude délétère d’affirmer le soi par la haine » écrit-elle.
Au fil des pages, les articles de ce numéro abordent la haine sous plusieurs aspects.
Catherine Van Offelen analyse Internet comme une « fabrique de la haine connectée ». Selon elle, l’utopie initiale d’un espace d’émancipation a laissé place à un environnement où l’anonymat, l’immédiateté et le mimétisme favorisent la radicalisation des affects. Le numérique n’invente pas la haine : il la déchaîne, la rend virale, la désinhibe.
Dans un article intitulé : « Une pulsion contemporaine ? » Astrid du Lau d’Allemans, psychanalyste, interroge la dimension anthropologique de la haine. Elle montre comment la peur, l’insécurité et l’humiliation nourrissent une pulsion ancienne.
Jean‑Dominique Merchet décrit, lui, la manière dont les États mobilisent la haine pour souder les identités, désigner des ennemis et légitimer la violence. La haine devient un outil stratégique, un levier de mobilisation collective.
Agrégée de le lettres, Delphine Jouenne montre comment la dégradation du langage — insultes, simplifications, slogans — prépare le terrain à la violence politique. Le langage n’est pas seulement un symptôme : il est un vecteur de haine.
On ne peut que la remercier, Aurélie Julia nous offre un florilège de citations de la philosophe Hannah Arendt. Comme celle-ci : « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal ».
La haine prospère lorsque la pensée se retire.
Jacques de Saint Victor analyse la manière dont les accusations de fascisme — parfois instrumentalisées — saturent le débat public.
Dans un article troublant, Philippe Delaroche, quant à lui, rappelle que « le nazisme a été tendance », soulignant combien la fascination collective peut précéder la catastrophe.
On lira également la contribution très actuelle, hélas, de David Reinharc, intitulée « La cible juive » consacrée à la résurgence de l’antisémitisme.
Programmation musicale :
Y'a d'la haine - Rita Mitsouko LangaJ RaLaviré - Jowee Omicil Direction Technopole - Baby Boom. -
Dans son dernier ouvrage en date, Humanités, peut-on vivre sans elles ? publié aux Éditions de l’Observatoire, Caroline Fourgeaud‑Laville entreprend de réhabiliter les humanités, et notamment l’apprentissage du grec ancien et du latin. Elle s’en explique au micro de Pierre-Édouard Deldique dans ce nouveau numéro du magazine Idées.
L’argumentaire du livre est clair. On y lit ceci :
« Contrairement aux idées reçues, les humanités - le grec et le latin, mais aussi la philosophie, la philologie, ou encore l'histoire antique - ne sont pas élitistes : elles démocratisent l'accès au sens des mots, déjouent les pièges de la novlangue, aiguisent l'esprit critique. Des neurosciences à l'IA, des start-ups aux champs de bataille, du grec biblique aux cryptomonnaies, de la défense à l'économie, l'auteure démontre leur actualité brûlante. Elle nous fait parcourir le monde, d'une école d'Irlande du Nord où Sénèque apaise les enfants traumatisés, aux vétérans américains qui se reconstruisent en lisant Sophocle, des campus de Princeton aux laboratoires qui percent les secrets des papyrus carbonisés d'Herculanum ».
Or, il faut le constater, entre les discours utilitaristes, les injonctions à la rentabilité et la fascination pour les technologies, les disciplines littéraires, historiques et philosophiques sont peu à peu reléguées au rang de survivances d’un monde ancien.
Caroline Fourgeaud-Laville, passionnée par son sujet, fondatrice d’une association d’apprentissage du grec ancien dans les écoles, refuse cette résignation. Sa fougue au micro donne, s’il en était besoin, un surcroît de force à son propos. Sa défense des apports des humanités dans la vie individuelle et collective est pour le moins convaincante.
Elle montre comment la littérature apprend à nourrir la complexité de la vie plutôt qu’à la réduire ; la philosophie donne à penser contre soi, à défaire ses propres évidences ; l’histoire enseigne la distance critique et la conscience des temporalités, les langues anciennes ouvrent un espace où l’on découvre que d’autres mondes sont possibles.
Les humanités ne sont donc pas un luxe, mais une école de liberté intérieure, un apprentissage de la nuance, de la pluralité et du discernement — des compétences d’autant plus cruciales dans un environnement saturé d’informations rapides, d’infox et de clashs.
Dans un monde où les repères vacillent, où les discours simplificateurs prospèrent, où l’accélération technologique menace d’écraser la réflexion, les humanités offrent un contrepoint décisif.
Voici l’adresse du site de notre invitée ce dimanche.
Programmation musicale :
To Tragoudi Tou Andrea Pause à SamosElisa Vellia ; Franck René ; Christophe Gauvert.
(2 morceaux différents interprétés par les mêmes musiciens).
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Cette semaine, dans ce numéro d’Idées, Pierre-Édouard Deldique reçoit le journaliste Pierre Haski. Avec lui, cinquante ans de reportages au long cours nous contemplent. Il est aujourd’hui un des plus fins analystes du monde qui vient.
Dans son livre qui s’intitule La fin d’un monde (Stock), il revient sur son parcours, les lieux, les visages, les événements qui ont façonné sa compréhension du monde. Il analyse les soubresauts du monde hérité de l’après-guerre. « Je suis né en un lieu et à une époque qui ont sans doute décidé du reste de ma vie : Tunis, en 1953… » écrit-il. Sa vie est un roman.
On le constate en l’écoutant, Pierre Haski écrit depuis une position enviable : celle d’un journaliste qui a traversé la fin de l’apartheid, la transition post‑maoïste en Chine, les guerres du Moyen‑Orient, l’effondrement des régimes communistes, la mondialisation triomphante puis sa remise en question aujourd’hui.
Ses souvenirs ne sont pas des anecdotes : ils constituent des points d’observation privilégiés pour saisir les lignes de force du présent et du passé. Ainsi, raconte-t-il, par exemple, son arrivée à Zanzibar dans les années 1970, jeune reporter découvrant un pays marqué par les séquelles du colonialisme et les tensions de la guerre froide.
Son expérience sud‑africaine est l’un des fils rouges du livre. Il y observe la chute de l’apartheid, la transition démocratique, puis les désillusions. Ces souvenirs nourrissent une réflexion plus large. Les transitions sont longues, fragiles, souvent décevantes. D’ailleurs le continent africain est fort présent dans son livre et dans ses propos tenus au micro où il nous parle par exemple de Thomas Sankara, l’ancien président du Burkina-Faso.
Correspondant à Pékin dans les années 2000, Haski voit la Chine passer du statut « d’usine du monde » à celui de puissance technologique et stratégique. Il raconte les illusions occidentales, les erreurs d’analyse, la fascination mêlée d’aveuglement. Ses souvenirs personnels — conversations, scènes de rue, rencontres avec des dissidents — donnent chair à une idée force. La Chine donne le ton dans le monde d’aujourd’hui. « Pour guetter l’avenir, regarder vers la Chine ».
De la Roumanie à la Russie, Haski décrit les espoirs de 1989, puis les dérives autoritaires, les nationalismes, les frustrations économiques. Ses souvenirs montrent comment les promesses non tenues ont nourri les populismes actuels. Fervent européen, il précise que l’Europe n’est pas réductible à l’UE : « On ne tombe pas amoureux d’une structure politique », lance-t-il.
Son constat est d’une implacable lucidité : l’ordre international né en 1945 — multilatéralisme, droit international, leadership occidental — est remis en question.
Au fil de ce numéro du magazine Idées et des pages du livre, Pierre Haski se livre aussi à une méditation sur le journalisme : la transformation des médias par le numérique, la difficulté croissante de « voir » le monde derrière les propagandes, les réseaux sociaux, les récits nationaux.
Il cite Hannah Arendt qui soulignait qu’avec les mensonges, un peuple ne croit plus en rien, ne peut se faire une opinion, et se trouve placé sous la menace de quiconque veut le manipuler.
Malgré le titre, le journaliste - qui tient à préciser que son livre ne s’intitule pas La fin du monde mais La fin d’un monde - ne cède ni au catastrophisme ni à la nostalgie, il croit encore à la possibilité d’un monde commun — à condition de repenser nos institutions, nos alliances et notre façon de voir les peuples.
Pierre Haski a créé sa chaîne sur YouTube : « Le Monde de Pierre Haski ».
Programmation musicale :
Amakhamandela - BCUC Sankara - Gabin Dabiré Karma Code - Skai Isyourgod Mopti - Ray Lema ; Ensemble Partage. -
« Que demander à l’histoire ? », c’est la question du dossier du mois de mai de la revue « Esprit ». Anne-Lorraine Bujon, sa directrice et Emmanuel Laurentin, historien, homme de radio, un des conseillers de la rédaction de la publication, sont les invités de Pierre-Édouard Deldique pour tenter d’y répondre. Ce numéro rend hommage à l’historien, médiéviste Marc Bloch qui entrera au Panthéon le 23 juin 2026.
Dans l’introduction de ce dossier, Emmanuel Laurentin s’interroge : « Mais pourquoi donc revient-on sans cesse à des ouvrages publiés il y a presque cent ans, dans une France qui a tant changé ? », allusion bien sûr à L’Étrange Défaite, le livre le plus connu de l’historien assassiné par les nazis en 1944, sans nul doute un des ouvrages les plus cités ces dernières années.
L’histoire ? D’un côté, elle est convoquée pour légitimer des politiques, nourrir des identités, trancher des conflits mémoriels. De l’autre, elle est fragilisée, contestée, soupçonnée d’idéologie.
Tout en rappelant qui fut Marc Bloch, Emmanuel Laurentin reprend donc la question que posait le grand intellectuel : « Que demander à l’histoire ? ». Celui-ci répondait en parlant de quête de vérité, de combat contre les fausses analogies, et de méfiance vers les leçons supposées de l’histoire.
Le journaliste souligne en outre qu’un historien est l’homme de son époque et que le récit historique évolue au rythme des découvertes dans les archives notamment.
Évoquant la vie de ce héros, au cours de l’émission, Anne-Lorraine Bujon et Emmanuel Laurentin font notamment référence à l’article de Cécile Vast qui narre le passé de résistant de Marc Bloch, sa vie de pensée et d’action.
Dans ce dossier, les auteurs défendent une histoire qui ne soit ni un récit national figé, ni un catalogue de fautes à expier, mais un travail d’appréhension du passé échappant à la loi du présentisme (article de Michaël Foessel).
En somme, la lecture de ce numéro de la revue Esprit nous indique que l’histoire fait montre d’une modestie éclairée.
À noter, au fil de ses pages, un article de Jean-Pierre Chrétien en guise d’hommage à Marc Bloch. Celui-ci l’a aidé à comprendre l’histoire de l’Afrique du Rwanda et du Burundi. « Marc Bloch nous aide à ne pas oublier qu’en Afrique comme en Europe, l’utopie des origines traduit une réaction de fuite devant les défis historiques nouveaux », écrit-il.
Programmation musicale :
Sonate pour violon M77 – Allegretto Extrait de Deux Mélodies Hébraïques - Kaddish - Lent (arrangement de Lucien Garban) Sonate pour violon M77 - Perpetuum mobile.Interprètes : Elsa Grether ; David Lively.
Compositeur : Maurice Ravel.
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Dans ce nouveau numéro du magazine IDÉES, Pierre-Édouard Deldique vous propose le regard de l’anthropologue Michel Naepels sur le Katanga, la riche province de la République démocratique du Congo où il a effectué plusieurs missions, comme il l’explique dans l’émission, et notamment à l’Est, dans la région de Pweto, à la frontière zambienne entre 2011 et 2016.
Il vient de publier Chroniques de l’intranquillité, un livre édité par l’École des Hautes Études des Sciences Sociales, Gallimard et le Seuil. Son sous-titre est éclairant : « Violence, prédation et protection en situation postcoloniale ». Il en parle avec clarté et précision.
Dans cet ouvrage singulier, Michel Naepels rassemble des fragments d’enquête, des scènes de terrain et des réflexions méthodologiques pour interroger ce que signifie « faire de l’anthropologie » dans des contextes marqués par la violence, l’incertitude et les rapports de pouvoir.
Le livre se situe à la frontière entre journal de terrain, essai réflexif et méditation politique. Presque le livre d’un écrivain-voyageur. On y entend les habitants « dans un environnement social marqué par la faiblesse générale des ressources et des soutiens, et par des équilibres précaires qui peuvent être troublés par des aléas plus ou moins graves ».
Alors, « comment vivre dans une incertitude aiguë ? » « L’intranquillité » désigne l’état permanent dans lequel s’est longtemps trouvée la population de la région de Pweto prise au piège des guerres du Congo. En proie tout autant à « une économie de prédation reposant sur la privatisation des prérogatives publiques et des privilèges des positions d’autorité », dit-il au micro.
Le livre prolonge ses travaux sur la Nouvelle-Calédonie et les mémoires conflictuelles. La violence y apparaît comme une modalité ordinaire des relations sociales, non comme un événement exceptionnel.
Michel Naepels décrit des situations concrètes, souvent ambiguës, où les acteurs négocient, contournent ou reproduisent des rapports de force.
Son écriture est volontairement sobre, tendue, parfois presque sèche. Elle met en scène les hésitations, les malentendus, les angles morts. Elle montre que l’anthropologie n’est pas seulement une méthode, mais aussi une manière d’habiter le réel. Comme il le précise dans le livre, sa démarche s’inscrit « dans la tradition disciplinaire de l’anthropologie sociale, que caractérise sa prise de réel dans l’enquête de terrain ethnographique, attentive aux temporalités diverses qui parcourent le présent, aux échos et aux traces du passé, comme aux espoirs, aux rêves, aux utopies ».
Programmation musicale
Sanza Solitude - Manuel Wandji Pardon (version Instrumentale) - Henri Dikongué Sanza soundscape - Zenzile. -
Pierre-Édouard Deldique reçoit cette semaine la philosophe Laurence Devillairs pour parler de la vengeance, un sujet quasiment tabou qu’elle traite dans son dernier livre en date intitulé Vengeance. Le droit de ne pas pardonner (Stock).
Avec cet ouvrage aux multiples références, Laurence Devillairs rompt avec ses thèmes de réflexion habituels qui parlent plutôt de la beauté du monde, des livres « solaires », comme on dit aujourd’hui. Ici, il s’agit plutôt de la face sombre de la nature humaine.
Pourquoi ce changement de cap ? Elle s’en explique au cours de l’émission.
En tout cas, avec la vengeance, la philosophe que nous avons eu souvent le plaisir d’inviter dans « Idées » s’attaque à l’idée selon laquelle face à un affront, face au mal, il faut pardonner. L’impératif religieux n’est pas loin. Contre cette façon de voir, elle propose une thèse contraire : le refus de pardonner peut être un acte de justice, de lucidité et de dignité.
Attention, pas de méprise, le livre ne célèbre pas la vengeance comme passion destructrice ; il la réhabilite comme réaction morale, comme affirmation de soi face à l’injustice. Laurence Devillairs s’inscrit ainsi dans une tradition philosophique qui va de Sénèque à Nietzsche, en passant par Spinoza, pour montrer que la vengeance n’est pas nécessairement violence, mais une réponse à la violence.
La vengeance comme réponse à l’injustice. Elle cite Oreste dans Andromaque de Racine :
Au fil des pages, cette intellectuelle, attachée à la vie et aux passions qui la traversent, dénonce la « tyrannie du pardon » : une pression sociale, religieuse, psychologique qui exige de la victime le renoncement à la colère pour avancer. Elle rejette ce pardon qui ajoute une seconde injonction à la première blessure.
La vengeance devient alors une manière de rétablir un équilibre rompu, de ne pas se raconter d’histoires sur le mal subi, de refuser de se laisser dicter une morale qui nie l’expérience vécue, enfin une façon de ne pas minimiser l’offense afin de répondre aux injonctions sociales.
Le style de Laurence Devillairs est fidèle à ce qui fait la force de son œuvre : une écriture limpide, précise, qui refuse les abstractions oiseuses. Elle nous parle de situations concrètes, de blessures ordinaires, de relations humaines où le pardon n’est pas une évidence mais une violence supplémentaire.
En réhabilitant la vengeance, Devillairs ne fait pas non plus l’éloge de la rancœur ; elle redonne à la victime le droit de ne pas être exemplaire. Dans un monde où l’on exige des individus qu’ils « passent à autre chose », elle rappelle que la justice commence surtout par la reconnaissance de l’offense.
Pour elle, la vengeance entendue en ce sens brise « la religion nouvelle de la reconstruction obligatoire ».
Programmation musicale :
Médée – Violaine Cochard (compositeur : Jacques Duphly) La vengeance – Ombra Cara - Théophile Alexandre ; Guillaume Vincent (compositeur : Georg Friedrich Haendel) La liberacion de Rebeca (compositeur : Ryuchi Sakamoto). -
Une jeune femme exceptionnelle est l’invitée de Pierre-Édouard Deldique dans ce nouveau numéro d’Idées. Née en Albanie, professeure de théorie politique à la London School of Economics, Lea Ypi est en effet considérée comme une des figures montantes de la vie intellectuelle en Europe.
Dans le magazine qui interroge celles et ceux qui pensent le monde, cette intellectuelle de haut-vol parle à la fois de son travail de philosophe, de ses cours au Collège de France et de son roman intitulé Indignité, publié chez Calmann-Levy.
Ce roman est à la fois une enquête familiale, une traversée du XXe siècle dans les Balkans, une réflexion sur l’identité, et une méditation sur la dignité humaine face aux régimes politiques.
Le livre s’ouvre sur la diffusion sur les réseaux sociaux, d’une photographie de 1941 montrant la grand‑mère de l’auteure, Léman, souriante en lune de miel dans les Dolomites, alors que l’Albanie subissait l’occupation fasciste.
Cette image, devenue virale, a provoqué un flot d’accusations et de jugements moraux. À tel point que Lea Ypi a entrepris de comprendre qui était réellement cette grand-mère au caractère bien trempé.
Le roman est à la fois une reconstitution de la vie de Léman (où l’imaginaire joue son rôle, souligne-t-elle dans l’émission) née en 1918 à Salonique, issue d’une famille albanaise de l’aristocratie ottomane. Sa vie traverse la chute de l’Empire ottoman, la monarchie du roi Zog, le fascisme, le nazisme, la dictature communiste d’Enver Hoxha, la transition post‑communiste. Quel parcours ! Sa vie reflète pour le moins les profondes transformations politiques qui ont façonné l’Europe du Sud‑Est.
Cette véritable saga s’avère aussi une enquête dans les archives d’État, où Lea Ypi a découvert rapports d’informateurs, dossiers de surveillance et documents incomplets. Ces archives, politisées et parfois trompeuses, révèlent autant qu’elles dissimulent. Elles démontrent en tout cas à quel point la surveillance policière sévissait sous l’ère communiste.
Le roman montre ainsi la difficulté de reconstruire une vérité historique, celle qui est au cœur de la réflexion de Lea Ypi, dans un pays où l’amnésie a longtemps prévalu.
Le titre de cette belle histoire renvoie à un thème central : la dignité humaine comme valeur menacée par les systèmes politiques. Léman est tour à tour considérée comme aristocrate ottomane, suspecte sous le communisme, puis traîtresse supposée dans l’Albanie contemporaine.
« Elle personnifie la responsabilité morale », dit notre invitée ce dimanche. Selon elle, ce récit romancé évoque la responsabilité morale dans des situations exceptionnelles, où les choix individuels sont en quelque sorte dictés par la violence des faits historiques.
Dans Indignité et au cours de ce numéro d’Idées, notre spécialiste de philosophie politique montre que la vérité historique est fragile. Ne se construit-elle pas entre documents, souvenirs et interprétations ?
De plus, l’auteure s’interroge au micro : « qui a le droit de raconter une vie ? ». Cette question donne au roman une dimension philosophique.
Dans son « autre vie » , Lea Ypi, spécialiste de Kant, mène une réflexion sur « l’idée de socialisme moral ». Elle la détaille dans une série de leçons au Collège de France que je vous recommande.
Voici la page de Lea Ypi au Collège de France si vous souhaitez écouter ses leçons dans le cadre de la chaire intitulée : « L’invention de l’Europe par la langue et la culture ».
Programmation musicale :
- Marinella - Thessaloniki mou
- Eli Fara - Sonat
- Gjurmët - Era.
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Dans le numéro d’IDÉES de cette semaine, Pierre-Édouard Deldique invite Jean-Luc Marion non pour une conversation sur la phénoménologie (sa spécialité) mais pour parler de sports. Avec La raison du sport (Grasset, 2026), cette figure majeure de la philosophie, de la phénoménologie française, membre de l’Académie française, nous propose en effet un essai inattendu et personnel.
Loin de ses domaines habituels — la donation par exemple -notre invité se tourne vers une pratique qu’il connaît: la course à pied ; le fond, le demi-fond. Ce thème lui permet de poser une question à la fois simple et vertigineuse — que faisons-nous vraiment lorsque nous faisons du sport ?
Au micro de Pierre-Édouard Deldique, il est beaucoup question du grand champion que fut Michel Jazy (que nous écoutons grâce aux archives), une star des années 60. Un modèle pour le philosophe qui a eu la chance de le rencontrer.
Dès les premières pages de ce livre, Marion fait un constat que chacun peut vérifier : le sport est devenu un phénomène universel, omniprésent dans les sociétés contemporaines mais il demeure une énigme.
Au fait, pourquoi court‑on ? Pourquoi s’aligner dans la foule anonyme d’un marathon ? Certainement pas, écrit-il, pour la « gloriole » de dépasser un inconnu ou pour impressionner ses proches. Le geste sportif répond à une nécessité plus profonde : se prouver que l’on existe encore, s’arracher à la quotidienneté, s’ouvrir au monde, unifier en soi la machine et l’âme en une seule chair.
Le sport apparaît ainsi comme une expérience existentielle, un passage vers un « autre monde », plus vrai que celui du quotidien.
Au micro, il s’explique. Pour Jean-Luc Marion, le sportif cherche moins à vaincre autrui qu’à s’atteindre soi‑même. Cette idée est née de son expérience personnelle avec laquelle il commence son livre : l’effort sportif est une épreuve de soi, une manière d’éprouver sa finitude et de la dépasser dans le mouvement même qui l’atteste.
Le philosophe nous alerte aussi sur la transformation des athlètes en images, pire, en icônes et la conversion des spectateurs en consommateurs. Cette dérive spectaculaire, liée à un marché — dopage compris — menace de dénaturer l’expérience sportive originelle.
Le sport moderne est donc pris entre deux régimes : l’ascèse intérieure et la compétition spectaculaire. « Où donc court-il ? Et pour combien de temps encore ? », demande-t-il.
Le philosophe mobilise la phénoménologie pour penser le corps sportif. Il s’appuie sur la distinction entre « corps‑machine » et « corps‑chair », il montre que le sport ne peut être réduit à une mécanique de performance. Non, le sportif n’est pas un instrumentiste de son propre corps : il habite son corps, il est son corps.
L’effort, la souffrance, l’abandon, la répétition, l’ascèse — autant de dimensions que Jean-Luc Marion décrit avec pertinence.
Le penseur, réputé pour la rigueur de ses textes philosophiques, adopte ici une langue plus libre, plus incarnée, parfois lyrique. Il évoque les champions qu’il a admirés, ou bien encore les courses qu’il a vécues.
Au terme de son enquête, il pose une question décisive mais rarement posée : quelle expérience spirituelle se joue dans le sport ?
Le sport, en unifiant l’âme et la machine, en exposant le sujet à sa propre finitude, en l’ouvrant à un monde plus vrai, pourrait bien être une voie d’accès au spirituel, au sens large — non confessionnel — d’une expérience de dépassement de soi et d’ouverture au réel.
Programmation musicale :
Four blues - With bounce - David Lively Sé pou vélo - Tropical Jazz Trio (Alain Jean-Marie ; Roger Raspail ; Patrice Caratini) Étude n° 3 Running - Vanessa Wagner (compositeur : Nico Muhly) Walrus hunting - Christine Ott ; Torsten Böttcher. -
Rendez-vous mensuel avec la revue Esprit dans le magazine Idées ce dimanche. « Taïwan, l’archipel des possibles », tel est le titre du dossier du numéro d’avril qui met l’accent sur la singularité de l’île. Il est coordonné par Jean‑Yves Heurtebise, spécialiste de la pensée chinoise à l’université Sun Yat Sen. En ligne de Taïwan, il est l’invité de Pierre-Edouard Deldique, ainsi que la directrice de la revue, Anne-Lorraine Bujon.
Le dossier l’affirme: dans un monde marqué par la montée des conflits, la remise en cause du droit international et l’affirmation de régimes autoritaires, Taïwan fait figure d’exception.
L’île combine en effet une démocratie vivante, une société civile active, une créativité culturelle remarquable ainsi qu’une capacité d’innovation technologique reconnue.
Comme il le précise dans l’émission Jean-Yves Heurtebise propose de lire Taïwan non comme un modèle imposable, mais comme un contre‑exemple à l’idée selon laquelle la modernité chinoise serait nécessairement autoritaire.
Comme d’habitude, le dossier est une somme de contributions de spécialistes.
Tanguy Lepesant analyse la position stratégique de l’île. Son article montre comment la géographie nourrit à fois la vulnérabilité de l’île montagneuse mais aussi sa capacité de résilience .
Paul Jobin replace Taïwan dans les flux économiques et politiques de l’Asie. Loin d’être périphérique, l’île est un carrefour de la globalisation avec son industrie des semi‑conducteurs et ses liens avec le Japon, la Corée et l’Asie du Sud‑Est.
Vincent Rollet revient sur la gestion taïwanaise du Covid‑19, souvent citée comme exemplaire. L’article montre comment la mémoire du SARS, la confiance institutionnelle et la mobilisation citoyenne ont permis une réponse rapide et efficace.
Gwennaël Gaffric explore, lui, la littérature taïwanaise contemporaine à travers la métaphore du tremblement, qui renvoie à la fois aux séismes géologiques et aux secousses d’une société plurielle.
Corrado Neri analyse l’essor des technologies immersives (XR) à Taïwan, présentées comme un laboratoire de modernité culturelle. L’île y apparaît comme un terrain d’expérimentation où se croisent innovation technologique et création artistique.
Dans sa conclusion, le coordinateur du dossier propose une réflexion stimulante : Taïwan serait un miroir pour l’Europe, révélant ses hésitations stratégiques, ses fragilités démocratiques et son rapport ambivalent à la puissance.
De tout cela, il est question dans ce numéro d’Idées.
Comme souvent dans Esprit, le dossier Taïwan est accompagné d’articles variés, sur le concept de civilisation par exemple, ou l’affaire Epstein et la question de la transparence, ou bien encore sur Sarte le « mal aimé ».
Sans oublier, bien sûr, l’éditorial consacré cette fois à l’information sur la guerre intitulé : « Trop d’images, pas assez d’information ».
Anne-Lorraine Bujon y revient au cours de ce nouveau numéro d’Idées, le magazine qui interroge ceux qui pensent le monde.
Programmation musicale :
- Recite - Lim Giong
- San Min Chu-i - Hymne de Taïwan (République de Chine)
- Where I’m from - Dungi Sapor, Tjaka
- A pure person - Jieh
- A pure person (BO du film Millenium Mambo) - Lim Giong
- Intro - Dungi Sapor.
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Cette semaine, Pierre-Edouard Deldique consacre un numéro d’Idées à « La Commune. La guerre civile des Français (18 mars 1871) pour reprendre le titre du dernier livre en date de Michel Winock, son invité.
Pourquoi ce choix ? Parce que cet épisode de l’histoire de France revient très souvent dans le débat d’idées car symbole de la division (certains diraient chronique) de ce peuple.
L’historien, spécialiste de la vie politique française, choisit de raconter la Commune à travers une journée fondatrice : le 18 mars 1871, au cours de laquelle les Parisiens se sont soulevés et où la fracture entre la capitale d’une part et le gouvernement réfugié à Versailles, d’autre part, est devenue béante.
Au micro, avec un don de conteur, Michel Winock raconte une France traumatisée ; défaite contre la Prusse, chute du Second Empire et siège éprouvant de Paris ont laissé un pays exsangue. Dans la capitale, la population, affamée et politisée, refusa la politique de conciliation menée par Adolphe Thiers.
L’auteur montre comment cette situation explosive rendait inévitable l’affrontement entre un gouvernement soucieux de restaurer l’ordre et une ville qui se vivait comme le dernier bastion de la République.
Le cœur du livre – publié logiquement dans la fort ancienne collection « Les journées qui ont fait la France » - repose sur la description minutieuse de cette journée décisive, lorsque Thiers ordonna la récupération des canons de la Garde nationale installés à Montmartre, quand l’opération tourna au fiasco. Les soldats fraternisèrent alors avec la foule, deux généraux furent exécutés, et le gouvernement s’enfuit à Versailles.
Dans sa conversation avec Pierre-Edouard Deldique, l’historien restitue l’atmosphère électrique de ces heures où tout semblait possible. C’est dans le chaos que naquît la Commune de Paris, un pouvoir insurrectionnel partisan d’une démocratie directe, sociale et populaire, un pouvoir divisé, jacobins contre les fédéralistes, socialistes versus anarchistes par exemple.
Ces tensions ont affaibli la capacité de la Commune à résister à l’État représenté à Versailles et ces divisions résonnent encore aujourd’hui. Michel Winock souligne en effet que cet éclatement préfigurait les fractures durables de la gauche française, encore perceptibles aujourd’hui.
Les derniers chapitres du livre sont consacrés à la « Semaine sanglante » de mai 1871, lorsque les troupes versaillaises reprirent Paris, quartier par quartier, des jours de répression décrits avec sobriété, la violence extrême de la répression : exécutions sommaires, combats de rue, incendies, milliers de morts.
Il rappelle que cette répression constitue l’un des épisodes les plus meurtriers de l’histoire contemporaine française. Elle laisse une cicatrice durable dans ce que l’on a coutume d’appeler la mémoire collective.
Au micro de l’émission, et dans son livre, l’historien s’intéresse de près au rôle des femmes durant ces jours de fièvre, et pas seulement la plus célèbre aujourd’hui, Louise Michel (font une biographie engagée, écrite par Edith Thomas est publiée chez Gallimard).
Livre d’histoire, l’ouvrage de Michel Winock s’avère aussi un ouvrage de réflexion politique. L’auteur interroge en effet ce que la Commune dit de la France, ses divisions, sa culture politique marquée par la radicalité et la méfiance envers le pouvoir central. Il montre aussi comment la Commune est devenue un mythe en quelque sorte, célébré par certains, honni par d’autres, et toujours présent dans les débats contemporains.
Comme le recommande Franz-Olivier Giesbert, dans son éditorial du « Point » (9 avril) : « Lisez et faites lire la Commune de Michel Winock pour y apprendre tout ce dont nous sommes capables et pour tout faire afin que ne soit pas rajouté un jour, par notre faute collective, un nouvel affrontement au grand fleuve sanglant qui traverse nos siècles d’une tuerie de masse l’autre ».
Programmation musicale :
- Le Temps Des Cerises (auteur Jean-Baptiste Clément ; compositeur : Antoine Renard) - Giovanni Mirabassi
- Le Temps Des Cerises - Pascal Comelade
- Le Temps Des Cerises - Yves Montand.
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C’est un constat un tantinet inquiétant que formule au micro de Pierre-Edouard Deldique, dans le magazine IDÉES ce dimanche, Pascal Boyer, anthropologue, expert en anthropologie cognitive, une spécialité qu’il nous explique dans l’émission.
Dans son dernier livre en date, L’impossible démocratie chez Robert Laffont, Pascal Boyer poursuit son exploration de l’anthropologie cognitive en l’appliquant cette fois au domaine politique.
Son hypothèse est simple, voire dérangeante : la démocratie moderne repose sur des attentes psychologiques qui ne correspondent en rien ou presque à notre architecture cognitive héritée de l’évolution humaine.
Au fil des pages, l’auteur, professeur aux États-Unis, propose ainsi une relecture des crises contemporaines — polarisation, populisme, défiance — à partir de mécanismes mentaux profondément enracinés.
Selon lui, il existe un fossé entre nos institutions démocratiques, les constitutions par exemple, et leurs pratiques, et nos intuitions.
Au micro de l’émission, fort de ses recherches en Afrique notamment, Pascal Boyer estime que pour être efficientes, les démocraties libérales supposent par exemple des citoyens capables de raisonner de manière abstraite, d’accepter le compromis, de tolérer l’incertitude, de reconnaître la légitimité d’adversaires politiques.
Or, selon notre expert, ces dispositions sont contre-intuitives.
Nos intuitions politiques, façonnées dans des sociétés de petite taille, favorisent, elles, la cohésion du groupe, la méfiance envers l’étranger, la sacralisation de certaines valeurs, la recherche de leaders protecteurs en période de menace.
En clair, la démocratie exigerait de nous des comportements que notre évolution n’a pas retenus. C’est un type de régime exigeant, fragile, qui demande aux individus de dépasser des intuitions profondément ancrées.
Qu’on se le dise: la démocratie ne va pas de soi, elle exige des efforts permanents, d’où sa fragilité. Comme le notait Cornelius Castoriadis, reprenant Thucydide, « il faut choisir, se reposer ou être libre ».
► Pascal Boyer, L’impossible démocratie (Flammarion)
Programmation musicale :
- Patti Smith - People Have The Power
- Tracy Chapman - Talkin' Bout A Revolution
- Jamiroquai - When You Gonna Learn.
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Comme chaque mois, Pierre-Édouard Deldique consacre un numéro d’IDÉES au dossier de la revue ESPRIT, partenaire de l’émission. Anne-Lorraine Bujon, sa directrice, est son invitée, ainsi que Marie-Jauffret Roustide qui propose avec Jean-Marxence Granier, un dossier complet sur les questions du narcotrafic et de la dépendance aux drogues.
Un dossier qui va au-delà de la nécessaire répression du trafic. Elle ne suffit pas, dit au micro Marie Jauffret-Roustide. Cette approche ne protège pas la société et fragilise les usagers, tout en empêchant d’imaginer des politiques publiques cohérentes.
Comme le veut la revue, le dossier se distingue par une pluralité de voix : chercheurs, acteurs de terrain, responsables associatifs, élus, usagers, qui permet de saisir la complexité d’un phénomène qui concerne rien de moins que la santé publique, la sécurité, l’économie informelle, les politiques urbaines et les trajectoires individuelles.
Comme le note Anne-Lorraine, dans l’émission, le dossier est ouvert sur le monde. Il parle de « l’impérialisme étatsunien » et de son usage politique du thème des drogues ou bien de l’Afghanistan et les recompositions géopolitiques autour de l’opium.
Cette dimension internationale rappelle que les politiques nationales ne peuvent être pensées isolément. L’un des apports majeurs du numéro est la comparaison européenne, qui met en lumière des modèles alternatifs au Portugal souvent cité par Marie Jauffret-Roustide, ou du pragmatisme suisse.
Outre ce dossier riche, on notera aussi que ce numéro de la revue Esprit consacre son éditorial à la situation politique française marquée, selon elle, par « un attentisme irresponsable » ou bien encore, parmi beaucoup d’autres, un article sur le paradoxe du « wokisme » qui, voulant défendre les minorités, peut parfois les fragiliser.
Le site de la revue.
Programmation musicale
- Neil Young - Needle And The Damage Done
- Mariane Faithfull - Sister Morphine
- U2 - Running To Stand Still.
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Entre la fuite en avant et le principe de précaution, notre invitée, érudite, Catherine Van Offelen propose une voie médiane, subtile et audacieuse : celle de la phronesis, cette prudence antique qui n’a rien de timorée. (Rediffusion du 7 septembre 2025)
Dans son essai Risquer la prudence, elle exhume une vertu oubliée, à la fois pratique et courageuse, capable de guider l’action humaine dans l’incertitude.
Catherine Van Offelen en parle avec une précision rare dans ce nouveau numéro d’Idées au micro de Pierre-Édouard Deldique.
Contrairement à l’idée moderne de prudence – souvent associée à l’immobilisme ou à la peur du risque – cette jeune intellectuelle nous rappelle que la phronesis aristotélicienne est une forme de sagesse active. Elle ne consiste pas à éviter le danger, mais à l’évaluer avec justesse, à décider malgré l’ambiguïté, et à agir avec discernement. C’est une prudence qui ose, qui tranche.
L’auteure critique le règne du principe de précaution, devenu selon elle un dogme paralysant. Elle plaide pour une réhabilitation de la décision humaine, fondée sur l’expérience, le jugement et une forme de courage intellectuel.
Catherine Van Offelen, aux multiples références, puise dans les textes d’Aristote, mais aussi dans les traditions stoïcienne et chrétienne, pour montrer que la prudence n’est pas une faiblesse, mais une force. Elle est la vertu du capitaine dans la tempête, du médecin face à l’incertitude, du citoyen dans un monde complexe.
Dans un style limpide et rigoureux, elle tisse des liens entre philosophie antique et enjeux contemporains : écologie, politique, éthique médicale, intelligence artificielle.
Partout, la phronesis apparaît comme une boussole précieuse.
Risquer la prudence est plus qu’un essai philosophique : c’est une invitation à penser autrement notre rapport au risque, à l’action et à la responsabilité. En réhabilitant cette vertu oubliée, Catherine Van Offelen nous offre une clé pour naviguer dans l’incertitude sans renoncer à agir.
Son enthousiasme est roboratif. Il nous invite à être prudent, mais pas trop…
► Catherine Van Offelen, Risquer la prudence – Une pratique de la sagesse antique (Gallimard)
Programmation musicale :
- Brad Mehldau – Dear Prudence
- Yves Jamait – Ah ! la Prudence
- Louis Sclavis – Aboard Ulysses's boat.
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Dans IDÉES ce dimanche, Pierre-Édouard Deldique reçoit un des grands philosophes français dont le dernier ouvrage « Comment pensent les démocraties » (Albin Michel et non plus Gallimard l’éditeur historique du penseur), s’inscrit dans la continuité de son travail sur la sortie de la religion et la genèse de la modernité politique.
Au fil des pages et au cours de l’émission, il nous propose une réflexion de longue durée sur les idéologies : leur apparition, leur fonction et leur transformation dans les sociétés démocratiques. Le grand et discret philosophe y voit un outil essentiel pour comprendre comment les démocraties se représentent elles-mêmes, comment elles se projettent dans l’avenir et comment elles affrontent leurs crises actuelles.
L’auteur retrace la généalogie des idéologies depuis le XVIIIè siècle, moment où les sociétés occidentales basculent d’un ordre fondé sur la tradition et la religion vers un monde où les individus doivent inventer leur avenir.
Avec une année de naissance précise : 1796. Il explique pourquoi dans le livre et l’émission.
Pour lui, les idéologies sont constitutives des démocraties modernes : elles ne masquent pas la réalité, elles la rendent intelligible. Elles permettent aux citoyens de se situer dans un monde où l’autorité ne vient plus d’en haut mais doit être construite collectivement.
D’évidence, même si les idéologies structurent la vie démocratique, leur pouvoir demeure énigmatique. Elles inspirent les grands mouvements d’opinion, organisent les clivages, mais elles évoluent, se transforment, se délitent parfois.
Marcel Gauchet montre comment leur succession depuis le XIXè siècle reflète les tensions internes des démocraties : entre liberté et égalité, individu et collectif, progrès et désenchantement.
L’essai s’inscrit dans un contexte où les démocraties semblent traversées par un pessimisme profond : montée des populismes, défiance envers les institutions, fragmentation idéologique. Les analyses de Gauchet résonnent avec ce climat : il montre que les démocraties peinent aujourd’hui à penser leur propre devenir, faute de cadres idéologiques suffisamment robustes pour orienter l’action collective.
Et il précise que les idéologies existeront toujours. Elles se transformeront mais elles persisteront.
Programmation musicale :
- Herbie Hancock - Maiden Voyage
- Nat King Cole - Night Lights
- Joe Pass - Django.
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Cette semaine, Pierre-Édouard Deldique, consacre un numéro d’IDÉES à la pensée néoréactionnaire aux États-Unis - influente parmi les acteurs de l’administration Trump - avec son invité, Arnaud Miranda, docteur en Théories politiques, auteur d’un essai à la fois éclairant et inquiétant intitulé « Les Lumières sombres, comprendre la pensée néoréactionnaires » publié chez Gallimard, dans une nouvelle collection, « La bibliothèque de géopolitique » avec la revue Le Grand Continent.
Il s’agit ici d’une plongée dans un des courants intellectuels les plus déroutants et influents de la droite radicale contemporaine. Son nom ? La « néoréaction ».
Ce courant constitue une contre‑culture structurée, née sur Internet dans les années 2010‑2020. Ses figures majeures, souvent anonymes ou dissimulées derrière des pseudonymes, développent une pensée mêlant références libertariennes, « technofuturiste », traditionalistes et anti‑égalitaires.
Arnaud Miranda nous propose une histoire numérique en quelque sorte des idées néoréactionnaires, en analysant textes, réseaux, modes de diffusion et stratégies de ces penseurs d’un genre nouveau.
Les idées néoréactionnaires, telles que les présente de façon très pédagogique, Arnaud Miranda dans le livre et au cours de l’émission, sont tranchées ; rejet de la démocratie jugée inefficace, corrompue et incapable de gérer la complexité du monde contemporain, promotion d’un modèle monarchique où l’État serait dirigé comme une entreprise, foi dans la technologie comme instrument de gouvernement et de contrôle social, vision étroite du progrès qui renverse l’héritage des Lumières au profit d’un rationalisme élitiste et autoritaire.
Arnaud Miranda qui, au micro de cette nouvelle édition d’IDÉES et dans les pages de son essai, sait parler clairement de choses complexes, montre que les catégories habituelles — populisme, extrême droite, conservatisme — ne suffisent pas à saisir la néoréaction.
Il propose donc une typologie renouvelée des droites contemporaines, attentive ô combien aux techniques numériques, bases de tout leur édifice idéologique, aux hybridations idéologiques et aux formes d’autorité propres à l’ère technologique.
Il s’agit d’une révolte élitiste contre la démocratie qui emprunte autant à la Silicon Valley qu’aux penseurs réactionnaires européens.
Une émission à écouter absolument car ce courant de pensée se propage un peu partout.
Programmation musicale
- Aaron Xeres - Two Shadows
- Labi Siffre - Cannock Chaze
- Chet Baker - The Thrill Is Gone.
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Dans Idées cette semaine, Pierre-Édouard Deldique vous propose une réflexion sur la place de l’histoire dans notre monde contemporain, avec son invité l’historien Jean‑Frédéric Schaub, auteur d’un essai pertinent intitulé : « Le passé ne s’invente pas » (Albin Michel). Au fil des pages, ce spécialiste de l’histoire des mondes ibériques s’arrête sur la manière dont les sociétés produisent et manipulent le passé.
Dans un contexte saturé de récits identitaires, de réécritures politiques et de « vérités alternatives », il interroge la fragilité de la vérité historique et la responsabilité des historiens face aux usages publics de l’histoire à l’heure de l’intelligence artificielle, des réseaux sociaux et des « vérités alternatives ».
Il dénonce « le temps qui s’est laissé envahir par l’empire du faux et des faussaires ».
Dans son livre, et dans l’émission, Jean-Frédéric Schaub souligne à ceux qui l’auraient oublié, que l’histoire n’est pas un récit parmi d’autres, mais une discipline fondée sur des méthodes de vérification, de critique et de confrontation des sources. C’est une science.
L’historien n’est pas un romancier, mais un enquêteur même s’il se fait l’avocat de la littérature. Mais histoire et littérature ne se confondent pas même s’il existe une « littérature du réel » ou « littérature de non-fiction ». Il fustige également la tentation qu’ont certains historiens de se raconter eux-mêmes. Il n’a aucune attirance pour « l’ego histoire ».
Notre invité insiste sur la dimension épistémologique du travail historique : la vérité historique n’est jamais absolue, mais elle est le résultat d’un protocole rigoureux. Selon lui, c’est cette rigueur qui distingue l’histoire de la propagande, de la mémoire ou du « roman national ».
Jean-Frédéric Schaub ne nie pas l’importance de la « mémoire collective » entretenue par un État (le Panthéon en France) mais il rappelle que la mémoire n’est pas l’histoire. La première est sélective, affective, orientée ; la seconde est critique, argumentative, ouverte à la révision.
Jean‑Frédéric Schaub signe ici un livre combatif. « Le passé ne s’invente pas » rappelle que l’histoire n’est pas un réservoir de mythes mobilisables à volonté, mais une discipline exigeante qui repose sur la critique, la preuve, la confrontation des interprétations, et la maîtrise des langues pour aller au plus profond des archives et de la compréhension des peuples colonisés notamment.
Dans un moment où les récits identitaires prolifèrent, où la désinformation brouille les repères, où la mémoire supplante parfois la connaissance, l’invité d’IDÉES ce dimanche propose une boussole intellectuelle : défendre la vérité historique comme bien commun. Sur la bandeau rouge qui entoure la couverture de cet ouvrage, on lit : « Contre les réécritures de l’histoire ».
Au fond, défendre l’histoire, c’est défendre la démocratie.
Programmation musicale :
- Jamiroquai - Virtual Insanity
- Mehldau Brad / Blade Brian / McBride Christian / Redman Joshua - Past In The Present
- Duke Ellington / John Coltrane - In a Sentimental Mood.
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Dans IDÉES, cette semaine, Pierre-Édouard Deldique reçoit le vétéran du journalisme politique, Alain Duhamel, pour un conversation vivante émaillée d’anecdotes.
Avec son dernier livre en date « Les Politiques. Portraits et croquis », Alain Duhamel, un observateur exigeant, toujours aussi présent à la télévision, comme il le fut dans les décennies précédentes, se nourrit de plus de cinquante ans d’analyse du pouvoir afin de brosser le portrait de figures d’hier et d’aujourd’hui qui façonnent la vie politique française.
Il faut le voir en parler, l’œil vif et pétillant avec une gourmandise que le temps n’a pas altérée.
L’ouvrage rassemble environ soixante personnalités, de Marine Le Pen à Gabriel Attal, de Gérald Darmanin à Jordan Bardella, mais aussi des acteurs plus institutionnels comme François Bayrou ou Sébastien Lecornu.
Le journaliste, homme de culture, qui a la mémoire longue, convoque également de grandes figures de la Vè République — Raymond Barre, Michel Debré, Simone Veil, Robert Badinter, Alain Peyrefitte — afin de mettre en perspective les ressorts du pouvoir actuel. Cette articulation entre hier et aujourd’hui constitue l’un des intérêts de l’ouvrage.
Les portraits incisifs, parfois vachards, ne sont jamais dénués d’humanisme, un mot-clé pour comprendre le regard d’Alain Duhamel sur les acteurs de la « comédie du pouvoir » chère à Françoise Giroud. Cet esprit vif croque ses sujets avec une causticité élégante, cherchant moins à régler des comptes qu’à dévoiler les mécanismes, les contradictions et les tempéraments qui façonnent les politiques qui, doit-on le souligner, sont avant tout des êtres humains. Alain Duhamel s’attache donc à révéler ce qui se cache derrière les postures médiatiques, les discours convenus ou les stratégies de communication.
La publication du livre s’inscrit, on le sait, dans un moment de forte défiance envers les institutions, Alain Duhamel l’évoque dans l’émission, à l’occasion de la dernière étude du CEVIPOF, le Centre d’étude de la vie politique de Sciences Po, qui met en relief ce que l’on pourrait appeler une aversion des Français pour la politique et le personnel politique. « Dans les temps aussi troublés qu’actuellement, les politiques ressemblent plus à des boucs émissaires qu’à des uniques coupables », écrit-il dans l’introduction du livre.
Alain Duhamel apparaît comme un observateur dont la longévité lui permet de comparer les générations politiques, d’identifier les permanences ou les ruptures, de replacer les trajectoires individuelles dans une histoire longue ; « avec toute la liberté d’une longue expérience qui s’achève ».
« Les politiques. Portraits et croquis », publié aux Éditions de l’Observatoire.
Programmation musicale
- Zela Margossian Quintet - Forecast
- Red Garland - Long Ago and Far Away
- Ryo Fukui - I Want to Talk About You.
- Mostrar mais