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  • Après le succès de "L'homme-joie", Christian Bobin publie "Un bruit de balançoire" (éd. L'Iconoclaste). Un recueil de lettres adressées à sa mère, à "Frère nuage", à une inconnue, ou encore à Ryokan. Un moine japonais du XIXè siècle qui l'accompagne tout au long de l'ouvrage. Il nous reçoit dans sa maison, non loin du Creusot, en pleine campagne, pour nous parler de l'esprit d'enfance, plus exactement de la recherche du "cœur-enfant". Un émerveillement.

     

    L'État d'enfance ou L'art de n'Être rien
    Ces textes de Christian Bobin, il faut s'en imprégner petit à petit. Après les avoir lus on ne regarde plus de la même façon un nuage ou des "gouttes de pluie sur la vitre", celles qui "ont un bombement argenté et une bordure laiteuse". C'est qu'avec "Un bruit de balançoire", il nous initie. À "cette chose impondérable qu'est la vérité de notre présence". Il nous ouvre la voie de l'intime et du vrai. Il y a quelque chose de radical chez lui - ce mot "rien" qui revient souvent - et en même temps d'une infinie douceur. Il écrit: "Je n'ai rien fait de ma vie, rien, juste bâti un nid d'hirondelle sous la poutre du langage."

    Les textes de Christian Bobin parlent de la densité des choses et des êtres. Dans un chapitre de son livre "Un bruit de balançoire", il écrit à un "Cher penseur". Une réponse à quelqu'un qui aurait reproché au poète Jean Grosjean (1912-2006) une simplicité de langage. Bobin de répondre : "Cette simplicité est la source des éclairs. "Il conclut par : "Le poème s'écrit avec rien - et c'est le contraire de Flaubert avec son bourgeois désir d'écrire sur rien."

     

    L'enfanT et LE LIVRE
    D'où vient que la quête de l'esprit d'enfance aille si bien avec la lecture ? La terrasse où Christian Bobin reçoit Thierry Lyonnet est à côté d'un jardin en friche, et près de lui l'orée d'une forêt elle-même située dans un couloir aérien. Et si le bruit d'un avion vient déranger l'échange, en fait il n'en est rien, car ce vrombissement de l'appareil au décollage vient à point nommé illustrer le propos du poète. Le bruit d'un "fer à repasser sur un linge bleu".
     
    "Je vois la totalité de la vie comme un livre, je la ressens, chaque journée est une page entière enluminée. La plupart du temps je préfère me taire, regarder passionnément comme un affamé."

     

    Le poète confie : "Je vois les correspondances entre les choses." Dans son livre, à sa mère, il demande : "Comment as-tu modelé mon cerveau de façon à ce qu'un jour une phrase m'affole ?"
     

    Apprendre à être, avec soi et les autres
    Poète de l'émerveillement, Christian Bobin n'élude en rien la souffrance. Et sa lettre aux "Jeunes gens de Lodz" est empreinte de gravité. Il y a pourtant une indicible et constante espérance dans ses propos.
     
    "Je pense que nous pouvons être des miracles les uns par rapport aux autres, et je pense qu'un moine ce n'est pas extraordinaire, un saint ce n'est pas extraordinaire. C'est la vie qui est extraordinaire et si nous nous mettons dans son flux nous pourrions obtenir des choses... Silencieusement, sans morale, juste avec une empathie brûlante de l'autre, une compréhension de l'incompréhensible."

     
    Poète du XXIè siècle, Bobin s'interroge par exemple sur la fabrication en série des bols (dans le chapitre "Mon pauvre bol") ou sur la disparition programmée de l'écriture manuscrite. Dans notre société de surconsommation et où le temps s'accélère, son propos - et c'est le rôle du poète - est de faire voir l'indispensable. Il nous propose un autre temps, un autre regard, la contemplation, la richesse de la rencontre, la quête du mystère. "Écrire pour moi c'est appeler dans le noir."

     

    Émission enregistrée en août 2017

     

  • Avec "Le Matou revient" ou "La Baleine bleue", Steve Waring a enchanté des milliers d'enfants depuis les années 60. Musicien, chanteur et parolier d'origine américaine, il est aujourd'hui installé en France, entre Lyon et Saint-Étienne, dans les monts du Lyonnais. Rencontre.

     

    une Enfance américaine
    Orienté vers la musique classique, et même la musique sacrée, par son père pianiste et organiste, le jeune Steve Waring a très tôt été sensibilisé à la musique. Il en a gardé une passion pour Bach, mais il s'est assez vite tourné, dès l’âge de 13 ans, vers le folk ou le blues. Né en 1943 en Pennsylvanie, il était un enfant sportif, "un peu acrobate" et amoureux de la nature.

     



     

    un Fan de blues
    C'est après avoir entendu un concert de Joan Baez, son "idole", qu'il est allé acheter sa première guitare. Steve Waring a toujours été attiré par les chansons traditionnelles américaines. Et puis "très vite c'est le blues qui m'a passionné". "Le blues c'est émouvant, ce n'est pas que des histoires tristes, ou quand c'est des histoires tristes c'est chanté de façon gaie." L'humour et la légèreté, même pour parler des choses graves, est une des caractéristiques du style de Steve Waring.

     



     
    Émission d'archive diffusée en septembre 2019

     

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  • Est-ce parce qu'ils nous renvoient l'image de nos lointains ancêtres ? Pourquoi les grands singes nous fascinent tant ? Plonger son regard dans leurs yeux est une expérience inoubliable. Depuis 20 ans, Shelly Masi étudie les gorilles et leur comportement. Elle est aujourd'hui l'une des plus célèbres primatologues, enseignante chercheure et maître de conférence pour le Muséum national d'histoire naturelle de Paris. Elle nous confie d'où lui vient sa passion pour les grands singes.

     

    "C'est la chose la plus attirante chez les grands singes, on voit nos origines dans le miroir de leurs yeux"

     

    Comment devient-on primatologue ?
    "Je suis née clairement avec cette passion pour les animaux." Quand elle avait 5 ans, Shelly Masi, a vécu en Éthiopie et a eu l'occasion d'aller au Kenya. "J'étais totalement passionnée par les grands mammifères." Mais les primates, "je les trouvais trop similaires à l'homme et je voyais surtout le côté négatif  l'homme".

    C'est quelques années plus tard, à huit ans, en regardant un documentaire sur les gorilles de montagne, qu'elle s'est trouvée véritablement fascinée, captivée. Surtout quand l'un des individus a délicatement a passé son doigt sur un caméléon : de voir ce geste presque tendre, la petite fille est tombée "totalement amoureuse" des gorilles ! "Aujourd'hui je réalise que ce qui m'éloignait des primates, la similitude avec l'homme, c'est ce qui m'a rapprochée des primates à huit ans car je voyais le côté positif, la sensibilité que ces animaux ont."

     


    ©Shelly Masi - Pour étudier les gorilles, il faut revenir souvent les voir et les approcher d'assez près afin d'être repéré par l'animal

     

    primatologue, un métier passion
    Ainsi était né un désir, celui d'étudier le comportement des gorilles, mais restait à le concrétiser. À suivre de longues études de biologie et d'anthropologie évolutive entre Rome et Leipzig, en Allemagne. Et à aller sur place rencontrer les gorilles. La première fois qu'elle a été voir les gorilles en liberté en Centrafrique, elle ne risque pas de l'oublier : l'un des animaux s'est montré agressif, il a tiré la jambe d'un Pygmée qu'il a griffée. "Normalement les gorilles quand ils attaquent, dans 98% des cas, ils ne touchent pas."

    Shelly Masi avait 23 ans et cette rencontre ne l'a pas découragée, au contraire. "Je pense que l'ingrédient le plus essentiel pour faire ce métier-là c'est la passion." C'est ce qui qui permet de supporter la fatigue, des journées entières sous la pluie et dans le froid, les maladies tropicales - les médecins n'arrivent toujours pas à comprendre quelle sorte de maladie elle-même a attrapée. C'est aussi beaucoup de sacrifices personnels, "un sacrifice social très important" quand il faut partir loin et longtemps.

     


    ©Antonio Sanna - Shelly Masi étudiant un gorille

     

    IL FAUT ÊTRE PATIENT POUR RENCONTRER LES GORILLES
    Or, pour étudier les gorilles, il faut revenir souvent les voir, les approcher d'assez près à chaque fois afin d'être repéré puis accepté par l'animal. Et cela prend du temps. Pour l'un d'eux, Macumba, il a fallu huit ans pour qu'il finisse par tolérer l'observateur humain. Un exercice de patience et de courage : ne surtout pas broncher quand l'individu se lève sur les pattes arrière, tape sur sa poitrine, crie et cherche à vous impressionner. Ne pas le regarder dans les yeux, ne pas bouger, rester calme. "C'est sûr qu'au fur et à mesure du temps, j'ai acquis du courage !"

    Et puis ce sentiment d'être privilégiée quand un gorille vous a acceptée. Et, quand vos regards se croisent, ce sentiment curieux, troublant, de lui trouver quelque chose d'humain. "Je me demande toujours quelles sont les pensées d'un gorille, c'est la chose la plus attirante chez les grands singes, on voit nos origines dans le miroir de leurs yeux."

     


    ©Shelly Masi - "Je me demande toujours quelles sont les pensées d'un gorille"

     
    Émission d'archive diffusée en septembre 2019

     

  • Depuis 1984, des millions de téléspectateurs l'ont vue dans le Journal de 20h sur France 2. Non pas derrière un bureau mais sur le terrain, en direct depuis la ville de Sarajevo assiégée, depuis Bagdad durant les deux guerres du Golfe, en Libye ou encore en Syrie récemment. Martine Laroche-Joubert est grand reporter, spécialiste des zones de conflits. Elle a décidé de prendre la plume pour raconter son métier, sa passion et aussi sa colère face à la menace qui pèse sur sa profession. Dans "Une femme au front" (éd. Cherche Midi), elle écrit : "Rien n'annonçait ce livre, et longtemps je n'ai guère vu de raisons de l'écrire. Et puis il m'a semblé qu'il serait peut-être temps d'essayer de montrer pourquoi je crois ce métier si nécessaire. Pourquoi aussi je l'aime tant."

     

    "Une des qualités du reporter de guerre, c'est d'accepter d'avoir peur mais ne pas céder à la panique"

     

    "j'aime être là où ça se passe"
    Un mot traverse le livre de Martine Laroche-Joubert, "liberté". La liberté d'une enfant qui entre trois et quatre ans a grandi dans le sud du Maroc. Et dont les sensations - "le vent du désert, la poussière, les cavalcades de chevaux, la neige sur les sommets de l'Atlas"... - sont encore présentes. Pourtant, éprouver de la nostalgie n'est pas dans la "nature" de cette femme énergique et déterminée, qui "aime être là où ça se passe : c'est le métier de grand reporter qui veut ça".

    Martine Laroche-Joubert n'aime pas non plus parler d'elle, pas plus que se mettre en scène en reportage - une tendance actuelle qu'elle trouve "complètement absurde", d'autant plus que le reportage est "toujours subjectif, on y met toujours de soi". Nul besoin d'en rajouter. 

     

    "La lecture m'a sauvée"
    L'auteure de "Une femme au front", livre très autobiographique, accepte toutefois de parler d'elle. De son éducation dans "des institutions catholiques à la réputation extrêmement rigide". De ses parents avec qui il était difficile de communiquer. Même les dominicaines du Saint-Esprit, à Saint-Cloud, étaient "affolées" par la "sévérité" de son père. Lui qui l'a pourtant  encouragée à lire des livres. "La lecture m'a sauvée, comme je n'aimais pas ma vie, grâce aux livres je suis entrée dans d'autres mondes."

    C'est à son ex-mari que Martine Laroche-Joubert doit d'avoir débuté sa carrière de journaliste, lui qui l'a encouragée à postuler au Quotidien de Paris. Au cours de sa carrière, quatre rencontres l'ont profondément marquée : le Père Pierre Ceyrac, Nelson Mandela, Stéphane Hessel et Pierre Soulages, trois hommes qui l'ont profondément impressionnée par leur grande "simplicité". 

     

    reporter de guerre, "percer les tréfonds de la nature humaine"
    Lorsque, en Haïti, elle a découvert qu'elle ne "cédait pas à la panique" dans une situation pourtant extrême, elle a compris qu'elle était faite pour être reporter de guerre. "Une des qualités du reporter de guerre, c'est d'accepter d'avoir peur mais ne pas céder à la panique."

    Ce qu'elle aime dans ce métier, c'est "aussi percer les tréfonds de la nature humaine : la nature humaine se révèle beaucoup dans les moments intenses". L'homme y est capable du pire comme du meilleur. "Au fur et à mesure, je me suis rendue compte de la chance que j'avais d'aller sur ce genre de terrains."

     
    Émission d'archive diffusée en août 2019

     

     

  • Il y a beau avoir des chevaux dans le parc du séminaire orthodoxe russe dont il est le recteur, le Père Alexandre Siniakov vit bien loin des steppes du Caucase où il a grandi. Ce moine de l'Église orthodoxe vit aujourd'hui à Épinay-sous-Sénart, non loin de Paris. Rencontre avec un homme au parcours atypique, qui a connu la ferme stalinienne et découvert la foi chrétienne grâce à la littérature. Son autobiographie "Comme l'éclair part de l'Orient - Itinéraire d'un pèlerin russe" (éd. Salvator, 2017) a reçu le Prix du livre de spiritualité La Procure - Panorama 2018. Il vient de publier "Détachez-les et amenez-les-moi !" (éd. Fayard).

     

    Un Enfant des steppes
    À la fin des années 80, Alexandre Siniakov était un enfant vivant dans un sovkhoze, ces immenses fermes soviétiques aux rues perpendiculaires et où toutes les maisons, toutes les rues se ressemblent. Des bâtiments surgis ex nihilo dans l'immensité des steppes. 

    "Au loin quand il fait beau, on voit les sommets enneigés du Caucase mais c'est très loin, au pied de ces montagnes et jusqu'à perte de vue ce sont des plaines, qui, à partir du mois de mai, sont déjà toutes jaunes car il fait très chaud, très sec en été." Peu de couleurs et beaucoup de poussières, que le vent soulève.

     



    ©Alexey Vozniuk - Alexandre Siniakov 

     

    un Fils de cosaque
    Dans son autobiographie, Alexandre Siniakov écrit : "Petit-fils de cosaques illettrés, j'ai été coupé de mes racines par les éducateurs de l'école soviétique qui m'ont encouragé à rougir de mes origines." Ses ancêtres ont participé à des insurrections contre le pouvoir centralisateur de Pierre le Grand (1672-1725) - insurrections réprimées dans le sang, dans les années 1720. Le père d'Alexandre Siniakov est né en Turquie, là où sa famille a fui la répression. "Je suis le premier de ma génération à être né en Russie depuis le XVIIIe siècle." 

     


    ©DR - Alexandre Siniakov

     

    De la littérature à la foi
    Dans ce système athée où les question religieuses étaient taboues, Alexandre Siniakov a commencé dès l'âge de  12 ans à remettre en cause l'idéologie ambiante et l'enseignement communiste. "Ce qui m'a permis de voir qu'il y a autre chose que l'idéologie soviétique, qu'il y a autre chose que ce qu'on nous prêchait à l'école et que finalement nos traditions ancestrales n'étaient pas si minables, et puis aussi ce qui m'a amené à la foi, tout cela a une seule racine, c'est la littérature." Mais pas celle qu'il apprenait à l'école, plutôt "la grande littérature."

    Tolstoï, Dostoïevski, Tchékov ou encore les auteurs français, anglais, américains... En se liant d'amitié avec les bibliothécaires du village, Alexandre Siniakov a pu accéder librement à la réserve. "La littérature étrangère m'a ouvert vers un autre monde." Et lui a donné l'envie d'apprendre les langues étrangères.

     
    Émission d'archive diffusée en août 2019

     

  • C’est près d'Aups (Var), dans son musée à ciel ouvert, que Thierry Lyonnet est allé rencontrer Maria de Faykod. Sculpteur - elle n'aime pas dire "sculptrice" - depuis ses six ans, elle a réalisé une œuvre monumentale, allant des portraits de la princesse Diana ou de Charles Aznavour à l’art sacré : elle a notamment réalisé les statues qui composent les 17 stations du chemin de croix des malades à Lourdes - statues sculptées dans des blocs de marbre de Carrare. D'origine hongroise, l'artiste a obtenu le statut de réfugié politique en France en 1975. Elle nous raconte son parcours. Rencontre avec une artiste en quête de beauté et de spiritualité.

     


    ©Maria de Faykod - Chemin de croix des malades, Lourdes (détail), marbre de Carrare

     

    L'art et la nature
    Dans le Var, où elle est vit plutôt isolée, Maria de Faykod trouve "une liberté" qu'elle n'avait pas à Paris, où un bel atelier lui était fourni par le ministère de la Culture. "Ici c'est une ouverture totale", où elle peut vivre en contact avec la nature. "L'art ne s'arrête pas, il y a une certaine interaction avec la nature et même avec les éléments, le vent, la pluuie, tout cela interagit." Ce pourquoi elle a exposé ses sculptures en plein air.

     


    ©Maria de Faykod - Dans son musée de plein air, avec Thierry Lyonnet

     

    fuir la persécution communiste
    "Étant enfant j'ai vécu des choses affreuses." Issue d'une famille d'intellectuels catholiques hongrois, persécutée par le pouvoir communiste, Maria de Faykod doit sa soif "de liberté" à cette histoire familiale douloureuse. "Ça m'a forgé aussi, je vois les choses différemment."

     


    ©Maria de Faykod - Dans son atelier, Aups

     

  • ©éditions teNeuess / Olivier Föllmi - Pour célébrer les 40 ans d'exploraitions himalayenne, le photographe publie un beau livre "My Himalaya"

     


    ©Olivier Föllmi

     


    ©Olivier Föllmi

     


    ©Olivier Föllmi

     


    ©Olivier Föllmi

     


    ©Olivier Föllmi

     


    ©Olivier Föllmi

     

    Émission diffusée en octobre 2018

     

  • "Notre métier n'est pas de faire plaisir non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie." Cette formule d'Albert Londres, qu'elle admire particulièrement, Marie-Monique Robin la fait sienne. Les plaies où elle a porté sa plume, ce sont pêle-mêle les OGM que produit Monsanto, les faits de torture infligés par les généraux de la junte militaire argentine, la pollution à grande échelle causée par l'exploitation de mines de cuivre au Pérou par une firme américaine... "Le journaliste est là pour révéler des dysfonctionnements." Et Marie-Monique Robin est là pour aller jusqu'au bout.
     
    "On m'a toujours dit qu'on pouvait transformer le monde en transformant les hommes"

     

    Robin contre Monsanto
    Son nom est associé à la lutte contre le géant des OGM et des pesticides. Prix Albert-Londres 1995 pour "Voleurs d'yeux", c'est "Le monde selon Monsanto" (2008) qui l'a fait connaître au grand public. Fille d'agriculteurs des Deux-Sèvres, elle puise dans son enracinement l'énergie de mener un combat aussi âpre. Avec "Les Moissons du futur" (2012) et "Qu'est-ce qu'on attend ?" (en salles depuis novembre 2016), elle est passée semble-t-il de la dénonciation à la présentation de solutions. Mais ce ne sont qu'une façon de "transformer le monde".

    En octobre 2016, Marie-Monique Robin parrainait le procès fictif de Monsanto à La Haye. Autant dire au combat de David contre Goliath. "Cette multinationale est un vrai danger pour la planète." La journaliste prépare d'ailleurs un autre film sur l'herbicide Roundup, le produit phare de la multinationale devenue propriété de Bayer en septembre 2016.
     
    "Le monde selon Monsanto", de Marie-Monique Robin (2008)



     

    Paysan, "le plus beau métier de la terre"
    "Si j'ai choisi ce métier c'est parce que je voulais aider à transformer le monde, explique Marie-Monique Robin, donc quand on veut aider à transformer le monde, on pense que la meilleure manière de le faire c'est de montrer les dysfonctionnements de ce monde." Cette fille d'agriculteurs qui ne mâche pas ses mots est issue d'une famille catholique très engagée dans la JAC (Jeunesse agricole catholique - aujourd'hui MRJC, Mouvement rural de jeunesse chrétienne). Elle sourit en disant que c'était la "meilleure agence matrimoniale qui soit", c'était aussi une façon pour les paysans des années 40 et 50, de "se lever pour dire que nous faisons le plus beau métier de la terre".

    Le métier le plus beau... et le plus dévalorisé. "Il y a un énorme problème sur cette planète, on méprise ceux qui permettent la vie." La journaliste rappelle que 900 millions de personnes ne mangent pas à leur faim dans le monde et que 90% d'entre eux sont des paysans. Sans parler du taux de suicide chez les agriculteurs en France.
     
    le réchauffement climatique, urgence absolue
    Marie-Monique Robin le dit, elle est une lanceuse d'alerte - "lanceuse d'avenir". Et d'ailleurs pour elle tous les journalistes devraient l'être, s'ils sont, comme on le dit, le quatrième pouvoir. "Ce n'est pas n'importe quel métier, nous devons aussi œuvrer pour le bien commun." Avec son dernier documentaire "Qu'est-ce qu'on attend ?", elle raconte comment un village d’Alsace s’est lancé dans la transition écologique.

    "C'est très grave et très sérieux." La journaliste, qui a lu l'encyclique du pape François "Laudato Si'", réfute tout scepticisme. "Il faut encourager les gens à agir vite et montrer qu'on peut faire autrement." L'urgence abolue c'est d'agir. "Transformer le monde" elle croit que c'est possible car comme elle le dit, elle d'une famille catholique : "On m'a toujours dit qu'on pouvait tranformer le monde en transformant les hommes."

     



     

    entretien réalisé en janvier 2017

     

  • [NDLR : Cette émission a été enregistrée avant le mouvement de manifestations contre les violences policières et le racisme suite à la mort de George Floyd.] 


     
    Il aurait pu être politicien. À Sciences Po, Karim Mahmoud-Vintam a côtoyé Emmanuel Macron, Najat Belkacem ou Rama Yade. Mais il "n'aime pas la politique telle qu'elle se fait aujourd'hui". Ce qui doit être selon lui une "affaire de conviction, de vision, de conscience", "meurt de son clanisme, de son sectarisme". Il ne mâche pas ses mots quand il parle de "jeu d'appareils" qu'il trouve "malsain et délétère". Ancien conseiller du président de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), ce surdiplômé a co-fondé l'association Les Cités d'or. Une association qui a pour ambition de (r)éveiller les consciences citoyennes et de donner aux jeunes des perspectives d'avenir.

     

    un héritage multiculturel
    "Nous sommes ce que nous choisissons d'être, affirme Karim Mahmoud-Vintam, nous sommes tous porteurs d'héritages multiples et dans ces héritages-là, nous avons tous un travail de discernement à faire. De mes héritages, qu'est-ce que j'accepte d'assumer et de prolonger ? Et qu'est-ce que je choisis de laisser de côté ?" Choisir, "en fonction de qui on est" et aussi "de quel monde on aspire à constribuer à construire".

    D'origine tunisienne et bretonne par son père, anglaise et guadeloupéenne par sa mère, ​Karim Mahmoud-Vintam a fait, tout au long de son parcours, l'expérience du regard de l'autre dans lequel il se trouvait trop ou pas assez blanc, noir, arabe... "On a tous plus ou moins tendance à catégoriser les gens ou à les étiqueter, en conclut-il, l'identité c'est quelque chose de très mouvant, de très fluctuant, et de tout à fait multiple. On est tous plusieurs choses à la fois et il faut vraiment tenir bon pour refuser de choisir, y compris quand on souhaite nous y obliger." 

     


    © Les Cités d'or - Le Père Christian Delorme entouré des jeunes de l'association

     

    LE SYSTÈME SCOLAIRE, UN "SYSTÈME DE TRI"
    S'il a brillamment réussi à l'école, son frère a décroché à 16 ans. Malgré cela, Karim et Sandy sont restés très proches, ils ont créé ensemble Les Cités d'or en 2007. Leur ambition : donner à des jeunes la possibilité de devenir acteurs de leur vie et de la société. En France, 17% des jeunes de 16 à 29 ans ne sont ni en emploi ni en formation. "Malheureusement l'école, notamment dans notre pays, reste un système de tri - de tri ! Il va falloir trier les enfants conformément à des critères qu'on estime juste et impartiaux - à mon avis, ils ne le sont pas - et on va favoriser certains types d'intelligences au détriment d'autres." Au détriment de l'intelligence manuelle, émotionnelle, relationnelle, poétique... Pour Karim, son frère n'était pas moins intelligent, il n'a simplement pas intégré "les codes de l'école".

    Pour Karim Mahmoud-Vintam, il y a trois France. Celle des "gagnants du système scolaire" : "Les premiers de cordée qui vont se convaincre du fait qu'ils sont les meilleurs et que grosso modo, le monde leur appartient. Ils vont en être convaicus pour beaucoup quels que soient les démentis que puisse leur apporter la vie par la suite !" Il y a ensuite les "perdants de ce système, qui eux, pour beaucoup, vont rester convaincus toute leur vie, quels que soient les démentis que cette même vie puisse leur apporter, qu'ils sont nuls, qu'ils sont incompétents et qu'ils sont insuffisants". Et puis il y a "un marais" d'individus au "parcours scolaire moyen", qui vont "peut-être parfois avoir l'occasion de se révéler et de gagner en estime de soi..."

     


    © Les Cités d'or - Le programme "L'école buissonière" est un programme de six mois proposé par Les Cités d'or

     

    Citoyenneté et confiance en soi
    "Il ne peut pas y avoir de citoyenneté sans confiance en soi et sans estime de soi, sans confiance dans les institutions qui suscitent la participation démocratique." Or aujourd'hui, Karim Mahmoud-Vintam note un "décalage qui est constant entre les principes affichés, qui dans notre pays sont des principes généreux, amibitieux, magnifiques, universels, et les pratiques effectives". Un "décalage" tel "que ça disrédite les institutions qui portent ces paroles". Les jeunes qui viennent aux Cités d'or pour six mois, en service civique, sont d'horizons très différents. Ils viennent "pour explorer cinq compétences civiques humaines fondamentales", telles que "savoir argumenter, s'informer, se connaître et s'accepter, tisser du lien et comprendre leur environnement".

     



     

  • "Les êtres humains sont tous pareils, c'est leurs objets, leurs dieux, leurs langues, qui sont différents." Tobie Nathan est l'un des rares représentants de l'ethnopsychiatrie, qui n'est plus enseignée aujourd'hui en tant que discipline universitaire. Et pourtant, c'est là que le professeur émérite de psychologie a trouvé la façon de soigner ses patients migrants. Et d'agir dans la prévention de la radicalisation. Ce qu'il décrit dans "Les âmes errantes" (éd. L'Iconoclaste).

     

    45 ans au service des migrants
    Toute sa vie, Tobie Nathan a côtoyé des gens de culture, de langue, de croyance différentes des siennes. "Ce qui m'intéresse c'est ce qui est différent." Un émerveillement constant face à la différence, qu'il a su transposer dans l'exercice de sa profession et la prise en charge psychologique des migrants. "Quand les migrants viennent, ils ne viennent pas tout nus, ils viennent avec des connaissances, des théories, ils sont riches de quelque chose."

    C'est cette richesse-là qui intéresse le clinicien, plutôt que les manques. Dans son livre "Les âmes errantes", Tobie Nathan a cette très belle formule : "Aujourd'hui, on dit « un migrant », peut-être parce que, si l'on s'en tient à la grammaire, l'« immigré » atteint une destination, alors que le « migrant » poursuit son inéluctable destin de migrer encore, de migrer toujours..." (p. 179) Et si voir les richesses du migrant était un moyen de le fixer au sol, de l'enraciner à un territoire ?

     

    une "Destinée" des prénoms
    Né en Égypte en 1948, Tobie Nathan a fui son pays avec sa famille en 1957. "Entre 0 et 10 ans j'ai eu trois identités, égyptienne, italienne et française." Italienne parce que c'était la moins chère : les non musulmans ne pouvaient pas à l'époque être de nationalité égyptienne. Eux étaient juifs et l'un de ses ancêtres avait dû acherer leur nationalité. En réalité il porte le prénom du grand-père de son grand-père, Yomtov, qui signifie "jour de fête".

    Mais c'était "lourd à porter", le prénom d'un grand rabbin, alors toute sa vie on l'a appelé Tobie. "Je pense qu'il y a une destinée dans les noms." Ce n'est que relativement tard que le psychologue a découvert le "petit prophète" de l'Ancien Testament, Tobie. Ce guérisseur de la Bible invité par un ange à guérir sa femme Sarah possédée par un démon, puis son père aveugle, avec du fiel de poisson. Tobie Nathan, lui, a passé plus de 45 ans à soigner des gens victimes notamment de pratiques type sorcellerie ou envoûtement.

     

    Prévention de la radicalisation
    Depuis trois ans, Tobie Nathan s'intéresse aux jeunes islamistes radicalisés. Tout au long de son livre, il fait d'ailleurs des allers et retours entre sa propre expérience d'immigré et ces jeunes issus de l'immigration maghrébine mais pas uniquement. "Ce que j'ai remarqué, c'est que ça peut arriver à n'importe qui, ça peut arriver à mes enfants, ce phénomène m'a giflé."

    À l'automne 2015, le Centre Georges-Devereux, que Tobie Nathan a fondé en 1993, a été contacté par le ministère de l'Intérieur pour consulter des jeunes signalés comme radicalisés par leurs familles. Dans son ouvrage, l'ethnopsychologue écrit : "Les jeunes radicalisés ne sont pas seulement des âmes errantes capturées par des gourous pervers, des politiques calculateurs ou des tyrans fous d'apocalypse. Ce sont aussi des curieux, avides de sens, en quête de réponses à des questions de philosophie fondamentale." (p. 97)

     

    ÉMISSION ENREGISTRÉE EN octobre 2017

     

  • C'était un très grand nom de la photographie. Avec sa femme Sabrina, Roland Michaud a restitué toute la beauté de l'Orient. Leur œuvre a inspiré des générations de photographes et d'aventuriers. Roland Michaud est mort le 25 mai, à l’âge de 89 ans. Pour lui rendre hommage, RCF rediffuse l'émission "Visages" de 2016.

     


     

    "Le but final, c'est la rencontre"
    En octobre 2015, les éditions de La Martinière ont publié "Voyage en quête de lumière". Un superbe ouvrage qui dit toute la philosophie de vie de Roland et Sabrina Michaud. En regardant ces montagnes sublimées par la brume ou ces visages d'Orient burinés au regard intense, on comprend qu'une véritable passion pour les cultures orientales et une envie chevillée au corps de rencontrer l'autre ont été nécessaires pour produire de telles photographies. Le couple de voyageurs vit depuis 60 ans une quête: "Le but final c'était de s'enrichir au contact des autres, d'acquérir un meilleur art de vivre", confie Roland. 

    Dans leur tout premier livre, "Laponie, notes de voyage" (1950) on trouve cette perle : "Il ne faut voir chez les autres que ce qui est meilleur que chez soi. Ce qui est inférieur là-bas ne m'intéresse pas. Ne vous attendez donc point à m'entendre dire c'était moins beau, moins bien, moins bon." Ce qui anime Roland comme Sabrina c'est de pouvoir "témoigner", témoigner de ce qu'ils ont compris au fur et à mesure de leurs voyages : une sorte "d'œ​cuménisme".

    Sabrina l'explique ainsi : "Ce que j'aimerais savoir c'est pourquoi on nous donne cette vie ; témoigner de la beauté de ces rencontres, c'est œcuménique comme idée : l'homme n'est pas juif, musulman ou chrétien, il n'est pas français ou indien, l'homme est l'homme." Tout l'art de la rencontre ici résumé.
     
    Un couple de photographes
    Roland et Sabrina Michaud se sont rencontrés en 1956 au Maroc. Pour Sabrina, ce fut immédiat. "Une question de vibration", dit-elle. Ils sont restés depuis un couple uni par l'amour du voyage. "Ce qui nous a mené c'est une curiosité du monde et la chance d'avoir vraiment envie de comprendre l'autre et de trouver chez lui quelque chose qui nous séduirait", explique Roland.

    Pour elle, "le voyage est inhérent à l'homme : que faisons-nous dans cette vie de la naissance à la mort sinon voyager ?". L'un et l'autre se définissent comme des voyageurs plus que des photographes. Ce qu'il y a d'instantané dans la photo vient chez eux après le temps long accordé à la contemplation. "Prendre le temps c'est très physique, c'est indispensable si l'on veut faire quelque chose dans la vie. Prendre son temps : le faire sien", conclut Sabrina.

     
    Entretien diffusé en janvier 2016

     

  • ÉPIDÉMIE DE CORONAVIRUS : LES REDIFFUSIONS DE RCF - Dans le contexte d'épidémie de coronavirus, les équipes RCF se mobilisent pour vous informer, vous accompagner et permettre à tous de rester en communion par la prière. Durant cette période de confinement, RCF vous propose de réentendre des émissions pour vous évader et vous aérer.
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    Une vie de trappeur dans les grands espaces nord-américains, qui n'en a jamais rêvé, à la suite de Jack London ou de Nicolas Vanier? Rock Boivin est un authentique trappeur de l'ouest canadien, il vit depuis 40 ans dans les vastes territoires du Yukon, près de la frontière avec l'Alaska. Avec sa femme Kathryn, il publie "Rêves de trappeur" (éd. XO). "On est les derniers trappeurs", dit-il.
     
    Les photos de son arrière-grand-père maternel, chercheur d'or au Klondike, faisaient rêver le jeune Rock

     

    Un métier en voie de disparition
    "C'est la fin, il y a des gens qui veulent s'y mettre, mais je leur donne pas 10 ans et après ça ce sera la fin." Pour Rock Boivin son métier est "en voie de disparition", car "les pays développés ont un mauvais regard sur la trappe" et préfèrent acheter de la fausse fourrure. Sur les 80.000 à 100.000 habitants de la baie d'Hudson jusqu'à l'Alaska, on compte 1.000 trappeurs actifs. "Et dans le Yukon tu en as moins que 100 qui sont actifs en ce moment, tous des vieux comme moi !" Et encore, trappeur, on ne l'est pas toute l'année, seulement l'hiver.
     
    Le goût des grands bois
    Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce ne sont pas les lectures de Jack London qui ont influencé Rock Boivin. Né en 1960 au Québec, il a été encouragé, initié, par son père, qui n'était pas trappeur mais qui lui a donné "le goût des grands bois". Ce sont aussi les photos de son arrière-grand-père maternel, chercheur d'or au Klondike de 1910 à 1916 qui faisaient rêver le jeune Rock. Plus tard il a même retrouvé l'endroit où avec son frère ils avaient "miné". "Des photos jaunâtres, brunes, ça avait initié le rêve..." 

    À 18 ans, il est parti pour l'Ouest. Aujourd'hui il regrette la façon dont il s'y est pris. "J'ai fait un coup vraiment minable, je leur ai dit que je partais pour quelques mois, et je savais dans mon cœur que je ne reviendrai pas." C'est que les trappeurs dans les années 70 étaient mal vus au Québec, on les appelle toujours des "coureurs des bois", et sont perçus comme des marginaux. Mais déterminé à partir, il n'a "pas eu le courage de briser le cœur de [ses] parents".

     

    Émission réalisée en avril 2018

     

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    Son histoire tord le cou aux déterminismes. Mariame Tighanimine la raconte dans son autobiographie, "Différente comme tout le monde" (éd. Le Passeur). Née dans une famille d'ouvriers issus de l'immigration, elle a fait ses étudies en banlieue, en "ZEP", mais a réussi le concours de Sciences Po, où elle enseigne aujourd'hui.

     

    Porter ou ne pas porter le voile
    Décider à l'âge de 25 ans de ne plus porter le voile. Quand on le fait depuis qu'on a 11 ans, ce n'est pas rien. Mais Mariame Tighanimine a fait du chemin, "ça ne me correspondait plus", dit-elle. Du même coup elle a coupé ses cheveux, très court - dans la rue on la prend pour Cristina Córdula. Le voile, les musulmanes qui le portent le font pour des raisons différentes, coquetterie, pudeur, pour se protéger, parce qu'elles pensent que c'est une obligation religieuse... "J'en ai rencontré très peu qui le portaient parce qu'elles étaient forcées." Mariame Tighanimine tord le cou aux idées reçues. Avec sa sœur elle a lancé en 2008 le webzine féminin "Hijab and the City", pour donner la parole aux femmes musulmanes.

    Quand elle a commencé à porter le voile, à l'âge de 11 ans, Mariame Tighanimine l'a fait parce qu'elle avait reçu "une éducation religieuse". Sa mère, ses sœurs et ses voisines le portaient. C'était un peu aussi, elle l'admet et n'en est "pas fière", par provocation. "J'ai foncé droit dans le piège dans lequel on a voulu me faire tomber." Elle a fait les frais de ce qui est perçu comme un outil de provocation ou de distinction. "J'ai tellement reçu d'agressions dans les transports en commun parce que je portais le voile." L'intolérance de tous les côtés, des islamophobes comme des extrémistes religieux qui lui reprochaient son pantalon trop près du corps.

     

    De la discrimination...
    "Si j'avais écrit ce livre il y a quelques années, il aurait été plein de colère et d'aigreur." Mariame Tighanimine cumule depuis l'enfance les discriminations liées à la question éthnique, aux origines maghrébines, à l'apparence musulmane, au fait d'être une femme, et surtout d'être "une fille de prolo" comme elle le répète. "Des différences qui sont des richesse mais surtout des tares", dit-elle en riant.

    Son histoire resemble pourtant à celle de milliers d'autres. Ses parents, un couple berbère venu du Maroc dans les années 60 pour travailler à la mine puis chez Renault, installé dans une barre d'immeuble, ont élevé six enfants. Bien qu'illettrés, ils les ont tous poussés à étudier. Mariame Tighanimine envie "la manière dont ils vivent avec beauoup de sérénité leur religion, leur foi". Dans la discrétion et la pudeur, sans militantisme.

     

    ... à la Transmission
    Pour qui a connu les discriminations - et tout ce qui va avec, la frustration, la colère, le manque de confiance en soi - et a appris à se battre, transmettre a du sens. Depuis 2016, Mariame Tighanimine enseigne le business à Sciences Po. Ce qu'elle apprend aux jeunes : "On a tous une place dans cette société il faut la trouver, ici ou ailleurs." Résolument optimiste, elle les encourage à entreprendre, ce qui reste l'un des meilleurs moyens de s'intégrer dans un pays comme le nôtre.

    "Je n'ai pas vécu la guerre ni des choses dramatiques", dit-elle. Mais depuis qu'elle a publié son histoire, elle a reçu de nombreux témoignages de personnes qui subissent d'une façon ou d'une autre le fait d'être "différent".

     
    Entretien réalisé en février 2018

     

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    Qui mieux que lui pour écrire un "Dictionnaire amoureux de l'enfance et de l'adolescence" (éd. Plon / Anne Carrière) ? Marcel Rufo est l'un des pédopsychiatres les plus connus de France, notamment grâce à ses nombreuses apparitions télévisuelles et aussi grâce à ses nombreux livres. Mais en l'écoutant on se dit que c'est aussi le style Rufo qui séduit, peut-être ce léger accent chantant pour dire des paroles fortes, parfois directes, mais qui ne heurtent pas car elles sont dites avec bienveillance. D'ailleurs c'est un peu son leitmotiv, "grondez-les, avec bienveillance"...
     
    Qu'est-ce qu'un enfant ? "Un transgresseur qui passe son temps à essayer de rompre les contrats"

     

    De la difficulté d'éduquer aujourd'hui
    Quand on a Marcel Rufo au micro, même si c'est pour qu'il nous parle de lui, on ne peut pas s'empêcher de lui poser la question : est-ce qu'on n'en fait pas un peu trop avec les enfants aujourd'hui ? Et là, à notre grand étonnement, il se reconnaît coupable : "À force de dire comprenez-les on risque de ne plus les éduquer, de ne pas oser les frustrer." Le pédopsychiatre le constate évidemment, ce drame des "parents séducteurs" qui fait "le drame" de certains enfants : "Certains enfants, par mégalomanie, par toute-puissance ne considèrent par l'autre comme équivalent de soi."

    Qu'est-ce qu'un enfant ? "Un transgresseur qui passe son temps à essayer de rompre les contrats." Marcel Rufo plaide pour l'autorité ; il croit aussi "beaucoup à l'intégration d'enfants porteurs de handicap", qui "fait des générations plus intelligentes que celles qu'on a été" et permet aux enfants "de sentir que la différence est équivalente en qualité relationnelle".

    Marcel Rufo plaide aussi pour "un débat de vérité vis-à-vis de l'enfant". Avec un couple sur deux qui divorce, et ce chiffre terrible qui est que "un couple de trentenaires n'a que 30% de chances d'être encore ensemble au bout de trois ans", sans doute faudra-t-il admettre que "l'enfant est en souffrance". "L'autorité est proche de la vérité, de la loyauté, de la politesse, de la galanterie, c'est quand même un joli truc !"

     

    Marcel Rufo, l'enfance d'un pédopsy
    Comment en est-il venu à consacrer sa vie aux enfants et aux adolescents ? Fallait-il que la sienne d'enfance ait été si belle ou au contraire si terrible ? En réalité lui-même se "pose encore la question". Même si selon ses parents il a eu très tôt "le goût de l'autre". Né en 1944, enfant unique comme beaucoup d'enfants de migrants à l'époque, "pour tout miser sur un enfant", il a grandi à Toulon où ses parents étaients marchands de fruits et légumes. Dans le milieu des revendeurs il était devenu un symbole de réussite sociale - "Je devais réussir", confie-t-il et il admet que cela aurait très "lourd" si ça n'avait pas été le cas.

    Sa réussite professionnelle, il la doit à ses "patrons", ces grands spécialistes qu'il admirait. Comme Henri Gastaut (1915-1995), l'inventeur de électroencéphalographie, qui l'a attiré vers la neurologie ; le Pr René Bernard (1904-1969) celui qui l'a conduit vers la pédopsychiatrie ; et enfin Arthur Tatossian (1929-1995), psychiatre "phénoménologue génial" qui a pris Marcel Rufo "sous son aile". Mais c'est aussi le décès de l'un de ses petits patients, Michel, "un enfant qu'[il] aurait aimé être s'[il] avait été malade", qui a fait basculer Marcel Rufo de l'oncologie vers la pédopsychiatrie. Trop insoutenable de voir mourir des enfants.


     


    L'enfant est une personne... depuis le XXe siècle
    Lui qui aurait aimé être journaliste sportif - parce qu'à Toulon, le rugby, c'est quelque chose ! - choisirait sans hésiter pédopsychiatre, si c'était à refaire. Parce que dans ce métier, "on apprend toujours." La preuve, ce n'est que tout récemment que l'on sait que l'enfant est... une personne ! "L'enfant est une découverte du XXe siècle", écrit-il, c'est fini l'enfant-bouche-à-nourrir-et-à-évacuer-des-matières !"

     

    "Nous sommes la première génération à voir dans l'enfant une personne à part entière et nous ne pouvons plus ignorer que l'enfance est la matière même dont nous, adultes, sommes tissés."
    Marcel Rufo, "Dictionnaire amoureux de l'enfance et de l'adolescence"

     

    Marcel Rufo féministe
    Un autre chose à savoir sur Marcel Rufo ? Il est féministe, "grâce aux femmes qui m'ont entouré, ma grand-mère, ma mère, mon épouse, ma fille, mes cousines en Italie". Il va même jusqu'à dire : "À partir du moment où on a compris l'importance des femmes comment ne pas être égalitaire ? Comment ne pas les respecter dans leurs valeurs essentielles et dans la parité vers laquelle je tends ?" S'il avait des responsabilités politiques - ce qui n'arrivera pas, prévient-il - il donnerait à la mère un congé de six mois suivi d'un congé paternité de six mois aussi. "Vous verriez les enfants compétents que ça donnerai !"

     

    Entretien réalisé en décembre 2017

     

  • Il est des personnes sur terre qui ont la transmission, la passion de l’éducation chevillée au corps. C’est le cas de Jacques de Coulon. Ancien instituteur, professeur de philosophie puis proviseur et recteur du plus grand lycée de Fribourg en Suisse, le collège Saint-Michel, Jacques de Coulon a été un véritable précurseur.

    C’est lui qui a introduit le yoga et la méditation dans les écoles suisses dès la fin des années 70. Son père, ingénieur forestier, faisait pousser des cèdes au Liban. Son fils, Jacques, n’a eu de cesse durant sa vie professionnelle d’accompagner des jeunes, qui poussaient, tels des arbres, dans la vie, vers la maturité fédérale, selon le terme suisse établi. Un parallèle amusant.

    "Le rôle d’un éducateur c’est de faire germer, sortir un enfant de terre pour qu’il pousse. Un arbre a des racines et plus ses racines sont profondes, plus ses branches vont s’ouvrir vers le ciel. Sans enracinement dans une civilisation ou une tradition, l’être humain ne pourra pas se développer vers le haut" explique Jacques de Coulon.

  • De la photographie de mode à la spiritualité orthodoxe. Frère Jean a un parcours de vie pour le moins étonnant. Sous son vrai nom, Gérard Gascuel, il a vécu un début de carrière impressionnant en tant que photographe de mode et grand reporter. Il vit aujourd'hui au Skite Sainte-Foy, dans les Cévennes - le mot grec "skite" signifie : communauté religieuse, petit monastère.
     
    Photographe de mode
    Originaire des Cévennes, il monte à Paris à l'âge de 20 ans pour étudier l'art de la photographie à l'école Louis-Lumière. Il devient rapidement photographe de presse, et travaille pour les rubriques artistiques de différents journaux, pour la mode, et pour la publicité. Spécialiste de la métamorphose des visages, il organise plusieurs expositions à succès dans le monde entier, des États-Unis au Japon en passant par le Canada.

     


    ©RCF / Thierry Lyonnet - Frère Jean, fondateur du Skite Sainte-Foy

     

    Sa Conversion en Grèce
    Ceux qui l'ont perdu de vue seront surpris d'apprendre que Gérard Gascuel porte aujourd'hui le nom de Frère Jean. C'est lors d'un reportage en Grèce, qu'il est bouleversé profondément par la vie des moines sur place. C'est sur le mont Athos qu'il embrasse finalement cette vie de recueillement et de prière. Il partira ensuite dans le désert de Judée, en Terre sainte, au monastère Saint-Sabba, où il rencontre son père spirituel.
     

    ©Skite Sainte Foy

     

    Le Skite Sainte-Foy
    De retour en France, Frère Jean part s'occuper des jeunes en difficulté dans les quartiers nord de Marseille. Il fonde ensuite en 1993 la Fraternité Saint-Martin, une association d'artistes dont le but est de partager un art de vivre. 

    En 1996 il fonde le Skite Sainte-Foy, un lieu de retraite et de prière orthodoxe qui dépend de l'archevêché russe en Europe occidentale. Un endroit où différentes personnalités du monde artistique se retrouvent pour échanger, et s'y ressourcer, dans le silence. Frère Jean est finalement ordonné prêtre à la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky, à Paris, en 2006.

     

    Émission diffusée en mai 2019

     

  • Quelle différence entre randonnée et pèlerinage? L'expérience à laquelle nous initie Gaële de La Brosse n'a rien d'une promenade mais n'a pas pour objectif la performance physique. Ce qui compte ce n'est pas non plus le lieu vers lequel on va, mais comment on y va. Ce qui importe donc, c'est le chemin. Et même l'esprit du chemin. Elle vient de publier "Guide des chemins de pèlerinage" (éd. Presses de la Renaissance / Pèlerin), où elle décrit 35 des plus beaux itinéraires.
     
    "Aventure" vient du latin "ad ventura", qui signifie "être ouvert". Lâcher ses balises, ses sécurités, ses certitudes. Parfois, il n'y a pas besoin de partir loin pour être un pèlerin

     

    Être pèlerin, vivre l'esprit du chemin
    Jérusalem, Rome, Compostelle, Assise, Chartres, Fatima, le Mont-Saint-Michel, le Tro Breizh... C'est à se demander quelles routes Gaële de La Brosse n'a pas encore parcourues. La marche, elle l'a dans le sang comme les Bretons ont les pardons dans leur "ADN". L'enfant de Dirinon participait autrefois aux pardons de Rumengol, Sainte-Anne-d'Auray, la Pointe Saint-Mathieu ou La chapelle du Folgoat. Aujourd'hui elle ne cesse de partager cette passion qui l'anime. En avril dernier, elle a organisé le Forum des chemins de pèlerinage à Paris, dont RCF était partenaire.
     


     
    L'esprit du chemin, la rédactrice en chef du blog Chemins d'étoiles l'incarne et le cultive. Depuis qu'en 1986 elle a reçu "un choc" spirituel. C'était à Saint-Jacques de Compostelle. "Et là j'ai ressenti un choc très profond, comme si j'avais été frappée par la foudre, une sorte d'appel." Un appel à continuer la route, sans cesse. Même si dans les années 80 un grand nombre de routes n'étaient pas encore aussi balisées qu'aujourd'hui.

     


    ÉCOUTER ► Le pèlerin spirituel selon Jacqueline Kelen


     

    Marcher, une spiritualité de la route
    "Si je n'étais pas arrivée à Saint-Jacques comme ça un jour d'été je ne sais pas ce que serait devenu le petit grain de sénevé que j'ai reçu lors de mon baptême." Gaële de La Brosse a fait de la marche un cheminement spirituel, intérieur. "Ma foi, c'est la spiritualité de la route." En 2010 elle a dirigé la publication d'un "Guide spirituel des chemins de Saint-Jacques" (éd. Presses de la Renaissance), devenu un succès de librairie.
     

    ©YvesGIRAULT - Gaële de La Brosse sur les chemins de Saint-Yves

     
    Pourquoi pèlerinage et pas randonnée? "Ce qui fait la différence c'est le but, le cheminement." En amoureuse des mots, Gaële de La Brosse, aime revenir à leur racine. "Pèlerin", nous explique-t-elle, au sens propre du terme, vient de "peregrinus" et de "per ager": le pèlerin est "celui qui, littéralemment, traverse le champ pour aller au-delà de sa propriété". Quitter ses parents, sa patrie, sa famille pour renaître à soi et aux autres. Voilà qui est éminement biblique!

     


    ÉCOUTER ► Jean Humenry, le sens de la marche


     

    Quand la marche devient démarche
    Chaque année, ils sont des milliers à s'élancer sur les chemins de pèlerinage, mûs par le goût de l'effort, la soif spirituelle ou l'envie de changer de vie... Peu importe. Toutes les raisons sont bonnes pour se lancer sur le chemin. Jean-Christophe Rufin, dans "Immortelle randonnée" (éd. Gallimard, 2013) décrit les différentes étapes par lesquelles passe le marcheur. De la souffrance physique, comme une première prise de conscience de son être corporel, à une ouverture des sens, en passant par un sentiment de communion avec la nature.
     

    ©Marie-EdithLAVAL - Gaële de La Brosse sur le Sentier des oratoires, Forêt de Saint-Germain-en-Laye

     
    Ce qui compte c'est "le cheminement", nous dit Gaële de La Brosse. Et c'est souvent à notre insu, selon le rythme lent de la marche, que s'insinue dans les interstices de notre volonté et de nos efforts ce qui fait de nous un pèlerin. Cette façon d'être ouvert à l'autre, d'aller au-devant de soi, de percevoir que nos vies ne sont pas toutes tracées.
    "Aventure" vient du latin "ad ventura", qui signifie "être ouvert". "Lâcher ses balises, ses sécurités, ses certitudes...." Et parfois, il n'y a pas besoin de partir loin pour être un pèlerin. "Chaque chose qu'on vit, chaque événement qu'on vit peut être un pèlerinage. Élever ses enfants, aimer son compagnon ou sa compagne, travailler chaque jour, c'est aussi un pèlerinage."

     

    Entretien réalisé en juin 2017

     

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    Qui étaient les premiers hommes? Et qui ne s'est jamais posé la question? Pascal Picq, lui, en a fait son métier. Le paléoanthropologue,  ancien maître de conférences au Collège de France,  qui publiait en 2016  "Premiers hommes" (éd. Flammarion), y conte la plus formidable des aventures : l'origine de l'humanité.  On y apprend non seulement que "Non, l'homme ne descend pas du singe!" Et que Darwin n'aimait pas le mot "évolution". En 2019,  il publiait "Sapiens face à Sapiens" (ed. Flammarion)



     

    aborder un monde nouveau

    "Je suis né l'année de l'appel de l'abbé Pierre." Pascal Picq est né en 1954 de parents maraîchers à Gennevilliers, en région parisienne. "J'ai vu arriver ces immeubles qui se rapprochaient." Enfant, sa mère lui disait: "Je ne sais pas dans quel monde on va mais il faut travailler à l'école". Ce que Pascal Picq a fait puisque de physicien il est devenu paléoanthropologue, spécialiste du "grand passé" de l'humanité.

    À l'écoute, aussi, de son évolution, de la façon dont l'homme s'est adapté aux changements du monde. Il aime reprendre les propos de l'éthologue Nikolaas Tinbergen: "Nous abordons un monde nouveau avec un double passé, celui de notre espèce, ou notre culture, et notre propre passé à nous, celui que nous ont légué nos parents, notre milieu social et l'école."
     

    "regardez qui sont les singes!"
    Le groupe des hominoïdes, ceux qui nous ressemblent le plus, est apparu il y a 20 millions d'années en Afrique. Sous l'effet d'un réchauffement climatique vers 16 millions d'années, ce groupe s'est réparti en Afrique et sur les franges méridionales d'Europe et d'Asie. Le livre de Pascal Picq démarre il y a 13 milions d'années avec le grand singe Pierola, découvert en Espagne. "Au lieu de dire l'homme descend du singe, regardez qui sont les singes!"

    UNE EMISSION DIFFUSEE EN 2016

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    La France et l'Algérie sont liées par un passé commun douloureux, fait de guerres et de violences. Mais aussi de souvenirs d'amitié, pour beaucoup gravés à jamais dans les cœurs. Des relations complexes, paradoxales. "Le paradoxe est que s'il n'y avait pas eu la guerre, les autorités françaises ne seraient jamais venues dans nos hameaux, je n'aurais jamais rencontré les médecins qui m'ont soigné de la tuberculose - et qui m'ont sauvé la vie - et je n'aurais jamais rencontré ces braves bidasses qui m'ont appris à lire et à écrire." Slimane Zeghidour est un témoin fidèle, subtil, de cette histoire de nos deux pays. Il est aussi de ceux qui font avancer bénéfiquement le dialogue entre la France et l'Algérie. De ceux qui pansent des plaies. Il publiait en février 2017 "Sors la route t'attend" (ed.Les Arènes). 

     
    "Les camps de regroupement, le plus grand tabou de l'histoire de l'Algérie."

     

    "Et pourtant nous étions bien en France!"
    Le récit de Slimane Zeghidour s'ouvre sur le Djebel, cette frange montagneuse qui longe la côte algérienne sur 1 000 km. Un relief tourmenté, fait de replis, de grottes, de gorges, d'oueds. Mais pas une route, ni d'électricité. Là où est né Slimane Zeghidour en 1953, dans un hameau à six kilomètres d'Erraguène, "depuis le Néolithique, rien n'avait changé". Avec un brin de nostalgie, le grand reporter (il a travaillé pour Le Monde, Le Nouvel Observateur ou La Vie) se souvient du seul "élement de modernité" qu'il y avait dans son hameau : la lampe à pétrole.
     

    ©Pierre Hybre/MYOP

     

    Une page d'histoire méconnue
    À partir de 1957, l'état-major français a décidé de déplacer les populations de petite et de grande Kabylie. 2,5 millions de paysans déplacés dans quelque 1 000 camps de regroupement. "Ce n'était évidemment pas des camps de concentration pour tuer ces populations, mais pour nous soustraire à l'iunfluence du FLN."

    Pour Slimane Zeghidour, c'est là "le plus grand tabou de l'histoire de l'Algérie". Ses deux frères et sa sœur sont nés et décédés dans ce camp. Aujourd'hui éditorialiste à TV5 Monde, chercheur associé à l'IRIS, il est spécialiste des liens entre religion et géopolitique. Il considère que la France s'est alors "réveillée après 120 ans de négligence du Djebel" et "a misé sur nous plus d'efforts d'instruction et de soin qu'en 120 ans" d'histoire de colonisation en Algérie.

    UNE EMISSION DIFFUSEE EN MARS 2017