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  • La Marine française porte l’ambition de devenir une rĂ©fĂ©rence mondiale dans la maitrise des grands fonds marins oĂč reposent des cĂąbles stratĂ©giques. Pour maitriser ces espaces, depuis trois ans, les forces navales françaises dĂ©veloppent une capacitĂ© souveraine pour agir dans la profondeur des ocĂ©ans.

    D’une importance majeure, les grands fonds marins sont pourtant moins connus que la surface de la Lune. Et pour la Marine nationale, le rĂ©veil a sonnĂ© en 2007, quand un sous-marin russe a rĂ©ussi l’exploit de dĂ©poser Ă  l’aplomb du pĂŽle Nord, par 4 000 mĂštres de fond, un drapeau en Titane aux couleurs de la fĂ©dĂ©ration de Russie. Un vĂ©ritable signalement stratĂ©gique, se souvient le Contre-Amiral CĂ©dric Chetaille, coordinateur central pour la maitrise des fonds marins : « Un message qui voulait nous dire, c'est un espace commun, mais en fait, c'est un espace qui appartient Ă  ceux qui sont capables d'agir et d'intervenir Ă  cet endroit-lĂ  et de dire "moi, je suis capable de le faire, Vous, vous n'ĂȘtes pas encore capable de le faire". Donc aujourd'hui, on est en train de rattraper ce retard et on sera Ă  trĂšs court terme capable de faire le mĂȘme type de mission. »

    Objectif : 6 000 mĂštres de fond

    Pour accĂ©der aux grands fonds, la Marine nationale peut dĂ©jĂ  compter sur plusieurs robots autonomes pouvant descendre jusqu’à 2 000 mĂštres. Et Ă  court terme, dit CĂ©dric Chetaille, l’objectif est 6 000 mĂštres : « les 6 000 mĂštres correspondent Ă  une ambition et Ă  la vocation mondiale de la Marine française. On dĂ©ploie nos forces partout dans le monde. On est capable d'atteindre 97 % du plancher des ocĂ©ans quand on est capable d'aller Ă  6 000 mĂštres de fond. Pour pouvoir percer l'opacitĂ© de ce milieu-lĂ , il faut ĂȘtre Ă  quelques dizaines de mĂštres. Et quand on a la volontĂ©, avec un robot, d'ĂȘtre capable de ramasser, de sectionner, de rassembler, de nouer, d'agir, il faut maintenir ce robot Ă  quelques dizaines de centimĂštres de sa cible. »

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    Nature des sĂ©diments, variations du champ magnĂ©tique, cartographie : autant d’élĂ©ments qu’il faut maitriser et la vitesse des manƓuvres sous l’eau est Ă©galement un Ă©lĂ©ment clĂ©. « Le milieu sous-marin ne permet pas une communication continue avec l'engin, poursuit le contre-amiral CĂ©dric Chetaille. Rapidement, le drone va aller plus loin, plus profond. Il leur faut une autonomie dĂ©cisionnelle pour optimiser leur mission en fonction de ce qu'ils vont voir. AprĂšs la mission, quand on rĂ©cupĂšre le drone, il faut tout dĂ©charger rapidement pour pouvoir rĂ©orienter la mission suivante. Et c'est ce cycle d'observation par le drone, puis exploitation de la mission, dĂ©cision et orientation de la mission suivante qu'il faut mener le plus rapidement possible pour obtenir un cycle qui soit supĂ©rieur Ă  celui de nos adversaires. »

    Le Yantar: un navire espion russe taillé pour les grands fonds

    L’intensification de la compĂ©tition au large s’accompagne de nouvelles menaces sous la surface, cĂąbles de tĂ©lĂ©communications sectionnĂ©s accidentellement ou volontairement, la guerre hybride se joue aussi dans les grandes profondeurs.

    Et dans le collimateur des marines de l’Otan, il y a le navire espion russe Yantar, un bĂątiment souvent prĂ©sent le long des cĂŽtes europĂ©ennes. « Le navire russe Yantar, c'est un navire trĂšs intĂ©ressant parce que c'est un des trĂšs rares navires au monde qui est spĂ©cialisĂ© et qui est trĂšs moderne pour mettre en Ɠuvre des capteurs et des engins en toute discrĂ©tion et qui vont aller trĂšs profond, explique le contre-amiral CĂ©dric Chetaille. C'est un navire qu'on surveille, c'est un navire qu'on traque pour l'empĂȘcher de nuire Ă  nos intĂ©rĂȘts et de restreindre ce qu'on appelle notre libertĂ© de manƓuvre. Ça veut dire qu'on ne veut pas que l'usage potentiel des fonds marins Ă  partir d'un navire comme le Yantar ne nous contraigne. On peut imaginer que le Yantar militarise les fonds marins en disposant des capteurs, et ainsi dispose d'une meilleure connaissance des fonds marins que nous. Il faut donc aller observer le Yantar, aller dans les zones oĂč son activitĂ© nous semble suspecte et se donner les moyens de l'empĂȘcher de nous nuire. »

    Nouveau lieu de compĂ©tition, la maitrise des grandes profondeurs s’impose en particulier pour la France qui possĂšde le deuxiĂšme domaine maritime mondial. Mais c’est aussi un dĂ©fi technologique qui Ă  ce jour n’est Ă  la portĂ©e que de quelques marines.

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  • La rĂ©union s'est dĂ©roulĂ©e mardi 11 mars, en marge du « Paris Defence & Strategy Forum », Emmanuel Macron a Ă©changĂ© avec 30 chefs d’état-major de l’Union europĂ©enne et de l’Otan dont le Royaume-Uni et la Turquie. Un format de rencontre Ă  huis clos singulier pour les chefs militaires qui ont abordĂ© les garanties de sĂ©curitĂ© Ă  apporter Ă  l’Ukraine dans la perspective d’un cessez-le-feu. Les entretiens ont Ă©galement portĂ© sur le rĂ©armement nĂ©cessaire de l’Europe, qui face aux bouleversements stratĂ©giques, est Ă  la croisĂ©e des chemins.

    Trente chefs d’état-major autour d’une table, ce n’est pas courant et cela souligne la crainte que fait peser la Russie. L’Europe, mise au ban des nĂ©gociations amĂ©ricaines et russes, saisit l’opportunitĂ© offerte par Paris cette semaine pour faire entendre sa voix et sa position : pas question de lĂącher l’Ukraine. La sĂ©curitĂ© de l’Europe est en jeu, mais pour y parvenir, il faut ĂȘtre crĂ©dible, plaide le gĂ©opolitologue Nicolas Tenzer : « C'est soit la dĂ©faite, soit la victoire. On est malheureusement dans une situation de tout ou rien. Ça veut dire rĂ©armer, rĂ©armer, rĂ©armer et se mettre en capacitĂ© de remplacer en quelque sorte les États-Unis dĂ©faillants. Et lĂ  aussi, faisons trĂšs attention aux discours de propagande. Il ne s'agit pas d'une guerre entre l'OTAN et la Russie. Ni de la 3ᔉ Guerre Mondiale, mais c'est vĂ©ritablement conventionnellement ĂȘtre capable de rĂ©sister et Ă  un moment de repousser les forces russes en dehors des territoires qui ne lui appartiennent pas. »

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    L’Europe ne doit pas dĂ©crocher dans le domaine spatial

    AprĂšs les chefs d’état-major, cinq ministres de la DĂ©fense : polonais, italien, allemand, britannique et français - rĂ©unis en format E5 Ă  Paris - ont dessinĂ© les contours d’un rĂ©armement de l’Europe et des trous capacitaires Ă  combler. C’est ce qu’a martelĂ© mercredi aux cĂŽtĂ©s de ses homologues, SĂ©bastien Lecornu ministre français des ArmĂ©es : « Le premier, c'est Ă©videmment la dĂ©fense Sol-Air, c'est un des Ă©lĂ©ments importants du retour d'expĂ©rience, non seulement de la guerre en Ukraine, mais aussi de ce qui se passe aux proches et au Moyen-Orient. Cela vaut pour le haut du spectre, jusqu'Ă  la lutte antidrones. Des initiatives capacitaires sont sur la table, mais on le sait, elles sont trop longues. La 2ᔉ, c'est Ă©videmment la question du spatial, sur lequel le risque de voir l'Europe dĂ©crocher est un risque immense. Il y a aussi la dĂ©pendance Ă  Starlink. Et puis enfin des autres questions liĂ©es aux munitions, liĂ©es Ă  ce qu'on appelle l'alerte avancĂ©e. L'alerte avancĂ©e, c'est la capacitĂ© souveraine de constater un dĂ©part de missile venu de Russie ou d'Iran, la comprĂ©hension de cette menace est un des sujets sur lesquels nous devons avancer. »

    Deux positions doctrinales qui se percutent

    Face Ă  un possible dĂ©sengagement amĂ©ricain, l’Europe doit bĂątir son autonomie stratĂ©gique, concept cher Ă  la France. Deux transitions doctrinales doivent dĂ©sormais se croiser, souligne David Behar, directeur adjoint du centre d’Analyse, de prĂ©vision et de stratĂ©gie au quai d’Orsay, « Il s'agit de passer d'une autonomie stratĂ©gique nationale Ă  une autonomie stratĂ©gique nationale couplĂ©e Ă  un effort spĂ©cifique sur les coopĂ©rations europĂ©ennes. Mais il y a encore un changement de paradigme Ă  faire cĂŽtĂ© français qui n'est pas simple, qui est d'arriver Ă  penser les cycles d'acquisition d'Ă©quipements, les cycles de programmation en coopĂ©ration avec un certain nombre de partenaires europĂ©ens. Et c'est ce dĂ©fi qui attend la France. Du cĂŽtĂ© de nos partenaires europĂ©ens, c'est un autre dĂ©fi qui est d'accepter l'idĂ©e d'une prĂ©fĂ©rence europĂ©enne et un peu moins systĂ©matiquement avec le partenaire amĂ©ricain. »

    Le bouleversement stratĂ©gique oblige l’Europe Ă  accĂ©lĂ©rer : dans les deux prochaines semaines, 15 ministres de la DĂ©fense europĂ©ens se rĂ©uniront avec l’ambition de porter une nouvelle architecture de sĂ©curitĂ©.

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  • Mercredi 5 mars, aprĂšs l’annonce du gel de l’aide militaire amĂ©ricaine, le chef de la CIA John Ratcliffe a « mis en pause » le partage de renseignement avec Kiev. Le renseignement amĂ©ricain Ă©tait pourtant essentiel Ă  la conduite des opĂ©rations sur un champ de bataille particuliĂšrement transparent. La fin de l’aide amĂ©ricaine dans ce domaine crucial laissera un vide difficile Ă  combler.

    Pour Kiev, le coup est rude : les forces ukrainiennes ont Ă  la fois perdu l’apport en matĂ©riels stratĂ©giques, Ă  l’instar de la dĂ©fense sol-air avec l’emblĂ©matique systĂšme Patriot, l’artillerie longue portĂ©e avec les Himars, mais surtout, elles ont perdu l’accĂšs au renseignement, vĂ©ritable clĂ© de leur efficacitĂ©, souligne Philippe Gros de la Fondation pour la recherche stratĂ©gique.

    « Le moins visible, explique-t-il, c'est le renseignement, et pourtant il est Ă©norme : c'est-Ă -dire l'appui renseignement aux forces ukrainiennes, et notamment l'appui renseignement qui leur permet de planifier leurs feux dans la profondeur. Le renseignement amĂ©ricain a servi directement Ă  appuyer la planification du ciblage effectuĂ©e par les Ukrainiens dans la profondeur du dispositif russe, ça c'est sĂ»r. Alors attention, les AmĂ©ricains n’ont pas Ă©tĂ© les seuls Ă  en fournir. Mais la machine du renseignement amĂ©ricaine Ă©tait telle que dans ce domaine, vous avez un Ă©cart Ă©norme avec les productions des autres alliĂ©s. »

    Des conséquences immédiates sur le champ de bataille

    Les frappes ukrainiennes sur les concentrations d’hommes et de matĂ©riels ont permis d’entraver les offensives russes. Sans renseignement, les consĂ©quences se feront sentir trĂšs rapidement, note Vincent Tourret, chercheur Ă  l’universitĂ© de MontrĂ©al : « L'absence d'une aide amĂ©ricaine de renseignement va surtout avoir un impact en termes de dĂ©lai du ciblage. C'est-Ă -dire qu'au lieu d'avoir une frappe rĂ©active en cinq minutes - on parle de frappe dynamique - lĂ  les frappes ukrainiennes risquent d'avoir un temps de latence un peu plus Ă©levĂ©. Mais ce n’est pas insurmontable, parce que les Ukrainiens sont toujours trĂšs inventifs, ils ont plein de capteurs assez alternatifs pour compenser le manque d'aide amĂ©ricaine. »

    La perte problématique de la constellation Starlink

    Et l’alternative pourra venir de Paris, qui a indiquĂ© cette semaine fournir du renseignement aux Ukrainiens. Du renseignement spatial pour avoir une image prĂ©cise et en temps rĂ©el du champ de bataille et du renseignement Ă©lectromagnĂ©tique pour obtenir des indications sur les activitĂ©s aĂ©riennes.

    En revanche, il sera plus difficile de compenser le retrait du systĂšme de communication amĂ©ricain, pointe Vincent Tourret. « Les Ukrainiens dĂ©pendent quand mĂȘme trĂšs fortement de Starlink [le rĂ©seau satellitaire de communication appartenant Ă  Elon Musk, NDLR], poursuit-il. LĂ  encore, ça n’est pas rĂ©dhibitoire, mais encore une fois, ce sont des latences supplĂ©mentaires. L'avantage de Starlink, c'est que ça vous donne un internet du champ de bataille aisĂ©ment dĂ©ployable, avec un temps de dĂ©ploiement qui n’excĂšde pas cinq minutes. L'objet est trĂšs ergonomique, donc en plus la prise en main est facile. Il existe d'ailleurs d'autres constellations qui sont moins sophistiquĂ©es. Le champ de bataille est quand mĂȘme assez positionnel, donc mĂȘme s'il y a une perte de l'internet maintenant, il faut bien imaginer que les Ukrainiens, comme les Russes d’ailleurs, ont de la fibre optique, ont des fils tĂ©lĂ©phoniques, ont plein d'autres moyens de communication. Mais Starlink, c'Ă©tait un peu la crĂšme de la crĂšme des COM et ça leur permettait de pallier beaucoup de problĂšmes. [Ce retrait] rend les choses plus complexes pour les Ukrainiens, mais ça ne sera pas synonyme d'un effondrement de la ligne de front. »

    Pas d’effondrement du front, plutĂŽt un rĂ©Ă©quilibrage en faveur de Moscou. Car avec le retrait amĂ©ricain du renseignement et des communications disparaĂźt une partie de l’excellence tactique des forces ukrainiennes. Washington impose un frein Ă  l’efficacitĂ© opĂ©rationnelle. C’est le cadeau de la Maison blanche au Kremlin.

  • Il signe l’appartenance Ă  une armĂ©e, vĂȘtement du quotidien, le treillis de l’armĂ©e française fait sa mue et sa rĂ©volution. Fini les treillis « dĂ©sert » bien jaune, ou les treillis « centre Europe » bien verts, place dĂ©sormais au BME pour « bariolage multi-environnement » : un seul vĂȘtement pour tous les environnements, aux couleurs soigneusement choisies.

    Rediffusion du 26 janvier 2025.

    C’est une alternance de grandes et petites taches brisĂ©es, avec un panachage de vert, un soupçon de kaki, et un fond brun dit « Terre de France ». TrĂšs utile ce « terre de France » insiste le commandant StĂ©phane, le doigt sur le nouveau treillis qu’il porte, il est responsable du programme BME au sein de la section technique de l’armĂ©e de terre : « Il y a un peu de marron, un peu de brun, on appelle ça le 'brun terre de France', qui est la couleur majoritaire et qui est celle qui fusionne Ă  la distance de portĂ©e des tirs. »

    Il y a aussi du blanc, une premiÚre. « Absolument, d'ailleurs le blanc, vous le voyez sur trÚs peu de treillis dans le monde. C'est un petit peu une caractéristique du BME. Le blanc, il apporte en fait un contraste trÚs fort, le blanc c'est un petit peu le reflet du soleil sur une feuille dans la lisiÚre. Les contrastes que nous donnent les couleurs donnent du relief et permettent cette adaptation à un plus grand nombre d'environnements. »

    Du blanc mais pas de noir

    Du blanc donc, mais cette fois pas de noir, « Le prĂ©cĂ©dent treillis fusionnait en noir et le noir dans la nature, il n'existe pas. À l'Ă©tat naturel en tout cas. Et c'est la couleur qui a le plus fort signalement aux infrarouges et mĂȘme Ă  l'Ɠil nu, donc il a Ă©tĂ© retirĂ©. C'Ă©tait en fait une faiblesse technique pour le Centre Europe. »

    Simplifier la logistique

    Un treillis Ă  la place de deux, l’objectif est donc de simplifier la logistique. Et pour y parvenir six ans d’études et de tests auront Ă©tĂ© nĂ©cessaires, souligne le commissaire en chef Nicolas, chef de la division Habillement au sein des armĂ©es, « Oui, ça prend du temps parce que par exemple, le blanc pour avoir cet effet de dissimulation, il est difficile Ă  mettre au point puisque le tissu est assez technique. Il incorpore des fibres d'aramide, qui donne une protection au feu, on dit que le treillis est thermostable. Ensuite, on a la phase d'approvisionnement du tissu. On a dĂ» en commander 3,5 millions de mĂštres linĂ©aires. Et une fois qu'on a approvisionnĂ© le tissu et qu'on l'a contrĂŽlĂ© pour vĂ©rifier qu’il prĂ©sentait toutes les caractĂ©ristiques demandĂ©es par les armĂ©es, on le donne Ă  d'autres types d'industriels qui vont nous confectionner les tenues. Ce qui a Ă©tĂ© important pour nous, c'est d'avoir le temps de constituer un stock suffisant pour qu'ensuite la manƓuvre de distribution se passe de façon fluide et pilotĂ©e. Une fois que le bouton 'ON' a Ă©tĂ© enclenchĂ©, ça ne s'arrĂȘte jamais ! »

    Le chef d’état-major des armĂ©es sera le dernier Ă  percevoir le sien

    Quelque 750 000 treillis ont Ă©tĂ© commandĂ©s. Deux industriels français et une sociĂ©tĂ© belge produisent le tissu qui est ensuite coupĂ© en Bulgarie, avec quelques modifications, indique le commandant StĂ©phane : « On a rajoutĂ© de l'ergonomie au treillis F 3 tel qu'il avait Ă©tĂ© conçu initialement. Tout d'abord, dans la poche de poitrine, plutĂŽt que d'avoir du tissu en fond de poche, nous avons mis un tissu Mesh, c'est un tissu qui est aĂ©rĂ©. Ensuite, nous avons rajoutĂ© une poche qui se superpose Ă  la poche cargo que nous avons sur la cuisse. Cette nouvelle poche s’ouvre verticalement, lorsque nous avons un genou Ă  terre, nous pouvons accĂ©der Ă  cette poche et rĂ©cupĂ©rer une checklist ou un message Ă  envoyer, sans avoir besoin de se relever pour aller le rĂ©cupĂ©rer ».

    Ce treillis BME sera en dotation pour au moins trente ans. Les troupes en opĂ©ration seront les premiĂšres Ă©quipĂ©es et comme le veut la tradition : le chef d’état-major des armĂ©es sera le dernier Ă  percevoir le sien.

  • AprĂšs trois ans de guerre, les combats d’artillerie et les tentatives de percĂ©es ont laissĂ© place Ă  un affrontement par drones. L’usage massif des drones aĂ©riens bouleverse dĂ©sormais les doctrines militaires classiques et rend difficile une guerre de mouvement.

    L’Ukraine produit 10.000 drones aĂ©riens par jour, et elle en consomme presque autant
 Le volume est vertigineux. Sur la ligne de front, les drones pullulent, avec pour consĂ©quence de rendre transparent le champ de bataille et illusoire la concentration d’hommes et de matĂ©riels. Les Russes qui, ces derniers mois, ont repris l’initiative, ont dĂ» s’adapter, analyse Jean-Christophe NoĂ«l, chercheur associĂ© Ă  l’Ifri, Institut français des relations internationales : « Ce qu’ils vont privilĂ©gier, ce sont des assauts avec un nombre trĂšs rĂ©duit de soldats. Avec peut-ĂȘtre trois Ă  quatre soldats, de prĂ©fĂ©rence motorisĂ©s pour aller un petit peu plus vite et essayer d'Ă©chapper justement Ă  tous ces drones. Ils vont ainsi s'infiltrer, prendre position et essayer de tenir en attendant des renforts. Et donc ils vont ainsi rĂ©ussir Ă  modifier, par des petits sauts, les lignes de front et progressivement Ă  grignoter, grignoter, grignoter. »

    Les drones «First Personal Viewer»

    Au dĂ©but du conflit, l’armĂ©e russe a Ă©tĂ© surprise par l’afflux massif des drones, elle a depuis comblĂ© son retard, mais deux approches diffĂ©rentes ont initialement vu le jour. « Les Russes ont dĂ©veloppĂ© des drones qui valaient beaucoup plus cher, poursuit Jean-Christophe NoĂ«l, les drones russes Ă©taient des drones sophistiquĂ©s qui valent 30.000 dollars, alors que les Ukrainiens maintenant utilisent des FPV — les First personal viewer – ce sont des drones qui coĂ»tent moins de 1000 dollars, mais qui sont trĂšs consommables. S’ils en perdent un, c'est pas trĂšs grave, il y en a toujours un qui fera le travail.

    On s'aperçoit que progressivement les Russes arrivent un petit peu aussi à décentraliser ces productions pour essayer de copier ce qui se fait de mieux chez les Ukrainiens. Et les Ukrainiens à l'inverse ont remarqué toutes les attaques de drones russes avec les Shahed iraniens. Eux aussi commencent à développer des drones qui leur permettent d'attaquer à l'intérieur de la Russie. Chacun essaie donc de réagir, mais encore une fois avec deux modÚles différents, un modÚle chez les Russes qui au départ est trÚs centralisé, voir trop centralisé, et chez les Ukrainiens, quelque chose qui est trÚs décentralisé, voire trop décentralisé. »

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    Un effet miroir

    Dans un systĂšme oĂč l’innovation est reine, l’écueil principal c’est la production des drones. Comment passer Ă  l’échelle dans la fabrication de drones aĂ©riens toujours plus complexes ?

    « Les jeunes Ukrainiens arrivent Ă  trouver des solutions pour compenser certaines faiblesses. Et c'est pour ça qu'on a vu une multitude de drones apparaĂźtre, qui remplissent des fonctions trĂšs diverses. Évidemment, c'est pour voir, Ă©videmment c'est pour dĂ©truire ; mais parfois c'est pour aussi servir de relais. C'est aussi pour essayer de dĂ©tecter diffĂ©rents capteurs ou mĂȘme des tentatives pour essayer d'abattre d'autres drones, etc. Donc, on est vraiment dans un processus trĂšs dĂ©centralisĂ©, oĂč on a du mal Ă  passer Ă  l'Ă©chelle. C'est-Ă -dire que finalement des initiatives locales ont du mal Ă  ĂȘtre gĂ©nĂ©ralisĂ©es. Chez les Russes, c'est l'inverse, la porositĂ© avec l'armĂ©e est plus compliquĂ©e, et donc souvent ils rĂ©agissent au bout d'un ou deux mois Ă  certaines innovations. Ça oblige les Ukrainiens Ă  penser en permanence cette innovation. Et on voit des deux cĂŽtĂ©s, un effet miroir, quand il y a une solution qui marche bien, le camp adverse va tout de suite l'adopter. »

    Produire en masse, le sujet est devenu brĂ»lant dans les Ă©tats-majors europĂ©ens, les militaires plaident pour l’émergence de champions, des entreprises de dĂ©fense capables de produire des drones ultra-novateurs, en quantitĂ© industrielle.

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  • L'Otan place l’intelligence artificielle au cƓur des systĂšmes de dĂ©cision militaire. À l’occasion du sommet de Paris, qui s’est tenu cette semaine, Lignes de dĂ©fense a pu rencontrer l’amiral français Pierre Vandier, commandant suprĂȘme alliĂ© pour la transformation de l'Otan. Pour l’Alliance atlantique, l'IA est dĂ©jĂ  une rĂ©alitĂ© au quotidien.

    En matiĂšre d’innovation technologique, l’Otan a l’ambition de tirer les alliĂ©s vers le haut, et Ă  Norfolk, quartier gĂ©nĂ©ral du Commandement alliĂ© Transformation (ACT), les premiĂšres intĂ©grations, les premiers outils d’intelligence artificielle, nous dit l’amiral Vandier, sont dĂ©jĂ  en place. « Sur nos rĂ©seaux, NATO secret et NATO Unclassified, on a des outils d'intelligence artificielle, donc, au quotidien, on l'utilise pour la production documentaire, pour rĂ©sumer des papiers, pour naviguer dans l'immense rĂ©seau documentaire de l'Otan. Et donc ça nous permet d'aller beaucoup plus vite. Donc, on se forme, on a un "monthly package" comme on dit en anglais, donc, tous les mois, on reçoit un mail avec un certain nombre de liens, des podcasts, des vidĂ©os, et puis on a trois sessions par an oĂč tous les officiers gĂ©nĂ©raux sont formĂ©s ».

    Une formation à l’IA obligatoire

    Personne n’échappe Ă  l’IA, Ă  ses applications militaires qui viennent accĂ©lĂ©rer le temps. « Un travail qui demande une journĂ©e peut finalement se faire en une heure. On va pouvoir produire beaucoup plus de contenu intĂ©ressant, pertinent, donc c'est une rĂ©volution des Ă©tats-majors. AprĂšs, vous avez l’IA qui est embarquĂ©e et on voit arriver aujourd'hui, grĂące aux capacitĂ©s de l'edge computing, des solutions embarquĂ©es, dites trĂšs frugales, qui n'ont pas besoin des "big data centers". Ça tourne sur votre tĂ©lĂ©phone. On voit ça arriver dans les systĂšmes d'armes, dans les systĂšmes d'adaptation. Votre systĂšme va vous proposer la meilleure solution possible compte tenu de l'environnement ».

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    Baltic Sentry, premiĂšre opĂ©ration dopĂ©e Ă  l’IA

    L’intelligence artificielle sera d’ailleurs bientĂŽt intĂ©grĂ©e dans les opĂ©rations de l’Otan, et d’abord en mer Baltique.

    PremiĂšres expĂ©rimentations avec Baltic Sentry, l’opĂ©ration de l’Otan menĂ©e en ce moment mĂȘme pour protĂ©ger les cĂąbles sous-marins et les conduites de gaz stratĂ©giques en Baltique. Des infrastructures menacĂ©es, risque de sabotage, Moscou est pointĂ© du doigt. Mais les Marines de l’Alliance Atlantique ne peuvent surveiller chaque kilomĂštre du rĂ©seau, l’IA est donc un prĂ©cieux atout. Elle sera d’abord dĂ©ployĂ©e sur deux navires Ă  la fin du mois, puis, prĂ©cise l’amiral Vandier sur 10 bateaux de l’Otan d’ici l’étĂ© : « On va rassembler les donnĂ©es acquises par les navires de surface, avec une flotte de drones de surface, et on va faire tourner des routines IA qu'on a dĂ©jĂ  expĂ©rimentĂ©es. On va pouvoir produire une situation de surface augmentĂ©e avec des alertes, avec des systĂšmes qui vont dire, c'est lĂ  qu'il faut regarder. C'est lĂ  qu'il s'est passĂ© des choses bizarres. De maniĂšre Ă  ce qu'ensuite la partie action puisse ĂȘtre orientĂ©e correctement. Le but, c'est que ce soit en temps rĂ©el, c'est-Ă -dire qu'effectivement, vous avez tout ce flux de donnĂ©es qui vient et quand vous avez par exemple des bateaux qui se rencontrent alors qu’ils ne devraient pas se rencontrer, des anomalies sur la vitesse, des gens qui coupent leur AIS, le systĂšme de positionnement radio. À ce moment-lĂ , on a des alertes qui sortent et on peut directement intervenir, plutĂŽt que de se poser la question dix jours aprĂšs ».

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    L’enjeu de l’interopĂ©rabilitĂ©

    Face Ă  des compĂ©titeurs de plus en plus hostiles, l’Otan s’engage donc dans une course technologique dopĂ©e Ă  l’IA oĂč les enjeux sont importants, surtout en matiĂšre d’interopĂ©rabilitĂ©, Pierre Vandier : « Les impĂ©ratifs, c'est faire que les 32 alliĂ©s puissent travailler ensemble avec une confiance dans les donnĂ©es, dans leur utilisation, avec des rĂšgles d'engagement qui soient comprises par tous, et puisque les flux de donnĂ©es qui sont produits par les diffĂ©rents alliĂ©s puissent se mĂ©langer et participer Ă  la mĂȘme situation ».

    L’alliance Atlantique n’a pas d’armĂ©e, elle agrĂšge les forces des alliĂ©s, des forces aux formats capacitaires contraints, l’intelligence Artificielle sera donc, peut-ĂȘtre pour l’Otan, un moyen de garder une longeur d’avance.

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  • Coup d’envoi, ce lundi 10 fĂ©vrier, Ă  Paris, du Sommet mondial sur l’intelligence artificielle. Tous les projecteurs seront braquĂ©s sur les applications et les nouveaux acteurs de ce secteur rĂ©volutionnaire. Si les champs de bataille ne sont pas encore peuplĂ©s de robots tueurs, les algorithmes d’intelligence artificielle se font une place sans cesse grandissante dans les systĂšmes d’armes.

    Radars hyper-adaptifs nourris au deep learning, cartographie, acquisition de cibles, partage automatisĂ© d’information et drone d’attaques construit autour d’un logiciel dopĂ© Ă  l’IA... la guerre d’Ukraine sert de laboratoire. L’agence ministĂ©rielle de l’IA de dĂ©fense, l’Amiad, crĂ©Ă©e en 2024 a pour mission de permettre Ă  la France de maĂźtriser souverainement l’intelligence artificielle de dĂ©fense, pour « ne pas ĂȘtre en retard d’une guerre », dit son directeur Bertrand Rondepierre :« La guerre en Ukraine, c'est quand mĂȘme un laboratoire en matiĂšre de drones justement. Il y a Ă©normĂ©ment de choses qui sont en train de s’y faire en matiĂšre d'autonomie, d'accomplissement de mission, Ă  la fois sur de la reconnaissance et aussi sur des munitions tĂ©lĂ© opĂ©rĂ©es, donc des drones qui font ensuite des frappes. C'est un constat que la guerre Ă©volue. On est vraiment sur une mutation, par exemple avec une massification de drones Ă  bas coĂ»ts versus des gros objets trĂšs chers, ce n'est pas que l'un soit supĂ©rieur Ă  l'autre mais c'est une question qui se pose et donc ça, c'est une mutation qu'il faut prendre en compte et qu'il faut suivre ».

    HX-2 un drone dopĂ© Ă  l’IA

    Helsing, jeune pousse française a ainsi dĂ©veloppĂ© l’HX-2 un nouveau type de drone d’attaque, capable de dĂ©truire avec prĂ©cision des objectifs d’artillerie ou encore des blindĂ©s tout en rĂ©sistant aux brouillages adverses, l’entreprise, nous dit son fondateur Antoine de Braquilanges, a rĂ©pondu Ă  l’appel du gĂ©nĂ©ral ukrainien Valeri Zaloujny pour obtenir de ces entreprises venues du civil, une percĂ©e technologique, « L'entreprise (Helsing) a annoncĂ© un certain nombre de partenariats et de contrats pour les Ukrainiens, pour offrir finalement aux Ukrainiens cette masse Ă  bas coĂ»ts, c'est-Ă -dire un grand nombre d'objets produits rapidement, dont le prix unitaire finalement est assez faible, mais qui est augmentĂ© avec de l'IA et qui est donc rendue un peu plus d'intelligence. Ce paradigme est fondamentalement nouveau par rapport Ă  des approches de dĂ©veloppement capacitaire de trĂšs long terme oĂč on dĂ©ploie et oĂč on dĂ©veloppe des plateformes trĂšs complexes, sur spĂ©cifiĂ©es, et en fait finalement assez peu agiles en termes de dĂ©veloppement logiciel et d’IA ».

    Repenser l’art de la guerre

    L’IA remodĂšle l’art de la guerre et s’impose comme l’alliĂ©e indispensable face au dĂ©luge d’informations dont disposent les armĂ©es. L’IA offre donc plus de vĂ©locitĂ© mais pas seulement, indique Marc de Fritsch directeur de MASA leader mondial des logiciels pour l’entrainement des État-major : « AccĂ©lĂ©rer la dĂ©cision, mais c'est aussi proposer d'autres solutions et c'est de tester les solutions. C'est lĂ  Ă  mon avis, qu’est le plus gros enjeu parce que on peut gagner du temps, mais finalement si on arrive au mĂȘme rĂ©sultat, bon, on va juste gagner du temps. Le fait par exemple, d’avoir une simulation connectĂ©e au systĂšme d’information et de commandement et de pouvoir tester la solution que l'on envisage dans une simulation et de la rĂ©injecter dans les systĂšmes de commandement, lĂ  c'est un Ă©norme avantage ».

    Les solutions existent, restent Ă  les concrĂ©tiser, notamment pour produire en masse des drones Ă©quipĂ©s d’IA souligne Antoine de Braquilanges. Les entreprises de l’IA de dĂ©fense plaident donc pour la crĂ©ation d’un « Airbus » du secteur, ce sera l’un des enjeux du sommet de Paris, « Comment est-ce qu'on fait pour se prĂ©parer Ă  ça ? Comment est-ce qu'on passe Ă  l'Ă©chelle industrielle ? Quel modĂšle de production et de supply chain logistique met on en place pour ĂȘtre capable de monter en cadence de production de ces drones par milliers ? Comment le faire Ă  l'Ă©chelle europĂ©enne ? Tout cela relĂšve d’une volontĂ© de politique industrielle. Nous, on pense qu'on a des solutions. Aujourd'hui, on a des projets chez Helsing qui proposent des solutions souveraines au niveau national, mais sur un modĂšle europĂ©en, pour que le jour J on puisse produire Ă  l'Ă©chelle industrielle, des objets en toute autonomie stratĂ©gique ».

    Les entreprises d’IA de dĂ©fense plaident donc pour la crĂ©ation d’un « Airbus » du secteur, et ce sera d’ailleurs l’un des enjeux du sommet de Paris.

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  • L'armĂ©e française a rĂ©trocĂ©dĂ© jeudi sa derniĂšre base militaire Ă  l'armĂ©e tchadienne. Le dĂ©part du camp Kossei de Ndjamena, vient boucler une prĂ©sence militaire française historique au Tchad.

    Cent cinquante ans d’une prĂ©sence militaire continue.

    1885, c’est « la course aux clochers » selon la formule de l’époque, rappelle l’historien Christian Bouquet, trois colonnes militaires françaises s’élancent alors Ă  travers l’Afrique, « Une qui partait du sud, une qui partait de l'ouest et du SĂ©nĂ©gal et l'autre qui partait du nord, c'est-Ă -dire d'AlgĂ©rie. Et c'est celle qui venait d'AlgĂ©rie qui a rejoint les autres, d'abord au niveau du Lac Tchad et ensuite au niveau de la bourgade qui allait devenir Ndjamena, aprĂšs s'ĂȘtre appelĂ©e Fort-Lamy. C'est cette derniĂšre colonne en fait, qui avait Ă©tĂ© impressionnĂ©e par les fameux guerriers du dĂ©sert. Alors Ă  partir de lĂ , il y a eu une certaine admiration pour ces gens qui se battaient et qui n'avaient pas peur de mourir ».

    Le préfet-méhariste Jean Chapelle

    Des dĂ©cennies durant, Lieutenants et capitaines français, vĂ©ritable colonne vertĂ©brale d’une administration coloniale, vont façonner l’immense territoire tchadien et l’indĂ©pendance, dit Christian Bouquet, n’y changera rien, « AprĂšs l'indĂ©pendance de 1960 et pendant trois ans, toute l'immense rĂ©gion nord du Tchad, c'est-Ă -dire le Borkou-Ennedi-Tibesti, avait comme prĂ©fet un colonel français, le colonel mĂ©hariste Jean Chapelle. Et puis ensuite, assez rapidement, Ă  la fin des annĂ©es 60, l'instabilitĂ© Ă©tait grande et on a fait revenir cette fameuse mission de rĂ©organisation administrative en 1969. C'est le gĂ©nĂ©ral De Gaulle qui a accĂ©dĂ© Ă  la demande de Tombalbaye (François Tombalbaye, dit Ngarta Tombalbaye, 1er prĂ©sident de la RĂ©publique du Tchad) et on a renvoyĂ© des administrateurs coloniaux, souvent dans leurs anciens postes, pour essayer de rĂ©tablir l'ordre ».

    Le Tchad va servir de creuset Ă  l’armĂ©e française

    OpĂ©ration Bison, Tacaud puis Manta contre la Libye du Colonel Kadhafi. Les opĂ©rations extĂ©rieures au Tchad se multiplient dans les annĂ©es 70. De 1984 Ă  2013 l’opĂ©ration Épervier, la plus longue, fut dĂ©cidĂ©e pour protĂ©ger les rĂ©gimes d'HissĂšne HabrĂ© et d'Idriss DĂ©by face aux groupes rebelles. Le Tchad au centre du grand jeu, mĂȘme l’opĂ©ration Barkhane au Sahel avait son État-Major Ă  Ndjamena. Tous les officiers français y sont passĂ©s se souvient le Colonel des troupes de Marine Peer de Jong : « Le Tchad, c'est une partie de ma jeunesse ! Mais aussi la jeunesse de tous les officiers français. La professionnalisation de l'armĂ©e française vient en partie des combats de 1969 au Tchad, parce qu'on avait la LĂ©gion Ă©trangĂšre, mais il y avait des besoins, donc il a fallu professionnaliser une partie de l'armĂ©e française, dont le 3e rĂ©giment d'infanterie de Marine. Et donc cette construction autour de Tchad a fait qu'Ă©videmment l'histoire de l'armĂ©e française s'est inscrite dans l'histoire du Tchad. Il y a un vrai attachement, et puis c’est un pays magnifique. En plus, le nord, le sud, vous faites 100 km, vous avez un paysage diffĂ©rent ! En termes gĂ©ostratĂ©giques, on voit bien que le Tchad est dĂ©terminant, qui est au Tchad, peut rayonner dans l'ensemble de l'Afrique. On voit bien l'utilitĂ© pour l'armĂ©e française d'ĂȘtre prĂ©sent au Tchad ».

    Une relation étroite entre les deux armées

    Entre le Tchad et l’armĂ©e française, c’est une histoire intime relĂšve l’historien Christian Bouquet, « C'est quelque chose qui relĂšve de l'Ă©motion. Il y a tellement eu d'opĂ©rations et d'interventions militaires françaises sur ce territoire, qui en plus est un territoire gĂ©ographiquement trĂšs attachant avec cette zone sahĂ©lienne et toute cette zone saharienne. Depuis que le commandant Lamy Ă©tait mort sur les bords du fleuve Chari, il y a toute une mythologie qui fait que les militaires français ont un petit coup au cƓur ».

    L’armĂ©e tchadienne est la plus efficace de la rĂ©gion assurent les officiers français, prĂȘts Ă  ouvrir un nouveau chapitre de la relation militaire franco-tchadienne, qui pour la premiĂšre fois se fera sans prĂ©sence permanente.

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  • Il signe l’appartenance Ă  une armĂ©e, vĂȘtement du quotidien, le treillis de l’armĂ©e française fait sa mue et sa rĂ©volution. Fini les treillis « dĂ©sert » bien jaune, ou les treillis « centre Europe » bien verts, place dĂ©sormais au BME pour « bariolage multi-environnement » : un seul vĂȘtement pour tous les environnements, aux couleurs soigneusement choisies

    C’est une alternance de grandes et petites taches brisĂ©es, avec un panachage de vert, un soupçon de kaki, et un fond brun dit « Terre de France ». TrĂšs utile ce « terre de France » insiste le commandant StĂ©phane, le doigt sur le nouveau treillis qu’il porte, il est responsable du programme BME au sein de la section technique de l’armĂ©e de terre : « Il y a un peu de marron, un peu de brun, on appelle ça le 'brun terre de France', qui est la couleur majoritaire et qui est celle qui fusionne Ă  la distance de portĂ©e des tirs. »

    Il y a aussi du blanc, une premiÚre. « Absolument, d'ailleurs le blanc, vous le voyez sur trÚs peu de treillis dans le monde. C'est un petit peu une caractéristique du BME. Le blanc, il apporte en fait un contraste trÚs fort, le blanc c'est un petit peu le reflet du soleil sur une feuille dans la lisiÚre. Les contrastes que nous donnent les couleurs donnent du relief et permettent cette adaptation à un plus grand nombre d'environnements. »

    Du blanc mais pas de noir

    Du blanc donc, mais cette fois pas de noir, « Le prĂ©cĂ©dent treillis fusionnait en noir et le noir dans la nature, il n'existe pas. À l'Ă©tat naturel en tout cas. Et c'est la couleur qui a le plus fort signalement aux infrarouges et mĂȘme Ă  l'Ɠil nu, donc il a Ă©tĂ© retirĂ©. C'Ă©tait en fait une faiblesse technique pour le Centre Europe. »

    Simplifier la logistique

    Un treillis Ă  la place de deux, l’objectif est donc de simplifier la logistique. Et pour y parvenir six ans d’études et de tests auront Ă©tĂ© nĂ©cessaires, souligne le commissaire en chef Nicolas, chef de la division Habillement au sein des armĂ©es, « Oui, ça prend du temps parce que par exemple, le blanc pour avoir cet effet de dissimulation, il est difficile Ă  mettre au point puisque le tissu est assez technique. Il incorpore des fibres d'aramide, qui donne une protection au feu, on dit que le treillis est thermostable. Ensuite, on a la phase d'approvisionnement du tissu. On a dĂ» en commander 3,5 millions de mĂštres linĂ©aires. Et une fois qu'on a approvisionnĂ© le tissu et qu'on l'a contrĂŽlĂ© pour vĂ©rifier qu’il prĂ©sentait toutes les caractĂ©ristiques demandĂ©es par les armĂ©es, on le donne Ă  d'autres types d'industriels qui vont nous confectionner les tenues. Ce qui a Ă©tĂ© important pour nous, c'est d'avoir le temps de constituer un stock suffisant pour qu'ensuite la manƓuvre de distribution se passe de façon fluide et pilotĂ©e. Une fois que le bouton 'ON' a Ă©tĂ© enclenchĂ©, ça ne s'arrĂȘte jamais ! »

    Le chef d’état-major des ArmĂ©es sera le dernier Ă  percevoir le sien

    Quelque 750 000 treillis ont Ă©tĂ© commandĂ©s. Deux industriels français et une sociĂ©tĂ© belge produisent le tissu qui est ensuite coupĂ© en Bulgarie, avec quelques modifications, indique le commandant StĂ©phane : « On a rajoutĂ© de l'ergonomie au treillis F 3 tel qu'il avait Ă©tĂ© conçu initialement. Tout d'abord, dans la poche de poitrine, plutĂŽt que d'avoir du tissu en fond de poche, nous avons mis un tissu Mesh, c'est un tissu qui est aĂ©rĂ©. Ensuite, nous avons rajoutĂ© une poche qui se superpose Ă  la poche cargo que nous avons sur la cuisse. Cette nouvelle poche s’ouvre verticalement, lorsque nous avons un genou Ă  terre, nous pouvons accĂ©der Ă  cette poche et rĂ©cupĂ©rer une checklist ou un message Ă  envoyer, sans avoir besoin de se relever pour aller le rĂ©cupĂ©rer ».

    Ce treillis BME sera en dotation pour au moins trente ans. Les troupes en opĂ©ration seront les premiĂšres Ă©quipĂ©es et comme le veut la tradition : le chef d’état-major des ArmĂ©es sera le dernier Ă  percevoir le sien.

  • Quelque 300 soldats nord-corĂ©ens ont Ă©tĂ© tuĂ©s et plus de 2 000 blessĂ©s sur les milliers d’hommes dĂ©ployĂ©s par Pyongyang en Russie, c'est le chiffre donnĂ© en dĂ©but de semaine par un dĂ©putĂ© sud-corĂ©en. Ni Moscou, ni Pyongyang ne reconnaissent la prĂ©sence de troupes nord-corĂ©ennes dans la rĂ©gion de Koursk. En revanche, l’Ukraine, les États-Unis et la CorĂ©e du Sud accusent le rĂ©gime de Kim Jong Un d’avoir envoyĂ© plus de 10 000 soldats pour aider les forces russes dans leur invasion.

    Et il y a quelques jours, Kiev a diffusĂ© le 11 janvier les images de deux prisonniers, une preuve irrĂ©futable de cette prĂ©sence Nord-CorĂ©enne. Le NIS, le renseignement Sud-CorĂ©en, auditionnĂ© par le Parlement Ă  SĂ©oul a admis avoir participĂ© Ă  leur interrogatoire nous dit notre confrĂšre StĂ©phane Lagarde, de passage en CorĂ©e : « Les mĂ©dias ici effectivement ont repris ce qui est sorti du briefing Ă  huis clos des parlementaires sud-corĂ©ens, donc l'agence de renseignement sud-corĂ©enne a fait une confĂ©rence Ă  l'AssemblĂ©e nationale concernant ces soldats nord-corĂ©ens arrĂȘtĂ©s dans la rĂ©gion de Koursk. Des Ă©lĂ©ments ont fuitĂ©. L'agence de renseignement sud-corĂ©enne aurait pointĂ© tout d'abord une prĂ©paration au terrain, ce qui expliquerait ces pertes importantes de soldats Nord-CorĂ©ens qui n’ont pas l'habitude notamment des grandes plaines : ils Ă©taient dans des zones dĂ©couvertes visiblement.

    « Et puis un manque de prĂ©paration aussi Ă  la guerre moderne avec les drones. On a vu beaucoup de ces vidĂ©os de duels quasiment au corps Ă  corps entre soldats nord-corĂ©ens et drones. Donc ils n’étaient pas prĂ©parĂ©s Ă  cela. Et on a vu Ă©galement passer ce dessin de soldats Nord-CorĂ©ens, montrant justement qu'ils auraient peut-ĂȘtre servi d'appĂąts, puisqu'on a retrouvĂ© sur une dĂ©pouille d'un soldat nord-corĂ©en un dessin montrant des soldats au sol, combattants ces drones. On a vu aussi les images, Ă©videmment, dans la presse sud-corĂ©enne des deux soldats prisonniers. L’un avec le visage bandĂ©, l'autre avec une bande sur le menton. Ce sont des soldats dĂ©vouĂ©s au pouvoir nord-corĂ©en. Il y a eu des mĂ©mos qui ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s sur les dĂ©pouilles des soldats disant qu'ils avaient reçu pour ordre de se suicider plutĂŽt que de se laisser capturer. Puis le mĂ©dia de fact.kr, pointe Ă©galement ces images, d’un Nord-CorĂ©en qui dĂ©goupille une grenade et crie : "Vive le gĂ©nĂ©ral Kim Jong-un !" Donc voilĂ  des ordres de ne pas se laisser prendre »

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    L’implication de la CorĂ©e du Nord constitue une escalade majeure et inquiĂšte vivement SĂ©oul, relĂšve encore StĂ©phane Lagarde : « Il y a d'abord la crainte d'une dĂ©localisation d'un conflit europĂ©en ici en dans le nord-est asiatique. Et puis surtout de l'Ă©change qu’il y a dĂ» y avoir. Pyongyang est sorti de l'isolement post-Covid-19 avec cet accord avec la Russie, avec cet envoi de soldats nord-corĂ©ens en Ukraine, forcĂ©ment, il y a un deal derriĂšre. Et donc ici, on s'inquiĂšte de ce qui a Ă©tĂ© donnĂ© par la Russie en matiĂšre technologique, en matiĂšre de renforcement de l'arsenal nord-corĂ©en. Et puis on s'inquiĂšte aussi sur le plan intĂ©rieur.

    « La Corée du Sud est en pleine crise politique suite à la loi martiale qui avait été décrétée par le président Yoon Suk-yeol, qui aujourd'hui est en procédure de destitution. Ce président avait dégainé la loi martiale en raison soi-disant de menaces nord-coréennes. Et donc des démocrates ici demandent à ce que les agents des renseignements sud-coréens ayant participé aux interrogatoires des soldats nord-coréens aux cÎtés des forces ukrainiennes rentrent au pays. Cela ainsi que les conseillers militaires sud-coréens pour éviter d'alimenter tout conflit. »

    Contreparties dans la balance ?

    Qu’a bien pu promettre Moscou pour inciter Pyongyang Ă  s’engager dans une aventure militaire sur le sol europĂ©en Beaucoup de capacitaire et une bonne dose de diplomatie, estime le chercheur en relations internationales Cyrille Bret : « Des contreparties diplomatiques, avec un soutien du veto russe au Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies et sur d'Ă©ventuelles nĂ©gociations nuclĂ©aires avec l'administration Trump 2. Évidemment, des contreparties capacitaires, avec le transfert d'Ă©quipements de dĂ©fense anti-aĂ©rienne russe. Une mutualisation des retours d'expĂ©rience d'aguerrissement sur le thĂ©Ăątre europĂ©en, et puis probablement Ă©galement des Ă©changes d'informations grĂące Ă  la couverture satellitaire que la Russie opĂšre sur la plupart des champs connexes Ă  son territoire national. »

    Un « deal », pointe Cyrille Bret, qui signe la renaissance d’une trĂšs vielle alliance nĂ©e lors de la guerre de CorĂ©e : « L’alliance Russie-CorĂ©e du Nord, conçue comme une façon d'Ă©quilibrer l'expansion de la puissance chinoise en Eurasie. Ceka dit la crainte des CorĂ©ens du Nord de trop dĂ©pendre de la RĂ©publique populaire de Chine. Puis cela dit la crainte des stratĂšges russes d'ĂȘtre vassalisĂ©s ou relĂ©guĂ©s comme brillants seconds de la RĂ©publique populaire de Chine. »

    Pyongyang, liĂ© Ă  Moscou par un pacte de dĂ©fense mutuel ratifiĂ© en novembre, apparaĂźt donc comme un troisiĂšme acteur du conflit ukrainien, Ă  mĂȘme de dĂ©stabiliser les Ă©quilibres jusqu’en Asie.

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  • L'Ă©tat-major de l'armĂ©e ukrainienne a dit mercredi 8 janvier, avoir frappĂ© avec des drones, un dĂ©pĂŽt pĂ©trolier Ă  Engels, oĂč est basĂ©e l'aviation stratĂ©gique russe. L'attaque Ă  500 kilomĂštres de la frontiĂšre ukrainienne illustre l’omniprĂ©sence des drones dans ce conflit. AprĂšs bientĂŽt trois ans de guerre, le retour d’expĂ©rience est sans appel, les drones de combat sont devenus les nouveaux rois du champ de bataille.

    Le chiffre est vertigineux : pour la seule annĂ©e 2024, l’Ukraine a produit plus d’un million de drones et en majoritĂ© des drones suicides, responsables Ă  eux seuls de la plupart des frappes sur la ligne de front. Ces machines de toute taille, souligne le colonel FrĂ©dĂ©ric, cĂ©lĂšbre artilleur français et ex-commandant de la Task Force Wagram en Irak (DĂ©ployĂ©e de 2016 Ă  2019, la Task Force Wagram a participĂ© au « pilier appui » de l’opĂ©ration Inherent Resolve en Irak. EquipĂ©s de canons Caesar, les artilleurs ont soutenu l’action des forces partenaires engagĂ©es au sol dans les combats contre Daech), ont rĂ©volutionnĂ© dans tous les compartiments, l’art de la guerre : « Les drones permettent surtout de tirer dans la profondeur pour façonner l'adversaire, dĂ©truire ses propres moyens d'artillerie, c'est ce qu'on appelle gagner la supĂ©rioritĂ© des feux, c'est la contre batterie. On peut aussi dĂ©truire des postes de commandement, des dĂ©pĂŽts logistiques ou des concentrations de force. Les drones permettent aussi de donner des Ă©lĂ©ments pour cloisonner l'adversaire. C'est-Ă -dire l'amener par exemple sur un endroit oĂč on va lui tendre une embuscade. On a toujours besoin d'autres capteurs. Les observateurs d'artillerie sont toujours lĂ , ça peut ĂȘtre aussi des radars qui vont dĂ©tecter sur une route le dĂ©placement d'une colonne blindĂ©e. C'est une combinaison de tous ces capteurs qui permettent d'ouvrir le brouillard de la guerre et d'aller dĂ©tecter le dispositif adverse, comprendre sa manƓuvre pour demander des feux d'artillerie, en utilisant les mortiers, le canon Caesar, et pourquoi pas un lance-roquette unitaire au besoin ».

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    Jusqu’à 10 000 drones utilisĂ©s chaque jour en Ukraine

    Pour compenser une pĂ©nurie d’obus l’armĂ©e ukrainienne s’est tournĂ©e vers les drones jusqu’à en consommer parfois 10 000 par jour. Les drones utilisĂ©s en masse, c’est une rĂ©volution, il faut en tirer les leçons dit l’expert aĂ©ronautique Xavier Tytelman,« En Ukraine, vous avez un drone pour 6 Ă  8 personnes et vous avez l'omniprĂ©sence des drones kamikazes. Que ce soient les États-Unis, ou l'Europe, personne n'est prĂȘt Ă  faire la guerre en consommant 10 000 drones par jour. Pourtant, c'est ça qui est nĂ©cessaire pour la guerre. Et c'est ça qui donne des rĂ©sultats qui permettent Ă  l'Ukraine de dĂ©truire toutes les offensives russes et d'avoir autant de succĂšs en termes de rapports de force et de nombre de pertes. L'Agence europĂ©enne de dĂ©fense a justement dit les 4 domaines dans lesquels il fallait absolument qu'on se renforce. Parmi ces 4 domaines, il y a les munitions Ă  usage unique, les munitions tĂ©lĂ© opĂ©rĂ©es, les drones kamikazes et il y a Ă©galement la guerre Ă©lectronique. Et je pense que c'est les deux domaines dans lesquels on a rĂ©alisĂ© qu'on n'Ă©tait pas du tout au niveau et qu'il faut vraiment qu'on fasse une accĂ©lĂ©ration ».

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    L’importance du couple drone-canon

    Pour rester Ă  niveau, il faut donc accĂ©lĂ©rer et c’est le cas notamment pour l’artillerie, grĂące au couple drone-canon, l’artillerie insiste le colonel FrĂ©dĂ©ric est de nouveau la reine des batailles, « Nous avions dĂ©jĂ  utilisĂ© le couple drone - canon dans d'autres opĂ©rations, notamment l'opĂ©ration Inherent Resolve au Levant (L'opĂ©ration Inherent Resolve (OIR) est le nom de l'opĂ©ration militaire amĂ©ricaine menĂ©e dans le cadre de la coalition internationale en Irak et en Syrie, Ă  partir d’aoĂ»t 2014). Il est vrai qu'aujourd'hui, grĂące Ă  la multiplication de tous les types de drones, cela permet de raccourcir encore plus vite la boucle entre le capteur et les effecteurs afin de traiter tout type de cible. Cela permet aussi de dĂ©centraliser jusqu'au plus bas niveau, l'emploi des feux d'artillerie pour traiter des cibles qui auraient Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©es par ces drones qui ont finalement crĂ©Ă© une rĂ©elle transparence du champ de bataille. Cette rapiditĂ© dans la boucle de dĂ©cision a permis une plus grande efficacitĂ© pour les belligĂ©rants ».

    2025 verra la montĂ©e en puissance de l’automatisation des drones, notamment le vol vers les zones de combat et la frappe de cibles sĂ©lectionnĂ©es, lĂ  encore pour gagner un temps d’avance sur l’adversaire.

  • L'annĂ©e 2025 sera-t-elle synonyme de paix en Ukraine ? AprĂšs bientĂŽt trois ans de guerre, et peut-ĂȘtre un million de soldats tuĂ©s ou blessĂ©s des deux cĂŽtĂ©s du front, les belligĂ©rants sont exsangues. Les conditions d’un rĂšglement du conflit semblent se rapprocher, mais quels scĂ©narios sont sur la table ?

    Difficile pour l’Ukraine de continuer le combat : en ce dĂ©but 2025, le rapport de force ne lui est pas favorable et les États-Unis, son principal soutien, pourraient se dĂ©fausser.

    Le cessez-le-feu n’est pas loin, estime Jean pierre Maulny, directeur adjoint de l’Institut des relations internationales et stratĂ©giques, « trĂšs certainement, on ira vers un cessez-le-feu parce que le prĂ©sident des États-Unis le veut et parce que je pense que les belligĂ©rants peuvent y trouver un intĂ©rĂȘt. Les Ukrainiens, parce qu'ils sont en difficultĂ© sur le terrain, les Russes pour obtenir leur gain. Et puis d'autre part, du fait qu’eux aussi, ça leur coĂ»te sur le long terme cette guerre : ils sont en Ă©conomie de guerre, ils ne peuvent pas Ă©ternellement maintenir un tel effort. »

    Pendant les travaux, « la vente continue »

    Mais l’ouverture de pourparlers ne fait pas nĂ©cessairement taire les fusils, car souvent, pendant les travaux, « la vente continue », ironise le diplomate Jean de Gliniasty, « comme une des deux parties ne souhaite pas le cessez-le-feu, d'abord parce qu'elle marque des points, c'est la Russie qui en ce moment grignote. Et donc plus le temps passe, et plus cela va jouer en sa faveur. »

    « D'autre part, la Russie, elle, veut un traitĂ© de paix qui consolide ses acquis territoriaux alors que les Ukrainiens, maintenant que Trump est lĂ , souscrivent Ă  l'idĂ©e d'un cessez-le-feu. Mais un cessez-le-feu provisoire, puisqu'ils se rĂ©servent la possibilitĂ© de rĂ©cupĂ©rer leurs territoires soit par la diplomatie, soit par la guerre. Donc ici, il y a deux positions diffĂ©rentes et il est clair que pendant que l’on mettra ça au clair, "la vente continuera", c'est-Ă -dire hĂ©las, la guerre et les morts et les blessĂ©s
 »

    Pas de GI’s sur le sol ukrainien, dit Donald Trump

    Difficile dans ces conditions de trouver un chemin vers la paix. Raison pour laquelle la question des garanties de sĂ©curitĂ© offertes Ă  Kiev est cruciale, insiste le gĂ©opolitologue Pascal Boniface : « Si l'Ukraine est contrainte de cĂ©der les territoires, on peut aussi comprendre qu'ils aient besoin de garanties pour l'avenir parce qu’ils ont une confiance trĂšs modĂ©rĂ©e dans les promesses de Poutine. Et donc pour cela, il faut donner des garanties de sĂ©curitĂ©. Et la prĂ©sence dans un pays qui n'est plus en guerre contre la Russie de troupes françaises et britanniques pourrait avoir un effet dissuasif pour cette derniĂšre. Puisque dans ce cas-lĂ , ça serait la Russie qui devrait prendre l'initiative du conflit et non pas la France ou la Grande-Bretagne. »

    La Russie face Ă  deux puissances dotĂ©es de l’arme nuclĂ©aire que sont de la France et de la Grande-Bretagne, aurait aussi beaucoup plus de mal Ă  agiter la menace nuclĂ©aire.

    Reste que Donald Trump a prĂ©venu, mĂȘme en cas d’accord de paix dĂ©finitif, lui n’enverra pas de soldats en Ukraine. Alors tous les regards, et Ă  raison, se tournent vers Paris et Londres, alternative Ă  l’Otan, dĂ©crypte Jean de Gliniasty : « Au moment de l'ersatz de l'accord de paix d'Istanbul, qui avait Ă©tĂ© quasiment agrĂ©Ă© en avril 2022, il Ă©tait prĂ©vu qu'il y ait des garanties des pays membres du Conseil de sĂ©curitĂ© et il se trouve que, membres du Conseil de sĂ©curitĂ©, la France et l'Angleterre sont aussi membres de l'Otan. Donc c'est une façon de contourner ce qui est un non possumus, c'est-Ă -dire une impossibilitĂ© pour les Russes qui ne peuvent pas accepter que l'Otan en tant que tel garantisse l'Ukraine et joue un rĂŽle dans la paix en Ukraine. »

    Une paix provisoire

    Il est aussi possible qu’en 2025 la guerre continue. « Toute pression pour des nĂ©gociations trop tĂŽt nuisent Ă  l’Ukraine », estime ainsi Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie europĂ©enne.

    Il est possible aussi que des accords ne dĂ©bouchent que sur une paix provisoire, indique, fataliste, Jean Pierre Maulny : « Si c'est un cessez-le-feu, ils ne perdront pas la face parce qu'ils diront toujours : "l'Ukraine reste une et entiĂšre avec le Donbass". Si c'est un accord de paix formel qui re-dĂ©limite les frontiĂšres, ils perdront. Alors peut-ĂȘtre qu’il peut y avoir un entre-deux. Vous savez, dans des accords de paix, on trouve toujours des solutions pour essayer de contenter les deux parties. Aux nĂ©gociateurs peut-ĂȘtre de trouver la solution qui contente Moscou et Kiev. Mais on peut craindre que ça soit bancal sur le long terme et que ça ne soit qu'une paix provisoire, avec un provisoire qui peut durer longtemps. »

    Un scĂ©nario Ă  la corĂ©enne en quelque sorte, avec une ligne de front dĂ©militarisĂ©e courant du nord au sud de l’Ukraine.

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  • La Fabrique nationale belge (FN) de la rĂ©gion de LiĂšge est une vĂ©ritable pĂ©pite, spĂ©cialisĂ©e dans les armes automatiques et les mitrailleuses. Si elle est dĂ©jĂ  un fournisseur privilĂ©giĂ© de l’armĂ©e de terre française, l’entreprise pourrait ĂȘtre amenĂ©e Ă  jouer un rĂŽle plus important encore dans le paysage industriel militaire français. Cela notamment grĂące Ă  sa capacitĂ© Ă  produire des munitions de petits calibres. FN Herstal, peu connue du grand public, a exceptionnellement ouvert ses portes Ă  quelques journalistes. [Rediffusion]

  • C’est un projet structurant pour l’Europe de la DĂ©fense, son nom : le MGCS, pour systĂšme principal de combat terrestre. Ce char du futur, qui doit remplacer le Leopard 2 dans l'armĂ©e allemande et le Leclerc dans l'armĂ©e française vers 2040, peine pourtant Ă  dĂ©coller. Mais le canon de ce char du futur existe dĂ©jĂ , KNDS France a prĂ©sentĂ© l’Ascalon, mais il fait l’objet de dĂ©saccords entre industriels.

    Qu’il est difficile de s’entendre lorsqu’on est quatre. Le char du futur est portĂ© par Thales, Knds France–anciennement Nexter- Knds Allemagne avec Krauss Maffei Wegmann et enfin Rheinemetall, le gĂ©ant allemand de la dĂ©fense. Pour garantir un partage Ă©quitable des tĂąches, huit piliers capacitaires ont Ă©tĂ© Ă©dictĂ©s. Mais les choix technologiques seront faits aprĂšs Ă©valuation et des deux cĂŽtĂ©s du Rhin, on s’écharpe sur le canon.

    Rheinmettal a fait le choix d’un tube de 130 mm, quand Nexter propose l’Ascalon deux tubes pour tirer des obus de 120 et 140 mm.

    L’Ascalon est dotĂ© d’une architecture Super Shot

    Et l’Ascalon, nous l’avons vu au dernier salon d’Eurosatory, montĂ© sur un char Leclerc Evolution, François Groshanny directeur de programme Char de combat futur chez KNDS France nous en a fait la prĂ©sentation : « Quatre caractĂ©ristiques essentielles, d'abord, un niveau de puissance dĂ©livrĂ© Ă  la bouche et Ă  la cible jamais Ă©galĂ©. On a lĂ  une capacitĂ© Ă  changer de calibre en moins de 30 Min. TroisiĂšme caractĂ©ristique, il est extrĂȘmement compact, donc on utilise une architecture dite super shot. On voit ici la munition qui est une munition de 140 qui fait donc 130 millimĂštres de haut. DerniĂšre chose, on travaille beaucoup Ă  l'intĂ©grabilitĂ© de ce canon en tourelle pour avoir une empreinte Ă  l'intĂ©rieur de la tourelle qui est minimale et donc on pourra loger plus de personnel en chĂąssis. »

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    CĂŽtĂ© français, l’on craint que Rheinmetall et Krauss Maffei Wegmann rĂ©unis impose le canon allemand, et ce, malgrĂ© le coup d’avance de Nexter qui avec l’Ascalon propose une technologie de rupture. « Ascalon, c'est d'abord une technologie. »,François Groshanny,« Ici, elle est dĂ©clinĂ©e en 140 et en 120. Mais c'est une technologie qui pourrait ĂȘtre dĂ©clinĂ©e dans un autre calibre si c'Ă©tait de nature Ă  faire l'assentiment d’une force occidentale intĂ©ressĂ©e par le canon. Tout le monde connaĂźt bien le canon du CĂ©sar qui est aujourd'hui une rĂ©fĂ©rence mondiale. On espĂšre faire de l’Ascalon Ă©galement la rĂ©fĂ©rence mondiale, mais cette fois-ci, pas sur le segment de l'artillerie, mais sur le segment des chars. »

    Des arbitrages industriels lourds de conséquences

    Il y a donc des arbitrages industriels lourds de consĂ©quences, surtout dans un contexte de retour de la guerre de haute intensitĂ©. La France ne veut pas devenir un nain industriel dans le segment des chars de combat. Pour François Groshanny, « La guerre en Ukraine a remis sur le devant de la scĂšne la guerre symĂ©trique. La France Ă©tait plutĂŽt organisĂ©e autour d'une armĂ©e de projection. On voit que cette pĂ©riode est rĂ©volue. On est en train de changer d'Ăšre. Et quand on change d'Ăšre et qu'on revient au combat asymĂ©trique, ça veut dire qu'il faut se rĂ©Ă©quiper avec toute la gamme et pas seulement avec la gamme des vĂ©hicules mĂ©dians. Et puis le segment du char est un segment stratĂ©gique puisque c'est autour de ce segment qu’est en train de se rĂ©organiser l'industrie de dĂ©fense terrestre. On est dans une phase un peu de concentration. On l'a vu, nous, avec la crĂ©ation de Knds Group qui rĂ©sulte de la fusion de Nexter et de Krauss Maffei Wegmann. Mais cette concentration est plus gĂ©nĂ©rale puisqu'on voit maintenant que dans MGCS on intĂšgre Rheinmetall. Donc c'est vraiment sur ce segment de produit que s'opĂšre la concentration de l'industrie et chacun travaille ses domaines d'excellence pour arriver Ă  construire dans la durĂ©e le Lego qui va faire matcher les diffĂ©rents industriels. »

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    Et pour que cela puisse « matcher » et satisfaire français et allemand, la Direction GĂ©nĂ©rale de l’Armement Ă©met l’hypothĂšse d’une coexistence de deux chars diffĂ©rents, rappelant que le projet commun ne prĂ©figure en rien la nature du char du futur, MGCS Ă©tant avant tout un systĂšme de systĂšmes avec un cloud de combat et des drones. Mais qui pour l’heure reste Ă  l’état d’ébauche.

  • La chute Ă©clair du rĂ©gime de Bachar el-Assad constitue un revers immense pour la Russie qui possĂ©dait deux importantes bases militaires en Syrie : le port de Tartous et la base aĂ©rienne voisine de Hmeimim. La perte de ces deux emprises est un revers gĂ©opolitique pour le Kremlin, et pose la question de la prĂ©sence militaire russe en MĂ©diterranĂ©e.

    Samedi 9 et dimanche 10 dĂ©cembre : trois frĂ©gates et un sous-marin russes quittent prĂ©cipitamment le port de Tartous. Officiellement, compte tenu des soubresauts politiques syriens, c’est une mesure de sauvegarde, mais pour les observateurs, la manƓuvre s’apparente plus Ă  un sauve-qui-peut gĂ©nĂ©ral : les Russes Ă©vacuent en urgence Tartous, leur seule et unique base navale en MĂ©diterranĂ©e. Évacuation Ă©galement de la base aĂ©rienne voisine de Hmeimim. Un naufrage spectaculaire, car les bases syriennes sont la clĂ© de voute des ambitions militaires de Moscou en MĂ©diterranĂ©e et au-delĂ  l'Afrique, souligne Vincent Tourret de l’UniversitĂ© de MontrĂ©al.

    « La base qui hĂ©bergeait l'escadron mĂ©diterranĂ©en, qui Ă©tait une flotte dĂ©tachĂ©e en fait de la flotte de la mer Noire russe, assurait en fait, sa reconnaissance en avant, c'Ă©tait comme une sorte d'avant-poste si vous voulez, pour la dissuasion russe de façon gĂ©nĂ©rale et notamment pour menacer le flanc sud de l'Otan, explique l'universitaire. Et le second point, c'est effectivement la projection vers l'extĂ©rieur, notamment pour du matĂ©riel lourd. C'est un hub extrĂȘmement pratique vers l'Afrique et donc vers les tentatives russes d'y crĂ©er des États satellites ou clients, notamment avec des groupes paramilitaires ou privĂ©s de type Wagner ou maintenant Africa corps ».

    La flotte russe, coupĂ©e de la Mer Noire depuis le dĂ©but de la guerre en Ukraine et la fermeture des dĂ©troits turcs, Ă©tait dĂ©jĂ  isolĂ©e en MĂ©diterranĂ©e, les rotations de navires s'effectuent depuis la flotte du Nord, obligeant les navires de guerre Ă  de longs transits. Sans base navale, il sera impossible pour cette flotte de se maintenir en MĂ©diterranĂ©e. Le Kremlin va donc faire feu de tout bois pour conserver Tartous analyse le directeur de recherche Ă  l’Iris (Institut des Relations Internationales et StratĂ©giques) et diplomate Jean de Gliniasty. «Tartous est en plein rĂ©duit alaouite (rĂ©gion cĂŽtiĂšre dont est originaire le prĂ©sident dĂ©chu Bachar el-Assad). La base aĂ©rienne de Hmeimim est Ă  20 km de LattaquiĂ©, donc c'est la zone que pour l'instant HTS (Hayat Tahrir al-Sham, groupe rebelle islamiste de la guerre civile syrienne, dirigĂ© par Abou Mohammed al-Joulani, qui a pris le contrĂŽle de Damas) n'a pas conquise et ça va ĂȘtre difficile. Je pense que ce n’est pas encore perdu pour les Russes. Ils doivent s'Ă©chiner, s'efforcer, de nĂ©gocier de tous cĂŽtĂ©s pour essayer de garder cette base parce que c'est leur seule base en MĂ©diterranĂ©e ».

    Quel point de chute pour la flotte russe en Méditerranée ?

    Premier port d’accueil : Tobrouk dans la Libye du MarĂ©chal Haftar proche de Moscou, mais les infrastructures sont limitĂ©es et ne permettent pas l’entretien des navires. La flotte russe pourrait donc se tourner vers les ports algĂ©riens mieux Ă©quipĂ©s, mais cette rĂ©articulation en urgence ne sera pas une mince affaire et l’image de la Russie en sort trĂšs abimĂ©e insiste Vincent Tourret : « Le coĂ»t le plus dur, il est surtout, je trouve, symbolique, parce que la Syrie, c'Ă©tait la premiĂšre victoire Ă  l'Ă©poque, donc 2017, qui devait prouver au monde que la Russie Ă©tait de retour dans les relations internationales. C'est un dĂ©saveu Ă  nouveau de la puissance russe et un dĂ©saveu de sa capacitĂ© Ă  stabiliser des conflits. La Syrie Ă©tait censĂ©e ĂȘtre la vitrine d'une pacification Ă  la Russe plus efficace, plus rĂ©aliste que les tentatives occidentales ».

    L’aventure syrienne de Moscou, abonde Jean Pierre Maulny chercheur Ă  l’Iris, se solde par un immense revers. « Les AmĂ©ricains, ont eu l'Afghanistan dans les annĂ©es 2000. Nous, on a eu Barkhane (OpĂ©ration militaire française au Sahel 2014-2022) dans les annĂ©es 2010. Eh bien eux, ils auront la Syrie dans les annĂ©es 2010 - 2020, c'est-Ă -dire une opĂ©ration militaire qui aboutit Ă  un Ă©chec pour les Russes comme pour les AmĂ©ricains ou comme pour les Français. Ça, c'est quand mĂȘme un enseignement qu'il faut retenir ».

    La Russie a donc momentanément perdu la main et se retrouve en grande difficulté dans la trÚs stratégique mer Méditerranée.

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  • La section technique de l’armĂ©e de Terre a prĂ©sentĂ©, lors d’un exercice d’évaluation, ses capacitĂ©s nouvelles du combat aĂ©roterrestre le mercredi 4 dĂ©cembre sur le plateau du Larzac dans le sud de la France. Essaims de drones, drones suicides, capacitĂ© de cartographie, l’exercice avait pour objectif de dĂ©montrer la montĂ©e en puissance des drones dans les forces. Reportage

  • Coup de tonnerre, jeudi 28 novembre au soir Ă  Ndjamena
 Quelques heures aprĂšs une visite du chef de la diplomatie française Jean-NoĂ«l Barrot, le Tchad a dĂ©clarĂ© qu’il mettait fin Ă  l’accord de coopĂ©ration en matiĂšre de dĂ©fense signĂ© avec Paris. Le Tchad Ă©tait le dernier point d'ancrage militaire français au Sahel, et plus largement un maillon clĂ© de la prĂ©sence militaire sur le continent. Cette dĂ©cision unilatĂ©rale vient mettre Ă  mal la nouvelle stratĂ©gie en Afrique portĂ©e par Paris.

    L’annonce du Tchad est un sĂ©isme, pourtant Paris avait pris les devants avec un vaste plan de rĂ©duction de sa prĂ©sence militaire en Afrique, proposant une nouvelle philosophie, basĂ©e sur des dispositifs lĂ©gers, rĂ©actifs pour rĂ©pondre aux besoins des partenaires.

    Une offre, qui visiblement, n’a pas Ă©tĂ© jugĂ©e suffisamment rentable Ă  Ndjamena, indique Thierry Vircoulon chercheur Ă  l’Ifri : « La question fondamentale, c'est celle de ce 'nouveau paradigme', le prĂ©sident Macron avait employĂ© cette expression, un nouveau paradigme de la coopĂ©ration militaire donc, oĂč la demande des partenaires devait primer sur l'offre française. Pour le moment, ce qu'on en a perçu Ă©tait surtout focalisĂ© sur la rĂ©duction des effectifs de l'armĂ©e française en Afrique et l'avenir des bases. Donc, on attend des dĂ©cisions lĂ -dessus, et on n'a pas l'impression que ça soit le cas. »

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    Le rapport de Jean Marie Bockel, sur la rĂ©-articulation du dispositif militaire français, remis lundi 25 novembre Ă  l'ÉlysĂ©e, semble aujourd'hui dĂ©jĂ  caduc. Car le SĂ©nĂ©gal aussi indique qu'il ne souhaite plus de base militaire Ă©trangĂšre sur son territoire.

    Pour ĂȘtre prĂ©sent en Afrique, il faut un vrai partenariat, insiste Peer de Jong, docteur en sciences politiques et ex-colonel des troupes de Marine, « On appelle ça de la 'co-collaboration'. C'est le terme qui a Ă©tĂ© utilisĂ© dans les discussions et dans les prĂ©sentations. Les États africains de façon gĂ©nĂ©rale ne sont pas rĂ©fractaires Ă  une prĂ©sence française, mais ils ne la veulent pas sur ce modĂšle-lĂ , ils la veulent plus fraternelle, moins donneuse de leçons. Donc, ils veulent un vrai partenariat. On doit impĂ©rativement se diffĂ©rencier. C'est ça le souhait des États africains qui, en plus de ça, Ă©mettent un souci d'exigence de la souverainetĂ© des États. On ne peut plus faire ce qu'on veut en Afrique, ça, c'est sĂ»r et certain ! »

    Encore une fois, c'est une surprise

    AprÚs avoir été brutalement poussé vers la sortie du Mali, du Burkina, du Niger, vient donc le tour du Tchad et encore une fois, c'est une surprise.

    En particulier au Tchad oĂč l’armĂ©e française a menĂ© le plus d’opĂ©rations extĂ©rieures. À lui seul, le pays Ă©tait presque le dĂ©positaire de la relation militaire franco-africaine avec ses trois bases historiques : le camp KosseĂŻ, Faya Largeau et AbĂ©chĂ©. « Les bases, c'est le symbole de cette relation militaire franco-africaine qui est trĂšs dĂ©criĂ©e par les opinions publiques africaines », reprend Thierry Vircoulon ; « elles apparaissent comme un des derniers hĂ©ritages de la France Afrique. Et du coup, dans ces bases, les effectifs français ont dĂ©jĂ  beaucoup diminuĂ©, et vont diminuer davantage et donc la raison d'ĂȘtre de ces bases se pose. On s'interroge beaucoup puisqu'on a l'impression qu'on va avoir des bases vides et donc Ă  quoi ça sert ? Dans la mesure aussi oĂč il n’y a plus d'opĂ©rations extĂ©rieures, elles sont devenues taboues ; donc les bases, on ne voit pas trop quelle est leur justification. »

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    Des bases vides Ă  offrir alors que sur plan sĂ©curitaire, ajoute Peer de Jong, la concurrence fait rage en Afrique, « La concurrence Union europĂ©enne ! Qui a l'argent en Europe ? C'est l'Union europĂ©enne et non pas la France ! C'est la Russie, c'est la Chine, c'est la Turquie, ce sont les États-Unis. Mais mĂȘme au sein de l'Union europĂ©enne, il y a la forte concurrence de l'Espagne, de l'Italie, de la Pologne, des Allemands qui sont Ă©galement trĂšs prĂ©sents en Afrique. Donc, en fait, on ne peut pas maĂźtriser ce flot, ce renversement incroyable qu'on n'a pas du tout anticipĂ©. On est dans une situation extrĂȘmement dĂ©fensive. On est sur un modĂšle qui rĂ©duit ses effectifs, mais qui ne parle pas de politique. À mon avis, on va vers un modĂšle en totale rĂ©traction. C'est comme ça que ça va terminer, bien Ă©videmment. »

    L’armĂ©e et la diplomatie française semblent subir les Ă©vĂšnements, quant Ă  la position de l’ÉlysĂ©e, elle se fait attendre.

  • En rĂ©action Ă  l’autorisation de Joe Biden permettant Ă  l’Ukraine de frapper le territoire russe avec des missiles amĂ©ricains, Moscou a franchi cette semaine plusieurs marches de l’escalier nuclĂ©aire. D’abord en rendant public une actualisation de sa doctrine puis en tirant jeudi un missile inquiĂ©tant sur l’Ukraine. Le tir de missile russe relĂšve du pur signalement stratĂ©gique, le Kremlin envoie un message clair aux Occidentaux : il ne perdra pas la guerre en Ukraine.

    Jusqu'à présent, les menaces du Kremlin n'étaient que verbales. Cette fois, c'est un missile qui sent le souffre qui a été tiré. Un « missile expérimental », dit Vladimir Poutine, de portée intermédiaire, baptisé Orechnik, mais le missile qui se rattache à la famille des armes balistiques porteurs du feu nucléaire. Moscou a donc brisé un tabou.

    C'est une intimidation particuliĂšrement rude, assure le chef d'Ă©tat-major de l'armĂ©e de Terre, le gĂ©nĂ©ral Pierre Schill : « Une attaque, c'est toujours inquiĂ©tant. Maintenant, je pense qu'il faut prendre du recul et nous, il faut qu'on regarde ce qui s'est passĂ©. Quel est le signal envoyĂ©. Tous les jours, il y a des attaques sur l'Ukraine. Il y a eu ces derniers jours des tirs trĂšs massifs sur l'appareil de production Ă©lectrique. Nos outils de renseignement sont Ă©videmment tournĂ©s vers l'observation de ce thĂ©Ăątre. Tout dans la guerre est signal. Tout ce qui se passe ces jours-ci en dĂ©claratoire ou en manƓuvre effective rentre dans une dialectique des volontĂ©s qui passent aussi par des questions d'intimidation et de contre intimidation, c'est clair. »

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    Il en connait la limite : seul le nuclĂ©aire peut rĂ©pondre au nuclĂ©aire. Mais sous ce seuil, l’escalade est permise. En dĂ©but de semaine, il y a donc eu cette mise Ă  jour de la doctrine nuclĂ©aire de la Russie. En filigrane, elle dit qu’essayer de vaincre l’armĂ©e russe est vain puisque l’option nuclĂ©aire est rĂ©aliste. La doctrine ajoute qu’elle ne laissera pas se prolonger les attaques de missiles en profondeur sur son sol.

    S’ajoute Ă  cette ligne rouge, un Ă©largissement, non pas du seuil, mais des conditions d’emploi de l’arme, il est aussi question de nouveaux vecteurs comme l’Orechnik tirĂ© jeudi, prĂ©cise Thibault Fouillet de la Fondation pour la recherche stratĂ©gique : « En matiĂšre stratĂ©gique, le discours doit toujours, pour ĂȘtre crĂ©dible, s’appuyer sur des faits. Donc, on ne peut pas juste annoncer un renforcement de posture ou la volontĂ© d'une Ă©volution de posture sans derriĂšre insister sur la capacitĂ© Ă  agir si le besoin s'en faisait sentir. On a bien cette nĂ©cessitĂ© de parler aussi des armements, de mettre en avant de nouveaux systĂšmes, de nouveaux vecteurs, de nouvelles possibilitĂ©s. C’est pour crĂ©dibiliser cette posture. »

    Donald Trump aux portes du pouvoir

    Or, la Maison Blanche desserre les conditions d’emploi de ses missiles ATACMS, car le temps est comptĂ©. Donald Trump est aux portes du pouvoir et Moscou en attend beaucoup. « L'ambition qui a Ă©tĂ© affichĂ©e par Donald Trump d'un accord rapide avec Vladimir Poutine sur une ligne qui serait le gel du conflit selon la ligne de front actuelle, mais surtout une concession sur un principe de neutralisation de l'Ukraine, de renoncement Ă  l'entrĂ©e dans l'OTAN. Si vous combinez un gel du front et un principe de neutralisation, on retombe rapidement sur les lignes de ce qu’était l'accord de Minsk ou mĂȘme du mĂ©morandum de Budapest. Et ça, la Russie a bien montrĂ© qu’elle n'Ă©tait pas prĂȘte Ă  le respecter », dĂ©crypte Elie Tenenbaum, directeur de recherche de l’Ifri.

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    Sur le terrain, la logique est celle d’un conflit qui ne semble pas porter de solution militaire, la menace nuclĂ©aire est donc une partie de l’équation des futurs nĂ©gociations, prĂ©cise Thibault Fouillet. « De toute façon, la sortie sera politique. Mais pour que la sortie soit politique, il faut une certaine crĂ©dibilitĂ©. Il faut user de tous les moyens. Il faut aussi rappeler que mĂȘme si certains peuvent croire en un affaiblissement russe, ça reste une puissance dotĂ©e, l'une des principales puissances nuclĂ©aires. La Russie est inscrite dans le concert des Nations, il ne faut pas s'attendre Ă  une Russie Ă©moussĂ©e ou Ă  une Russie qui s'effondrerait », dit-il.

    « L’apocalypse nuclĂ©aire n’est pas pour demain », abonde Cyrille Bret, enseignant Ă  Sciences Po, mais ces derniers jours marqueront l’histoire, « un cran », insiste-t-il, « a incontestablement Ă©tĂ© franchi dans les menaces nuclĂ©aires par la Russie ».

  • Des militaires nord-corĂ©ens ont Ă©tĂ© engagĂ©s cette semaine dans des combats dans la rĂ©gion russe de Koursk, a affirmĂ© mercredi le renseignement sud-corĂ©en, aprĂšs que les États-Unis eurent confirmĂ© l'implication de Pyongyang dans la guerre lancĂ©e par la Russie contre l'Ukraine. Les chiffres sont invĂ©rifiables, mais l’Ukraine estime que 10 000 soldats nord-corĂ©ens sont dĂ©ployĂ©s, une prĂ©sence qui interroge les spĂ©cialistes quant Ă  l’efficacitĂ© et l’objectif rĂ©el de cette troupe.

    Jamais la CorĂ©e du Nord n’avait envoyĂ© de troupes Ă  l’étranger. Selon le renseignement sud-corĂ©en et amĂ©ricain, ces soldats sont dĂ©sormais au feu. ÉquipĂ©s d'uniformes russes, ils seraient mĂȘme en premiĂšre ligne, mais qui sont ces combattants ? Premier Ă©lĂ©ment de rĂ©ponse avec Philippe Gros, de la Fondation pour la recherche stratĂ©gique :« Ce n'est pas Ă©vident d'avoir une vision dĂ©finitive. On sait qu'il y a au moins une partie des troupes qui viennent des forces spĂ©ciales, du 11ᔉ corps qui relĂšverait des forces spĂ©ciales nord-corĂ©ennes. Ils sont considĂ©rĂ©s comme des troupes d'Ă©lite par les observateurs ».

    Reste Ă  placer ces pions sur l’échiquier du front. Il y a trois Ă©chelons dans l’armĂ©e russe, rappelle Vincent Tourret de l’universitĂ© de MontrĂ©al : « Le premier Ă©chelon, c'est de l'infanterie consommable qui est envoyĂ©e par petits groupes entre 3 et 5 hommes par vagues successives pour tester les dĂ©fenses ukrainiennes et commencer Ă  infiltrer le dispositif. Ce premier Ă©chelon est ensuite appuyĂ© par des troupes plus rĂ©guliĂšres qui vont manier des armements lourds et sophistiquĂ©s de type mortiers, mitrailleuses lourdes, drones et qui enfin sont appuyĂ©s par un troisiĂšme groupe, un groupe d'Ă©lite des troupes parachutistes, de l'infanterie navale et des Spetsnaz qui eux vont faire la coordination des feux, ce troisiĂšme groupe va agir comme un coup de poing et exploiter ».

    Ces troupes nord-coréennes : chair à canon ou forces spéciales ?

    Philippe Gros et Vincent Tourret, privilĂ©gient la seconde option. « Il se dit que les Russes les ont formĂ©s aux tactiques de base, avance Philippe Gros. C'est-Ă -dire Ă  manƓuvrer avec l'artillerie, Ă  utiliser des drones. Mais jusqu'Ă  quel point ? Ce n'est pas du tout Ă©vident ». « Ce qui apparaĂźt ĂȘtre clair, dit Vincent Tourret, c'est qu’elles vont ĂȘtre utilisĂ©es de la façon dont les Russes utilisent leur infanterie lĂ©gĂšre, Ă  savoir par vagues. Soutenu par leur artillerie et avec des pertes assez importantes, donc c'est un modĂšle trĂšs attritionaire oĂč les pertes sont complĂštement acceptĂ©es et elles seront lourdes ».

    10 000 hommes, cela reste un volume limité

    Sans compter, prĂ©cise Philippe Gros, que la barriĂšre de la langue peut poser problĂšme au combat :« Il a fallu apprendre aux nord-corĂ©ens les termes de base pour manƓuvrer. Ils ont un traducteur pour 30 soldats, donc en gros, un traducteur pour une section. Et puis Ă©videmment, les russes se heurtent aux problĂšmes d'interopĂ©rabilitĂ© qu'il y a Ă  intĂ©grer des troupes dans un dispositif. Il semble qu'une partie des troupes nord-corĂ©ennes soit rattachĂ©e Ă  une des brigades d'infanterie de Marine russe, la 810ᔉ. Donc, on est lĂ  vraiment sur une logique d'intĂ©gration tactique de ces unitĂ©s dans le dispositif russe, et pas sur une logique de laisser les forces corĂ©ennes occuper un crĂ©neau avec leurs propres chaĂźnes de commandement. Ils ont choisi le cas, le plus difficile Ă  mettre en Ɠuvre en termes d'intĂ©gration ».

    NĂ©anmoins, analyse Elie Tenenbaum directeur de recherche de l’Ifri (Institut français des relations internationales), cette force ne sera pas nĂ©gligeable, si les troupes nord-corĂ©ennes restent dans la rĂ©gion de Koursk. « Dans un premier temps, elles permettent Ă  la Russie de maintenir son effort principal sur le Donbass, en lui Ă©vitant finalement d'avoir Ă  exercer une sorte de balance de forces, prĂ©cise-t-il. Elles sont vraisemblablement lĂ  aujourd'hui aussi pour ĂȘtre testĂ©es pour voir ce que ces nord-corĂ©ens sont capables de produire. Peut-ĂȘtre, dans un second temps, les employer sur une zone plus importante ou plus prioritaire pour la Russie ».

    Dans l’hypothĂšse Ă©galement oĂč l’armĂ©e russe viendrait Ă  manquer de ressources, redoutent les renseignements ukrainiens et sud-corĂ©ens, ces troupes nord-corĂ©ennes, pourraient ĂȘtre seulement l’avant-garde d’un contingent futur, cette fois plus Ă©toffĂ©.

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  • Qu’ils soient sous-marins ou de surface, de surveillance ou de combat, les drones font une entrĂ©e tonitruante au sein des flottes militaires. Ils Ă©taient d’ailleurs partout dans les allĂ©es du salon Euronaval qui s’est tenu cette semaine prĂšs de Paris, vĂ©ritable reflet d’une « dronisation » massive et rapide des marines militaires du monde.

    EffilĂ©s comme une torpille, carĂ©nĂ©s comme un bateau, il n’y avait pas une allĂ©e, pas un stand sans drones au salon Euronaval, une production Ă  foison, fruit de l’imagination de PME et des grands de l’industrie au premier rang desquels Naval group
 Pierre Antoine Fliche, responsable des lignes de produits drones : « Chez Naval Group, on a deux grandes catĂ©gories de vĂ©hicules, les drones de surface et les drones sous-marins. Dans le drone de surface, on a la gamme Seaquest, dont le plus petit, le Seaquest S, a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© lancĂ©. C'est un produit industriel qui est en essai Ă  la mer en ce moment. Il a pour particularitĂ© d'ĂȘtre embarquable sur des frĂ©gates et donc de pouvoir faire tout un tas de missions Ă  leur profit, comme une extension de leur capacitĂ©. Alors on est dans la classe 9,30 m, donc ça reste un gros objet pour nous tous, mais ramenĂ© Ă  l'Ă©chelle d'une frĂ©gate par exemple, c'est quelque chose d'assez petit. Il peut ĂȘtre armĂ© ».

    ComplĂ©ment de protection de la frĂ©gate, le Seaquest S peut naviguer plusieurs jours, tout comme l’Ucuv un sous-marin de 10 tonnes et de 10 mĂštres, le bĂ©bĂ© de l’ingĂ©nieur principal de l’armement Patrick de la DGA, « Je suis le manager en charge du projet technologique de dĂ©veloppement Ucuv pour Unmanned Combat Underwater Vehicle. Quelque part, on est en train de dĂ©fricher un nouveau domaine avec ce type d'engin. Aucune marine dans le monde aujourd'hui n’est dotĂ©e de ce genre d'outils. Donc on rĂ©flĂ©chit beaucoup avec la marine nationale Ă  quelle pourrait ĂȘtre les usages de ce type d'engin. Donc de facto, quel armement il faudrait lui confier ».

    La mission de ce drone sous-marin, sĂ©curiser par exemple le goulet de Brest pour assurer la sortie des sous-marins nuclĂ©aire lanceur d’engins (SNLE), fer de lance de la dissuasion.

    Dans cette course aux drones, les PME en tĂȘte

    Delair Exail, Diodon, ou encore Alseamar avec son glider Sea explorer, Nicolas Delmas : « C'est un planeur sous-marin et on vient jouer sur la flottabilitĂ© de l'engin pour le faire couler ou remonter dans la colonne d'eau. Ça lui permet d'avancer horizontalement comme un planeur aĂ©rien. Sa fonction est multiple, ça dĂ©pend de la charge utile. Ici, par exemple, on a une charge utile acoustique qui permet de faire de la dĂ©tection ou de la localisation de bateau. L'autonomie du glider, c'est plusieurs mois. Il est opĂ©rationnel, il a Ă©tĂ© mis en Ɠuvre dans diffĂ©rents exercices. Ce qui va changer, c'est que c'est un produit qui est peu cher, qui est trĂšs facile Ă  mettre en Ɠuvre et donc en fait on peut en mettre beaucoup. Actuellement, de maniĂšre industrielle, on n'est que deux sociĂ©tĂ©s dans le monde Ă  proposer un tel produit, Alseamar, sociĂ©tĂ© française et une autre sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine ».

    Et si les petits acteurs comme Alseamar, ont un coup d’avance, c’est qu’ils proposent dĂ©jĂ  leurs solutions au marchĂ© civil, c’est la clĂ© du succĂšs martĂšle TimothĂ©e Moulinier dĂ©lĂ©guĂ© innovation du Gican, le groupement des industries navales :« Au Gican on en est persuadĂ©. Nous, on travaille bien ces deux axes. On a 50% de notre chiffre d'affaires qui est dans le militaire, 50% dans le civil. Et on voit que les technologies qui sont robustes dans le temps, c'est celles qui sont capables justement de s'adresser aux deux marchĂ©s, qui sont capables de faire face aux cycles au temps long du militaire, avec le temps court, la rĂ©activitĂ© plutĂŽt du civil. On croit beaucoup Ă  cette approche duale ».

    Microcosme d'entreprises

    En s’appuyant sur un microcosme d’entreprises trĂšs dynamiques situĂ©es sur la CĂŽte d’Azur et en Bretagne du sud, la France, en retard sur le segment des drones aĂ©riens, semble cette fois avoir tous les atouts pour devenir numĂ©ro un des drones navals, assure Tamara Brizard cofondatrice d’Arke OcĂ©an. Son entreprise produit des essaims de petits drones sous-marins, destinĂ©s Ă  l’origine Ă  la protection de la biodiversitĂ©. Ils ont depuis trouvĂ© une application militaire : « Nous, c'est du petit drone qui ne va pas naviguer trĂšs loin, mais par contre qui va ĂȘtre beaucoup plus prĂ©cis dans son positionnement. Donc on va modĂ©liser l'espace. C'est pour protĂ©ger des sites, les essaims de drones sont destinĂ©s Ă  faire de l'Ă©coute acoustique. Ils peuvent rester jusqu'Ă  un mois dans l'eau parce qu'ils se posent au fond et ils vont Ă©couter. Et dĂšs qu'ils entendent la signature d'une menace, ça peut ĂȘtre des plongeurs ou des bateaux spĂ©cifiques, des bateaux de pĂȘche aussi, ils vont sonner une alarme et dire, attention, il y a cette signature, il y a quelqu'un qui est sur site ».

    La France qui possĂšde le second plus grand domaine maritime au monde doit ĂȘtre capable de l’occuper et ces drones sont une partie de l’équation indique SĂ©bastien Moulinier du Gican : « Ces nouveaux moyens permettent d'aller surveiller ces zones lĂ , d'aller lutter contre les trafics illicites, d'aller lutter contre la pĂȘche illĂ©gale. Et ça c'est des outils qui sont Ă  la disposition Ă  la fois des marines militaires mais aussi de l'action de l'État en mer ».

    Les drones navals, acteurs clĂ©s du futur combat en mer, permettront Ă©galement dans un futur proche d’assurer la prĂ©sence presque permanente de la marine nationale y compris dans les ocĂ©ans les plus vastes et les plus Ă©loignĂ©s, mais nĂ©anmoins au cƓur de rivalitĂ©s entre nations.

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